Le secteur du textile et de l'habillement toujours mal en point

Les industriels ont du mal à sortir la tête de l’eau. Le marché local est quasiment à l'arrêt alors qu'à l'export le Maroc a perdu des places par rapport à ses concurrents. Il est encore tôt de parler de reprise.

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Le secteur du textile et de l'habillement toujours mal en point

Le 17 septembre 2020 à 18:50

Modifié le 17 septembre 2020 à 22:06

Les textiliens traversent une mauvaise passe sur la majorité des segments, hormis certains comme le textile technique dont les opérateurs ont pu tirer leur épingle du jeu. Il est clair que l’impact varie d’un opérateur à un autre et d’un segment à un autre.

Cependant, pour les acteurs interrogés par Médias24, on ne peut pas encore parler de reprise. « Sur le marché local, c’est le calme plat pour toutes les activités. Il n’y a pas de reprise. La situation est très compliquée pour nous et pour nos clients. Nous enregistrons un net recul. Il y a moins de pouvoir d’achat et puis le textile n’est pas une priorité pour les gens en temps de crise », témoigne cet industriel dont le groupe opère sur plusieurs segments que ce soit sur le marché local ou à l’export.

La baisse dépasse 50% sur le marché local

Les estimations de baisse sont difficiles sur le marché local où une bonne partie de l’activité s'opère dans l’informel, mais selon notre source active sur le circuit structuré et traditionnel, « la baisse dépasse les 50% ». « Il n’y a qu’à voir les galeries commerçantes, les kissariat,… il n’y a pas beaucoup d’activité. L’argent ne circule pas », détaille notre source.

Ce constat est partagé par cet industriel/retailer dans le prêt-à-porter. « Les acteurs souffrent d’un surstock, d’une suroffre, d’une sous-consommation et d’un manque de visibilité », commente-t-il. Ce dernier partage avec nous des statistiques propres aux enseignes du retail, tous secteurs confondus.

« La consommation a fortement baissé. En comparaison avec la même période en 2019, le mois de juillet a enregistré une baisse de 6%. Celle-ci reste acceptable contrairement à celle enregistrée à la fin du mois d’août. La baisse enregistrée est de 25%. Le mois de septembre démarre de façon catastrophique et s’annonce plus mauvais que le mois passé », confie notre interlocuteur.  

A l’intérieur de ces chiffres, les segments Textile font des performances différentes. « Quand le prêt-à-porter féminin enregistre une baisse de 30%, les articles de sport font +17% », poursuit notre source.

Pour un des industriels sondés, « à la fin du confinement, il y a eu un mouvement de revenge shopping, une sorte d’effet de rattrapage dans les achats notamment textile mais qui n’a pas suffi pour compenser les pertes cumulées ».

Un fait que confirme cet autre opérateur textile. « Il y a eu une reprise au cours du mois de juillet jusqu'à début août avant que cette reprise ne s’estompe après les décisions impromptues annoncées avant la fête du Sacrifice. Les gens ont perdu confiance. Sans confiance, les familles préfèrent limiter leurs dépenses à l’essentiel. Le textile passe donc à la 10ème position », commente notre interlocuteur.

La fermeture des villes, les décisions de confinement des quartiers, les mesures de restriction des déplacements ou de couvre-feu créent un climat de défiance qui pousse les populations à reporter leurs achats en attendant des jours meilleurs. Ce qui n’est pas pour arranger la situation du marché local du textile.

Chute d'au moins 30% à l'export

A l’export, les chiffres ne sont pas meilleurs. Les cinq premiers mois de l’année 2020 se sont soldés par la baisse des exportations marocaines d’habillement vers l’Union Européenne (principale client du Maroc) de 42% par rapport à la même période de 2019 (Eurostat).

Selon les statistiques de l'Office des changes marocain, les exportations Textile et Cuir (tous marchés confondus) des sept premiers mois de 2020 ont enregistré une baisse de 29,5% soit 15,8 MMDH contre plus de 22,5 MMDH en 2019. Le segment des vêtements confectionnés réalise la baisse la plus importante, soit -34,7% (-5 MMDH). 

"Il y a eu un arrêt d'activité pendant le confinement, les donneurs d'ordres mondiaux et spécialement les clients du Maroc traversent une mauvaise passe. La situation reste globalement difficile. Pour notre groupe, nous sentons une légère reprise notamment chez les opérateurs du net. Pour rester positifs, disons qu'aujourd'hui est mieux qu'hier", témoigne cet exportateur qui opère sur les marché MENA et européen. 

Le son de cloche est différent chez cet autre exportateur. "Ce premier semestre a été géré de manière négative. Nous avons envoyé de mauvais signaux qui nous ont fait perdre des places". En effet, plusieurs fournisseurs de l'UE ont enregistré des baisses, mais celle du Maroc figure parmi les pires performances. La Chine, supposée perdre d'importantes parts de marché suite à la crise de confiance et la décision de plusieurs pays de redéfinir et rapprocher leur politique de sourcing, limité la baisse de ses exportations à 11%.

