Un manifeste féminin contre la pénalisation des relations sexuelles hors mariage

PREMIERE. C'est une initiative inédite et probablement la prise de position la plus forte contre la criminalisation des relations sexuelles hors mariage, de l'adultère, de l'avortement et plus généralement en faveur des libertés individuelles.

Un manifeste féminin contre la pénalisation des relations sexuelles hors mariage

Le 23 septembre 2019 à 09:00

Modifié le 23 septembre 2019 à 12:03

Parce qu'il y a eu les poursuites très médiatisées contre Hajar Raissouni et le staff médical. Et parce que cette problématique est quotidienne au Maroc. Parce que de nombreuses personnes souffrent de cette situation marquée par l'hypocrisie. Deux Marocaines, Leïla Slimani et Sonia Terrab lancent un cri : “nous sommes des hors-la-loi“. Hors-la-loi par rapport au fameux article 490 du code pénal qui stipule : “Sont   punies   de   l'emprisonnement   d'un   mois   à   un   an,   toutes personnes  de  sexe  différent  qui,  n'étant  pas  unies  par  les  liens  du mariage, ont entre elles des relations sexuelles“.

Le cri de révolte de Leïla Slimani et de Sonia Terrab prend la forme d’un manifeste qui a été signé par 490 personnes. Il est à partir de ce lundi matin à 09H00, publié par la presse (et Médias24) ainsi que sur les réseaux sociaux. Les Marocaines et Marocains sont invités à le signer (voir ci-dessous).

Les deux initiatrices du manifeste estiment que “des gens, en ce moment même, vivent des drames individuels, des tragédies qui broient leur existence. Ils dorment en prison parce qu'ils ont fait l'amour! Nous ne pouvons pas rester silencieux“.  

Le texte existe en quatre versions : darija, arabe, anglais et français.

Les 490 premières signatures comprennent trois fois plus de femmes que d’hommes, car il s’agit d’abord d’une campagne au féminin. Des femmes de tous les âges et situations, des banquières, enseignantes, étudiantes, femmes au foyer, militantes, intellectuelles, artistes…

Les signatures restent ouvertes après publication, à travers l'adresse mail suivante: [email protected]

L’identité visuelle de la campagne est signée Dina Benbrahim.

Voici le texte du manifeste en langue française:

"Nous, citoyennes et citoyens marocains, déclarons que nous sommes hors-la-loi.

"Nous violons des lois injustes, obsolètes, qui n’ont plus lieu d’être.

"Nous avons eu des relations sexuelles hors mariage.

"Nous avons subi, pratiqué ou été complices d’un avortement.

"Nous avons appris à feindre, à composer, à faire semblant. Pour combien de temps encore ?

"Chaque jour, chaque heure, en secret, en cachette, des femmes comme moi, des hommes comme toi, conservateurs ou progressistes, personnalités publiques ou anonymes, de tous les milieux et toutes les régions, osent et s’assument, jouissent et existent par eux-mêmes, brisent des chaînes et bafouent des lois. Parce qu’ils aiment.

"Chaque jour, je me rends coupable d’aimer et d’être aimé. Chaque fois qu’une femme est arrêtée, je me rends complice. Je me dis : ça aurait pu être moi...

"Puis je me tais, je passe mon chemin, je m’efforce d’oublier...

"Mais je n’y arrive plus. Je n’en peux plus. Car mon corps m’appartient, il n’appartient ni à mon père, ni à mon mari, ni à mon entourage, ni aux yeux des hommes dans la rue, et encore moins à l’Etat.

"Aujourd'hui, je ne veux plus avoir honte. Moi qui aime, avorte, ai des relations sexuelles sans être mariée. Moi qui me cache. Moi qui risque le déshonneur, l’infamie, la prison.

"Cette culture du mensonge et de l’hypocrisie sociale génère la violence, l’arbitraire, l’intolérance. Ces lois, liberticides et inapplicables, sont devenues des outils de vengeance politique ou personnelle. C’est une épée de Damoclès qui nous menace et nous rappelle que notre vie ne nous appartient pas. Comment l’accepter ? Pourquoi l’accepter ? Encore et encore…

"En 2018, au Maroc, 14.503 personnes ont été poursuivies au regard de l’article 490 du Code Pénal, qui punit de prison les relations sexuelles hors des liens du mariage. 3.048 personnes ont été incarcérées pour adultère. Chaque jour, dans notre pays, entre 600 et 800 avortements clandestins sont pratiqués.

"Faut-il mettre toutes ces personnes en prison ? Leurs « complices » (médecins, militants associatifs) aussi ?

"Nous croyons que la société marocaine est mûre pour le changement et pour que soient enfin entérinés le respect de la vie privée et le droit de chacun à disposer de son corps. Notre société et notre pays méritent cela. Nous appelons nos gouvernants, nos décideurs, nos législateurs, à faire preuve de courage, à faire ce pas en avant, en engageant un débat national sur les libertés individuelles.

"Ce n’est pas un luxe, ce n’est pas une faveur, c’est une nécessité.

"Comment favoriser l’épanouissement de la jeunesse, comment permettre la juste implication des femmes dans la société, comment engager réellement notre pays dans le progrès, dans le développement humain, si nos libertés individuelles ne sont pas respectées, si notre dignité est foulée au pied, si nous restons toutes et tous hors-la-loi ?

