Voici pourquoi la valeur du Bitcoin a explosé ces derniers mois

La valeur de la célèbre cryptomonnaie est passée de 8 000 à plus de 34 800 dollars en une année. Selon un expert consulté par Médias24, ce phénomène est dû à une explosion de la demande suite à l’annonce en octobre par Paypal de l’intégration du bitcoin dans ses services de paiement et de l’intérêt de plus en plus grandissant de la part des investisseurs professionnels pour ce marché. 

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Voici pourquoi la valeur du Bitcoin a explosé ces derniers mois

Le 04 janvier 2021 à 21:05

Modifié le 05 janvier 2021 à 10:44

C’est peut-être le seul actif dont la valeur a autant explosé en 2020, année de crise mondiale sans précédent. S’échangeant début 2020 à 8.000 dollars, le Bitcoin vaut aujourd’hui plus de 34.000 dollars, après avoir cassé le plafond symbolique des 30.000 dollars en fin d’année. Le plus gros de cette progression a été réalisé sur le dernier trimestre de l’année 2020. 

En mars, la valeur de cette monnaie virtuelle avait pourtant subi les effets de la crise, avec une descente à 6.000 dollars. Mais depuis juillet, la tendance s’est subitement inversée. Monté d’abord à 10.000 dollars en juillet, il est passé à 20 000 dollars le 16 décembre pour crever le plafond des 30 000 en fin d’année. Un rallye qui se poursuit en ce début d’année, le bitcoin s’échangeant ce 4 janvier à plus de 34 000 dollars… 

Ceux qui ont acheté un bitcoin en mars ont ainsi multiplié leur mise par près de six. Quant à ceux qui en ont acquis plusieurs unités à ses tout débuts en 2010 (il valait 0,003 dollars !), ils doivent être désormais millionnaires…

Pour comprendre ce phénomène assez mystérieux, Médias24 a consulté un expert marocain basé à Londres qui travaille dans une grande banque de la City. Selon lui, cette évolution était assez prévisible, du fait d’abord de la rareté de cet actif. 

« Cela fait trois ans que le bitcoin baisse après le record des 19 000 dollars atteint en 2017. En sachant que le nombre d’unités de cet actif est stable, contrairement à la monnaie classique, il fallait un simple déclic du côté de la demande pour que sa valeur augmente », explique-t-il. 

Paypal, le super cadeau de fin d’année

Et ce déclic est venu selon lui en octobre, quand le géant Paypal a annoncé qu’il intégrerait désormais le bitcoin ainsi que d’autres cryptomonnaies comme moyen de paiement. Une intégration qui se ferait d’abord aux Etats-Unis avant d’être élargie à l’Europe au cours du premier semestre 2021. 

Les 340 millions de titulaires de comptes PayPal dans le monde pourront donc désormais acheter, vendre et converser des cryptomonnaies dans leurs portefeuilles PayPal.

« Cette annonce a été le vrai déclencheur de la hausse du bitcoin. Jusque-là, les échanges sur le bitcoin étaient réservés à une certaine élite ou quelques aventuriers qui se passionnaient pour la blockchain et ce nouveau monde de la cryptomonnaie et du dark web. Le commun des mortels ne comprenait pas l’intérêt de cette monnaie, ni son fondement, car elle n’est adossée à aucun actif physique, ni garantie par la moindre autorité publique ou banque centrale qui agit en tiers de confiance. Mais dès l’annonce de Paypal, les gens ont compris que le bitcoin pouvait servir comme toute autre monnaie à faire des achats normaux, et qu’il avait ainsi une valeur concrète… Ce qui a un petit peu démystifié la chose au regard des gens et suscité de l’intérêt chez beaucoup de particuliers ». 

« La hausse a démarré bien sûr dès l’annonce, car les gens ont anticipé le rush vers le bitcoin et donc l’augmentation future de sa valeur », ajoute notre expert. 

Les instit’ entrent dans la danse

A ce premier élément qui a donné une certaine « légitimité » à cette mystérieuse monnaie et qui a apporté de la nouvelle demande sur le marché du bitcoin, s’ajoute un autre de grande taille : l’entrée de grands investisseurs institutionnels dans la danse. 

A la différence de 2017 où la bulle du bitcoin a été gonflée par la spéculation des particuliers, l’envolée des cours actuelle est plus « fondamentale », commente notre source. Car elle est portée non seulement par cette demande nouvelle des particuliers, mais aussi et surtout par l’arrivée de grands gérants de portefeuilles sur le marché. 

« Depuis sa création, le bitcoin était quasi exclusivement un marché de particuliers. Les institutionnels s’en méfiaient, voire le dénigraient. Il leur a fallu du temps pour comprendre l’intérêt que peut comporter un tel placement dans la diversification de leurs portefeuilles. Et cet intérêt a été accéléré par la crise du Covid-19… », explique notre expert. 

En quoi la crise du Covid-19 a-t-elle servi cette monnaie virtuelle ou démontré son intérêt pour les instit’ ? La réponse selon notre expert est simple : 

« Depuis le déclenchement de la crise, les banques centrales se sont lancées dans des politiques expansionnistes qui ont poussé les taux, déjà très bas, à des niveaux encore plus bas, voire négatifs. Pour une société de gestion de patrimoine ou un hedge fund, il faut aujourd’hui dans certains cas payer pour acheter une obligation d’Etat AAA. Une situation totalement aberrante qui a poussé certains gérants à regarder ailleurs, à chercher de nouvelles poches de placement pour tirer du rendement ou du moins stocker de la valeur. Et le bitcoin a été la cible de choix. Car plus qu’un actif financier, cette monnaie est avant tout, de par sa nature, un outil de stockage de la valeur, un peu comme l’or ou les œuvres d’art », détaille-t-il. 

« La surliquidité causée par les politiques monétaires aux USA, en Europe, en Grande-Bretagne a également poussé la valeur de certaines valeurs refuges à la baisse, comme le dollar et l’or. Ce qui a favorisé le bitcoin qui, lui, est complètement détaché de ces considérations économiques… », poursuit notre source. 

Un effet qui a été accéléré par le fait que la quantité de bitcoins en circulation est très limitée. C’est même un acte fondateur de sa création puisque le nombre de bitcoins est fixé à 21 millions d’unités. Une limite à laquelle s’ajoute une illiquidité assez importante, comme le souligne notre expert. « Le nombre de bitcoins disponibles à l’achat est très faible. Près de 80% des bitcoins sur le marché sont totalement illiquides. L’accès au bitcoin est donc très difficile, et cette tendance devrait s’accentuer encore plus puisque les institutionnels auront tendance à conserver leurs actifs sur de longues durées », explique notre expert. 

Et comme tout actif dont la quantité ne bouge pas, une grosse vague acheteuse finit par en faire exploser le prix. Notre expert donne une image qui illustre très bien le phénomène qui s’est joué sur le bitcoin. 

« Imaginez qu’on mette tous les tableaux de Picasso sur un seul marché. Quel que soit la valeur artistique ou financière réelle de ces tableaux, il suffit qu’un déclic vienne déclencher de l’intérêt sur Picasso et ses œuvres, pour que la valeur de ces tableaux explose, car ils sont en quantité limitée. C’est ce qui s’est passé pour le bitcoin. L’évolution de son prix n’a rien à voir avec sa valeur intrinsèque, ni avec son utilité économique, comme on pourrait l’entendre pour une monnaie classique comme le dollar ou l’euro dont la valeur est fixée ou peut être prédite par un tas de données macro-économiques, mais par un simple effet de l’offre et de la demande ». 

Les analystes de la banque d'affaires américaine JP Morgan confirment cette analyse. Dans une étude récente citée dans le journal britannique The Guardian, ils ont affirmé que « l'utilisation du bitcoin par des investisseurs traditionnels ne faisait que commencer ». Ils vont même jusqu’à comparer cette monnaie virtuelle à l’or…

Une tendance qui ne fait que commencer…

L’effet Paypal ajouté aux politiques expansionnistes des banques centrales qui ont effacé toute possibilité de rendement sur le marché classique des bons d’Etats ou des produits de taux, ont fini par convaincre les plus pessimistes de se tourner vers le marché du bitcoin. 

