Les violences devenues indissociables des débats au Conseil de Rabat

Lors des deux séances d’octobre du conseil de la ville de Rabat qui devait examiner plusieurs points à l’ordre du jour, la situation a tourné à un affrontement physique quasi-général. Selon Lahcen El Amrani, ce sont les élus du PAM qui ont agressé ceux du PJD alors que Omar Balafrej, affilié à la FGD, renvoie les deux camps dos à dos en accusant l’équipe municipale de ne pas respecter les élus de l’opposition.

Les violences devenues indissociables des débats au Conseil de la ville de Rabat Violence au sein du conseil de la ville

Le 10 octobre 2019 à 17:38

Modifié le 11 octobre 2019 à 10:08

Dans plusieurs vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, on peut voir que la violence physique est devenue indissociable des débats municipaux de la capitale. Ainsi, les deux séances du Conseil de la ville qui se sont tenues vendredi 4 et mercredi 9 octobre ont tourné à une bagarre généralisée qui donne une piètre image de nos élus s’affrontant à coups de chaises et de jets de bouteille d’eau.

Sollicité par Médias24, le vice-maire de Rabat, Lahcen El Amrani, nous donne sa version des faits qui ont conduit aux affrontements lors des deux réunions d'octobre du Conseil municipal.

Les doléances insatisfaites de citoyens mettent le feu au poudre

"Tout a démarré vendredi 4 octobre avec deux groupes de citoyens, d’une cinquantaine de personnes, qui sont venus au conseil pour exposer leurs doléances.

"Le premier, issu du Mellah de Rabat, est intervenu pour dénoncer la qualité et la lenteur des travaux de voirie qui ont été réalisés dans leur quartier. Ces habitants ont donc demandé l’intervention du président du Conseil qui leur a promis de les recevoir lundi 7 octobre.

"La 2ème catégorie de manifestants qui étaient les plus virulents sont des personnes en situation de handicap, en particulier des non-voyants qui demandaient la gratuité des transports urbains par bus.

"Le maire Mohamed Sadiki leur a expliqué que les transports urbains n’était pas gérés par le conseil de la ville mais par un établissement de coopération intercommunale Al Assima.

"Sachant qu’il y dispose d’un siège, il leur a affirmé qu’il négociait pour faire aboutir leurs doléances avec le président de l’établissement et la ministre chargée des personnes en situation de handicap.

"Cela n’a pas suffi à rassurer les manifestants qui ont continué à crier et qui ont empêché le conseil de travailler normalement.

Insultes entre élus avant le bal des violences

"Certains élus du PAM et du RNI en ont profité pour semer la zizanie en posant des questions hors-sujet.

"Après cinq heures de brouhaha, un élu du PJD à bout de patience a répondu brutalement à un autre du PAM ce qui a ouvert le bal des affrontements physiques.

"N’ayant d’autre choix, le président a interrompu la séance puis est revenu pour condamner aussi bien les provocations du PAM que la réponse déplacée du PJD. Il s’est donc excusé et a levé complètement la séance à 21 heures", récapitule le vice-maire.

Selon lui, les élus se sont retrouvés mercredi 9 octobre pour tenter d’examiner à nouveau les 22 points inscrits à l’ordre du jour, soit les neuf de vendredi et les 13 de mercredi.

Aucun point à l’ordre du jour examiné et encore moins voté

"Nous avons démarré à 17 heures et de la même manière, les deux groupes de manifestants de vendredi sont revenus à la charge et nous ont empêchés de travailler en criant leurs doléances.

"Malgré les appels au calme, il y a eu deux heures de désordre total et de confusion où aucun point n’a pu être abordé. Vers 19 heures, le maire a encore une fois levé la séance pour calmer le jeu.

"Peine perdue car les mêmes groupes de manifestants et élus ont continué à entretenir un brouhaha pour nous empêcher de communiquer et de travailler.

Malgré une réunion à huis clos, l’escalade se poursuit

"Le président a donc utilisé l’article 48 du règlement intérieur pour tenir une réunion à huis clos.

"Cela n’a servi à rien car les mêmes éléments sont revenus à la charge avec un torrent d’insultes mais les élus du PJD ont cette fois-ci gardé leur sang-froid de manière exemplaire.

"A partir de là, un élu du PAM s’en est pris physiquement à un du PJD et les chaises ont commencé à voler.

"Le maire a donc levé la séance à 21H45 sans qu’aucun point à l’ordre du jour soit examiné", raconte El Amrani qui tient cependant à souligner le comportement exemplaire des élus de la FGD.

