img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
SOCIETE

Sécurité sanitaire des aliments: les défaillances du système national (CESE)

Utilisation non maîtrisée des pesticides, faible traçabilité du marché domestique, prédominance de l’informel, le CESE revient sur les dysfonctionnements du marché national de la sécurité alimentaire. Le Conseil recommande de transformer l'Onssa en la dotant du positionnement nécessaire.

Sécurité sanitaire des aliments: les défaillances du système national (CESE)
Par
Le 5 juin 2020 à 9h35 | Modifié 11 avril 2021 à 2h46

Afin d'identifier les voies d'amélioration de la sécurité sanitaire des aliments (SAA) au Maroc, le Conseil économique social et environnemental (CESE) a mené une étude dont les conclusions viennent d'être publiées. Cette étude a également pour but de proposer des solutions réalistes adaptées aux contraintes auxquelles font face les professionnels et les autorités compétentes chargées de la gouvernance en la matière.

Ces mesures devraient également, selon le CESE garantir un appui à la compétitivité de l’économie marocaine et à son intégration à l’économie mondiale et régionale. En effet, le système national de SSA permet aujourd'hui aux produits marocains d’accéder à des marchés internationaux exigeants. Ces progrès restent toutefois insuffisants. 

Dans l’avis "Pour une véritable politique publique de sécurité sanitaire des aliments (SSA) axée sur la protection des consommateurs et favorisant une compétitivité durable de l’entreprise au niveau national et international", le CESE part du constat qu’une multitude d’établissements ne disposant ni d’agréments, ni d’autorisations sanitaires qui mettent, sur le marché, des produits qui exposent la santé du consommateur à des dangers avérés non maîtrisés.

Prédominance de l'informel

Par ailleurs, l’utilisation des intrants et pesticides dans l’agriculture n’est pas suffisamment maîtrisée au regard des normes en vigueur. Ils présentent ainsi un risque avéré sur la santé et l’environnement et contribuent à la dégradation des ressources en eau et des écosystèmes naturels.

Cet état de fait s’explique notamment par l’absence d’une politique publique intégrée de sécurité sanitaire des aliments induisant plusieurs défaillances qui ont trait à la multiplicité des intervenants fonctionnant souvent en silos, au chevauchement des compétences, à la prédominance de l’informel, à la faible traçabilité du marché domestique ainsi qu’au rôle limité des associations de défense des droits des consommateurs.

Le paradoxale entre les filières d’exportation et le marché domestique

Le CESE note dans son étude la situation paradoxale des filières d’exportation qui respectent les normes strictes des marchés internationaux et le marché domestique dominé par l’informel. Dans un souci de développement des exportations, les incitations économiques visant à encourager la sécurité sanitaire des aliments sont le plus souvent portées par la volonté d’accéder aux marchés internationaux. Le respect des normes édictées par les pays destinataires est en effet une condition nécessaire à l’exportation. Le dispositif de contrôle de la SSA des produits destinés à l’export, mis en place par l’autorité compétente marocaine, en l’occurrence l’Onssa, assure le même niveau de protection du consommateur européen, régi par la réglementation de l’UE.

En d’autres termes, Il permet d’assurer un niveau élevé de protection de la vie et de la santé humaines comme l’exige la loi alimentaire de l’UE ou règlement CE 178/2002 (Food Law). Malheureusement, ce n’est pas le cas pour le marché domestique qui souffre encore de plusieurs insuffisances où certaines parties de la chaîne alimentaire échappent complètement à l’Onssa (locaux d’abattage, de préparation et de vente du poulet non agréés, 'riachates', alimentation de rue, fruits et légumes, etc.).

Au regard des risques inhérents à la non sécurité des aliments, entre autres, en termes de santé publique, de destruction de valeur économique et de fragilisation des populations qui en vivent, le CESE considère qu’il y a lieu de changer de paradigme, en dotant le pays d’une politique publique de la sécurité sanitaire des denrées alimentaires, permettant d’assurer la santé des citoyens, à travers des recommandations stratégiques et une feuille de route pour accompagner la conduite de changement.