« Mais pas en le voyant comme un outil d’investissement, mais comme outil de stockage de la valeur sur le moyen et le long terme », insiste notre expert. « Avec ces politiques des banques centrales, la monnaie perd de sa valeur avec le temps. Tout comme les actifs classiques qualifiés de valeurs refuges comme le dollar ou l’or. Il fallait trouver un instrument qui puisse stocker de la valeur tout en garantissant que celle-ci s’apprécie au fil du temps. Le bitcoin répond à ces différentes préoccupations, ce qui a poussé plusieurs banques d’affaires internationales et des hedges funds à miser sur ce marché ». 

Parmi ces géants de la finance qui ont osé le pas du bitcoin en 2020, on peut citer Guggenheim Partners, MicroStrategy et Ruffer qui ont fait l’acquisition de milliers de bitcoins fin 2020. Ou encore le géant Fidelity, qui a lancé l’été dernier un fonds en bitcoin et même des mutuelles américaines comme la Massachusetts Mutual Life Insurance Company.

Guggenheim Partners LLC, qui est un investisseur institutionnel de renom, a même annoncé son intention de consacrer 10% de ses fonds au bitcoin. Objectif : diversifier ses portefeuilles et dégager le maximum de rendement. La prévision annoncée par son directeur des investissements, Scott Minerd, donne le tournis : « Notre expertise nous amène à penser que le bitcoin pourrait atteindre les 400.000 dollars. Cela est basé sur sa rareté et son évaluation comparée à d’autres actifs comme l’or », déclarait-il mi-décembre 2020, sans donner un terme à sa prévision.

Un pari levé également par un autre géant de la finance, le fonds d’investissement américain Skybridge qui a acquis en décembre pour 182 millions de dollars de bitcoins. Dirigé par un ancien conseiller de Trump, le fonds a annoncé vouloir s’aligner sur d’autres gérants de la finance comme Tudor Investment Group. La firme anticipe par ailleurs la remise en cause du ratio 60/40 des portefeuilles d’actions et d’obligations, en faveur de nouvelles poches de cryptomonnaies, en réaction directe à la politique de la FED. 

« Les taux d’intérêt négatifs représentent un risque existentiel pour les fonds de pension, les compagnies d’assurance et les fonds de dotation qui doivent atteindre des taux de rendement ciblés pour répondre à leurs obligations financières », a annoncé Skybridge.

Mais c’est le géant BlackRock qui a fait vraiment pencher la balance. Le plus grand gestionnaire d’actifs au monde (7.800 milliards de dollars de fonds sous gestion !), fondé et dirigé par le charismatique Larry Fink, a annoncé également sa volonté de suivre ses concurrents, changeant radicalement de discours. En 2017, il traitait encore le bitcoin « d’indice de blanchiment d’argent ». Rien à voir avec les déclarations de ses collaborateurs d’aujourd’hui : « Est-ce que je pense que le bitcoin est un système durable qui pourrait remplacer l’or dans une grande partie ? Oui je le crois, parce que c’est beaucoup plus fonctionnel que d’échanger de l’or physique », répondait fin décembre à la presse américaine Rick Rieder, directeur des investissements de BlackRock, qui a lancé au même moment une annonce pour recruter un vice-président dédié aux activités cryptomonnaie pour son bureau de New York... 

Tendance de fond ou simple bulle ? 

Ce phénomène de montée du bitcoin va-t-il durer dans le temps ou est-ce juste une bulle qui risque d’exploser à n’importe quel moment ? 

Pour notre expert, le risque de dépréciation du bitcoin existe sur le court terme, effet de correction oblige. Mais sur le moyen terme, sa valeur ne peut qu’augmenter, nous dit-t-il. 

