Que faisait Bernard Henri-Lévy en Libye?

On l'avait un peu oublié celui-là. Mais il a décidé de se rappeler au bon souvenir de l'actualité internationale et libyenne en effectuant une visite de 48 heures sur le sol libyen. La clé de voûte de cette visite devait être la ville de Tarhouna dans l'ouest libyen, libérée des forces de Haftar qui l'occupaient.

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Que faisait Bernard Henri-Lévy en Libye?  Ph. Flickr

Le 03 août 2020 à 17:11

Modifié le 03 août 2020 à 21:06

La visite a commencé comme prévu le samedi 25 juillet et s'est achevée quelques heures plus tard, sans que notre héros ne foule les rues de Tarhouna. Et pour cause, il en a été refoulé par des forces qu'il a qualifiées d'inconnues, probablement relevant des autorités locales qui ne comprenaient pas le pourquoi de cette visite imposée.

Notre homme des grandes crises internationales a transformé ces péripéties guignolesques en un épisode haletant de bravoure et de suspense qu'il a publié dans Paris Match, parallèlement à une tribune dans le Wall Street Journal. A quelques heures de son arrivée en Libye, il avait prétendu être mandaté par le Wall Street Journal pour un reportage exclusif. Bref, d'une manière ou d'une autre, l'homme qui a convaincu Sarkozy d'intervenir militairement en Libye en 2011, arrive encore à faire parler de lui sur le même thème.

La Marocaine Aïcha Basri, ex-porte-parole de l'ONU au Darfour, analyse ci-dessous la visite de BHL en Libye.

Que faisait Bernard Henri-Levy en Libye?

par Aïcha Basri

La porte-parole du Wall Street Journal, Colleen Schwarz, a catégoriquement nié que le quotidien Américain aurait dépêché l’écrivain français, Bernard Henri-Levy (BHL), en Libye.

Au cours de sa visite mouvementée samedi 25 juillet dans l’Ouest libyen, BHL a déclaré à la chaîne de télévision libyenne « Libya Al-Ahrar », qu’il était rentré en Libye «avec un visa, en tant que journaliste» pour effectuer un reportage pour le quotidien américain Wall Street Journal.

Dans une réponse écrite au quotidien arabophone "Al Araby Al Jadeed", publié à Londres, Colleen Schwartz a affirmé : « Le service opinion du Wall Street Journal a travaillé avec Bernard Henri-Levy par le passé, mais il n’a pas été dépêché en Libye par Wall Street Journal ».

Hautement impliqué dans la décision française d’intervenir militairement en Libye pour mettre fin au régime de Mouammar Kadhafi en 2011, BHL a provoqué une controverse après une visite éclair mouvementée.  

Selon des sources locales, l’écrivain français avait atterri samedi à bord d'un jet privé à l’aéroport de Misrata, à l’ouest de Tripoli. Quelques heures plus tard, l’avion aurait été obligé de décoller. BHL a quitté le pays, laissant derrière lui plusieurs questions sans réponses sur le vrai motif de sa visite, et sur l’identité inconnue des Libyens qui auraient arrangé sa visite et lui ont assuré une escorte musclée. Le bureau de Fayez el-Sarraj, chef du gouvernement d’union nationale, s’est dépêché de démentir «tout lien» avec cette visite et a annoncé dans un communiqué avoir lancé une «enquête».

Sur Twitter, BHL a maintenu s’être rendu dans la ville de Tarhouna,  à 65 kilomètres au sud-est de Tripoli,  pour enquêter sur un «charnier» attribué aux crimes du maréchal Khalifa Haftar. Des groupes armés pro-GNA ont, toutefois, affirmé avoir empêché son convoi d’accéder à Tarhouna. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux semblent capter le moment où ces groupes ont ouvert le feu sur le convoi de l’écrivain.

Pour de nombreux Libyens, BHL est persona non grata du fait du rôle qu’il avait joué dans la destruction de leur pays. En mars 2011, au début du soulèvement populaire contre le régime de Kadhafi, Lévy est rentré en Libye en tant que « journaliste », pour aussitôt se transformer en lobbyiste. Au nom de l’Etat français, il a négocié la collaboration entre la rébellion autoproclamée Conseil national de transition (CNT) et le gouvernement de Paris en vue de renverser le régime de Kadhafi.

L’écrivain français ne se cache pas d’avoir pris l’initiative d’arranger la rencontre des membres du CNT avec le président Sarkozy au palais de l’Elysée à Paris le 10 mars 2011. En quelques jours, le CNT a obtenu une reconnaissance internationale comme seul représentant légitime de la Libye. BHL a aussi plaidé en faveur d’une offensive aérienne sans pitié et défendu l’armement de groupes jihadistes qu’il qualifiait de « modérés ».  Chacune de ces actions avait contribué à la descente de la Libye aux enfers d’une guerre dont les effets dévastateurs se font encore ressentir de Tripoli au Mali.

Au début de la guerre, BHL affirmait qu’il agissait par engagement en faveur de la protection des civils, de la liberté et de la démocratie. Dans un discours qu’il a adressé à l’occasion de la première convention nationale organisée par le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) en novembre 2011, l’écrivain a levé le voile sur les motifs profonds de son action en Libye : « C’est en tant que juif que j’ai participé à cette aventure politique, que j’ai contribué à définir des fronts militants, que j’ai contribué à élaborer pour mon pays et pour un autre pays une stratégie et des tactiques ». Et l’écrivain d’ajouter: «J’ai porté en étendard ma fidélité à mon nom, ma volonté d’illustrer ce nom et ma fidélité au sionisme et à Israël. »

A la lumière des traces désastreuses de son passage en Libye, certains n’hésitent pas à voir dans cette visite-surprise à un moment où le pays est sous haute tension, le retour du criminel sur le lieu du crime.

