L’impact du confinement sur les enfants ne s’arrêtera pas avec le déconfinement
Lors d’un webinar sur le confinement et les enfants, une dizaine de médecins se sont penchés sur les conséquences du contexte actuel, notamment sur les troubles anxieux qui sont en forte hausse.
Comme nous l’écrivions il y a un mois, le confinement met les nerfs des enfants à rude épreuve. La Société marocaine de psychiatrie et la Société marocaine de pédiatrie ont organisé, mercredi 13 mai, un webinar sur le thème ''Enfants et adolescents face à la pandémie de Covid-19 et au confinement''.
Pendant trois heures, onze psychiatres, pédopsychiatres et pédiatres se sont relayés pour éclaircir les enjeux liés au confinement concernant les enfants et les adolescents, notamment sur le plan psychologique.
''Les enfants vivent dans une ambiance très anxiogène liée à la maladie et au confinement. Leurs repères et leur rythme de vie ont été particulièrement chamboulés. Ce contexte peut générer certains symptômes cliniques qui diffèrent selon l’âge des enfants, sans compter les violences familiales qui se sont accentuées'', déclare Nawal Khamlichi, pédopsychiatre et présidente de la Société marocaine de pédopsychiatrie et professions associées (SMPPA). ''En revanche, d’autres enfants se sont très bien adaptés. Ce confinement a été l’occasion pour certaines familles de dialoguer et d’être davantage dans le partage'', ajoute-t-elle.
Mais pour beaucoup, le confinement a suscité des bouleversements dont l’adaptation, nécessaire, n’a pas toujours été évidente. C’est le cas des enfants qui étaient auparavant suivis par des psychologues, des psychomotriciens, des orthophonistes ou des pédopsychiatres.
La réduction drastique des consultations a entraîné une exacerbation de certains troubles, voire des régressions. ''Les parents se sont donc retrouvés contraints à gérer ces problèmes, en plus du suivi de la scolarité et de leurs obligations professionnelles'', souligne encore Nawal Khamlichi. Chez certains parents, le surmenage et la détresse psychologique ne se sont pas fait attendre. ''Il faut fédérer les actions autour des enfants et des parents afin de mieux les accompagner dans le confinement, mais aussi dans le déconfinement'', suggère la pédopsychiatre.
''Un enfant qui ne dort pas, c’est toute la famille qui ne dort pas''
Hassan Kisra, professeur de l’enseignement supérieur en psychiatrie et chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Arrazi Rabat-Salé, indique quant à lui recevoir plus appels de parents inquiets, démunis face à l’augmentation des troubles anxieux de leurs enfants.
''Depuis le début de cette épidémie, les consultations sont de plus en plus liées aux troubles de l’anxiété'', relève-t-il. ''On considère habituellement que l’anxiété n’est pas un trouble gênant. Or en cette période, elle prend complètement le dessus. On est face à des enfants envahis par l’anxiété ; certains ont des troubles du sommeil. Or, lorsqu’un enfant ne dort pas, c’est toute la famille qui ne dort pas'', souligne Hassan Kisra.
Pour ce psychiatre, la fin de l’épidémie ne signera pas la fin de l’impact psychologique du confinement. ''Toutes les études qui ont évalué l’état psychologique des enfants en période de catastrophes, qu’il s’agisse de catastrophes naturelles ou de guerres, sont unanimes sur la souffrance des enfants : ils souffrent autant que les adultes, à ceci près qu’ils parviennent plus à dissimuler les manifestations de l’angoisse'', indique Hassan Kisra.
''Ce sont des enfants et des adolescents qui sont plus susceptibles de développer des troubles de l’humeur et du comportement alimentaire, des dépressions, des conduites addictives, des phobies scolaires ou encore une anxiété de performance'', prévient le psychiatre. Sans compter que l’anxiété des enfants augmente celle des parents, et inversement. C’est donc tout un cercle vicieux qui peut se mettre en place très rapidement, générant ainsi une ''épidémie d’anxiété''.
Les études épidémiologiques réalisées en temps normal, c’est-à-dire hors période de confinement et de Covid, situent à hauteur de 10 à 20% le taux de prévalence des troubles anxieux chez les enfants et adolescents. ''Cette pandémie va provoquer une hausse de la prévalence des problèmes liés à l’anxiété'', prévient également Hassan Ksira. En termes de prise en charge, plusieurs outils thérapeutiques peuvent être utilisés, notamment les thérapies cognitives et comportementales (TCC), efficaces dans le traitement des troubles anxieux.
La particularité des enfants ayant des troubles du spectre autistique
Enfin, il a aussi été question durant ce webinar des enfants ayant un trouble du spectre autistique. ''Cette situation est en inadéquation totale avec les besoins et les attentes d’un enfant ayant des troubles autistiques. Elle est source de frustration, d’anxiété, d’aggravation des comportements stéréotypés'', soutient Soraya Dorhmi, pédopsychiatre et secrétaire générale de l’Association marocaine des psychiatres du secteur public (AMPSP).
Elle recommande aux parents d’expliquer à leurs enfants la situation actuelle, mais de ''ne pas les surcharger avec des explications détaillées, de s’ajuster à leur niveau de compréhension et d’éviter les médias à contenu anxiogène''. Comme nous l’expliquait une psychologue dans notre précédent article sur les conséquences psychologiques du confinement sur les enfants, l’enjeu est aussi de structurer le temps : ''Il faut anticiper les changements dans la routine, prévoir des activités adaptées aux capacités attentionnelles de ces enfants, prendre en compte leur fatigabilité et maintenir des horaires stables'', conclut Soraya Dorhmi.
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