« Vu la nature de cet actif, qui par sa rareté est devenu comme une sorte de valeur refuge, ainsi que l’entrée sur le marché de grands investisseurs institutionnels, la tendance ne peut être que haussière sur le long terme, avec une volatilité bien sûr qui restera beaucoup plus importante que sur les marchés traditionnels », explique-t-il. 

Pour notre interlocuteur, désormais, c’est les instit’ qui vont mener la danse sur le marché. Ce qui est une garantie de stabilité sur le long terme. « Un hedge fund comme BalckRock qui gère la retraite et les assurances de millions de personnes à travers le monde ne va pas s’aventurer dans un marché sur un simple effet de mode. Et le fait que ce genre d’organisme soit dans le marché est un gage de stabilité sur le long terme, car ces gens n’ont pas intérêt à se tirer une balle dans le pied », explique-t-il. 

Notre expert, qui travaille également dans une grande banque de la City, nous explique qu’il y a aujourd’hui des modèles mathématiques assez sophistiqués qui permettent aux gérants de faire une allocation optimale entre marchés classiques (actions, ETF, obligations, commodities…) et cryptomonnaies. 

« Dans ces modèles, les cryptomonnaies, le bitcoin essentiellement, quoique volatile, joue un effet stabilisateur sur les portefeuilles. Les allocations seront au départ, faibles, ne dépassant pas 5% voire 10% au grand maximum, mais monteront petit à petit, à mesure que les modèles mathématiques actuels feront leurs preuves. Ou que d’autres modèles plus sophistiqués apparaissent. C’est aujourd’hui la course pour la modélisation entre investisseurs sur ce genre d’actifs qui sont en train de chambouler tout l’univers de la finance traditionnelle », nous dit-il. 

Des modèles qui arrivent, selon notre source, à limiter la sensibilité des portefeuilles à la volatilité du bitcoin, qui n’est pas finalement si inhabituelle. « Le bitcoin est deux fois plus volatile que l’or, mais il est plutôt comparable à la plupart des valeurs de l’indice Standard and Poor’s 500 », précise-t-il.

Et le Maroc dans tout ça ? 

Au moment où la planète finance vit ces grands chamboulements, le Maroc reste pour l’instant isolé de ces tendances et de ces opportunités d’investissement qui peuvent rapporter gros aussi bien pour des investisseurs qualifiés que pour les épargnants. 

En 2017, un communiqué de l’Office des changes avait interdit toute transaction sur les cryptomonnaies, les considérant comme illégales. « Les transactions effectuées via les monnaies virtuelles constituent une infraction à la réglementation, passible de sanctions et amendes », a souligné le communiqué, disant avoir constaté « l'utilisation par certaines personnes physiques et morales des monnaies virtuelles dans la réalisation de leurs transactions financières ».

Ce qui, depuis, n’a pas empêché les Marocains d’acheter et de vendre des bitcoins, mais au noir… Ce qui constitue un gros risque en termes de sécurité des échanges. 

Malgré l’interdiction par l’Office des changes des opérations d’achat, des plateformes locales permettent à plusieurs particuliers de faire des transactions en peer to peer (de personne à personne), sans passer par un organisme tiers qui garantit le règlement/livraison. 

Un rapport publié fin 2018 par le site d’échange de cryptomonnaies de pair-à pair, LocalBitcoin, démontrait l’existence de ce genre de transactions au Maroc. Dans la liste des pays présentant les plus gros volumes de transactions sur cette plateforme, le Maroc se retrouvait à une très honorable 36ème place, devant le Danemark et même le Japon ! Le Maroc est même classé au 3ème rang des pays arabes utilisant cette plateforme d’échange, derrière l’Arabie saoudite et les Emirats. 

« Ces plateformes ont pignon sur rue, même dans les pays où les transactions sont autorisées. Mais le risque de fraude existe, car rien ne garantit le dénouement correct d’une opération d’achat ou de vente », explique notre expert, qui signale que les interdictions produisent souvent des circuits parallèles pas sûrs. Ce qui est à mille lieux de la philosophie même de cette technologie qui assure une traçabilité et une efficacité des transactions grâce à la Blockchain. 

