Le Maroc veut rapatrier la queue de dinosaure exportée illégalement au Mexique
Une queue d’Atlasaurus originaire du Maroc a été vendue aux enchères, mardi 16 janvier au Mexique, par un homme d’affaires mexicain. Selon le directeur du patrimoine culturel du ministère de la Culture, les autorités marocaines vont essayer de la rapatrier en prouvant son acquisition illégale par le vendeur, ou si ce n’est pas le cas, en la rachetant au nouvel acquéreur.
Révélée par l’agence Reuters, cette affaire de détournement du patrimoine national révèle encore une fois la porosité des frontières marocaines, quand il s’agit d’exportation illégale d’antiquités marocaines.
Une histoire qui rappelle le scandale du plésiosaure marin présenté aux enchères à l’hôtel Drouot avant que l’ambassade du Maroc à Paris ne bloque la vente et négocie son rapatriement au Maroc.
Selon la dépêche de l’agence, une queue de dinosaure fossilisée découverte au Maroc a été vendue aux enchères à un riche homme d’affaires, mardi 16 janvier au Mexique. Si cette vente a été médiatisée, c’est parce qu’une partie des bénéfices sera reversée pour reconstruire des milliers d'écoles endommagées par les deux tremblements de terre qui ont frappé ce pays en septembre 2017.
Le vendeur anonyme a en effet décidé de reverser toute somme supérieure au prix de réserve (95.805 dollars) au profit de la BBVA Bancomer Foundation pour l’aider à financer la reconstruction d’environ 5.000 écoles endommagées.
Malgré nos recherches auprès de l’organisateur de la vente "Morton’s Auction House", il nous a été impossible de connaître le prix auquel elle a été adjugée, car l’acquéreur a réclamé l’anonymat et exigé de tenir au secret professionnel son offre financière.
Hormis le fait qu’elle aurait été exportée illégalement avant d’appartenir à un collectionneur étranger, le plus étonnant est que, selon Reuters, elle a d’abord été "nettoyée" pendant 300 heures par des paléontologues marocains avant que des scientifiques américains de l’Utah ne la reconstituent.
Interrogé par Médias24, Abdellah Alaoui, directeur du patrimoine culturel du ministère de la Culture, déclare que la queue a dû être trouvée en morceaux dans les montagnes de l’Atlas durant les années 1980 par des populations locales, qui l’ont ensuite revendue à des intermédiaires.
Cette partie reconstituée par les paléontologues américains mesure 4 mètres de long et pèse 180 kg. Notons qu'un dinosaure sauropode complet du Jurassique a une longueur de 17 mètres et son poids est évalué à 22 tonnes.
Selon notre interlocuteur, le ministère de la Culture a appris "l’exportation illégale" par la presse.
"La responsabilité de cette affaire incombe d’abord à la division du patrimoine géologique du ministère de l’Energie et des Mines qui est censé donner des autorisations de creuser des carrières, puis de contrôler les exportations de fossiles.
"Le ministère de la Culture est chargé de la conservation de tout le patrimoine nature et la culture marocaine", précise M. Alaoui qui regrette que son département soit dans le viseur à chaque affaire d’exportation illégale.
Selon lui, son ministère a lancé une enquête qui déterminera l’origine de cette queue de dinosaure et le circuit par lequel elle a transité avant de se retrouver entre les mains d’un collectionneur mexicain.
"Nous allons d’abord contacter la maison de vente pour voir si le vendeur dispose de certificats légaux d’importation lui permettant de revendre ce morceau de notre histoire. S’il est de bonne foi, le Maroc n’aura d’autre choix que de le racheter au nouvel acquéreur pour le rapatrier au Maroc.
"Dans le cas où nous arrivons à prouver qu’il a été acheté et a quitté notre pays d’une façon illégale, l’ambassade marocaine à Mexico activera une procédure spécifique pour annuler cette vente puis rapatrier ce bien patrimonial."
S’il s’avère que le ministère de l’Energie et des Mines a été abusé en l’autorisant dans le passé, la direction du patrimoine géologique doit fournir sa date de sortie du pays. Aujourd’hui, il n’est plus possible d’exporter ce genre de pièce car nous avons sensibilisé les douaniers, les gendarmes et les éléments de la marine mais cela ne nous empêche pas de devoir gérer le retour d’une quantité incroyable d’objets sortis illégalement du Maroc, depuis les années 1970 jusqu’à la fin des années 1990.
"Cette nouvelle affaire est à mettre sur le compte de la méconnaissance par les autorités de l’époque, du vide juridique qui existait et bien évidemment de l’indigence des populations vivant dans des coins reculés, prêtes à tout vendre pour survivre", conclut M. Alaoui en insistant sur le fait que les deux ministères doivent coordonner leurs actions pour élucider les nombreuses exportations illégales de fossiles du passé.
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