"Les drogues expliquées à mes enfants", un livre pour sensibiliser avec la pédagogie

Imane Kendili, psychiatre et addictologue, publie la deuxième édition de son ouvrage "Les drogues expliquées à mes enfants". Un livre de prévention et de sensibilisation qui tombe à point nommé, alors que le contexte qui prévaut depuis près d’un an a largement contribué à renforcer certaines addictions, comportementales notamment.

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Le 17 février 2021 à 16:26

Modifié le 17 février 2021 à 19:13

C’est dans un contexte propice à l’aggravation des addictions que la psychiatre et addictologue Imane Kendili publie la deuxième édition de son livre, "Les drogues expliquées à mes enfants" (Orions Editions), disponible en français, en arabe et bientôt en anglais. La première était sortie en novembre 2019.

Près d’un an après l’apparition de la crise sanitaire, l’entrée en vigueur d’un confinement de trois mois et la mise en place du modèle d’enseignement hybride, Imane Kendili constate que ces trois facteurs ont été (pour le confinement), et sont toujours (pour l’enseignement hybride), des facteurs à risque pour les enfants et adolescents qui, avant cette période, présentaient déjà des fragilités psychologiques et des addictions naissantes, notamment aux écrans. Le chamboulement, voire la perte, des repères sociaux et spatiaux-temporaux a rompu le fragile équilibre des personnes sujettes à des addictions, aussi bien à des produits qu’à des comportements, nous avait-elle expliqué en avril 2020, alors en plein confinement.

Elle nous le redit encore aujourd’hui : "Le fait que les enfants et adolescents soient amenés à passer plus de temps chez eux en raison de l’enseignement à distance a largement contribué à renforcer les addictions et les troubles du comportement. Certains adolescents sont complètement désinsérés et les parents, dépassés, ne savent plus comment les cadrer. Les écrans, par exemple, offrent un plaisir immédiat sans aucun travail neuronal." Autant dire que la publication de cette deuxième édition n’est donc pas fortuite.

Des facteurs propices aux risques de dépendance

"C’est un livre de prévention et de sensibilisation pour que les parents, les enseignants et les adolescents eux-mêmes puissent parler de consommation de drogue et n’entretiennent pas de fausses croyances. Le livre est très simplifié pour parler de sujets tabous comme il y en a beaucoup au Maroc. J’ai dédié ce livre à mes enfants : j’y parle de drogues comme je le ferais avec mes propres enfants", explique Imane Kendili.

Elle y explique ce que sont les drogues, notamment le sucre, les écrans, le cannabis, le tabac, l’alcool, la LSD, la cocaïne, l’ecstasy et même le Red Bull, qui contient de la taurine, ainsi que leurs effets sur le cerveau. Les dernières pages de l’ouvrage sont consacrées aux parents : elles expliquent ce qu’est un cerveau dépendant et soulignent l’importance de la valorisation et de l’estime de soi, mais aussi de l’autonomie chez les plus jeunes.

"Au Maroc, les enfants sont encore très assistés. Il est fréquent d’en rencontrer qui, à l’âge de sept ou huit ans, ne se douchent et ne s’habillent pas seuls. Cela pose la question de la dépendance et de la non dépendance. Il y a effectivement une corrélation entre la dépendance en termes d’autonomie, qui devient une dépendance cérébrale et peut se muer en une dépendance à des substances. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la relation maternelle première, au sens psychanalytique, est avant tout une relation de dépendance ; une relation fusionnelle qui, si elle n’est pas régulée, peut constituer un terrain fertile aux addictions. Les parents qui répondent constamment et instantanément aux besoins de l’enfant en font un individu fragile et plus enclin à développer des addictions. Ce sont aussi des enfants qui n’ont pas été habitués à développer des stratégies de résilience et de résolution des problèmes, et qui ne savent pas, ou peu, se fixer eux-mêmes des lignes rouges parce qu’ils ont toujours été entourés d’adultes qui assuraient, pour eux, à leur place, le filet de sécurité. Une fois adultes, ces enfants sont psychiquement immatures, moins résilients, moins aptes à se protéger, et surtout avides de plaisirs immédiats qui peuvent les conduire à développer des comportements addictifs. La drogue, c’est un peu comme un biberon : dès qu’un problème apparaît, le cerveau dépendant va faire taire la difficulté en la dépassant par des solutions faciles et instantanées", explique Imane Kendili.