Comment expliquer ces chiffres catastrophiques ? "Au moment du déconfinement, les positions ont été hésitantes. il y avait un important manque de visibilité. Les donneurs d'ordre ne pouvaient plus se déplacer au Maroc pour voir leur sous-traitants, vérifier la qualité des marchandises, vérifier la conformité des commandes ... un travail qui doit se faire essentiellement en présentiel. Il y a eu aussi des arrêts d'usines à cause des cas de contaminations, ce qui a nuit à l'activité de ceux qui avaient des commandes. Ils ont eu du mal à honorer leurs engagements et ont fatalement perdu des parts de marché", explique cet exportateur. 

Qu'en est-il alors des exportations des produits sanitaires comme les masques, les blouses,...? N'ont-ils pas permis de compenser la baisse ? La réponse des acteurs est mitigée. "Si nous n'avons fait que -42%, c'est qu'il y a une compensation des produits sanitaires. Sans ces exportations, peut-être que la baisse aurait été plus importante", analyse cet acteur qui opère dans le segment du textile technique où il dit que "l'activité se porte bien". "Dans tout ce qui se rapport à l’automobile, l’agriculture, le packaging, les produits sanitaires,… le Maroc s’en sort bien sur le marché local et à l'export. On a pris une bonne tangente avec l’appui des autorités et du marché », confie cet acteur présent sur le segment de l’habillement et celui du textile technique et dont le rendement de ce dernier segment a permis à son groupe de garder un certain équilibre.

Un avis que ne partage pas cet autre exportateur. "Pour moi, les masques sont une opportunité ratée. Au début, où il y avait des millions de commandes, le Maroc interdisait l'export. Quand l'exportation a été autorisé, les autres producteurs s'étaient déjà positionnés. Donc nous avons raté l'essentiel". "Je ne pense pas que les exportations ont pu impacter fortement les chiffres, parce qu'à la fin le textile technique et les produits sanitaires ne représentent pas énormément dans l'ensemble. D'ailleurs, certains acteurs ont produit des masques et ont eu du mal à écouler", poursuit notre interlocuteur. 

Lire aussi : Coronavirus : Les exportateurs marocains naviguent à vue

Le secteur du textile et de l'habillement toujours mal en point

Le 17 septembre 2020 à18:50

Modifié le 17 septembre 2020 à 22:06

Les industriels ont du mal à sortir la tête de l’eau. Le marché local est quasiment à l'arrêt alors qu'à l'export le Maroc a perdu des places par rapport à ses concurrents. Il est encore tôt de parler de reprise.

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Les textiliens traversent une mauvaise passe sur la majorité des segments, hormis certains comme le textile technique dont les opérateurs ont pu tirer leur épingle du jeu. Il est clair que l’impact varie d’un opérateur à un autre et d’un segment à un autre.

Cependant, pour les acteurs interrogés par Médias24, on ne peut pas encore parler de reprise. « Sur le marché local, c’est le calme plat pour toutes les activités. Il n’y a pas de reprise. La situation est très compliquée pour nous et pour nos clients. Nous enregistrons un net recul. Il y a moins de pouvoir d’achat et puis le textile n’est pas une priorité pour les gens en temps de crise », témoigne cet industriel dont le groupe opère sur plusieurs segments que ce soit sur le marché local ou à l’export.

La baisse dépasse 50% sur le marché local

Les estimations de baisse sont difficiles sur le marché local où une bonne partie de l’activité s'opère dans l’informel, mais selon notre source active sur le circuit structuré et traditionnel, « la baisse dépasse les 50% ». « Il n’y a qu’à voir les galeries commerçantes, les kissariat,… il n’y a pas beaucoup d’activité. L’argent ne circule pas », détaille notre source.

Ce constat est partagé par cet industriel/retailer dans le prêt-à-porter. « Les acteurs souffrent d’un surstock, d’une suroffre, d’une sous-consommation et d’un manque de visibilité », commente-t-il. Ce dernier partage avec nous des statistiques propres aux enseignes du retail, tous secteurs confondus.

« La consommation a fortement baissé. En comparaison avec la même période en 2019, le mois de juillet a enregistré une baisse de 6%. Celle-ci reste acceptable contrairement à celle enregistrée à la fin du mois d’août. La baisse enregistrée est de 25%. Le mois de septembre démarre de façon catastrophique et s’annonce plus mauvais que le mois passé », confie notre interlocuteur.  

A l’intérieur de ces chiffres, les segments Textile font des performances différentes. « Quand le prêt-à-porter féminin enregistre une baisse de 30%, les articles de sport font +17% », poursuit notre source.

