Publication The Lancet sur la chloroquine: voici la réaction du Pr Jaâfar Heikel

L'étude de The Lancet a provoqué un séisme dans les milieux médicaux ainsi qu'au sein des opinions publiques. Cette étude d'observation agrégeant les données de registres correspondant à 96.000 cas dans le monde, compare des groupes de patients soignés à l'hydroxychloroquine et d'autres qui ne le sont pas. Les conclusions suscitent des doutes quant à son efficacité et des craintes quant aux effets indésirables, notamment l'arythmie ventriculaire qui était déjà connue.

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Publication The Lancet sur la chloroquine: voici la réaction du Pr Jaâfar Heikel

Le 23 mai 2020 à 21:04

Modifié le 23 mai 2020 à 22:35

Le Maroc a mis en place un protocole de soins, le 20 mars dernier, où l'hydroxychloroquine est donnée aux patients atteints de Covid-19, en première intention et en association avec l'azythromycine, une molécule très répandue pour soigner les infections respiratoires.

Le ministre de la Santé s'était récemment félicité lors d'une interview télévisée, de ce qu'il estimait être l'efficacité de ce traitement au Maroc. De fait, les données marocaines montrent une grande amélioration des indicateurs, notamment le taux de létalité, le taux de guérison et la durée d'hospitalisation. Cette amélioration semble coïncider avec le recours à l'hydroxychloroquine.
L'article publié dans The Lancet, la prestigieuse revue britannique, pourrait battre en brèche la position marocaine.
Que fera le ministère marocain de la Santé qui avait suivi une recommandation de la commission scientifique et technique relative au Covid?
En attendant une décision officielle, nous avons contacté le Pr Jaâfar Heikel, épidémiologiste et infectiologue marocain, DG d'une clinique privée qui soigne les malades atteints du Covid dans le cadre d'un volontariat.
Le Pr Heikel nous a transmis la déclaration suivante qui sera d'ailleurs partagée par des groupes de médecins:

"Attention, il faut bien comprendre que ce n’est pas une étude clinique mais une analyse de registre de données de différents hôpitaux et pays ! C’est évidement une publication importante qu’il faut considérer pour ce qu’elle vaut ni plus ni moins. Mais si vous avez bien lu, ce n’est pas une étude ou un essai clinique mais l’analyse statistiques de données de registres !!!
"Il faut attendre la publication de la grande série mondiale celle de Raoult et celle d’autres équipes de différents pays (quand il s’agit de RCT vraiment mais pas d’analyse de données de dossiers informatisés). Par ailleurs essayez de voir les limites que eux mêmes reconnaissent dans leur étude:
1/ Ils ne peuvent associer la mortalité au traitement car ils n’ont pas d’autres info sur les MCV ou certains FR. En effet, lorsque certaines caractéristiques cliniques n’étaient pas informatisées sur les registres, les auteurs ont considéré qu’elles étaient absentes chez le patient ! Ceci est une hypothèse qui de facto biaise dans une certaine mesure l’analyse pronostic.
2/ Ils n’ont pas mesuré le segment QT !!!!
3/ Les patients sont de continents différents et avec des souches virales différentes (plusieurs variantes existent de virulence différente probablement et en Afrique c’est encore plus vrai).
4/ les posologies et durée de traitement diffèrent !

5/ Dernier point: plusieurs auteurs dont l'auteur principal reconnaissent être payés ou recevoir une rémunération ou des fonds par des laboratoires ou autres entreprises.
 
"Bien sûr, si cette étude statistiques se confirme par des essais cliniques avec des données de protocole identiques (stade maladie + posologie et durée de traitement approprié) cela voudrait dire que les millions de personnes Covid-19 qui ont pris l’hydroxychloroquine ont guéri spontanément ou par autre chose ?