A l’adolescence, ces mêmes parents sont parfois désarmés face à certaines croyances tenaces et erronées, auxquelles ils ne savent pas quoi répondre. "Le cannabis, c’est une drogue douce", entend-t-on souvent dire de la part de jeunes (et moins jeunes) qui en minimisent les effets. Or pour Imane Kendili, cette distinction entre "drogues douces" et "drogues dures" n’est absolument pas pertinente. "La consommation de cannabis, plus encore au Maroc où son contenu est un peu anarchique, peut provoquer des maladies mentales comme la bipolarité et la schizophrénie. Le cannabis s’est beaucoup démocratisé chez les jeunes ; c’est la raison pour laquelle nous faisons beaucoup de prévention et de sensibilisation, en particulier dans les établissements scolaires, afin qu’ils mettent en place leurs propres limites."

Des changements timides mais encourageants

Parmi les facteurs de risque, Imane Kendili cite le terrain génétique, surtout lorsqu’il y a des problèmes d’addiction dans la famille, les comorbidités (l’anxiété ou les troubles de l’hyperactivité) et les facteurs environnementaux. "La stabilité familiale, le système de résilience, la socialisation positive sont autant d’outils à développer pour que l’enfant puisse lui-même disposer de ses propres outils de résilience", souligne la psychiatre. Et d’ajouter : "La prise en charge passe par un réajustement psychothérapeutique et un recadrage cognitif. L’adolescence est une période propice à la recherche de nouvelles familles de valorisation, de transition et d’appartenance. Or lorsqu’il n’y a rien qui vienne remplir le vide (la nature en ayant horreur), comme les activités sportives ou culturelles, et donc socialisantes, les adolescents se démarquent différemment, par la délinquance, la drogue ou l’agressivité."

Depuis quelques années, Imane Kendili observe des changements timides mais encourageants en matière de perception des addictions : "Il y a six ou sept ans, parler d’addiction aux jeux vidéos au Maroc, c’était impensable. Parler d’enfants violents à 13, 14 ans, parce qu’ils passaient leur temps à jouer sur les écrans et devenaient parfois extrêmement violents lorsqu’ils en étaient privés, c’était impensable également. Les choses changent, donc, même si beaucoup reste encore à faire."

"Les drogues expliquées à mes enfants", un livre pour sensibiliser avec la pédagogie

Le 17 février 2021 à16:34

Modifié le 17 février 2021 à 19:13

Imane Kendili, psychiatre et addictologue, publie la deuxième édition de son ouvrage "Les drogues expliquées à mes enfants". Un livre de prévention et de sensibilisation qui tombe à point nommé, alors que le contexte qui prévaut depuis près d’un an a largement contribué à renforcer certaines addictions, comportementales notamment.

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C’est dans un contexte propice à l’aggravation des addictions que la psychiatre et addictologue Imane Kendili publie la deuxième édition de son livre, "Les drogues expliquées à mes enfants" (Orions Editions), disponible en français, en arabe et bientôt en anglais. La première était sortie en novembre 2019.

Près d’un an après l’apparition de la crise sanitaire, l’entrée en vigueur d’un confinement de trois mois et la mise en place du modèle d’enseignement hybride, Imane Kendili constate que ces trois facteurs ont été (pour le confinement), et sont toujours (pour l’enseignement hybride), des facteurs à risque pour les enfants et adolescents qui, avant cette période, présentaient déjà des fragilités psychologiques et des addictions naissantes, notamment aux écrans. Le chamboulement, voire la perte, des repères sociaux et spatiaux-temporaux a rompu le fragile équilibre des personnes sujettes à des addictions, aussi bien à des produits qu’à des comportements, nous avait-elle expliqué en avril 2020, alors en plein confinement.

Elle nous le redit encore aujourd’hui : "Le fait que les enfants et adolescents soient amenés à passer plus de temps chez eux en raison de l’enseignement à distance a largement contribué à renforcer les addictions et les troubles du comportement. Certains adolescents sont complètement désinsérés et les parents, dépassés, ne savent plus comment les cadrer. Les écrans, par exemple, offrent un plaisir immédiat sans aucun travail neuronal." Autant dire que la publication de cette deuxième édition n’est donc pas fortuite.