Pour un des industriels sondés, « à la fin du confinement, il y a eu un mouvement de revenge shopping, une sorte d’effet de rattrapage dans les achats notamment textile mais qui n’a pas suffi pour compenser les pertes cumulées ».

Un fait que confirme cet autre opérateur textile. « Il y a eu une reprise au cours du mois de juillet jusqu'à début août avant que cette reprise ne s’estompe après les décisions impromptues annoncées avant la fête du Sacrifice. Les gens ont perdu confiance. Sans confiance, les familles préfèrent limiter leurs dépenses à l’essentiel. Le textile passe donc à la 10ème position », commente notre interlocuteur.

La fermeture des villes, les décisions de confinement des quartiers, les mesures de restriction des déplacements ou de couvre-feu créent un climat de défiance qui pousse les populations à reporter leurs achats en attendant des jours meilleurs. Ce qui n’est pas pour arranger la situation du marché local du textile.

Chute d'au moins 30% à l'export

A l’export, les chiffres ne sont pas meilleurs. Les cinq premiers mois de l’année 2020 se sont soldés par la baisse des exportations marocaines d’habillement vers l’Union Européenne (principale client du Maroc) de 42% par rapport à la même période de 2019 (Eurostat).

Selon les statistiques de l'Office des changes marocain, les exportations Textile et Cuir (tous marchés confondus) des sept premiers mois de 2020 ont enregistré une baisse de 29,5% soit 15,8 MMDH contre plus de 22,5 MMDH en 2019. Le segment des vêtements confectionnés réalise la baisse la plus importante, soit -34,7% (-5 MMDH). 

"Il y a eu un arrêt d'activité pendant le confinement, les donneurs d'ordres mondiaux et spécialement les clients du Maroc traversent une mauvaise passe. La situation reste globalement difficile. Pour notre groupe, nous sentons une légère reprise notamment chez les opérateurs du net. Pour rester positifs, disons qu'aujourd'hui est mieux qu'hier", témoigne cet exportateur qui opère sur les marché MENA et européen. 

Le son de cloche est différent chez cet autre exportateur. "Ce premier semestre a été géré de manière négative. Nous avons envoyé de mauvais signaux qui nous ont fait perdre des places". En effet, plusieurs fournisseurs de l'UE ont enregistré des baisses, mais celle du Maroc figure parmi les pires performances. La Chine, supposée perdre d'importantes parts de marché suite à la crise de confiance et la décision de plusieurs pays de redéfinir et rapprocher leur politique de sourcing, limité la baisse de ses exportations à 11%.

Comment expliquer ces chiffres catastrophiques ? "Au moment du déconfinement, les positions ont été hésitantes. il y avait un important manque de visibilité. Les donneurs d'ordre ne pouvaient plus se déplacer au Maroc pour voir leur sous-traitants, vérifier la qualité des marchandises, vérifier la conformité des commandes ... un travail qui doit se faire essentiellement en présentiel. Il y a eu aussi des arrêts d'usines à cause des cas de contaminations, ce qui a nuit à l'activité de ceux qui avaient des commandes. Ils ont eu du mal à honorer leurs engagements et ont fatalement perdu des parts de marché", explique cet exportateur. 

Qu'en est-il alors des exportations des produits sanitaires comme les masques, les blouses,...? N'ont-ils pas permis de compenser la baisse ? La réponse des acteurs est mitigée. "Si nous n'avons fait que -42%, c'est qu'il y a une compensation des produits sanitaires. Sans ces exportations, peut-être que la baisse aurait été plus importante", analyse cet acteur qui opère dans le segment du textile technique où il dit que "l'activité se porte bien". "Dans tout ce qui se rapport à l’automobile, l’agriculture, le packaging, les produits sanitaires,… le Maroc s’en sort bien sur le marché local et à l'export. On a pris une bonne tangente avec l’appui des autorités et du marché », confie cet acteur présent sur le segment de l’habillement et celui du textile technique et dont le rendement de ce dernier segment a permis à son groupe de garder un certain équilibre.

Un avis que ne partage pas cet autre exportateur. "Pour moi, les masques sont une opportunité ratée. Au début, où il y avait des millions de commandes, le Maroc interdisait l'export. Quand l'exportation a été autorisé, les autres producteurs s'étaient déjà positionnés. Donc nous avons raté l'essentiel". "Je ne pense pas que les exportations ont pu impacter fortement les chiffres, parce qu'à la fin le textile technique et les produits sanitaires ne représentent pas énormément dans l'ensemble. D'ailleurs, certains acteurs ont produit des masques et ont eu du mal à écouler", poursuit notre interlocuteur. 

Lire aussi : Coronavirus : Les exportateurs marocains naviguent à vue

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