"Honnêtement, je ne peux parler que de mon expérience avec 3.200 patients dans la région de Casablanca en coordination avec la direction régionale de la Santé de Casa Settat .Nous avons 94,3% de guérison, 5,7% de cas graves dont 2,8% de létalité. Par ailleurs, 0,8% d’effets indésirables sérieux et 12% d’effets indésirables mineurs.
"Ça, ce sont des faits même si évidement nos patients sont en moyenne plus jeunes (45 ans) et que nous traitons tout cas positif qui a été dépisté même asymptomatique.
"Dans tous les cas, on ajustera dans le futur si nécessaire et si le Plaquenil (hydroxychloroquine, ndlr) n’est pas bon, on ne le prescrira plus et on donnera ce qui est efficace avec le moins d’effets secondaires pour les Marocains. Mais ce sera une décision des autorités scientifiques nationales compétentes.
"Honnêtement, il faut éviter des polémiques et juger sur des faits et corriger si on s’est trompé mais pour l’instant, ce n’est pas le cas. Le Maroc à ce jour a bien fait les choses tant sur le plan politique, mesures de contrôle et stratégie thérapeutique. On peut discuter les aspects relatifs à la prolongation du confinement si vous voulez mais pour la prise en Charge des patients, il faut reconnaître que nous avons bien fait les choses à la lumière des connaissances que nous avons. Au contraire, nous devons au delà de cela remercier les médecins et infirmières (ers) de la santé publique et du privé, les laboratoires d’analyse des prélèvements qui ont permis ces résultats en complément des mesures de confinement, mesures barrières et le dépistage.

"Je n’ai pas plus d’éléments que cela sachant que nous travaillons avec ce que la commission scientifique technique nationale a décidé et qui aujourd’hui a permis au Maroc de faire au mieux.
"Je me suis permis de faire cette mise au point en toute modestie pour qu’elle puisse être utile et eu égard au fait qu’avec le Pr Zahraoui et des dizaines de collègues médecins de la région et des centaines d’infirmiers, nous avons quand même traité et guéris des milliers de personnes.
"Si ce n’est pas uniquement à cause du traitement mais en raison d’un ensemble de paramètres, je suis prêt à l’admettre car je suis honnête intellectuellement mais de là à dire que notre protocole au Maroc « n’est pas valable » je ne peux pas partager cette analyse. Cela parce que le Maroc a vraiment fait ce qu’il fallait (on évaluera par la suite ce qu’il faudra améliorer dans notre système de santé bien sûr) au vu de l’état actuel des connaissances scientifiques et de l’expérience terrain vécue dans notre pays tant sur le plan sanitaire, social qu’économique".
Pr Jaafar Heikel
Épidémiologiste et spécialiste en Maladies infectieuses .
Économiste de la santé

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Une publication scientifique suscite des doutes et craintes sur chloroquine

Publication The Lancet sur la chloroquine: voici la réaction du Pr Jaâfar Heikel

Le 23 mai 2020 à21:04

Modifié le 23 mai 2020 à 22:35

L'étude de The Lancet a provoqué un séisme dans les milieux médicaux ainsi qu'au sein des opinions publiques. Cette étude d'observation agrégeant les données de registres correspondant à 96.000 cas dans le monde, compare des groupes de patients soignés à l'hydroxychloroquine et d'autres qui ne le sont pas. Les conclusions suscitent des doutes quant à son efficacité et des craintes quant aux effets indésirables, notamment l'arythmie ventriculaire qui était déjà connue.

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Le Maroc a mis en place un protocole de soins, le 20 mars dernier, où l'hydroxychloroquine est donnée aux patients atteints de Covid-19, en première intention et en association avec l'azythromycine, une molécule très répandue pour soigner les infections respiratoires.

Le ministre de la Santé s'était récemment félicité lors d'une interview télévisée, de ce qu'il estimait être l'efficacité de ce traitement au Maroc. De fait, les données marocaines montrent une grande amélioration des indicateurs, notamment le taux de létalité, le taux de guérison et la durée d'hospitalisation. Cette amélioration semble coïncider avec le recours à l'hydroxychloroquine.
L'article publié dans The Lancet, la prestigieuse revue britannique, pourrait battre en brèche la position marocaine.
Que fera le ministère marocain de la Santé qui avait suivi une recommandation de la commission scientifique et technique relative au Covid?
En attendant une décision officielle, nous avons contacté le Pr Jaâfar Heikel, épidémiologiste et infectiologue marocain, DG d'une clinique privée qui soigne les malades atteints du Covid dans le cadre d'un volontariat.
Le Pr Heikel nous a transmis la déclaration suivante qui sera d'ailleurs partagée par des groupes de médecins:

