Banque de projets d’import-substitution : Le parcours de deux porteurs de projets

Le ministère de l’Industrie a donné en septembre le coup d’envoi de son plan de renforcement du tissu industriel national à travers la stratégie d’import-substitution. Médias 24 dévoile le parcours de deux candidats, dont les projets ont été acceptés et subventionnés par le ministère.

Banque de projets d’import-substitution : Le parcours de deux porteurs de projets

Le 25 mars 2021 à 18h01

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Le ministère de l’Industrie a donné en septembre le coup d’envoi de son plan de renforcement du tissu industriel national à travers la stratégie d’import-substitution. Médias 24 dévoile le parcours de deux candidats, dont les projets ont été acceptés et subventionnés par le ministère.

Il s’agit de Noureddine Touzani, directeur général adjoint de Smart fruits, spécialisé dans l’importation, le conditionnement et la distribution de fruits secs (industrie agroalimentaire) et de Rachid Aamoum, patron de Ramotech, société spécialisée dans la production de produits d’hygiène et de cosmétique en textile non tissé (industrie du textile).

A l’instar de nombreux porteurs de projets dans le cadre de ce programme import-substitution, nos deux interlocuteurs ont bénéficié de l’accompagnement de Maroc PME.

Conditions d’éligibilité et parcours des candidats

  1. Touzani et Aamoum, joints par nos soins, s’accordent à dire que « pour qu’un projet soit accepté par le ministère, trois conditions de base s’imposent : réduction de l’importation, employabilité et rentabilité ».

– Réduction de l’importation : Ce point est primordial selon nos deux interlocuteurs, puisque par le lancement de ce programme, le ministère a pour objectif de substituer 34 MMDH d’importations par la production nationale. Les produits qui seront fabriqués localement doivent donc être importés en grande quantité par le Royaume de différents pays étrangers.

– Employabilité : Les projets présentés par les candidats doivent générer des emplois directs et indirects. Ceux de MM. Touzani et Aamoum consistent en l’extension de leurs projets actuels. Ainsi, le projet de M. Touzani, dont la société emploie déjà 300 personnes, permettra de générer entre 250 et 300 emplois directs supplémentaires. Celui de M. Aamoum, qui emploie une trentaine de personnes actuellement, permettra de créer entre 50 et 100 postes d’emploi, pour doubler d’ici deux ans.

– Rentabilité : Les projets présentés doivent être rentables. C’est une évidence, puisque le ministère de l’Industrie ne s’engagera pas à subventionner un projet qui ne marchera pas.

Pour prouver tous ces paramètres, les porteurs de projets sont appelés, en premier lieu, à concevoir un business plan, à l’aide d’un bureau d’études et de conseil, qui détaille tous les aspects du projet, notamment l’évolution de la production à travers les années, l’évolution de la rentabilité de la société, le nombre d’emplois qui seront créés à travers les années, et comment le projet permettra à l’Etat de substituer les importations, chiffres à l’appui…

Ils doivent également présenter les bilans des dernières années d’activité ainsi que les bilans prévisionnels des prochaines années, et prouver qu’il s’agit d’un projet innovant et qui respecte l’environnement.

D’après Maroc PME, contactée par Médias 24, « lorsqu’il s’agit d’un autofinancement, le dossier est directement déposé à Maroc PME. En revanche, lorsqu’un crédit est nécessaire, le dossier est évalué d’abord par la banque concernée ».

« Ensuite vient l’évaluation des projets, qui se fait d’abord par un prestataire externe, avant de passer devant le comité public-privé, constitué des ministères des Finances et de l’Industrie, de Maroc PME et de la CGEM, qui sélectionne les projets sur la base des documents présentés ainsi que leur teneur. Une fois le projet accepté, on en informe le porteur de projet, pour passer à la partie contractualisation ».

Toutefois, des allers-retours sont nécessaires, avant que le projet ne soit définitivement accepté, ou refusé. « L’agence Maroc PME peut reprendre contact avec nous à plusieurs reprises, si elle a besoin davantage d’informations, de documents supplémentaires, ou s’il y a des points ambigus dans notre projet pour davantage de compréhension », nous confie M. Aamoum.

Enfin, le déblocage des subventions se fait sur la base de l’état d’avancement du projet. « Il peut se faire sur deux ou trois tranches », d’après Maroc PME, qui précise que les candidats sont accompagnés par un chargé de dossier durant tout le processus. 

A Smart Fruits, un accompagnement à tous les niveaux

M. Touzani a pris connaissance de ce programme à travers les médias. Il a ainsi suivi toutes les étapes présentées ci-haut, dans l’objectif d’agrandir l’entreprise.

Le DGA de Smart Fruits se dit « totalement satisfait et surpris de l’accompagnement » dont il a bénéficié, « qui a démarré même avant le dépôt » de son dossier auprès de Maroc PME et donc « avant d’avoir la subvention, alors qu’on n’avait encore aucune assurance que son projet passera ».

