La Samir: Il y a trois ans, le jugement de liquidation

Trois ans après le jugement de liquidation de la Samir, le dossier fait du surplace et on ne décèle aucun facteur d'optimisme. La plus grande liquidation de l'histoire du Maroc a été traitée avec les moyens d'un petit dossier. 

La Samir: Il y a trois ans, le jugement de liquidation

Le 25 mars 2019 à 20:38

Modifié le 26 mars 2019 à 18:32

La Samir a été placée en liquidation le 21 mars 2016. Trois ans plus tard, l’attente et l’incertitude. Aucun élément, ni dans les échos qui nous viennent du tribunal ni - et encore moins - dans l’immobilisme persistant de l’Etat, ne laissent augurer d’une sortie de crise.

Mardi 17 mars 2019, juge-commissaire et contrôleurs se sont réunis pour la 56ème fois depuis l’ouverture du processus de cession (janvier 2017). Pour conclure au même constat qu’il y a deux ans : Des candidats, mais aucun acheteur sérieux. Sauf miracle, la réunion qui aura lieu ce mardi 26 mars, aboutira au même résultat. La Samir en est encore là. Mais jusqu’à quand ?

Le jugement de liquidation avait été assorti d’une période de 3 mois pour permettre la continuité de l’entreprise. Exceptionnellement, ce délai a été prolongé une dizaine de fois. La dernière prolongation court jusqu’à mi avril de cette année.  Au tribunal de commerce de Casablanca, on veut donner tout son temps à la plus grosse faillite de l’histoire du Maroc. L’objectif est de trouver un acheteur à la Samir. La question est de savoir dans quel état cet acheteur trouvera-t-il la raffinerie.

La Samir est un bien périssable. Et le temps ne joue pas en sa faveur. Depuis l’arrêt de l’activité en aout 2015, des efforts ont été déployés afin d’entretenir l’outil de production basé à Mohammedia. Sur décision du juge-commissaire, à la demande du syndic et sous la pression des salariés, des budgets ont été débloqués périodiquement pour la maintenance de l’usine. Le tout, aux frais d’une entreprise dont la situation financière est "irrémédiablement compromise".  

Comment en est-on arrivé là ? La réponse exigerait un livre. Cela étant, la crise de la Samir n’a pas sa genèse dans le jugement de liquidation. L’incendie de 2002 en est une étape importante. Mais la privatisation en 1999 en recelait déjà les prémices. Devait-on céder au privé cette entreprise stratégique? Le choix de l’acquéreur était-il opportun ? Le contrat a-t-il été mal ficelé ?

 La situation actuelle pourrait être le résultat de tous ces facteurs. Une chose est sûre, du côté de l’Etat, on a surtout pêché par un manque de suivi, s’aveuglant plus ou moins sciemment sur la gestion de l’entreprise qui s’est avérée après coup douteuse. Pour ne pas dire véreuse (dividendes fictifs, acquisitions de pétrole au marché noir, fraudes douanières etc.).

La Samir a été jusqu’à récemment, une sorte de microcosme du Maroc économique des années 60- 80. Gestion informelle, gabegie, chiffres approximatifs, voire maquillés, générosité vis-à-vis de l’environnement immédiat, capacité de séduction pouvant mobiliser les loyautés et susciter les silences…

Le gagnant

Un homme est le visage de ce système : Mohammed Al Amoudi. C’est à sa société, Corral Morocco Holding, que la Samir a été cédée par l’Etat. A l’époque, l’homme d’affaires saoudien jouissait d’un statut de milliardaire et avait été accueilli en sauveur. Au Maroc, le désormais ex PDG de la Samir est aujourd’hui traité en banqueroutier fugitif. En Arabie Saoudite, où il s’est retranché quelques semaines avant la liquidation, Al Amoudi a même été dans une situation délicate jusqu’à sa libération en janvier 2019.

C’est pourtant lui le grand gagnant dans cette affaire. L’intéressé a raflé plus qu’il n’a jamais mis dans la raffinerie. Il avait acquis l’entreprise à coup de crédits bancaires. Il a remboursé ces crédits par des dividendes. Ensuite, il s’est approprié les bénéfices qu’il a transférés en devises. La Samir a été achetée grâce aux banques, mais c’est Al Amoudi et ses comparses qui en ont tiré les bénéfices. 

