Un projet de raffinerie maroco-russe à Nador interroge sur la survie de la Samir
Y aura-t-il construction d'une raffinerie neuve au Maroc? Une information en provenance de Sotchi en Russie, indique que c'est possible. Mais on ne sait pas s'il s'agit d'une décision ferme ou d'un accord de principe. Et s'agira-t-il d'une raffinerie destinée au marché local ou à l'export?
>En premier lieu, voici le texte du communiqué de MYA Energy, tel qu'il a été relayé par l'agence MAP:
"Un accord pour la construction d'un complexe pétrochimique d’une valeur de près de deux milliards d’Euros au Maroc a été signé, mercredi à Sotchi, en marge du Forum économique Russie-Afrique.
"L’accord, paraphé par le Directeur Général de la société "MYA Energy", Youssef El Alaoui, le président de la Banque de développement de la Fédération de Russie (VEB), Daniil Algulyan, et le vice-président du Centre russe pour l’exportation, Nikita Gusakov, porte sur la construction d’une raffinerie en utilisant l’expertise et les dernières technologies russes pour le raffinage et le stockage de produits pétroliers, indique la compagnie "MYA Energy" dans un communiqué.
"Ce projet s’inscrit également dans une démarche respectueuse de l’environnement et permettra au Royaume de contribuer à la réglementation "IMO 2020" qui implique la réduction des émissions de soufre, dont le Maroc est signataire dans le cadre des engagements de la COP-22 à Marrakech.
"Le développement et la réalisation du projet seront effectués par la société marocaine en partenariat avec différents acteurs russes dans le domaine et qui fourniront l’expertise, la technologie et le matériel performant afin de permettre au Royaume d’accentuer son leadership énergétique sur le continent africain et au niveau mondial, relève la même source.
"La raffinerie qui sera construite dans le cadre de ce projet sera dotée dans un premier temps d’une capacité de raffinage de 100 mille barils par jour, et pourra dans un deuxième temps atteindre la capacité de 200 mille barils par jour, souligne la même source.
"Ce projet permettra la création de plusieurs milliers d’emplois directs et indirects, notamment dans la région du nord du Royaume, et mettre à profit les installations portuaires de Nador West Med, indique la société".
>Accord de principe ou accord définitif?
Reuters annonce de son côté: "Russia's VEB and morocco's MYA energy will consider investing into construction of oil refinery in Morocco with annual capacity of up to 5 MLN T". Autrement dit: les deux parties "envisageront d'investir dans la construction d'une raffinerie au Maroc".
Sur son site officiel, la Banque de développement de la Fédération de Russie VEB confirme que les parties "examineront la possibilité de financer la construction d'une raffinerie de pétrole au Maroc". Il ne s'agit donc pas d'un accord définitif.
Voici des extraits du texte publié par la VEB:
"VEB, REC et la société marocaine MYA Energy examineront la possibilité de financer la construction d’une raffinerie de pétrole au Royaume du Maroc d’une capacité pouvant atteindre 5 millions de tonnes par an. Le mémorandum de coopération a été signé lors du Forum économique Russie-Afrique en présence du ministre de l'Énergie et des Mines du Royaume du Maroc, Aziz Rabbah.
"(...) Le financement de ce projet sera effectué conformément au système de prêt interbancaire. À son tour, VEB est prêt à fournir des fonds pour l’achat par la partie marocaine d’équipements et de services auprès de fournisseurs et de sous-traitants russes. Le créancier direct de la société sera l'une des banques du Royaume du Maroc", a expliqué Daniil Algulyan .
De son côté, le Centre russe des exportations a également annoncé l'information, dans les mêmes termes, en précisant que le montant des investissements serait de 500 millions d'euros:
"Le budget du projet est estimé à 500 millions d’euros. Le financement de ce projet sera effectué dans le cadre du système de prêt interbancaire. À son tour, VEB.RF est prêt à fournir jusqu'à 425 millions d'euros pour l'achat par la partie marocaine d'équipements et de services auprès de fournisseurs et d'entrepreneurs russes. Une des banques du Royaume du Maroc deviendra le créancier direct de la société sur la base de laquelle le projet sera mis en œuvre". (Daniil Algulyan, Vice-président de VEB.RF)
>La capacité vs Samir. Le communiqué évoque une capacité de 100.000 barils/jour, pouvant être doublée. 100.000 barils/jour, cette capacité correspond à 5 millions de tonnes par an. Avant sa fermeture, la Samir avait une capacité de 10 millions de T. par an.
Selon VEB, la raffinerie en projet produira "de l’essence, du gasoil à la norme Euro 5, du kérosène, ainsi que du bitume". VEB rappelle que "le Maroc importe actuellement environ 90% de ses ressources énergétiques", ce qui laisse entendre que la production est destinée au marché marocain.
>La Samir est-elle condamnée? Le communiqué annonce la création de "milliers d'emplois" ainsi qu'une implantation à Nador West Med. La question de la survie de la Samir est la première chose qui vient à l'esprit. La Samir est une raffinerie arrêtée depuis août 2015. Le personnel (des milliers d'emplois, précisément,) ne désespère pas d'un rachat qui permettrait de relancer le raffinage et de sauver la situation et les emplois. Donc, les milliers d'emplois existent déjà.
Le lancement éventuel d'une nouvelle raffinerie peut laisser penser que la Samir est considérée comme définitivement enterrée. Sauf si l'on conçoit que la nouvelle raffinerie, si le projet voit le jour, sera destinée à l'export comme le laisse penser la choix de l'implantation, à Nador, loin des grands centres de consommation d'hydrocarbures au Maroc.
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