Il a également souligné « la réactivité et la disponibilité des cadres et de la cellule mise en place au ministère, mais aussi des responsables de Maroc PME. Nous avons été épaulés et soutenus, et ce dans toutes les étapes de notre projet ».

Le projet d’extension de Smart Fruits fait partie du premier lot de conventions signées le 17 novembre sous la présidence de Moulay Hafid Elalamy, aux côtés de 7 autres dans le secteur de l’agroalimentaire. Ces huit sociétés réaliseront des projets d’investissement d’un montant de 620 MDH, qui permettront la création du plus de 1.600 nouveaux emplois, et la génération d’un chiffre d’affaires additionnel de plus de 914 MDH à l’horizon 2023.

La société, qui existe depuis déjà une dizaine d’années, a bénéficié « d’une subvention de 20% de la totalité de l’investissement, qui s’élève théoriquement à 35 MDH, notamment pour l’acquisition d’équipements. Cette subvention n’est toutefois débloquée qu’une fois que la banque délivre une attestation d’avancement des travaux, qui est à son tour délivrée suivant les factures payées par la société. Et pour valider ces factures et les avancements, la banque effectue des visites de chantier ».

M. Touzani s’est également vu accorder un prêt bancaire, dont il se garde de dévoiler le montant, tout en assurant « que les banques jouent le jeu », et qu’elles ne bloquent pas les choses.

Pour ce qui est de la formation de la main-d’œuvre, « plusieurs fonds existent déjà dans ce sens, mais ce point viendra après ».

Quant au foncier, « avoir notre propre terrain était l’une des conditions pour déposer notre dossier à Maroc PME. Notre nouvelle société, dont la construction est réalisée à 70%, se trouve à Had Soualem. Il nous reste environ deux mois pour les gros œuvres, puis environ 3 mois pour les finitions, avant l’entrée en service ».

M. Touzani projette de réduire l’importation marocaine des produits de base comme « le pois chiche et les lentilles », importés en grandes quantités de pays étrangers, « alors que le pays dispose d’un grand potentiel agricole et de terres. Ces produits sont importés car au Maroc, il n’y a pas d’industrie qui propose au client un bon produit final. A titre d’exemple, les lentilles du Canada peuvent être cuites directement, contrairement à celles du Maroc, qui doivent d’abord être bien nettoyés. Le pays a donc besoin d’une industrie qui regroupe les agriculteurs et qui donne une valeur ajoutée à leurs produits ». Au lieu de vendre ces produits à des prix très bas, « si on investit dans des machines qui nettoient et des calibreuses par exemple », les agriculteurs gagneront un peu plus d’argent.

Smart Fruits ambitionne également de s’attaquer au marché des fruits secs. « A titre d’exemple, le premier producteur de noix de cajou est la Côte d’Ivoire, qui est juste à côté du Maroc. Mais ce produit est importé décortiqué d’Europe, d’Inde ou encore de la Thaïlande, à environ 160 DH/kg, alors qu’on a des accords de libre-échange avec l’Afrique. Notre projet est donc de continuer sur notre activité, en la développant, et en y ajoutant le décorticage et le stockage, dans d’autres conditions, des noix de cajou, des noix et des amandes. On prévoit également de passer à la mise en valeur de l’oignon et l’ail, qu’on importe sous forme de poudre ».

Retour d’expérience de Romatech

Rachid Aamoum a pour sa part été contacté par Maroc PME, dont il ignorait l’existence, pour présenter un projet dans le cadre de la stratégie import-substitution.

Sa société est spécialisée dans la production des produits d’hygiène en textile non tissé (70%), tels que les serpillères, les torchons et les lavettes, et des produits cosmétiques en textile non tissé (30%), tels que les lingettes. Ces produits sont grandement importés au Maroc de l’Espagne et d’Allemagne. C’est également un marché qui n’est pas encore très bien maitrisé au Maroc.

Comme M. Touzani, le gérant de Romatech a bénéficié d’une subvention de 20% de l’investissement total, qui s’élève à 10 MDH. Ce montant sera dédié à l’achat d’une machine qui permettra d’augmenter le volume de production et de générer ainsi d’autres emplois. M. Aamoum s’autofinance et n’a donc pas eu recours à un prêt bancaire. 

A travers le développement de son projet, il ambitionne de passer de l’importation à la fabrication locale et puis à l’export. Le Maroc importe annuellement environ 300 tonnes de ces produits. Ladite société prévoit d’en fabriquer localement entre 800 et 900 tonnes par an, dans une première étape, et de tripler la capacité à partir de la deuxième année d’activité. Il ambitionne également, à travers les années, de vendre 60% de sa production au Maroc et 40% au niveau international.

Rappelons que deux lots de 17 et de 52 projets d’investissement dans plusieurs secteurs d’activité ont fait l’objet de conventions signées sous la présidence du ministre de l’Industrie. 

Lire aussi: Industrie : Tout ce qu’il faut savoir sur la banque de projets lancée par MHE

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