Les perdants

En revanche, on ne compte plus les perdants dans ce dossier, à commencer par les 867 salariés du raffineur. Ils sont les premiers à subir les dommages occasionnés par la chute de leur employeur. Ces trois dernières années, ils ont également été au premier front pour appeler au sauvetage de l’ex fleuron de l’industrie marocaine. Appuyés par la CDT et groupés en front local puis national, les employés de la Samir se sont montrés inlassables en dépit de faibles retours de leur principal interlocuteur, l’Etat.

Inutile de compter les emplois indirects que générait le raffineur. Surtout à Mohammedia, qui, n'a cessé d’essuyer les dégâts collatéraux. Buzichelli Maroc est un exemple, peut-être le plus emblématique, de ces entreprises qui vivaient de la Samir, et qui agonisent aujourd’hui avec elle. Et on parle ici de 270 à 300 employés menacés suite à la mise en liquidation, le 27 septembre 2018, de ce qui fut un mythe de la construction métallique.

Avec 16,7 MMDH rien que pour la dette douanière, l’Etat a lui aussi tout à perdre. Seule une cession au bon prix permettra de recouvrer cette somme qui, pour illustration, correspond à 40% du déficit budgétaire prévu en 2019 (41,4 MMDH).  

La Douane a été très active sur le volet judiciaire. Cette administration a enchaîné les démarches en vue d’un futur recouvrement. Mais en dehors des aspects procéduraux, l'exécutif n’a jamais montré une volonté réelle de sauver le raffineur.

 Sollicité en permanence, le gouvernement a soit fait la sourde oreille, soit s’est réfugié derrière la non-ingérence dans les affaires judiciaires. Remarque : cette supposée non-ingérence n’a pas empêché certains de ses représentants, ministre de l’Energie en l’occurrence, de multiplier les sorties que l’on pourrait facilement qualifier de maladroites.

En bref, on ne reconnaîtra au gouvernement aucun point positif dans cette histoire. Au mieux, il a été inexistant. Au pire, il a fait preuve de complicité passive.

Pour le faire réagir, les arguments ne manquent pourtant pas. "Une réappropriation nationale de l'activité du raffinage revêt un réel intérêt" pour la sécurisation de l’approvisionnement en produits raffinés, pour la concurrence au sein du marché des hydrocarbures, pour les consommateurs et, donc, pour l’économie marocaine. C’est ce qu’a rappelé le Conseil de la concurrence dans son avis publié le 15 février 2019, le premier depuis la réactivation de cette instance constitutionnelle.

Dans cette fâcheuse histoire, il est un chapitre où la responsabilité du gouvernement pourrait bien lui jouer des tours. Le dossier la Samir a généré énormément de litiges. L’Etat est impliqué dans les plus importants. Au Centre international pour le règlement des différents relatifs à l’investissement (CIRDI), le Royaume a fait l’objet de deux requêtes d’arbitrage en liaison avec la Samir.

La première demande a été initiée par Corral Morocco Holding, actionnaire majoritaire de la Samir, la deuxième par le géant américain Carlyle, créancier du raffineur. Les deux pointent du doigt la responsabilité du Royaume. Le premier dans la perte de son investissement, le deuxième dans la perte de sa créance. Ce dernier a d’ores et déjà établi ses prétentions : 3,9 MMDH. Les conflits internationaux sont les plus complexes, et surtout les plus coûteux.

Qui, enfin, pour évoquer les petits porteurs de la Samir ? Ces grands oubliés de la liquidation ont "joué et ont perdu", avait résumé, dans l’une de ses rares sorties médiatiques, le syndic Mohamed El Krimi. Les concernés, eux, disent "avoir été floués" par les principaux actionnaires.

Un grand dossier, de petits moyens 

La Samir a connu successivement deux syndics judiciaires. Le premier a été désigné concomitamment au jugement de liquidation : Mohamed El Krimi a abordé le dossier avec combativité mais a été révoqué (10 mai 2018) après deux ans de fonction. En cause, ses conflits avec les contrôleurs, organes centraux de la procédure.

Mais l’absence d’avancée dans la cession a été le facteur essentiel, quoiqu’officieux, de son éjection. Bien que volontariste, son approche de ce volet a été empreinte de mauvais choix (perte de temps, rupture de confiance avec des candidats, opacité etc.).

Nommé en mai 2018, son successeur Abdelkbir Safadi a tenté d’insuffler une nouvelle dynamique à ce dossier. Ce fonctionnaire du tribunal a d’abord repris contact avec tous les candidats qualifiés de sérieux. C'est-à-dire trois ou quatre investisseurs répertoriés dans une short-list arrêtée par le syndic sortant. Il s’agissait alors de leur impartir un délai au-delà duquel leurs offres deviendraient caduques.

Cette méthode aurait pu porter ses fruits pour un vendeur en position de force. Or, à l’époque, le dossier était déjà dans l’impasse. La pression, elle, était du côté de la Samir. Résultat : Des offres parfois insuffisantes, souvent vides, parfois même fallacieuses. Aujourd’hui, M. Safadi semble dépassé par les événements.

Au final, l’absence d’une banque d’affaires pour mener la vente s’est fait sentir. Aucun road show n’a été effectué. L’évaluation des actifs de la Samir a été effectuée par trois experts assermentés auprès des tribunaux, certes, mais qui n’ont aucun lien avec l’industrie du raffinage. L’un d’eux est un expert en assurance automobile. La Samir, c’est un patrimoine évalué à plus de 21 milliards de DH, composé d’actifs hétéroclites et répartis aux quatre coins du Royaume. On ne vend pas une raffinerie comme on vendrait une voiture d’occasion.

La plus grande liquidation de l’histoire du Maroc a été traitée avec les moyens d’une affaire banale. Juge-commissaire, syndics et contrôleurs ont géré, seuls et pendant trois ans, une affaire où ils devaient jongler entre la cession, les 500 dossiers de vérification de créance et les nombreux litiges qui en ont découlé. 

Litiges grandeur-nature entre la Samir et la Douane, extension de la liquidation aux patrimoines des dirigeants, arbitrages internationaux contre le Maroc, période suspecte contre la BCP… Le dossier la Samir est aussi un ouvrage de droit appliqué. Droit commercial, pénal, civil, administratif, fiscal… Jamais un seul dossier n’a touché à autant de disciplines juridiques à la fois.

Par sa taille, son histoire, son rôle économique et l’importance de la créance en jeu, la Samir est un bien collectif. Elle l’est surtout en raison de son poids symbolique. La Samir, c'est la Mamounia des affaires. 

Pour Médias24, l'affaire Samir a été une cause qui ne devait pas tomber dans l'oubli ni une totale opacité. D'où la médiatisation continue et insistante. Malgré les  redondances. Et même si le pessimisme quant à l’avenir de l’unique raffinerie marocaine devient, jour après jour, de plus en plus fondé.

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La Samir: Il y a trois ans, le jugement de liquidation

Le 26 mars 2019 à08:55

Modifié le 26 mars 2019 à 18:32

Trois ans après le jugement de liquidation de la Samir, le dossier fait du surplace et on ne décèle aucun facteur d'optimisme. La plus grande liquidation de l'histoire du Maroc a été traitée avec les moyens d'un petit dossier. 

La Samir a été placée en liquidation le 21 mars 2016. Trois ans plus tard, l’attente et l’incertitude. Aucun élément, ni dans les échos qui nous viennent du tribunal ni - et encore moins - dans l’immobilisme persistant de l’Etat, ne laissent augurer d’une sortie de crise.

Mardi 17 mars 2019, juge-commissaire et contrôleurs se sont réunis pour la 56ème fois depuis l’ouverture du processus de cession (janvier 2017). Pour conclure au même constat qu’il y a deux ans : Des candidats, mais aucun acheteur sérieux. Sauf miracle, la réunion qui aura lieu ce mardi 26 mars, aboutira au même résultat. La Samir en est encore là. Mais jusqu’à quand ?

Le jugement de liquidation avait été assorti d’une période de 3 mois pour permettre la continuité de l’entreprise. Exceptionnellement, ce délai a été prolongé une dizaine de fois. La dernière prolongation court jusqu’à mi avril de cette année.  Au tribunal de commerce de Casablanca, on veut donner tout son temps à la plus grosse faillite de l’histoire du Maroc. L’objectif est de trouver un acheteur à la Samir. La question est de savoir dans quel état cet acheteur trouvera-t-il la raffinerie.

La Samir est un bien périssable. Et le temps ne joue pas en sa faveur. Depuis l’arrêt de l’activité en aout 2015, des efforts ont été déployés afin d’entretenir l’outil de production basé à Mohammedia. Sur décision du juge-commissaire, à la demande du syndic et sous la pression des salariés, des budgets ont été débloqués périodiquement pour la maintenance de l’usine. Le tout, aux frais d’une entreprise dont la situation financière est "irrémédiablement compromise".  