"Malgré nos différends idéologiques, il faut reconnaitre que ses représentants se tiennent correctement et n’ont jamais provoqué la moindre violence.

"Ce n’est pas le cas des autres qui ont banalisé les affrontements et qui salissent l’image de tout le conseil de la ville", conclut El Amrani en espérant un retour au calme pour être en mesure de voter le budget à la date butoir du 15 novembre

Beaucoup moins flatteur pour ses adversaires du PJD, Omar Balafrej affirme que l’équipe municipale menée par le PJD n’assume pas ses responsabilités en accusant l’opposition de tous les blocages.

"Le PJD a tous les pouvoirs et prétend le contraire"

"Les affrontements survenus vendredi et mercredi ont pour origine des manifestations de citoyens qui réclamaient des tarifs préférentiels ou la gratuité des transports par bus pour les handicapés.

"Le maire a largement eu le temps de les recevoir vendredi et mercredi mais il a préféré éluder en disant qu’il n’était pas décisionnaire.

"Le maire et son premier adjoint leur ont répondu qu’ils n’étaient pas responsables de la politique tarifaire des transports en commun qui serait, selon eux, du seul ressort de la communauté urbaine.

"Le problème est que les trois villes de cette communauté à savoir Rabat, Salé et Témara sont dirigées par des maires PJD sans parler des ministères concernés.

"Qu’est-ce qui l’empêche de mettre en place des tarifs réduits ou même la gratuité alors que son parti contrôle les trois villes de l’agglomération urbaine et les ministères concernés.

"De plus, sachant que le vice-maire préside l’association des élus du PJD, il ne peut pas prétendre qu’il n’a aucun pouvoir pour influer sur leur vote.

"Si à la FGD, nous rejetons totalement la violence, il n’en demeure pas moins que les habitants de la ville sont révoltés par leur inaction", précise Balafrej.

A la question de savoir si pour lui les élus de l’opposition ne surfaient pas sur la vague de la colère des citoyens pour se donner le beau rôle, Balafrej a préféré les renvoyer dos à dos.

"Des violences qui permettent à la majorité de se poser en victime"

"Encore une fois, je ne cautionne nullement la violence qui vient aussi bien du PJD que du PAM mais force est de constater que les responsabilités sont partagées.

"Les deux ont commencé à s’insulter avant d’en venir aux mains mais les uns n’ont rien à envier aux autres en termes de violence. Des insultes de part et d’autre et une absence totale de responsabilité de la part de l’équipe municipale.

"Nous sommes d’ailleurs arrivés à 15 heures et sommes repartis à 23 heures sans que rien n’ait avancé même après la décision du maire d’organiser une réunion à huis clos.

Une situation propice à la rétention d’informations ?

"Si le b.a.-ba de la politique est d’éviter la violence, le PJD ne respecte aucunement les autres élus, ses élus ne remettent aucun document et sont quelque part responsables de l’ambiance délétère", accuse Balafrej qui pense que la répétition des affrontements permettent au PJD de se donner un rôle de victime.

"On finit par se demander s’ils ne cherchent pas à provoquer ces incidents pour éviter de parler des problèmes de fond.

"Si tout le monde reconnaît qu’il y a des problèmes de corruption dans l’urbanisme, ils refusent de nous remettre le rapport d’audit qu’ils ont réalisé et qui devrait être à l’ordre du jour. Sans ces documents, comment peut-on débattre de ce problème connu de tous ?

La ponctualité du maire en cause

"C’est facile d’accuser les autres mais la première des obligations d’un maire qui prétend travailler est peut-être d’être ponctuel pour respecter les élus de son conseil.

"Sachant que la réunion était programmée pour 15 heures, le maire n’est arrivé qu’à 17 heures en nous laissant poireauter.

"Au final, si son équipe veut mettre fin à ce genre d’incidents, il leur suffit de venir à l’heure, de fournir les documents nécessaires et d’être transparents sur tous les sujets à l’ordre du jour.

"De cette manière, il n’y aura plus de grabuge car même les élus casseurs n’auront plus de prétexte pour s’énerver et utiliser la violence.

"Le problème est que tout cela les arrange bien car cela leur permet d’occulter certaines questions qui les dérangent", conclut l’élu de la FGD.

Quelle que soit la réalité ou l'origine des faits, les habitants de Rabat semblent désormais habitués à ces scènes qui n'honorent pas la politique mais les rendez-vous électoraux sont censés remédier à ce genre de situations...

