Le programme de financement Intelaka éclipsé par la crise et les produits Relance

Lancé en grande pompe en début d'année avec de grandes ambitions pour encourager l’entrepreneuriat, le programme de financement Intelaka a vite été éclipsé par la crise sanitaire qui s’est installée dans la durée. Où en est ce programme ?

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Le programme de financement Intelaka éclipsé par la crise et les produits Relance

Le 08 septembre 2020 à 18:19

Modifié le 08 septembre 2020 à 20:56

Le gouvernement avait de grandes ambitions pour le programme intégré d'appui et de financement des entreprises, Intelaka, lancé sur initiative royale en février 2020.

Le programme cible les jeunes diplômés, les auto-entrepreneurs, les micro-entreprises et les TPE, les entreprises exportatrices notamment vers l’Afrique, avec des conditions de financement très avantageuses. Un financement intelaka peut aller jusqu’à 1,2 MDH, avec un taux fixe de 2% HT pour l’urbain et 1,75% HT pour le rural, garantis par la CCG à hauteur de 80%. Les bénéficiaires sont les entrepreneurs qui veulent créer leur entreprise ou ayant une entreprise qui n’a pas plus de 5 ans et un chiffre d’affaires qui ne dépasse pas 10 MDH.

Il était attendu que ce programme contribue annuellement à la création d'environ 27.000 nouveaux postes d'emploi et à l'accompagnement par le secteur bancaire de 13.500 entreprises supplémentaires.

Mais il semble que le programme soit relégué au second plan. Un peu plus d’un mois après son lancement, le Maroc est frappé par l’épidémie de la Covid-19 et déclare l’Etat d’urgence sanitaire et le confinement dans la foulée. Deux événements qui donnent un coup de frein sec à toute l’économie marocaine, y compris le programme Intelaka qui était sur une bonne lancée. 4.400 crédits et 620 MDH ont été accordés en deux mois ce qui donne un crédit moyen par emprunteur d'un peu plus de 140.000 DH.

Intelaka ou relance, la priorité à la relance

Qu’en est-il aujourd'hui ? Le programme a-t-il redémarré ? « Il n'a jamais réellement été arrêté », nous répond une source bancaire.

En effet, il n’y a jamais eu un arrêt officiel du programme, mais plutôt une suspension officieuse d’autant plus que durant le confinement, le gouvernement s’est empressé de lancer le produit Damane Oxygène pour permettre aux entreprises impactées de survivre. Les moyens disponibles ont donc été réorientés pour faire face à la crise.

Depuis, on n'entend plus parler du programme Intelaka, mais des produits Damane Oxygène et par la suite Damane Relance. Même les publicités des banques sont toutes orientées vers ces programmes lancés pendant la crise. Ce que nous confirme une source bancaire. « La production de crédits depuis le début de la crise est essentiellement concentrée sur les programmes phares gouvernementaux », nous assure notre source. « Même macro-économiquement, il est plus important de sauver les emplois existants et les entreprises qui souffrent que stimuler l'auto-entrepreneuriat. Il faut bien sûr faire tout à la fois, mais avoir des priorités en période de crise est essentiel pour ne pas saupoudrer », ajoute-t-il.

Dans le cadre du dispositif Oxgène, 17 MMDH ont été servis à 45.000 entreprises. Ce dispositif a été remplacé par Damane Relance après la levée du confinement le 10 juin dernier. A date, la production relative aux produits Damane Relance et Relance TPE a atteint 22,4 milliards de DH en faveur de 15.183 entreprises en deux mois et demi.

Aussi, la priorité actuellement est bien claire, sauver ce qui peut l’être du tissu économique. « Nous avons devant nous des risques de récession longue. Il est impératif de préserver notre tissu économique, nos emplois et attendre la reprise de la consommation et de l'investissement (que beaucoup d'autres pays ont choisi aussi de stimuler de manière volontariste) », analyse un haut cadre bancaire.

En plus, « sur le plan micro, les conditions commerciales de toute l'offre de financement se sont améliorées suite aux décisions monétaires, donc pas de priorité particulière de l'un des produits par rapport à tous les autres. On ne peut pas forcer un agent économique à emprunter s'il n'a pas de besoins d'investissement ou de consommation. Un bon dossier Intelaka sera instruit avec la même bienveillance aujourd'hui qu'il y a 6 mois », poursuit notre interlocuteur.

Cela dit, même s’il est évident que les efforts du secteur bancaire sont actuellement orientés vers les produits relance pour amorcer la reprise de notre économie, l’offre Intelaka est logiquement toujours disponible au niveau du réseau bancaire. Encore faut-il que la demande soit au rendez-vous.

La demande est faible

Mais selon nos sources, « la demande en général est faible ». Il y a une mécanique récessionniste en cours que notre interlocuteur illustre ainsi : "Je souffre ou je suis inquiet, donc je réduis mes dépenses (ou mes charges ou mes investissements), donc je crée pour mes fournisseurs une baisse du chiffre d'affaires ou une perspective de baisse, et eux aussi commencent à souffrir et à s'inquiéter... Sans parler des risques de contrepartie quand certaines entreprises font des défauts de paiement : on restreint le crédit inter-entreprise pour les entreprises qui n'ont pas accès au crédit (car surendettées) donc on les pousse à arrêter leur activité. Ce cercle vicieux doit être brisé. Le crédit seul ne le brise pas"

"Le sujet de la visibilité et donc de la stimulation de la consommation et de l'investissement est essentiel. La dette n'est pas la solution pour tout le monde: certaines entreprises étaient déjà surendettées avant la crise. Il faut réduire de manière volontariste les crédits inter-entreprises et fournir des instruments de renforcement des fonds propres pas trop dilutifs pour les actionnaires", conclut notre notre source.

