Tanger​: La vie de migrant en temps de confinement

Au Maroc, les migrants sont parmi les personnes les plus exposées au risque de contamination au Covid 19, mais ils sont avant tout les plus vulnérables aux conséquences socio-économiques de l’état d’urgence sanitaire.

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Tanger​ : La vie de migrant en temps de confinement Fanny au bord de la route, près d’un feu de signalisation, Tanger, avril 2020 (Sédrick Kouayi)

Le 20 avril 2020 à 12:52

Modifié le 20 avril 2020 à 18:58

Le 20 mars 2020, pour enrayer la propagation du virus Covid-19, le Maroc a décrété l’état d’urgence sanitaire et le confinement de sa population de 18h à 8h. A l’annonce de cette mesure, on a vu dans les villes marocaines des familles se précipiter dans les grandes surfaces, craignant une pénurie prochaine. Avant de rentrer se confiner.

Fanny vit à Tanger, dans le nord du Maroc, mais pour elle, pas de rushs aux caisses automatiques, pas de stocks de réserve, pas de gel hydro-alcoolique, de papier toilette ou de désinfectant, pas même de confinement. Comme tous les jours, depuis 7 ans, elle erre dans la ville accompagnée de ses deux enfants:

"J’ai 28 ans, d’origine nigériane, je suis enceinte de 7 mois et je suis mère de 2 enfants de 5 et 3 ans. Je vis dans la Médina de Tanger avec mon partenaire et nos enfants. Mon partenaire ne travaille pas, il fait parfois des chantiers mais avec l’état d’urgence, c’est moi qui rapporte de quoi faire vivre notre famille."

Au Maroc, l’accès au marché du travail et aux aides sociales étant très limité, les migrants dépendent essentiellement du marché noir et de la solidarité; et pour eux, rester à la maison n’est pas une option.

Arrivée au Maroc en 2010 pour braver la mer à destination de l’Espagne, Fanny a vu son rêve d’Europe disparaître à mesure que ses tentatives de traversée ont échoué. Sans domicile, ruinée par les gages laissés aux passeurs, elle a fini par s’installer chez un homme qui plus tard est devenu son partenaire. Un enfant est né, puis un deuxième.

Fin 2013, la petite famille a profité de la régularisation massive lancée par le Roi. Un espoir pour Fanny, mais de courte durée, car la régularisation ne s’est accompagnée d’aucune mesures d’intégration, et l’accès au marché du travail est resté fermé pour un grand nombre de Subsahariens qui ne parlent pas l’arabe. A ce jour, comme pour beaucoup de leurs compatriotes vivant au Maroc, la mendicité est la seule solution de subsistance pour Fanny et sa famille.

L’état d’urgence sanitaire a entraîné son lot de désagréments pour la population marocaine: privation de liberté, contrôle policier renforcé, etc. Mais pour la population migrante de Tanger, ainsi que tous ceux qui dépendent de la charité, la conséquence directe du confinement est une perte sèche de subsides pendant les manches, avec le risque quotidien de ne pas pouvoir payer le toit et le couvert. Pas moyen, de surcroît, de compter sur les organisations humanitaires qui, comme le reste de l’économie du pays, tournent désormais au ralenti*.

Alors de 8h à 18h, souvent au-delà, Fanny et ses 2 enfants écument les rues de Tanger. Verbalisée à plusieurs reprises pour non-respect du confinement, elle rivalise de ruse avec les agents de police pour déjouer les contrôles. "​Je ne peux pas rester à la maison comme demandent les autorités, parce que ma survie et celle de ma famille dépendent de ce qu’on me donne dans la rue."

Malgré l’annonce du gouvernement marocain d’une aide pour les familles les plus vulnérables, la jeune femme a peu d’espoir d’obtenir quoi que ce soit. D’autant qu’il ne lui reste que peu de temps avant le paiement de son loyer. Alors, même si les cas de contamination augmentent sans cesse, Fanny est dehors, devant les banques, les grandes surfaces et les feux de signalisation. Avec elle, d’autres femmes, enfants, mineurs isolés, qui n’ont pas d’autres choix que de continuer à tendre la main, avec encore plus d’ardeur.

Au Maroc, les migrants sont parmi les personnes les plus exposées au risque de contamination au Covid 19, mais ce sont avant tout les plus vulnérables aux conséquences socio-économiques de l’état d’urgence sanitaire. Si l’Etat marocain a annoncé plusieurs mesures à destination des populations vulnérables, aucune ne concerne jusqu’ici les 80.000 migrants qu’accueille son territoire. 

*Saluons tout de même le travail de plusieurs associations tangéroises, qui se démènent pour assurer des distributions de vivres et de produits essentiels aux populations les plus vulnérables.