Violence au sein du conseil de la ville

Les violences devenues indissociables des débats au Conseil de Rabat

Le 10 octobre 2019 à17:38

Modifié le 11 octobre 2019 à 10:08

Lors des deux séances d’octobre du conseil de la ville de Rabat qui devait examiner plusieurs points à l’ordre du jour, la situation a tourné à un affrontement physique quasi-général. Selon Lahcen El Amrani, ce sont les élus du PAM qui ont agressé ceux du PJD alors que Omar Balafrej, affilié à la FGD, renvoie les deux camps dos à dos en accusant l’équipe municipale de ne pas respecter les élus de l’opposition.

Dans plusieurs vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, on peut voir que la violence physique est devenue indissociable des débats municipaux de la capitale. Ainsi, les deux séances du Conseil de la ville qui se sont tenues vendredi 4 et mercredi 9 octobre ont tourné à une bagarre généralisée qui donne une piètre image de nos élus s’affrontant à coups de chaises et de jets de bouteille d’eau.

Sollicité par Médias24, le vice-maire de Rabat, Lahcen El Amrani, nous donne sa version des faits qui ont conduit aux affrontements lors des deux réunions d'octobre du Conseil municipal.

Les doléances insatisfaites de citoyens mettent le feu au poudre

"Tout a démarré vendredi 4 octobre avec deux groupes de citoyens, d’une cinquantaine de personnes, qui sont venus au conseil pour exposer leurs doléances.

"Le premier, issu du Mellah de Rabat, est intervenu pour dénoncer la qualité et la lenteur des travaux de voirie qui ont été réalisés dans leur quartier. Ces habitants ont donc demandé l’intervention du président du Conseil qui leur a promis de les recevoir lundi 7 octobre.

"La 2ème catégorie de manifestants qui étaient les plus virulents sont des personnes en situation de handicap, en particulier des non-voyants qui demandaient la gratuité des transports urbains par bus.

"Le maire Mohamed Sadiki leur a expliqué que les transports urbains n’était pas gérés par le conseil de la ville mais par un établissement de coopération intercommunale Al Assima.

"Sachant qu’il y dispose d’un siège, il leur a affirmé qu’il négociait pour faire aboutir leurs doléances avec le président de l’établissement et la ministre chargée des personnes en situation de handicap.

"Cela n’a pas suffi à rassurer les manifestants qui ont continué à crier et qui ont empêché le conseil de travailler normalement.

Insultes entre élus avant le bal des violences

"Certains élus du PAM et du RNI en ont profité pour semer la zizanie en posant des questions hors-sujet.

"Après cinq heures de brouhaha, un élu du PJD à bout de patience a répondu brutalement à un autre du PAM ce qui a ouvert le bal des affrontements physiques.

"N’ayant d’autre choix, le président a interrompu la séance puis est revenu pour condamner aussi bien les provocations du PAM que la réponse déplacée du PJD. Il s’est donc excusé et a levé complètement la séance à 21 heures", récapitule le vice-maire.

Selon lui, les élus se sont retrouvés mercredi 9 octobre pour tenter d’examiner à nouveau les 22 points inscrits à l’ordre du jour, soit les neuf de vendredi et les 13 de mercredi.

Aucun point à l’ordre du jour examiné et encore moins voté

"Nous avons démarré à 17 heures et de la même manière, les deux groupes de manifestants de vendredi sont revenus à la charge et nous ont empêchés de travailler en criant leurs doléances.

"Malgré les appels au calme, il y a eu deux heures de désordre total et de confusion où aucun point n’a pu être abordé. Vers 19 heures, le maire a encore une fois levé la séance pour calmer le jeu.

"Peine perdue car les mêmes groupes de manifestants et élus ont continué à entretenir un brouhaha pour nous empêcher de communiquer et de travailler.

Malgré une réunion à huis clos, l’escalade se poursuit

"Le président a donc utilisé l’article 48 du règlement intérieur pour tenir une réunion à huis clos.

"Cela n’a servi à rien car les mêmes éléments sont revenus à la charge avec un torrent d’insultes mais les élus du PJD ont cette fois-ci gardé leur sang-froid de manière exemplaire.

"A partir de là, un élu du PAM s’en est pris physiquement à un du PJD et les chaises ont commencé à voler.

"Le maire a donc levé la séance à 21H45 sans qu’aucun point à l’ordre du jour soit examiné", raconte El Amrani qui tient cependant à souligner le comportement exemplaire des élus de la FGD.