Voici pourquoi la valeur du Bitcoin a explosé ces derniers mois

Le 04 janvier 2021 à21:05

Modifié le 05 janvier 2021 à 10:44

La valeur de la célèbre cryptomonnaie est passée de 8 000 à plus de 34 800 dollars en une année. Selon un expert consulté par Médias24, ce phénomène est dû à une explosion de la demande suite à l’annonce en octobre par Paypal de l’intégration du bitcoin dans ses services de paiement et de l’intérêt de plus en plus grandissant de la part des investisseurs professionnels pour ce marché. 

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C’est peut-être le seul actif dont la valeur a autant explosé en 2020, année de crise mondiale sans précédent. S’échangeant début 2020 à 8.000 dollars, le Bitcoin vaut aujourd’hui plus de 34.000 dollars, après avoir cassé le plafond symbolique des 30.000 dollars en fin d’année. Le plus gros de cette progression a été réalisé sur le dernier trimestre de l’année 2020. 

En mars, la valeur de cette monnaie virtuelle avait pourtant subi les effets de la crise, avec une descente à 6.000 dollars. Mais depuis juillet, la tendance s’est subitement inversée. Monté d’abord à 10.000 dollars en juillet, il est passé à 20 000 dollars le 16 décembre pour crever le plafond des 30 000 en fin d’année. Un rallye qui se poursuit en ce début d’année, le bitcoin s’échangeant ce 4 janvier à plus de 34 000 dollars… 

Ceux qui ont acheté un bitcoin en mars ont ainsi multiplié leur mise par près de six. Quant à ceux qui en ont acquis plusieurs unités à ses tout débuts en 2010 (il valait 0,003 dollars !), ils doivent être désormais millionnaires…

Pour comprendre ce phénomène assez mystérieux, Médias24 a consulté un expert marocain basé à Londres qui travaille dans une grande banque de la City. Selon lui, cette évolution était assez prévisible, du fait d’abord de la rareté de cet actif. 

« Cela fait trois ans que le bitcoin baisse après le record des 19 000 dollars atteint en 2017. En sachant que le nombre d’unités de cet actif est stable, contrairement à la monnaie classique, il fallait un simple déclic du côté de la demande pour que sa valeur augmente », explique-t-il. 

Paypal, le super cadeau de fin d’année

Et ce déclic est venu selon lui en octobre, quand le géant Paypal a annoncé qu’il intégrerait désormais le bitcoin ainsi que d’autres cryptomonnaies comme moyen de paiement. Une intégration qui se ferait d’abord aux Etats-Unis avant d’être élargie à l’Europe au cours du premier semestre 2021. 

Les 340 millions de titulaires de comptes PayPal dans le monde pourront donc désormais acheter, vendre et converser des cryptomonnaies dans leurs portefeuilles PayPal.

« Cette annonce a été le vrai déclencheur de la hausse du bitcoin. Jusque-là, les échanges sur le bitcoin étaient réservés à une certaine élite ou quelques aventuriers qui se passionnaient pour la blockchain et ce nouveau monde de la cryptomonnaie et du dark web. Le commun des mortels ne comprenait pas l’intérêt de cette monnaie, ni son fondement, car elle n’est adossée à aucun actif physique, ni garantie par la moindre autorité publique ou banque centrale qui agit en tiers de confiance. Mais dès l’annonce de Paypal, les gens ont compris que le bitcoin pouvait servir comme toute autre monnaie à faire des achats normaux, et qu’il avait ainsi une valeur concrète… Ce qui a un petit peu démystifié la chose au regard des gens et suscité de l’intérêt chez beaucoup de particuliers ». 

« La hausse a démarré bien sûr dès l’annonce, car les gens ont anticipé le rush vers le bitcoin et donc l’augmentation future de sa valeur », ajoute notre expert. 

Les instit’ entrent dans la danse

A ce premier élément qui a donné une certaine « légitimité » à cette mystérieuse monnaie et qui a apporté de la nouvelle demande sur le marché du bitcoin, s’ajoute un autre de grande taille : l’entrée de grands investisseurs institutionnels dans la danse. 