Ph. Flickr

Que faisait Bernard Henri-Lévy en Libye?

Le 03 août 2020 à19:00

Modifié le 03 août 2020 à 21:06

On l'avait un peu oublié celui-là. Mais il a décidé de se rappeler au bon souvenir de l'actualité internationale et libyenne en effectuant une visite de 48 heures sur le sol libyen. La clé de voûte de cette visite devait être la ville de Tarhouna dans l'ouest libyen, libérée des forces de Haftar qui l'occupaient.

La visite a commencé comme prévu le samedi 25 juillet et s'est achevée quelques heures plus tard, sans que notre héros ne foule les rues de Tarhouna. Et pour cause, il en a été refoulé par des forces qu'il a qualifiées d'inconnues, probablement relevant des autorités locales qui ne comprenaient pas le pourquoi de cette visite imposée.

Notre homme des grandes crises internationales a transformé ces péripéties guignolesques en un épisode haletant de bravoure et de suspense qu'il a publié dans Paris Match, parallèlement à une tribune dans le Wall Street Journal. A quelques heures de son arrivée en Libye, il avait prétendu être mandaté par le Wall Street Journal pour un reportage exclusif. Bref, d'une manière ou d'une autre, l'homme qui a convaincu Sarkozy d'intervenir militairement en Libye en 2011, arrive encore à faire parler de lui sur le même thème.

La Marocaine Aïcha Basri, ex-porte-parole de l'ONU au Darfour, analyse ci-dessous la visite de BHL en Libye.

Que faisait Bernard Henri-Levy en Libye?

par Aïcha Basri

La porte-parole du Wall Street Journal, Colleen Schwarz, a catégoriquement nié que le quotidien Américain aurait dépêché l’écrivain français, Bernard Henri-Levy (BHL), en Libye.

Au cours de sa visite mouvementée samedi 25 juillet dans l’Ouest libyen, BHL a déclaré à la chaîne de télévision libyenne « Libya Al-Ahrar », qu’il était rentré en Libye «avec un visa, en tant que journaliste» pour effectuer un reportage pour le quotidien américain Wall Street Journal.

Dans une réponse écrite au quotidien arabophone "Al Araby Al Jadeed", publié à Londres, Colleen Schwartz a affirmé : « Le service opinion du Wall Street Journal a travaillé avec Bernard Henri-Levy par le passé, mais il n’a pas été dépêché en Libye par Wall Street Journal ».

Hautement impliqué dans la décision française d’intervenir militairement en Libye pour mettre fin au régime de Mouammar Kadhafi en 2011, BHL a provoqué une controverse après une visite éclair mouvementée.  

Selon des sources locales, l’écrivain français avait atterri samedi à bord d'un jet privé à l’aéroport de Misrata, à l’ouest de Tripoli. Quelques heures plus tard, l’avion aurait été obligé de décoller. BHL a quitté le pays, laissant derrière lui plusieurs questions sans réponses sur le vrai motif de sa visite, et sur l’identité inconnue des Libyens qui auraient arrangé sa visite et lui ont assuré une escorte musclée. Le bureau de Fayez el-Sarraj, chef du gouvernement d’union nationale, s’est dépêché de démentir «tout lien» avec cette visite et a annoncé dans un communiqué avoir lancé une «enquête».

Sur Twitter, BHL a maintenu s’être rendu dans la ville de Tarhouna,  à 65 kilomètres au sud-est de Tripoli,  pour enquêter sur un «charnier» attribué aux crimes du maréchal Khalifa Haftar. Des groupes armés pro-GNA ont, toutefois, affirmé avoir empêché son convoi d’accéder à Tarhouna. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux semblent capter le moment où ces groupes ont ouvert le feu sur le convoi de l’écrivain.

Pour de nombreux Libyens, BHL est persona non grata du fait du rôle qu’il avait joué dans la destruction de leur pays. En mars 2011, au début du soulèvement populaire contre le régime de Kadhafi, Lévy est rentré en Libye en tant que « journaliste », pour aussitôt se transformer en lobbyiste. Au nom de l’Etat français, il a négocié la collaboration entre la rébellion autoproclamée Conseil national de transition (CNT) et le gouvernement de Paris en vue de renverser le régime de Kadhafi.

L’écrivain français ne se cache pas d’avoir pris l’initiative d’arranger la rencontre des membres du CNT avec le président Sarkozy au palais de l’Elysée à Paris le 10 mars 2011. En quelques jours, le CNT a obtenu une reconnaissance internationale comme seul représentant légitime de la Libye. BHL a aussi plaidé en faveur d’une offensive aérienne sans pitié et défendu l’armement de groupes jihadistes qu’il qualifiait de « modérés ».  Chacune de ces actions avait contribué à la descente de la Libye aux enfers d’une guerre dont les effets dévastateurs se font encore ressentir de Tripoli au Mali.

Au début de la guerre, BHL affirmait qu’il agissait par engagement en faveur de la protection des civils, de la liberté et de la démocratie. Dans un discours qu’il a adressé à l’occasion de la première convention nationale organisée par le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) en novembre 2011, l’écrivain a levé le voile sur les motifs profonds de son action en Libye : « C’est en tant que juif que j’ai participé à cette aventure politique, que j’ai contribué à définir des fronts militants, que j’ai contribué à élaborer pour mon pays et pour un autre pays une stratégie et des tactiques ». Et l’écrivain d’ajouter: «J’ai porté en étendard ma fidélité à mon nom, ma volonté d’illustrer ce nom et ma fidélité au sionisme et à Israël. »

A la lumière des traces désastreuses de son passage en Libye, certains n’hésitent pas à voir dans cette visite-surprise à un moment où le pays est sous haute tension, le retour du criminel sur le lieu du crime.

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