"Malgré nos différends idéologiques, il faut reconnaitre que ses représentants se tiennent correctement et n’ont jamais provoqué la moindre violence.

"Ce n’est pas le cas des autres qui ont banalisé les affrontements et qui salissent l’image de tout le conseil de la ville", conclut El Amrani en espérant un retour au calme pour être en mesure de voter le budget à la date butoir du 15 novembre

Beaucoup moins flatteur pour ses adversaires du PJD, Omar Balafrej affirme que l’équipe municipale menée par le PJD n’assume pas ses responsabilités en accusant l’opposition de tous les blocages.

"Le PJD a tous les pouvoirs et prétend le contraire"

"Les affrontements survenus vendredi et mercredi ont pour origine des manifestations de citoyens qui réclamaient des tarifs préférentiels ou la gratuité des transports par bus pour les handicapés.

"Le maire a largement eu le temps de les recevoir vendredi et mercredi mais il a préféré éluder en disant qu’il n’était pas décisionnaire.

"Le maire et son premier adjoint leur ont répondu qu’ils n’étaient pas responsables de la politique tarifaire des transports en commun qui serait, selon eux, du seul ressort de la communauté urbaine.

"Le problème est que les trois villes de cette communauté à savoir Rabat, Salé et Témara sont dirigées par des maires PJD sans parler des ministères concernés.

"Qu’est-ce qui l’empêche de mettre en place des tarifs réduits ou même la gratuité alors que son parti contrôle les trois villes de l’agglomération urbaine et les ministères concernés.

"De plus, sachant que le vice-maire préside l’association des élus du PJD, il ne peut pas prétendre qu’il n’a aucun pouvoir pour influer sur leur vote.

"Si à la FGD, nous rejetons totalement la violence, il n’en demeure pas moins que les habitants de la ville sont révoltés par leur inaction", précise Balafrej.

A la question de savoir si pour lui les élus de l’opposition ne surfaient pas sur la vague de la colère des citoyens pour se donner le beau rôle, Balafrej a préféré les renvoyer dos à dos.

"Des violences qui permettent à la majorité de se poser en victime"

"Encore une fois, je ne cautionne nullement la violence qui vient aussi bien du PJD que du PAM mais force est de constater que les responsabilités sont partagées.

"Les deux ont commencé à s’insulter avant d’en venir aux mains mais les uns n’ont rien à envier aux autres en termes de violence. Des insultes de part et d’autre et une absence totale de responsabilité de la part de l’équipe municipale.

"Nous sommes d’ailleurs arrivés à 15 heures et sommes repartis à 23 heures sans que rien n’ait avancé même après la décision du maire d’organiser une réunion à huis clos.

Une situation propice à la rétention d’informations ?

"Si le b.a.-ba de la politique est d’éviter la violence, le PJD ne respecte aucunement les autres élus, ses élus ne remettent aucun document et sont quelque part responsables de l’ambiance délétère", accuse Balafrej qui pense que la répétition des affrontements permettent au PJD de se donner un rôle de victime.

"On finit par se demander s’ils ne cherchent pas à provoquer ces incidents pour éviter de parler des problèmes de fond.

"Si tout le monde reconnaît qu’il y a des problèmes de corruption dans l’urbanisme, ils refusent de nous remettre le rapport d’audit qu’ils ont réalisé et qui devrait être à l’ordre du jour. Sans ces documents, comment peut-on débattre de ce problème connu de tous ?

La ponctualité du maire en cause

"C’est facile d’accuser les autres mais la première des obligations d’un maire qui prétend travailler est peut-être d’être ponctuel pour respecter les élus de son conseil.

"Sachant que la réunion était programmée pour 15 heures, le maire n’est arrivé qu’à 17 heures en nous laissant poireauter.

"Au final, si son équipe veut mettre fin à ce genre d’incidents, il leur suffit de venir à l’heure, de fournir les documents nécessaires et d’être transparents sur tous les sujets à l’ordre du jour.

"De cette manière, il n’y aura plus de grabuge car même les élus casseurs n’auront plus de prétexte pour s’énerver et utiliser la violence.

"Le problème est que tout cela les arrange bien car cela leur permet d’occulter certaines questions qui les dérangent", conclut l’élu de la FGD.

Quelle que soit la réalité ou l'origine des faits, les habitants de Rabat semblent désormais habitués à ces scènes qui n'honorent pas la politique mais les rendez-vous électoraux sont censés remédier à ce genre de situations...

A lire aussi


Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

URGENT Grâce royale au profit de Hajar Raissouni