Fanny au bord de la route, près d’un feu de signalisation, Tanger, avril 2020 (Sédrick Kouayi)

Tanger​: La vie de migrant en temps de confinement

Le 20 avril 2020 à13:00

Modifié le 20 avril 2020 à 18:58

Au Maroc, les migrants sont parmi les personnes les plus exposées au risque de contamination au Covid 19, mais ils sont avant tout les plus vulnérables aux conséquences socio-économiques de l’état d’urgence sanitaire.

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Le 20 mars 2020, pour enrayer la propagation du virus Covid-19, le Maroc a décrété l’état d’urgence sanitaire et le confinement de sa population de 18h à 8h. A l’annonce de cette mesure, on a vu dans les villes marocaines des familles se précipiter dans les grandes surfaces, craignant une pénurie prochaine. Avant de rentrer se confiner.

Fanny vit à Tanger, dans le nord du Maroc, mais pour elle, pas de rushs aux caisses automatiques, pas de stocks de réserve, pas de gel hydro-alcoolique, de papier toilette ou de désinfectant, pas même de confinement. Comme tous les jours, depuis 7 ans, elle erre dans la ville accompagnée de ses deux enfants:

"J’ai 28 ans, d’origine nigériane, je suis enceinte de 7 mois et je suis mère de 2 enfants de 5 et 3 ans. Je vis dans la Médina de Tanger avec mon partenaire et nos enfants. Mon partenaire ne travaille pas, il fait parfois des chantiers mais avec l’état d’urgence, c’est moi qui rapporte de quoi faire vivre notre famille."

Au Maroc, l’accès au marché du travail et aux aides sociales étant très limité, les migrants dépendent essentiellement du marché noir et de la solidarité; et pour eux, rester à la maison n’est pas une option.

Arrivée au Maroc en 2010 pour braver la mer à destination de l’Espagne, Fanny a vu son rêve d’Europe disparaître à mesure que ses tentatives de traversée ont échoué. Sans domicile, ruinée par les gages laissés aux passeurs, elle a fini par s’installer chez un homme qui plus tard est devenu son partenaire. Un enfant est né, puis un deuxième.

Fin 2013, la petite famille a profité de la régularisation massive lancée par le Roi. Un espoir pour Fanny, mais de courte durée, car la régularisation ne s’est accompagnée d’aucune mesures d’intégration, et l’accès au marché du travail est resté fermé pour un grand nombre de Subsahariens qui ne parlent pas l’arabe. A ce jour, comme pour beaucoup de leurs compatriotes vivant au Maroc, la mendicité est la seule solution de subsistance pour Fanny et sa famille.

L’état d’urgence sanitaire a entraîné son lot de désagréments pour la population marocaine: privation de liberté, contrôle policier renforcé, etc. Mais pour la population migrante de Tanger, ainsi que tous ceux qui dépendent de la charité, la conséquence directe du confinement est une perte sèche de subsides pendant les manches, avec le risque quotidien de ne pas pouvoir payer le toit et le couvert. Pas moyen, de surcroît, de compter sur les organisations humanitaires qui, comme le reste de l’économie du pays, tournent désormais au ralenti*.

Alors de 8h à 18h, souvent au-delà, Fanny et ses 2 enfants écument les rues de Tanger. Verbalisée à plusieurs reprises pour non-respect du confinement, elle rivalise de ruse avec les agents de police pour déjouer les contrôles. "​Je ne peux pas rester à la maison comme demandent les autorités, parce que ma survie et celle de ma famille dépendent de ce qu’on me donne dans la rue."

Malgré l’annonce du gouvernement marocain d’une aide pour les familles les plus vulnérables, la jeune femme a peu d’espoir d’obtenir quoi que ce soit. D’autant qu’il ne lui reste que peu de temps avant le paiement de son loyer. Alors, même si les cas de contamination augmentent sans cesse, Fanny est dehors, devant les banques, les grandes surfaces et les feux de signalisation. Avec elle, d’autres femmes, enfants, mineurs isolés, qui n’ont pas d’autres choix que de continuer à tendre la main, avec encore plus d’ardeur.

Au Maroc, les migrants sont parmi les personnes les plus exposées au risque de contamination au Covid 19, mais ce sont avant tout les plus vulnérables aux conséquences socio-économiques de l’état d’urgence sanitaire. Si l’Etat marocain a annoncé plusieurs mesures à destination des populations vulnérables, aucune ne concerne jusqu’ici les 80.000 migrants qu’accueille son territoire. 

*Saluons tout de même le travail de plusieurs associations tangéroises, qui se démènent pour assurer des distributions de vivres et de produits essentiels aux populations les plus vulnérables.

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