Surprenant. L’ex-ambassadeur de France à Washington balance tout sur Trump

C’est inhabituel. Le jour de son départ à la retraite, l’ambassadeur de France à Washington dévoile les coulisses de la politique américaine et balance tout sur Donald Trump. Surprenant et parfois croustillant.

L’ex-ambassadeur de France à Washington balance tout sur Trump

Le 22 avril 2019 à 15:03

Modifié le 22 avril 2019 à 20:35

Le tempérament du président Trump, la question palestinienne, la politique étrangère des USA, le dossier nucléaire…

Le jour de son départ à la retraite, acté le 19 avril dernier, l’ex-ambassadeur de France à Washington, Gérard Araud, dévoile les coulisses de la politique américaine menée par Donald Trump dans plusieurs médias internationaux (notamment dans The Guardian, The Atlantic et Foreign Policy).  L’opération est clairement orchestrée par l’ex-diplomate car il ne viendrait pas à l’esprit des rédactions de ces trois médias de l’interroger et de publier le même jour et d’une façon quasi-concertée.

“La domination par l’escalade“

L’ancien diplomate décrit Trump comme un Louis XIV: “un vieux roi un peu capricieux, imprévisible et mal informé qui veut malgré tout prendre toutes les décisions“, cite The Guardian.

Sur Foreign Policy, l’ex-ambassadeur décrit, aussi, la désorganisation de l'exécutif américain dirigé par Donald Trump et son impulsivité, parfois sur des sujets de la plus haute importance. Il déclare : “Très souvent, même le secrétaire d'État est surpris par une annonce présidentielle“.  La dernière en date, rappelons-le, est le coup de fil au maréchal Haftar, avec un contenu contradictoire avec la position officielle exprimée par le Département d’Etat deux semaines auparavant.

Gérard Araud explique, par ailleurs, que face à l'usage compulsif de Twitter de la part du président, le mieux serait de ne rien faire : “Ne faites rien, parce qu'il surenchérira toujours. Il ne peut pas accepter d'être dans la position du perdant. Vous avez de la retenue, et il n'en a aucune, donc vous perdez. C'est la domination par l'escalade“, conseille-t-il.

L’Amérique d’abord, c’est l’Amérique seule

Après une carrière de 37 ans au sein de la diplomatie française, Gérard Araud a déclaré que l'imprévisibilité de Donald Trump et son interprétation méticuleuse des intérêts américains laissaient l'administration isolée sur la scène mondiale.

Celui qui fut ambassadeur de France à Washington depuis 2014 estime dans ce sens que “l'Amérique d'abord“ promise par le milliardaire républicain, “c'est l'Amérique seule“. “Ce président et cette administration n'ont pas d'alliés, n'ont pas d'amis“, tranche Araud.

«Ils [l'administration Trump] ne pensent pas d'abord en termes de coopération multilatérale. Et deuxièmement, ils n’ont aucune affection pour les Européens. Ils traitent les Européens comme ils traitent les Chinois“, a déclaré Araud.

“Et lorsque les Britanniques viendront pour un accord de libre-échange, il y aura du sang sur les murs et ce sera du sang britannique. Ce sera le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner des OGM“, ajoute celui qui a été envoyé auprès de l'ONU et d'Israël.

Israël est “déjà un État d'apartheid“

À l'occasion du débat sur le plan de paix de Trump, appelé “deal du siècle“,  l’ambassadeur français sortant estime qu’Israël est “déjà un État d'apartheid“.

Il se rappelle que Trump a dit au président français Emmanuel Macron: “J'ai tout donné aux Israéliens; les Israéliens devront me donner quelque chose“. Une déclaration qui confirme la vision de Trump comme un président transactionnel. “Il est plus populaire que [Benjamin] Netanyahu en Israël, alors les Israéliens lui font confiance“, souligne Araud.

Pour l’ambassadeur sortant, “la disproportion de pouvoir est telle entre les deux parties que les plus fortes peuvent conclure qu'elles n'ont aucun intérêt à faire des concessions“.

En évoquant la situation des Palestiniens, Gérard Araud note “qu’ils (Israéliens) ne feront pas d'eux des citoyens d'Israël. Ils devront donc le rendre officiel. Nous connaissons la situation qui est un apartheid. Il y aura officiellement un Etat d'apartheid. Ils sont en fait déjà là."

Dans une interview accordée au média américain “The Atlantic“, l’ex-ambassadeur de France aux Etats-Unis affirme que le plan de paix du Moyen-Orient est voué à l'échec à 99%.                                                                                           

Nucléaire, un dossier très chaud

Concernant l'arsenal nucléaire nord-coréen, l’ex-diplomate estime que Trump est passé du “feu et de la fureur“ promis au régime de Pyongyang, à des "déclaration d'amour" pour Kim Jong-un, lors de sa rencontre avec le dictateur, à Singapour. Il a ajouté qu'il n'était pas pressé pour le désarmement, mais lors d'un deuxième sommet à Hanoï en février, il a réclamé la dénucléarisation complète avant toute levée de sanctions, avant d'annuler les sanctions imposées par sa propre administration en mars parce que “le président Trump aime le président Kim“. Et en se déclarant une fois de plus ouvert à une approche progressive “d'étape à étape“.

Mon successeur ne doit pas avoir de problèmes cardiaques

En réponse à une question du Foreign Policy sur la meilleure manière de gérer l'administration de Trump par son successeur au poste d’ambassadeur, Gérard Araud affirme : “Tout d'abord, je pense que je préfère quelqu'un qui n'a pas de problèmes cardiaques. Je vais vous donner un exemple. Nous étions à la mi-mai de l'année dernière et tous les membres du gouvernement nous disaient que le président n'allait pas prendre de décision [concernant l'accord sur le nucléaire iranien] car aucune réunion n'avait été prévue sur l'Iran à la Maison Blanche. Alors bien sûr, j'ai envoyé ça à Paris et, bien sûr, Donald Trump a pris la décision [de se retirer de l'accord] le mardi suivant parce que Donald Trump n'avait pas besoin de réunion.“

Un ambassadeur atypique

Gérard Araud, 66 ans, est décrit comme un ambassadeur “sans langue de bois“. Tout comme Donald Trump, l’ex-diplomate est très actif sur Twitter.

“Après le Brexit et cette élection, tout est désormais possible. Un monde s'effondre devant nos yeux. Un vertige“, avait-il tweeté la nuit de la victoire de Donald Trump, en novembre 2016. Une déclaration qui avait suscité à l’époque plusieurs critiques, même si son tweet avait été supprimé rapidement.

“J'ai eu beaucoup d'ennuis avec ma propre capitale. Malheureusement, avoir raison trop tôt c'est avoir tort“, déclare Gérard Araud au Guardian. “Rétrospectivement, bien entendu j'avais raison“, argue-t-il. Il poursuit : “Mon monde de certitudes, était vraiment en train de s'effondrer et nous étions face à une vraie crise, substantielle, dangereuse“. “Je pense que nous entrons dans une nouvelle ère. Mais je ne sais pas comment sera cette ère“, s’interroge-t-il, après 5 ans de mandat à l’ambassade de France à Washington.

Le nouvel ambassadeur de France aux Etats-Unis n'a pas encore été nommé. Le conseiller diplomatique du président Emmanuel Macron, Philippe Etienne serait pressenti à ce poste.

Surprenant. L’ex-ambassadeur de France à Washington balance tout sur Trump

Le 22 avril 2019 à15:10

Modifié le 22 avril 2019 à 20:35

C’est inhabituel. Le jour de son départ à la retraite, l’ambassadeur de France à Washington dévoile les coulisses de la politique américaine et balance tout sur Donald Trump. Surprenant et parfois croustillant.

Le tempérament du président Trump, la question palestinienne, la politique étrangère des USA, le dossier nucléaire…

Le jour de son départ à la retraite, acté le 19 avril dernier, l’ex-ambassadeur de France à Washington, Gérard Araud, dévoile les coulisses de la politique américaine menée par Donald Trump dans plusieurs médias internationaux (notamment dans The Guardian, The Atlantic et Foreign Policy).  L’opération est clairement orchestrée par l’ex-diplomate car il ne viendrait pas à l’esprit des rédactions de ces trois médias de l’interroger et de publier le même jour et d’une façon quasi-concertée.

“La domination par l’escalade“

L’ancien diplomate décrit Trump comme un Louis XIV: “un vieux roi un peu capricieux, imprévisible et mal informé qui veut malgré tout prendre toutes les décisions“, cite The Guardian.

Sur Foreign Policy, l’ex-ambassadeur décrit, aussi, la désorganisation de l'exécutif américain dirigé par Donald Trump et son impulsivité, parfois sur des sujets de la plus haute importance. Il déclare : “Très souvent, même le secrétaire d'État est surpris par une annonce présidentielle“.  La dernière en date, rappelons-le, est le coup de fil au maréchal Haftar, avec un contenu contradictoire avec la position officielle exprimée par le Département d’Etat deux semaines auparavant.

Gérard Araud explique, par ailleurs, que face à l'usage compulsif de Twitter de la part du président, le mieux serait de ne rien faire : “Ne faites rien, parce qu'il surenchérira toujours. Il ne peut pas accepter d'être dans la position du perdant. Vous avez de la retenue, et il n'en a aucune, donc vous perdez. C'est la domination par l'escalade“, conseille-t-il.

L’Amérique d’abord, c’est l’Amérique seule

Après une carrière de 37 ans au sein de la diplomatie française, Gérard Araud a déclaré que l'imprévisibilité de Donald Trump et son interprétation méticuleuse des intérêts américains laissaient l'administration isolée sur la scène mondiale.