Transformation de l'Onssa

 Dans ce sens, le CESE préconise trois recommandations stratégiques:

-Doter le pays d’une politique publique dédiée de sécurité sanitaire des aliments;

-Passer de manière progressive du système actuel à organismes multiples, vers un système intégré, en créant une Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments, placée auprès du chef de gouvernement, qui devra être investie de larges pouvoirs de contrôle, de surveillance et de correction. Cela pourrait éventuellement passer par une transformation profonde de l’Onssa en la dotant des compétences et du positionnement requis; 

-Séparer l’évaluation des risques de la gestion des risques en instituant un comité scientifique indépendant d’évaluation des risques, dont la principale mission serait de fournir un avis scientifique afin d’assurer l’indépendance, l’impartialité et l’intégrité de l’information relative à la sécurité sanitaire des aliments.

Afin d’accompagner la conduite de changement, le Conseil propose huit recommandations opérationnelles:

-Mettre en place des mesures de communication destinées à informer les consommateurs et les acteurs de la chaîne alimentaire;

-Améliorer et généraliser les mécanismes de mise à niveau des filières alimentaires;

-Améliorer les conditions d’hygiène du secteur alimentaire informel, dans la perspective de l’intégrer à terme dans le secteur formel;

-Transformer le consommateur en "un conso-acteur";

-Renforcer le rôle des fédérations et associations de protection des droits des consommateurs;

-Développer fortement les possibilités offertes par la digitalisation pour améliorer la SSA;

-Renforcer la recherche & développement;

-Maîtriser l’utilisation des intrants, fertilisants et pesticides pour réduire leur impact sur l’environnement et sur la santé des consommateurs.

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 5 juin 2020 à 9h35

à lire aussi

Ozone. Le fisc ouvre le bal des créanciers de la société d’Aziz El Badraoui
DROIT

Article : Ozone. Le fisc ouvre le bal des créanciers de la société d’Aziz El Badraoui

Le tribunal de commerce de Rabat a admis une créance fiscale dans le redressement d’Ozone, groupe de collecte de déchets fondé par l'ancien président du Raja de Casablanca. Le Trésor s’impose ainsi parmi les premiers créanciers fixés dans ce dossier, avant d’autres poids lourds, notamment bancaires.

Sopriam prend le contrôle du showroom de KMG Auto à El Jadida
Quoi de neuf

Article : Sopriam prend le contrôle du showroom de KMG Auto à El Jadida

Sopriam met la main sur le showroom de KMG Auto à El Jadida, dédié à la commercialisation des véhicules Peugeot, Citroën et DS Automobiles, ainsi qu’à la vente de véhicules d’occasion, de pièces de rechange et aux services de maintenance.

Lancement du programme “Riaya” : deux conventions pour accompagner les jeunes après 18 ans
Quoi de neuf

Article : Lancement du programme “Riaya” : deux conventions pour accompagner les jeunes après 18 ans

Deux conventions-cadres ont été signées, jeudi 16 avril 2026 à Salé, dans le cadre du lancement du programme national "Riaya", visant l’accompagnement et l’insertion des enfants et des jeunes issus des établissements de protection sociale après l’âge de 18 ans.

Météo : le Sud et le centre sous la chaleur, un rafraîchissement prévu dès jeudi 23 avril 2026
Les prévisions à moyenne échéance

Article : Météo : le Sud et le centre sous la chaleur, un rafraîchissement prévu dès jeudi 23 avril 2026

Une vague de chaleur touche en cette mi-avril 2026 le sud et le centre du Maroc, avec des températures dépassant les normales saisonnières de 5 à 10°C. Cet épisode devrait se maintenir jusqu’au jeudi 23 avril 2026, avant un retour progressif à des conditions plus fraîches et instables en fin de semaine prochaine.

Élections 2026 : le gouvernement adopte un soutien financier aux candidats de moins de 35 ans
Elections 2026

Article : Élections 2026 : le gouvernement adopte un soutien financier aux candidats de moins de 35 ans

À quelques mois des législatives de 2026, l’exécutif a validé un nouveau décret destiné à faciliter l’accès des moins de 35 ans aux mécanismes de financement électoral. Le texte prévoit une prise en charge publique pouvant atteindre 75 % des dépenses validées.

CGEM : Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri lancent officiellement leur campagne
BUSINESS

Article : CGEM : Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri lancent officiellement leur campagne

Mehdi Tazi a officialisé, aux côtés de Mohamed Bachiri, le lancement de sa campagne pour la présidence de la CGEM. Une première réunion avec les fédérations industrielles a permis de recueillir attentes, défis et ambitions du secteur productif national.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité