Mohamed Rhajaoui (INH): “Le Maroc va passer à une capacité de 10.000 tests/jour”
INTERVIEW. L'INH joue un rôle à l'échelle nationale qui va au-delà des tests qui y sont réalisés. C'est lui qui forme et qui veille à la conformité des nouveaux laboratoires de santé publique. Son directeur Mohamed Rhajaoui, nous apporte des réponses intéressantes au sujet des tests de Covid-19 au Maroc.
Médias24: Combien de laboratoires de la Santé publique font aujourd’hui les tests de Covid-19 ? Où en est votre réseau ?
Mohamed Rhajaoui: Au total, nous sommes aujourd’hui à 11 laboratoires dans le réseau de la Santé publique et nous passerons bientôt à 15 laboratoires.
D’abord, les deux grands laboratoires historiques : Institut National d’Hygiène (INH) de Rabat et Institut Pasteur de Casablanca.
Ensuite, les laboratoires des grands hôpitaux universitaires du pays : les CHU de Casablanca, Fès, Rabat, Marrakech, Oujda, Tanger et Agadir. Dans le cas d’Agadir et de Tanger, il s’agit des CHR (centre hospitalier régional) qui ont déjà intégré des professeurs universitaires. Ces 7 laboratoires sont tous opérationnels.
A ces hôpitaux, il faut ajouter le CHP (centre hospitalier préfectoral/provincial) de Ouarzazate et celui de Meknès, tous les deux opérationnels maintenant.
Les laboratoires en cours de mise en place se situeront dans les CHR d’Errachidia et Beni Mellal ainsi que les CHP de Nador et Tétouan.
Nous travaillons à distance avec les équipes pour les préparer et rendre ces nouveaux labos opérationnels.
-Est-ce qu’un laboratoire habilité à tester le Covid-19, c’est vraiment complexe ?
-Un labo PCR doit avoir des espaces techniques compartimentalisés en trois locaux séparés, qui doivent être complètement indépendants, avec des équipements dédiés.
Il y a un circuit particulier pour les prélèvements, nous adressons donc un "plan d’aménagement" aux hôpitaux concernés pour la création de labos dédiés à ces tests, avec un local pour l’extraction, un deuxième pour le mix, un troisième pour l’amplification. Il est important que les circuits du sale (partie à risque de contamination) et celui du propre (sans contamination) soient séparés.
Ensuite, une fois que les trois locaux sont créés, on passe à l’envoi et l’installation des machines, puis à leur certification et leur calibrage par des sociétés spécialisées.
Alors, nous dispensons une formation par une personne déléguée par l’INH et qui se déplace sur les lieux. Des essais sont effectués avec le personnel du nouveau laboratoire, avec des prélèvements issus de la région. Le personnel qui se charge des tests dans les laboratoires est toujours un personnel de haut niveau, connaissant déjà les tests PCR en général, qui reçoit une formation pour s’adapter aux spécificités du Covid-19.
Un premier laboratoire privé a été agréé pour les tests Covid-19, d'autres suivront
La date de démarrage des nouveaux laboratoires dépend de l’état d’avancement des agencements surtout. Nous espérons un démarrage rapide.
Au total, la Santé publique disposera de 15 laboratoires qui couvrent bien les régions.
Et il ne faut pas oublier par ailleurs de citer les laboratoires de la santé militaire qui jouent un rôle précieux.
-Est-ce que des laboratoires privés seront agréés pour les tests Covid-19 par PCR ?
-Il y en a deux à but non lucratif qui sont déjà opérationnels qui relèvent de fondations (hôpital Cheikh Zayed à Rabat et hôpital Cheikh Khalifa à Casablanca) ainsi qu’un laboratoire privé qui a déjà commencé à Rabat.
Nous avons été sollicités par des laboratoires privés dans plusieurs villes et nous allons effectuer des visites d’audit en vue d’une éventuelle autorisation.
Au total, le Maroc dispose donc de 19 laboratoires opérationnels ou en voie de l’être rapidement. Et des laboratoires privés supplémentaires devraient être agréés.
-Quelle est votre capacité aujourd’hui en matière de tests par jour ?
-Le nombre actuel de prélèvements testés est d’environ 2.500 à 3.000 tests PCR par jour. Nous sommes en train de doubler cette capacité par l’introduction de nouveaux labos et par le doublement du nombre de machines installées dans chaque labo.
Dans une seconde phase, nous avons l’objectif d’atteindre une capacité de 10.000 tests quotidiens. Nous espérons l’atteindre avant la fin du mois. A l’INH, nous travaillons déjà en deux équipes, 24H/24.
-Quel est le parcours pour réaliser le test et quelle est la durée à l’INH ? On parle de durées très longues.
-Entre l’arrivée du prélèvement et la disponibilité du résultat, s’écoulent environ 4 heures à 4h30 minutes. Ce délai augmente avec l’augmentation du débit des demandes.
Pour un débit faible de 10 à 15 échantillons, il faut compter 30 minutes en moyenne pour le tri, la vérification de la conformité et la saisie des dossiers, une étape cruciale pour éviter des erreurs désastreuses, et qui est réalisée sans précipitation, toujours par une équipe de deux personnes.
45 autres minutes sont consacrées à l’extraction de l’ARN du virus. Puis 15 minutes supplémentaires sont nécessaires pour la préparation des réactifs du mix.
Cette mixture reste environ trois heurs dans l’appareil PCR. Toutes les manipulations contiennent en plus des extraits issus de prélèvements, un contrôle positif et un autre négatif qui sont intégrés dans le kit PCR utilisé. La validation de la manipulation passe obligatoirement par la validation des résultats des contrôles positif et négatif.
-On évoque l’hypothèse d’un recours du Maroc à des tests sérologiques, rapides, pour des opérations de dépistage à plus grande échelle, notamment dans la perspective du déconfinement. Nous avons également remarqué que lors de la révision de la définition des cas et des guérisons, le 15 avril dernier, le ministère de la Santé a inclus la possibilité de recourir aux tests sérologiques…
-De manière générale, le Maroc a d’emblée privilégié les tests PCR qui est le gold standard, la technique de référence à l’échelle internationale.
La PCR est un test virologique, qui détecte la présence du virus lui-même. Ce n’est pas un test indirect comme le test sérologique, qui recherche la présence d’anticorps dans le sang.
Le test sérologique n’est pas aussi fiable qu’un test PCR, malgré les progrès réalisés. Son objectif est de mettre en évidence des anticorps, les immunoglobulines G et M. Les IgM apparaissent normalement en premier et disparaissent au bout de trois à quatre semaines. Les IgG prennent le relais. La présence des premiers indique un contact récent avec le virus et que la personne a été contaminée récemment. La présence des seconds indique un contact relativement ancien.
Certains de ces tests sont dits rapides, d’autres sont automatisés, c’est-à-dire réalisés avec des automates et avec un débit élevé.
Les tests sérologiques peuvent être utilisés principalement dans deux situations : chez un individu guéri, qui a donc présenté deux résultats PCR négatifs de suite à 24 h d’intervalle, et pour qui on peut effectuer ce test comme complément d’information, pour savoir si la personne a produit des anticorps ou pas.
Ou bien dans le cadre d’une enquête sérologique à grande échelle comme complément des opérations de diagnostic par PCR, pour détecter des personnes qui ont été en contact avec le virus sans présenter de signes cliniques.
Le Maroc a fait le choix virologique plutôt que sérologique en matière de diagnostic. Les tests sérologiques peuvent être utilisés comme tests d’appoint.
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