Comment en est-on arrivé là ? La réponse exigerait un livre. Cela étant, la crise de la Samir n’a pas sa genèse dans le jugement de liquidation. L’incendie de 2002 en est une étape importante. Mais la privatisation en 1999 en recelait déjà les prémices. Devait-on céder au privé cette entreprise stratégique? Le choix de l’acquéreur était-il opportun ? Le contrat a-t-il été mal ficelé ?

 La situation actuelle pourrait être le résultat de tous ces facteurs. Une chose est sûre, du côté de l’Etat, on a surtout pêché par un manque de suivi, s’aveuglant plus ou moins sciemment sur la gestion de l’entreprise qui s’est avérée après coup douteuse. Pour ne pas dire véreuse (dividendes fictifs, acquisitions de pétrole au marché noir, fraudes douanières etc.).

La Samir a été jusqu’à récemment, une sorte de microcosme du Maroc économique des années 60- 80. Gestion informelle, gabegie, chiffres approximatifs, voire maquillés, générosité vis-à-vis de l’environnement immédiat, capacité de séduction pouvant mobiliser les loyautés et susciter les silences…

Le gagnant

Un homme est le visage de ce système : Mohammed Al Amoudi. C’est à sa société, Corral Morocco Holding, que la Samir a été cédée par l’Etat. A l’époque, l’homme d’affaires saoudien jouissait d’un statut de milliardaire et avait été accueilli en sauveur. Au Maroc, le désormais ex PDG de la Samir est aujourd’hui traité en banqueroutier fugitif. En Arabie Saoudite, où il s’est retranché quelques semaines avant la liquidation, Al Amoudi a même été dans une situation délicate jusqu’à sa libération en janvier 2019.

C’est pourtant lui le grand gagnant dans cette affaire. L’intéressé a raflé plus qu’il n’a jamais mis dans la raffinerie. Il avait acquis l’entreprise à coup de crédits bancaires. Il a remboursé ces crédits par des dividendes. Ensuite, il s’est approprié les bénéfices qu’il a transférés en devises. La Samir a été achetée grâce aux banques, mais c’est Al Amoudi et ses comparses qui en ont tiré les bénéfices. 

Les perdants

En revanche, on ne compte plus les perdants dans ce dossier, à commencer par les 867 salariés du raffineur. Ils sont les premiers à subir les dommages occasionnés par la chute de leur employeur. Ces trois dernières années, ils ont également été au premier front pour appeler au sauvetage de l’ex fleuron de l’industrie marocaine. Appuyés par la CDT et groupés en front local puis national, les employés de la Samir se sont montrés inlassables en dépit de faibles retours de leur principal interlocuteur, l’Etat.

Inutile de compter les emplois indirects que générait le raffineur. Surtout à Mohammedia, qui, n'a cessé d’essuyer les dégâts collatéraux. Buzichelli Maroc est un exemple, peut-être le plus emblématique, de ces entreprises qui vivaient de la Samir, et qui agonisent aujourd’hui avec elle. Et on parle ici de 270 à 300 employés menacés suite à la mise en liquidation, le 27 septembre 2018, de ce qui fut un mythe de la construction métallique.

Avec 16,7 MMDH rien que pour la dette douanière, l’Etat a lui aussi tout à perdre. Seule une cession au bon prix permettra de recouvrer cette somme qui, pour illustration, correspond à 40% du déficit budgétaire prévu en 2019 (41,4 MMDH).  

La Douane a été très active sur le volet judiciaire. Cette administration a enchaîné les démarches en vue d’un futur recouvrement. Mais en dehors des aspects procéduraux, l'exécutif n’a jamais montré une volonté réelle de sauver le raffineur.

 Sollicité en permanence, le gouvernement a soit fait la sourde oreille, soit s’est réfugié derrière la non-ingérence dans les affaires judiciaires. Remarque : cette supposée non-ingérence n’a pas empêché certains de ses représentants, ministre de l’Energie en l’occurrence, de multiplier les sorties que l’on pourrait facilement qualifier de maladroites.

En bref, on ne reconnaîtra au gouvernement aucun point positif dans cette histoire. Au mieux, il a été inexistant. Au pire, il a fait preuve de complicité passive.

Pour le faire réagir, les arguments ne manquent pourtant pas. "Une réappropriation nationale de l'activité du raffinage revêt un réel intérêt" pour la sécurisation de l’approvisionnement en produits raffinés, pour la concurrence au sein du marché des hydrocarbures, pour les consommateurs et, donc, pour l’économie marocaine. C’est ce qu’a rappelé le Conseil de la concurrence dans son avis publié le 15 février 2019, le premier depuis la réactivation de cette instance constitutionnelle.