"Attention, il faut bien comprendre que ce n’est pas une étude clinique mais une analyse de registre de données de différents hôpitaux et pays ! C’est évidement une publication importante qu’il faut considérer pour ce qu’elle vaut ni plus ni moins. Mais si vous avez bien lu, ce n’est pas une étude ou un essai clinique mais l’analyse statistiques de données de registres !!!
"Il faut attendre la publication de la grande série mondiale celle de Raoult et celle d’autres équipes de différents pays (quand il s’agit de RCT vraiment mais pas d’analyse de données de dossiers informatisés). Par ailleurs essayez de voir les limites que eux mêmes reconnaissent dans leur étude:
1/ Ils ne peuvent associer la mortalité au traitement car ils n’ont pas d’autres info sur les MCV ou certains FR. En effet, lorsque certaines caractéristiques cliniques n’étaient pas informatisées sur les registres, les auteurs ont considéré qu’elles étaient absentes chez le patient ! Ceci est une hypothèse qui de facto biaise dans une certaine mesure l’analyse pronostic.
2/ Ils n’ont pas mesuré le segment QT !!!!
3/ Les patients sont de continents différents et avec des souches virales différentes (plusieurs variantes existent de virulence différente probablement et en Afrique c’est encore plus vrai).
4/ les posologies et durée de traitement diffèrent !

5/ Dernier point: plusieurs auteurs dont l'auteur principal reconnaissent être payés ou recevoir une rémunération ou des fonds par des laboratoires ou autres entreprises.
 
"Bien sûr, si cette étude statistiques se confirme par des essais cliniques avec des données de protocole identiques (stade maladie + posologie et durée de traitement approprié) cela voudrait dire que les millions de personnes Covid-19 qui ont pris l’hydroxychloroquine ont guéri spontanément ou par autre chose ?

"Honnêtement, je ne peux parler que de mon expérience avec 3.200 patients dans la région de Casablanca en coordination avec la direction régionale de la Santé de Casa Settat .Nous avons 94,3% de guérison, 5,7% de cas graves dont 2,8% de létalité. Par ailleurs, 0,8% d’effets indésirables sérieux et 12% d’effets indésirables mineurs.
"Ça, ce sont des faits même si évidement nos patients sont en moyenne plus jeunes (45 ans) et que nous traitons tout cas positif qui a été dépisté même asymptomatique.
"Dans tous les cas, on ajustera dans le futur si nécessaire et si le Plaquenil (hydroxychloroquine, ndlr) n’est pas bon, on ne le prescrira plus et on donnera ce qui est efficace avec le moins d’effets secondaires pour les Marocains. Mais ce sera une décision des autorités scientifiques nationales compétentes.
"Honnêtement, il faut éviter des polémiques et juger sur des faits et corriger si on s’est trompé mais pour l’instant, ce n’est pas le cas. Le Maroc à ce jour a bien fait les choses tant sur le plan politique, mesures de contrôle et stratégie thérapeutique. On peut discuter les aspects relatifs à la prolongation du confinement si vous voulez mais pour la prise en Charge des patients, il faut reconnaître que nous avons bien fait les choses à la lumière des connaissances que nous avons. Au contraire, nous devons au delà de cela remercier les médecins et infirmières (ers) de la santé publique et du privé, les laboratoires d’analyse des prélèvements qui ont permis ces résultats en complément des mesures de confinement, mesures barrières et le dépistage.

"Je n’ai pas plus d’éléments que cela sachant que nous travaillons avec ce que la commission scientifique technique nationale a décidé et qui aujourd’hui a permis au Maroc de faire au mieux.
"Je me suis permis de faire cette mise au point en toute modestie pour qu’elle puisse être utile et eu égard au fait qu’avec le Pr Zahraoui et des dizaines de collègues médecins de la région et des centaines d’infirmiers, nous avons quand même traité et guéris des milliers de personnes.
"Si ce n’est pas uniquement à cause du traitement mais en raison d’un ensemble de paramètres, je suis prêt à l’admettre car je suis honnête intellectuellement mais de là à dire que notre protocole au Maroc « n’est pas valable » je ne peux pas partager cette analyse. Cela parce que le Maroc a vraiment fait ce qu’il fallait (on évaluera par la suite ce qu’il faudra améliorer dans notre système de santé bien sûr) au vu de l’état actuel des connaissances scientifiques et de l’expérience terrain vécue dans notre pays tant sur le plan sanitaire, social qu’économique".
Pr Jaafar Heikel
Épidémiologiste et spécialiste en Maladies infectieuses .
Économiste de la santé

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