Celui qui fut ambassadeur de France à Washington depuis 2014 estime dans ce sens que “l'Amérique d'abord“ promise par le milliardaire républicain, “c'est l'Amérique seule“. “Ce président et cette administration n'ont pas d'alliés, n'ont pas d'amis“, tranche Araud.

«Ils [l'administration Trump] ne pensent pas d'abord en termes de coopération multilatérale. Et deuxièmement, ils n’ont aucune affection pour les Européens. Ils traitent les Européens comme ils traitent les Chinois“, a déclaré Araud.

“Et lorsque les Britanniques viendront pour un accord de libre-échange, il y aura du sang sur les murs et ce sera du sang britannique. Ce sera le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner des OGM“, ajoute celui qui a été envoyé auprès de l'ONU et d'Israël.

Israël est “déjà un État d'apartheid“

À l'occasion du débat sur le plan de paix de Trump, appelé “deal du siècle“,  l’ambassadeur français sortant estime qu’Israël est “déjà un État d'apartheid“.

Il se rappelle que Trump a dit au président français Emmanuel Macron: “J'ai tout donné aux Israéliens; les Israéliens devront me donner quelque chose“. Une déclaration qui confirme la vision de Trump comme un président transactionnel. “Il est plus populaire que [Benjamin] Netanyahu en Israël, alors les Israéliens lui font confiance“, souligne Araud.

Pour l’ambassadeur sortant, “la disproportion de pouvoir est telle entre les deux parties que les plus fortes peuvent conclure qu'elles n'ont aucun intérêt à faire des concessions“.

En évoquant la situation des Palestiniens, Gérard Araud note “qu’ils (Israéliens) ne feront pas d'eux des citoyens d'Israël. Ils devront donc le rendre officiel. Nous connaissons la situation qui est un apartheid. Il y aura officiellement un Etat d'apartheid. Ils sont en fait déjà là."

Dans une interview accordée au média américain “The Atlantic“, l’ex-ambassadeur de France aux Etats-Unis affirme que le plan de paix du Moyen-Orient est voué à l'échec à 99%.                                                                                           

Nucléaire, un dossier très chaud

Concernant l'arsenal nucléaire nord-coréen, l’ex-diplomate estime que Trump est passé du “feu et de la fureur“ promis au régime de Pyongyang, à des "déclaration d'amour" pour Kim Jong-un, lors de sa rencontre avec le dictateur, à Singapour. Il a ajouté qu'il n'était pas pressé pour le désarmement, mais lors d'un deuxième sommet à Hanoï en février, il a réclamé la dénucléarisation complète avant toute levée de sanctions, avant d'annuler les sanctions imposées par sa propre administration en mars parce que “le président Trump aime le président Kim“. Et en se déclarant une fois de plus ouvert à une approche progressive “d'étape à étape“.

Mon successeur ne doit pas avoir de problèmes cardiaques

En réponse à une question du Foreign Policy sur la meilleure manière de gérer l'administration de Trump par son successeur au poste d’ambassadeur, Gérard Araud affirme : “Tout d'abord, je pense que je préfère quelqu'un qui n'a pas de problèmes cardiaques. Je vais vous donner un exemple. Nous étions à la mi-mai de l'année dernière et tous les membres du gouvernement nous disaient que le président n'allait pas prendre de décision [concernant l'accord sur le nucléaire iranien] car aucune réunion n'avait été prévue sur l'Iran à la Maison Blanche. Alors bien sûr, j'ai envoyé ça à Paris et, bien sûr, Donald Trump a pris la décision [de se retirer de l'accord] le mardi suivant parce que Donald Trump n'avait pas besoin de réunion.“

Un ambassadeur atypique

Gérard Araud, 66 ans, est décrit comme un ambassadeur “sans langue de bois“. Tout comme Donald Trump, l’ex-diplomate est très actif sur Twitter.

“Après le Brexit et cette élection, tout est désormais possible. Un monde s'effondre devant nos yeux. Un vertige“, avait-il tweeté la nuit de la victoire de Donald Trump, en novembre 2016. Une déclaration qui avait suscité à l’époque plusieurs critiques, même si son tweet avait été supprimé rapidement.

“J'ai eu beaucoup d'ennuis avec ma propre capitale. Malheureusement, avoir raison trop tôt c'est avoir tort“, déclare Gérard Araud au Guardian. “Rétrospectivement, bien entendu j'avais raison“, argue-t-il. Il poursuit : “Mon monde de certitudes, était vraiment en train de s'effondrer et nous étions face à une vraie crise, substantielle, dangereuse“. “Je pense que nous entrons dans une nouvelle ère. Mais je ne sais pas comment sera cette ère“, s’interroge-t-il, après 5 ans de mandat à l’ambassade de France à Washington.

Le nouvel ambassadeur de France aux Etats-Unis n'a pas encore été nommé. Le conseiller diplomatique du président Emmanuel Macron, Philippe Etienne serait pressenti à ce poste.

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