Le programme de financement Intelaka éclipsé par la crise et les produits Relance

Le 08 septembre 2020 à18:18

Modifié le 08 septembre 2020 à 20:56

Lancé en grande pompe en début d'année avec de grandes ambitions pour encourager l’entrepreneuriat, le programme de financement Intelaka a vite été éclipsé par la crise sanitaire qui s’est installée dans la durée. Où en est ce programme ?

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Le gouvernement avait de grandes ambitions pour le programme intégré d'appui et de financement des entreprises, Intelaka, lancé sur initiative royale en février 2020.

Le programme cible les jeunes diplômés, les auto-entrepreneurs, les micro-entreprises et les TPE, les entreprises exportatrices notamment vers l’Afrique, avec des conditions de financement très avantageuses. Un financement intelaka peut aller jusqu’à 1,2 MDH, avec un taux fixe de 2% HT pour l’urbain et 1,75% HT pour le rural, garantis par la CCG à hauteur de 80%. Les bénéficiaires sont les entrepreneurs qui veulent créer leur entreprise ou ayant une entreprise qui n’a pas plus de 5 ans et un chiffre d’affaires qui ne dépasse pas 10 MDH.

Il était attendu que ce programme contribue annuellement à la création d'environ 27.000 nouveaux postes d'emploi et à l'accompagnement par le secteur bancaire de 13.500 entreprises supplémentaires.

Mais il semble que le programme soit relégué au second plan. Un peu plus d’un mois après son lancement, le Maroc est frappé par l’épidémie de la Covid-19 et déclare l’Etat d’urgence sanitaire et le confinement dans la foulée. Deux événements qui donnent un coup de frein sec à toute l’économie marocaine, y compris le programme Intelaka qui était sur une bonne lancée. 4.400 crédits et 620 MDH ont été accordés en deux mois ce qui donne un crédit moyen par emprunteur d'un peu plus de 140.000 DH.

Intelaka ou relance, la priorité à la relance

Qu’en est-il aujourd'hui ? Le programme a-t-il redémarré ? « Il n'a jamais réellement été arrêté », nous répond une source bancaire.

En effet, il n’y a jamais eu un arrêt officiel du programme, mais plutôt une suspension officieuse d’autant plus que durant le confinement, le gouvernement s’est empressé de lancer le produit Damane Oxygène pour permettre aux entreprises impactées de survivre. Les moyens disponibles ont donc été réorientés pour faire face à la crise.

Depuis, on n'entend plus parler du programme Intelaka, mais des produits Damane Oxygène et par la suite Damane Relance. Même les publicités des banques sont toutes orientées vers ces programmes lancés pendant la crise. Ce que nous confirme une source bancaire. « La production de crédits depuis le début de la crise est essentiellement concentrée sur les programmes phares gouvernementaux », nous assure notre source. « Même macro-économiquement, il est plus important de sauver les emplois existants et les entreprises qui souffrent que stimuler l'auto-entrepreneuriat. Il faut bien sûr faire tout à la fois, mais avoir des priorités en période de crise est essentiel pour ne pas saupoudrer », ajoute-t-il.

Dans le cadre du dispositif Oxgène, 17 MMDH ont été servis à 45.000 entreprises. Ce dispositif a été remplacé par Damane Relance après la levée du confinement le 10 juin dernier. A date, la production relative aux produits Damane Relance et Relance TPE a atteint 22,4 milliards de DH en faveur de 15.183 entreprises en deux mois et demi.

Aussi, la priorité actuellement est bien claire, sauver ce qui peut l’être du tissu économique. « Nous avons devant nous des risques de récession longue. Il est impératif de préserver notre tissu économique, nos emplois et attendre la reprise de la consommation et de l'investissement (que beaucoup d'autres pays ont choisi aussi de stimuler de manière volontariste) », analyse un haut cadre bancaire.

En plus, « sur le plan micro, les conditions commerciales de toute l'offre de financement se sont améliorées suite aux décisions monétaires, donc pas de priorité particulière de l'un des produits par rapport à tous les autres. On ne peut pas forcer un agent économique à emprunter s'il n'a pas de besoins d'investissement ou de consommation. Un bon dossier Intelaka sera instruit avec la même bienveillance aujourd'hui qu'il y a 6 mois », poursuit notre interlocuteur.

Cela dit, même s’il est évident que les efforts du secteur bancaire sont actuellement orientés vers les produits relance pour amorcer la reprise de notre économie, l’offre Intelaka est logiquement toujours disponible au niveau du réseau bancaire. Encore faut-il que la demande soit au rendez-vous.

La demande est faible

Mais selon nos sources, « la demande en général est faible ». Il y a une mécanique récessionniste en cours que notre interlocuteur illustre ainsi : "Je souffre ou je suis inquiet, donc je réduis mes dépenses (ou mes charges ou mes investissements), donc je crée pour mes fournisseurs une baisse du chiffre d'affaires ou une perspective de baisse, et eux aussi commencent à souffrir et à s'inquiéter... Sans parler des risques de contrepartie quand certaines entreprises font des défauts de paiement : on restreint le crédit inter-entreprise pour les entreprises qui n'ont pas accès au crédit (car surendettées) donc on les pousse à arrêter leur activité. Ce cercle vicieux doit être brisé. Le crédit seul ne le brise pas"

"Le sujet de la visibilité et donc de la stimulation de la consommation et de l'investissement est essentiel. La dette n'est pas la solution pour tout le monde: certaines entreprises étaient déjà surendettées avant la crise. Il faut réduire de manière volontariste les crédits inter-entreprises et fournir des instruments de renforcement des fonds propres pas trop dilutifs pour les actionnaires", conclut notre notre source.

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