A la différence de 2017 où la bulle du bitcoin a été gonflée par la spéculation des particuliers, l’envolée des cours actuelle est plus « fondamentale », commente notre source. Car elle est portée non seulement par cette demande nouvelle des particuliers, mais aussi et surtout par l’arrivée de grands gérants de portefeuilles sur le marché. 

« Depuis sa création, le bitcoin était quasi exclusivement un marché de particuliers. Les institutionnels s’en méfiaient, voire le dénigraient. Il leur a fallu du temps pour comprendre l’intérêt que peut comporter un tel placement dans la diversification de leurs portefeuilles. Et cet intérêt a été accéléré par la crise du Covid-19… », explique notre expert. 

En quoi la crise du Covid-19 a-t-elle servi cette monnaie virtuelle ou démontré son intérêt pour les instit’ ? La réponse selon notre expert est simple : 

« Depuis le déclenchement de la crise, les banques centrales se sont lancées dans des politiques expansionnistes qui ont poussé les taux, déjà très bas, à des niveaux encore plus bas, voire négatifs. Pour une société de gestion de patrimoine ou un hedge fund, il faut aujourd’hui dans certains cas payer pour acheter une obligation d’Etat AAA. Une situation totalement aberrante qui a poussé certains gérants à regarder ailleurs, à chercher de nouvelles poches de placement pour tirer du rendement ou du moins stocker de la valeur. Et le bitcoin a été la cible de choix. Car plus qu’un actif financier, cette monnaie est avant tout, de par sa nature, un outil de stockage de la valeur, un peu comme l’or ou les œuvres d’art », détaille-t-il. 

« La surliquidité causée par les politiques monétaires aux USA, en Europe, en Grande-Bretagne a également poussé la valeur de certaines valeurs refuges à la baisse, comme le dollar et l’or. Ce qui a favorisé le bitcoin qui, lui, est complètement détaché de ces considérations économiques… », poursuit notre source. 

Un effet qui a été accéléré par le fait que la quantité de bitcoins en circulation est très limitée. C’est même un acte fondateur de sa création puisque le nombre de bitcoins est fixé à 21 millions d’unités. Une limite à laquelle s’ajoute une illiquidité assez importante, comme le souligne notre expert. « Le nombre de bitcoins disponibles à l’achat est très faible. Près de 80% des bitcoins sur le marché sont totalement illiquides. L’accès au bitcoin est donc très difficile, et cette tendance devrait s’accentuer encore plus puisque les institutionnels auront tendance à conserver leurs actifs sur de longues durées », explique notre expert. 

Et comme tout actif dont la quantité ne bouge pas, une grosse vague acheteuse finit par en faire exploser le prix. Notre expert donne une image qui illustre très bien le phénomène qui s’est joué sur le bitcoin. 

« Imaginez qu’on mette tous les tableaux de Picasso sur un seul marché. Quel que soit la valeur artistique ou financière réelle de ces tableaux, il suffit qu’un déclic vienne déclencher de l’intérêt sur Picasso et ses œuvres, pour que la valeur de ces tableaux explose, car ils sont en quantité limitée. C’est ce qui s’est passé pour le bitcoin. L’évolution de son prix n’a rien à voir avec sa valeur intrinsèque, ni avec son utilité économique, comme on pourrait l’entendre pour une monnaie classique comme le dollar ou l’euro dont la valeur est fixée ou peut être prédite par un tas de données macro-économiques, mais par un simple effet de l’offre et de la demande ». 

Les analystes de la banque d'affaires américaine JP Morgan confirment cette analyse. Dans une étude récente citée dans le journal britannique The Guardian, ils ont affirmé que « l'utilisation du bitcoin par des investisseurs traditionnels ne faisait que commencer ». Ils vont même jusqu’à comparer cette monnaie virtuelle à l’or…

Une tendance qui ne fait que commencer…

L’effet Paypal ajouté aux politiques expansionnistes des banques centrales qui ont effacé toute possibilité de rendement sur le marché classique des bons d’Etats ou des produits de taux, ont fini par convaincre les plus pessimistes de se tourner vers le marché du bitcoin. 