"Toutes et tous hors la loi, jusqu’à ce que la loi change".

Un manifeste féminin contre la pénalisation des relations sexuelles hors mariage

Le 23 septembre 2019 à08:56

Modifié le 23 septembre 2019 à 12:03

PREMIERE. C'est une initiative inédite et probablement la prise de position la plus forte contre la criminalisation des relations sexuelles hors mariage, de l'adultère, de l'avortement et plus généralement en faveur des libertés individuelles.

Parce qu'il y a eu les poursuites très médiatisées contre Hajar Raissouni et le staff médical. Et parce que cette problématique est quotidienne au Maroc. Parce que de nombreuses personnes souffrent de cette situation marquée par l'hypocrisie. Deux Marocaines, Leïla Slimani et Sonia Terrab lancent un cri : “nous sommes des hors-la-loi“. Hors-la-loi par rapport au fameux article 490 du code pénal qui stipule : “Sont   punies   de   l'emprisonnement   d'un   mois   à   un   an,   toutes personnes  de  sexe  différent  qui,  n'étant  pas  unies  par  les  liens  du mariage, ont entre elles des relations sexuelles“.

Le cri de révolte de Leïla Slimani et de Sonia Terrab prend la forme d’un manifeste qui a été signé par 490 personnes. Il est à partir de ce lundi matin à 09H00, publié par la presse (et Médias24) ainsi que sur les réseaux sociaux. Les Marocaines et Marocains sont invités à le signer (voir ci-dessous).

Les deux initiatrices du manifeste estiment que “des gens, en ce moment même, vivent des drames individuels, des tragédies qui broient leur existence. Ils dorment en prison parce qu'ils ont fait l'amour! Nous ne pouvons pas rester silencieux“.  

Le texte existe en quatre versions : darija, arabe, anglais et français.

Les 490 premières signatures comprennent trois fois plus de femmes que d’hommes, car il s’agit d’abord d’une campagne au féminin. Des femmes de tous les âges et situations, des banquières, enseignantes, étudiantes, femmes au foyer, militantes, intellectuelles, artistes…

Les signatures restent ouvertes après publication, à travers l'adresse mail suivante: [email protected]

L’identité visuelle de la campagne est signée Dina Benbrahim.

Voici le texte du manifeste en langue française:

"Nous, citoyennes et citoyens marocains, déclarons que nous sommes hors-la-loi.

"Nous violons des lois injustes, obsolètes, qui n’ont plus lieu d’être.

"Nous avons eu des relations sexuelles hors mariage.

"Nous avons subi, pratiqué ou été complices d’un avortement.

"Nous avons appris à feindre, à composer, à faire semblant. Pour combien de temps encore ?

"Chaque jour, chaque heure, en secret, en cachette, des femmes comme moi, des hommes comme toi, conservateurs ou progressistes, personnalités publiques ou anonymes, de tous les milieux et toutes les régions, osent et s’assument, jouissent et existent par eux-mêmes, brisent des chaînes et bafouent des lois. Parce qu’ils aiment.

"Chaque jour, je me rends coupable d’aimer et d’être aimé. Chaque fois qu’une femme est arrêtée, je me rends complice. Je me dis : ça aurait pu être moi...

"Puis je me tais, je passe mon chemin, je m’efforce d’oublier...

"Mais je n’y arrive plus. Je n’en peux plus. Car mon corps m’appartient, il n’appartient ni à mon père, ni à mon mari, ni à mon entourage, ni aux yeux des hommes dans la rue, et encore moins à l’Etat.

"Aujourd'hui, je ne veux plus avoir honte. Moi qui aime, avorte, ai des relations sexuelles sans être mariée. Moi qui me cache. Moi qui risque le déshonneur, l’infamie, la prison.

"Cette culture du mensonge et de l’hypocrisie sociale génère la violence, l’arbitraire, l’intolérance. Ces lois, liberticides et inapplicables, sont devenues des outils de vengeance politique ou personnelle. C’est une épée de Damoclès qui nous menace et nous rappelle que notre vie ne nous appartient pas. Comment l’accepter ? Pourquoi l’accepter ? Encore et encore…

"En 2018, au Maroc, 14.503 personnes ont été poursuivies au regard de l’article 490 du Code Pénal, qui punit de prison les relations sexuelles hors des liens du mariage. 3.048 personnes ont été incarcérées pour adultère. Chaque jour, dans notre pays, entre 600 et 800 avortements clandestins sont pratiqués.

"Faut-il mettre toutes ces personnes en prison ? Leurs « complices » (médecins, militants associatifs) aussi ?

"Nous croyons que la société marocaine est mûre pour le changement et pour que soient enfin entérinés le respect de la vie privée et le droit de chacun à disposer de son corps. Notre société et notre pays méritent cela. Nous appelons nos gouvernants, nos décideurs, nos législateurs, à faire preuve de courage, à faire ce pas en avant, en engageant un débat national sur les libertés individuelles.

"Ce n’est pas un luxe, ce n’est pas une faveur, c’est une nécessité.

"Comment favoriser l’épanouissement de la jeunesse, comment permettre la juste implication des femmes dans la société, comment engager réellement notre pays dans le progrès, dans le développement humain, si nos libertés individuelles ne sont pas respectées, si notre dignité est foulée au pied, si nous restons toutes et tous hors-la-loi ?

"Toutes et tous hors la loi, jusqu’à ce que la loi change".

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