Dans cette fâcheuse histoire, il est un chapitre où la responsabilité du gouvernement pourrait bien lui jouer des tours. Le dossier la Samir a généré énormément de litiges. L’Etat est impliqué dans les plus importants. Au Centre international pour le règlement des différents relatifs à l’investissement (CIRDI), le Royaume a fait l’objet de deux requêtes d’arbitrage en liaison avec la Samir.

La première demande a été initiée par Corral Morocco Holding, actionnaire majoritaire de la Samir, la deuxième par le géant américain Carlyle, créancier du raffineur. Les deux pointent du doigt la responsabilité du Royaume. Le premier dans la perte de son investissement, le deuxième dans la perte de sa créance. Ce dernier a d’ores et déjà établi ses prétentions : 3,9 MMDH. Les conflits internationaux sont les plus complexes, et surtout les plus coûteux.

Qui, enfin, pour évoquer les petits porteurs de la Samir ? Ces grands oubliés de la liquidation ont "joué et ont perdu", avait résumé, dans l’une de ses rares sorties médiatiques, le syndic Mohamed El Krimi. Les concernés, eux, disent "avoir été floués" par les principaux actionnaires.

Un grand dossier, de petits moyens 

La Samir a connu successivement deux syndics judiciaires. Le premier a été désigné concomitamment au jugement de liquidation : Mohamed El Krimi a abordé le dossier avec combativité mais a été révoqué (10 mai 2018) après deux ans de fonction. En cause, ses conflits avec les contrôleurs, organes centraux de la procédure.

Mais l’absence d’avancée dans la cession a été le facteur essentiel, quoiqu’officieux, de son éjection. Bien que volontariste, son approche de ce volet a été empreinte de mauvais choix (perte de temps, rupture de confiance avec des candidats, opacité etc.).

Nommé en mai 2018, son successeur Abdelkbir Safadi a tenté d’insuffler une nouvelle dynamique à ce dossier. Ce fonctionnaire du tribunal a d’abord repris contact avec tous les candidats qualifiés de sérieux. C'est-à-dire trois ou quatre investisseurs répertoriés dans une short-list arrêtée par le syndic sortant. Il s’agissait alors de leur impartir un délai au-delà duquel leurs offres deviendraient caduques.

Cette méthode aurait pu porter ses fruits pour un vendeur en position de force. Or, à l’époque, le dossier était déjà dans l’impasse. La pression, elle, était du côté de la Samir. Résultat : Des offres parfois insuffisantes, souvent vides, parfois même fallacieuses. Aujourd’hui, M. Safadi semble dépassé par les événements.

Au final, l’absence d’une banque d’affaires pour mener la vente s’est fait sentir. Aucun road show n’a été effectué. L’évaluation des actifs de la Samir a été effectuée par trois experts assermentés auprès des tribunaux, certes, mais qui n’ont aucun lien avec l’industrie du raffinage. L’un d’eux est un expert en assurance automobile. La Samir, c’est un patrimoine évalué à plus de 21 milliards de DH, composé d’actifs hétéroclites et répartis aux quatre coins du Royaume. On ne vend pas une raffinerie comme on vendrait une voiture d’occasion.

La plus grande liquidation de l’histoire du Maroc a été traitée avec les moyens d’une affaire banale. Juge-commissaire, syndics et contrôleurs ont géré, seuls et pendant trois ans, une affaire où ils devaient jongler entre la cession, les 500 dossiers de vérification de créance et les nombreux litiges qui en ont découlé. 

Litiges grandeur-nature entre la Samir et la Douane, extension de la liquidation aux patrimoines des dirigeants, arbitrages internationaux contre le Maroc, période suspecte contre la BCP… Le dossier la Samir est aussi un ouvrage de droit appliqué. Droit commercial, pénal, civil, administratif, fiscal… Jamais un seul dossier n’a touché à autant de disciplines juridiques à la fois.

Par sa taille, son histoire, son rôle économique et l’importance de la créance en jeu, la Samir est un bien collectif. Elle l’est surtout en raison de son poids symbolique. La Samir, c'est la Mamounia des affaires. 

Pour Médias24, l'affaire Samir a été une cause qui ne devait pas tomber dans l'oubli ni une totale opacité. D'où la médiatisation continue et insistante. Malgré les  redondances. Et même si le pessimisme quant à l’avenir de l’unique raffinerie marocaine devient, jour après jour, de plus en plus fondé.

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