« Mais pas en le voyant comme un outil d’investissement, mais comme outil de stockage de la valeur sur le moyen et le long terme », insiste notre expert. « Avec ces politiques des banques centrales, la monnaie perd de sa valeur avec le temps. Tout comme les actifs classiques qualifiés de valeurs refuges comme le dollar ou l’or. Il fallait trouver un instrument qui puisse stocker de la valeur tout en garantissant que celle-ci s’apprécie au fil du temps. Le bitcoin répond à ces différentes préoccupations, ce qui a poussé plusieurs banques d’affaires internationales et des hedges funds à miser sur ce marché ». 

Parmi ces géants de la finance qui ont osé le pas du bitcoin en 2020, on peut citer Guggenheim Partners, MicroStrategy et Ruffer qui ont fait l’acquisition de milliers de bitcoins fin 2020. Ou encore le géant Fidelity, qui a lancé l’été dernier un fonds en bitcoin et même des mutuelles américaines comme la Massachusetts Mutual Life Insurance Company.

Guggenheim Partners LLC, qui est un investisseur institutionnel de renom, a même annoncé son intention de consacrer 10% de ses fonds au bitcoin. Objectif : diversifier ses portefeuilles et dégager le maximum de rendement. La prévision annoncée par son directeur des investissements, Scott Minerd, donne le tournis : « Notre expertise nous amène à penser que le bitcoin pourrait atteindre les 400.000 dollars. Cela est basé sur sa rareté et son évaluation comparée à d’autres actifs comme l’or », déclarait-il mi-décembre 2020, sans donner un terme à sa prévision.

Un pari levé également par un autre géant de la finance, le fonds d’investissement américain Skybridge qui a acquis en décembre pour 182 millions de dollars de bitcoins. Dirigé par un ancien conseiller de Trump, le fonds a annoncé vouloir s’aligner sur d’autres gérants de la finance comme Tudor Investment Group. La firme anticipe par ailleurs la remise en cause du ratio 60/40 des portefeuilles d’actions et d’obligations, en faveur de nouvelles poches de cryptomonnaies, en réaction directe à la politique de la FED. 

« Les taux d’intérêt négatifs représentent un risque existentiel pour les fonds de pension, les compagnies d’assurance et les fonds de dotation qui doivent atteindre des taux de rendement ciblés pour répondre à leurs obligations financières », a annoncé Skybridge.

Mais c’est le géant BlackRock qui a fait vraiment pencher la balance. Le plus grand gestionnaire d’actifs au monde (7.800 milliards de dollars de fonds sous gestion !), fondé et dirigé par le charismatique Larry Fink, a annoncé également sa volonté de suivre ses concurrents, changeant radicalement de discours. En 2017, il traitait encore le bitcoin « d’indice de blanchiment d’argent ». Rien à voir avec les déclarations de ses collaborateurs d’aujourd’hui : « Est-ce que je pense que le bitcoin est un système durable qui pourrait remplacer l’or dans une grande partie ? Oui je le crois, parce que c’est beaucoup plus fonctionnel que d’échanger de l’or physique », répondait fin décembre à la presse américaine Rick Rieder, directeur des investissements de BlackRock, qui a lancé au même moment une annonce pour recruter un vice-président dédié aux activités cryptomonnaie pour son bureau de New York... 

Tendance de fond ou simple bulle ? 

Ce phénomène de montée du bitcoin va-t-il durer dans le temps ou est-ce juste une bulle qui risque d’exploser à n’importe quel moment ? 

Pour notre expert, le risque de dépréciation du bitcoin existe sur le court terme, effet de correction oblige. Mais sur le moyen terme, sa valeur ne peut qu’augmenter, nous dit-t-il. 