Des facteurs propices aux risques de dépendance

"C’est un livre de prévention et de sensibilisation pour que les parents, les enseignants et les adolescents eux-mêmes puissent parler de consommation de drogue et n’entretiennent pas de fausses croyances. Le livre est très simplifié pour parler de sujets tabous comme il y en a beaucoup au Maroc. J’ai dédié ce livre à mes enfants : j’y parle de drogues comme je le ferais avec mes propres enfants", explique Imane Kendili.

Elle y explique ce que sont les drogues, notamment le sucre, les écrans, le cannabis, le tabac, l’alcool, la LSD, la cocaïne, l’ecstasy et même le Red Bull, qui contient de la taurine, ainsi que leurs effets sur le cerveau. Les dernières pages de l’ouvrage sont consacrées aux parents : elles expliquent ce qu’est un cerveau dépendant et soulignent l’importance de la valorisation et de l’estime de soi, mais aussi de l’autonomie chez les plus jeunes.

"Au Maroc, les enfants sont encore très assistés. Il est fréquent d’en rencontrer qui, à l’âge de sept ou huit ans, ne se douchent et ne s’habillent pas seuls. Cela pose la question de la dépendance et de la non dépendance. Il y a effectivement une corrélation entre la dépendance en termes d’autonomie, qui devient une dépendance cérébrale et peut se muer en une dépendance à des substances. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la relation maternelle première, au sens psychanalytique, est avant tout une relation de dépendance ; une relation fusionnelle qui, si elle n’est pas régulée, peut constituer un terrain fertile aux addictions. Les parents qui répondent constamment et instantanément aux besoins de l’enfant en font un individu fragile et plus enclin à développer des addictions. Ce sont aussi des enfants qui n’ont pas été habitués à développer des stratégies de résilience et de résolution des problèmes, et qui ne savent pas, ou peu, se fixer eux-mêmes des lignes rouges parce qu’ils ont toujours été entourés d’adultes qui assuraient, pour eux, à leur place, le filet de sécurité. Une fois adultes, ces enfants sont psychiquement immatures, moins résilients, moins aptes à se protéger, et surtout avides de plaisirs immédiats qui peuvent les conduire à développer des comportements addictifs. La drogue, c’est un peu comme un biberon : dès qu’un problème apparaît, le cerveau dépendant va faire taire la difficulté en la dépassant par des solutions faciles et instantanées", explique Imane Kendili.

A l’adolescence, ces mêmes parents sont parfois désarmés face à certaines croyances tenaces et erronées, auxquelles ils ne savent pas quoi répondre. "Le cannabis, c’est une drogue douce", entend-t-on souvent dire de la part de jeunes (et moins jeunes) qui en minimisent les effets. Or pour Imane Kendili, cette distinction entre "drogues douces" et "drogues dures" n’est absolument pas pertinente. "La consommation de cannabis, plus encore au Maroc où son contenu est un peu anarchique, peut provoquer des maladies mentales comme la bipolarité et la schizophrénie. Le cannabis s’est beaucoup démocratisé chez les jeunes ; c’est la raison pour laquelle nous faisons beaucoup de prévention et de sensibilisation, en particulier dans les établissements scolaires, afin qu’ils mettent en place leurs propres limites."

Des changements timides mais encourageants

Parmi les facteurs de risque, Imane Kendili cite le terrain génétique, surtout lorsqu’il y a des problèmes d’addiction dans la famille, les comorbidités (l’anxiété ou les troubles de l’hyperactivité) et les facteurs environnementaux. "La stabilité familiale, le système de résilience, la socialisation positive sont autant d’outils à développer pour que l’enfant puisse lui-même disposer de ses propres outils de résilience", souligne la psychiatre. Et d’ajouter : "La prise en charge passe par un réajustement psychothérapeutique et un recadrage cognitif. L’adolescence est une période propice à la recherche de nouvelles familles de valorisation, de transition et d’appartenance. Or lorsqu’il n’y a rien qui vienne remplir le vide (la nature en ayant horreur), comme les activités sportives ou culturelles, et donc socialisantes, les adolescents se démarquent différemment, par la délinquance, la drogue ou l’agressivité."

Depuis quelques années, Imane Kendili observe des changements timides mais encourageants en matière de perception des addictions : "Il y a six ou sept ans, parler d’addiction aux jeux vidéos au Maroc, c’était impensable. Parler d’enfants violents à 13, 14 ans, parce qu’ils passaient leur temps à jouer sur les écrans et devenaient parfois extrêmement violents lorsqu’ils en étaient privés, c’était impensable également. Les choses changent, donc, même si beaucoup reste encore à faire."

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