« Vu la nature de cet actif, qui par sa rareté est devenu comme une sorte de valeur refuge, ainsi que l’entrée sur le marché de grands investisseurs institutionnels, la tendance ne peut être que haussière sur le long terme, avec une volatilité bien sûr qui restera beaucoup plus importante que sur les marchés traditionnels », explique-t-il. 

Pour notre interlocuteur, désormais, c’est les instit’ qui vont mener la danse sur le marché. Ce qui est une garantie de stabilité sur le long terme. « Un hedge fund comme BalckRock qui gère la retraite et les assurances de millions de personnes à travers le monde ne va pas s’aventurer dans un marché sur un simple effet de mode. Et le fait que ce genre d’organisme soit dans le marché est un gage de stabilité sur le long terme, car ces gens n’ont pas intérêt à se tirer une balle dans le pied », explique-t-il. 

Notre expert, qui travaille également dans une grande banque de la City, nous explique qu’il y a aujourd’hui des modèles mathématiques assez sophistiqués qui permettent aux gérants de faire une allocation optimale entre marchés classiques (actions, ETF, obligations, commodities…) et cryptomonnaies. 

« Dans ces modèles, les cryptomonnaies, le bitcoin essentiellement, quoique volatile, joue un effet stabilisateur sur les portefeuilles. Les allocations seront au départ, faibles, ne dépassant pas 5% voire 10% au grand maximum, mais monteront petit à petit, à mesure que les modèles mathématiques actuels feront leurs preuves. Ou que d’autres modèles plus sophistiqués apparaissent. C’est aujourd’hui la course pour la modélisation entre investisseurs sur ce genre d’actifs qui sont en train de chambouler tout l’univers de la finance traditionnelle », nous dit-il. 

Des modèles qui arrivent, selon notre source, à limiter la sensibilité des portefeuilles à la volatilité du bitcoin, qui n’est pas finalement si inhabituelle. « Le bitcoin est deux fois plus volatile que l’or, mais il est plutôt comparable à la plupart des valeurs de l’indice Standard and Poor’s 500 », précise-t-il.

Et le Maroc dans tout ça ? 

Au moment où la planète finance vit ces grands chamboulements, le Maroc reste pour l’instant isolé de ces tendances et de ces opportunités d’investissement qui peuvent rapporter gros aussi bien pour des investisseurs qualifiés que pour les épargnants. 

En 2017, un communiqué de l’Office des changes avait interdit toute transaction sur les cryptomonnaies, les considérant comme illégales. « Les transactions effectuées via les monnaies virtuelles constituent une infraction à la réglementation, passible de sanctions et amendes », a souligné le communiqué, disant avoir constaté « l'utilisation par certaines personnes physiques et morales des monnaies virtuelles dans la réalisation de leurs transactions financières ».

Ce qui, depuis, n’a pas empêché les Marocains d’acheter et de vendre des bitcoins, mais au noir… Ce qui constitue un gros risque en termes de sécurité des échanges. 

Malgré l’interdiction par l’Office des changes des opérations d’achat, des plateformes locales permettent à plusieurs particuliers de faire des transactions en peer to peer (de personne à personne), sans passer par un organisme tiers qui garantit le règlement/livraison. 

Un rapport publié fin 2018 par le site d’échange de cryptomonnaies de pair-à pair, LocalBitcoin, démontrait l’existence de ce genre de transactions au Maroc. Dans la liste des pays présentant les plus gros volumes de transactions sur cette plateforme, le Maroc se retrouvait à une très honorable 36ème place, devant le Danemark et même le Japon ! Le Maroc est même classé au 3ème rang des pays arabes utilisant cette plateforme d’échange, derrière l’Arabie saoudite et les Emirats. 

« Ces plateformes ont pignon sur rue, même dans les pays où les transactions sont autorisées. Mais le risque de fraude existe, car rien ne garantit le dénouement correct d’une opération d’achat ou de vente », explique notre expert, qui signale que les interdictions produisent souvent des circuits parallèles pas sûrs. Ce qui est à mille lieux de la philosophie même de cette technologie qui assure une traçabilité et une efficacité des transactions grâce à la Blockchain. 

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