Mehdi Bensaïd: Le PAM représente le renouveau

ENTRETIEN. Trois mois avant les élections, le PAM met en avant sa virginité gouvernementale pour tâcher de séduire un maximum d’électeurs avec un programme axé sur le développement de l’emploi. Pour le membre du bureau politique Mehdi Bensaïd, quel que soit le résultat des urnes, son parti n’acceptera de diriger ou d’intégrer une coalition que sur la base d’affinités programmatiques ou alors il retrouvera l’opposition.

Mehdi Bensaïd: Le PAM représente le renouveau

Le 22 juin 2021 à 20h03

Modifié 23 juin 2021 à 9h09

ENTRETIEN. Trois mois avant les élections, le PAM met en avant sa virginité gouvernementale pour tâcher de séduire un maximum d’électeurs avec un programme axé sur le développement de l’emploi. Pour le membre du bureau politique Mehdi Bensaïd, quel que soit le résultat des urnes, son parti n’acceptera de diriger ou d’intégrer une coalition que sur la base d’affinités programmatiques ou alors il retrouvera l’opposition.

Médias24: Où en est votre parti à trois mois des scrutins généraux  ?

Mehdi Bensaïd: Notre programme électoral qui est finalisé à 95% devrait être présenté dans les prochains jours au bureau politique pour validation.

Par la suite, son contenu sera communiqué à la presse puis aux citoyens à qui nous tâcherons d’expliquer notre projet électoral qui se veut pragmatique et qui essaye de répondre à de nombreuses problématiques actuelles comme la création d’emplois qui est notre véritable cheval de bataille.

En effet, le sauvetage de l’économie passe par le social, la relance, les banques et plusieurs thématiques qui s’entremêlent car ce n’est pas une politique unique à mettre en place qui va sauver le pays demain.

C’est la raison pour laquelle nous insistons beaucoup sur le volet politique car la compétition actuelle pour le futur gouvernement ne doit pas se faire au détriment du projet de sauver l’économie marocaine.

     –Pour l’instant, le PAM n’a pas initié de vraie campagne ou pré-campagne avec des meetings ?

-Non, les meetings ont déjà démarré dans différentes régions du Maroc comme le Souss et le Drâa.

Le secrétaire général s’est d’ailleurs déplacé entre autres à Smara, Laayoune et Benguerir avec Fatim Zahra Mansouri pour présenter de jeunes candidats, lors de différents meetings avec des présidents de communes.

     -Quelle a été l’affluence de ces meeting physiques ?

-Celle prévue dans le cadre de la loi qui régit l’état d’urgence sanitaire.

Nous avons opté pour la multiplication de meetings tout en raccourcissant leur durée.

Afin de toucher un maximum de personnes, nous avons choisi d’organiser 5 meetings dans la journée, d’une heure chacun, au lieu comme dans le passé un seul meeting avec 1.000 ou 1.500 personnes.

C’est d’ailleurs ce que je fais dans le cadre de ma candidature à Rabat dans la circonscription Océan Mouhit qui regroupe les arrondissements de Hay Riyad, Akkari, Yacoub El Mansour…

     -Votre leader Abdellatif Ouahbi donne l’impression de s’occuper de son cabinet d’avocat durant la semaine et de s’occuper du parti uniquement pendant le week-end avec des tournées régionales ?

-Absolument pas, depuis son élection à la tête du PAM il s’occupe à 100 % du parti et ne se rend plus du tout à son cabinet d’avocat. Ainsi, la semaine dernière, il a passé quatre jours à l’extérieur de Rabat pour une tournée régionale et les trois jours suivants ont été consacrés à des réunions politiques au siège du parti.

Il n’est d’ailleurs pas le seul car tous les membres du bureau politique, dont 95% vont se présenter aux prochains scrutins, travaillent sur le terrain pour se confronter le jour venu au vote des citoyens.

     -Vos meetings n’ont pas l’air très fréquentés avec une ambiance plutôt tiède ?

-Tiède n’est pas le mot car la loi interdit tous les rassemblements politiques de plus de 150 personnes.

En effet, le ministère de l’Intérieur a expressément demandé aux secrétaires généraux des partis de ne pas dépasser une jauge de présence physique soit 120 à 150 à l’extérieur et 50 personnes en intérieur.

Il y a donc moins de monde et cela est forcément moins impressionnant que les meetings pré-Covid d’antan. Si certains peuvent choisir de ne pas respecter la loi, ce n’est pas du tout le cas du PAM.

     -“Réduire les inégalités, La santé pour tous » : vos slogans sont des vœux pieux qui ne se distinguent pas vraiment de ceux de vos concurrents…

-Avant de juger et de réduire notre programme a quelques slogans populistes, je vous invite à le lire quand il sera publié incessamment.

Notre programme comprendra des formats dédiés à ceux qui veulent approfondir nos propositions chiffrées ou alors plus courts pour ceux qui n’ont pas le temps de lire plusieurs centaines de pages.

Sachant que la question qui revient le plus souvent chez nos citoyens est l’emploi, notre mot d’ordre et la principale problématique traitée par notre programme électoral tourne autour de ce thème avec bien évidemment la santé et l’éducation qui préoccupent nos concitoyens.

     –Dans ce cas, qu’apportez-vous de nouveau comme idée ?

-Plusieurs mais par exemple, celle de la nécessité de développer des Partenariats Public-Privé (PPP) dans le domaine de l’éducation qui constitue une grande partie du budget parental.

Pour vous donner un exemple concret, dans la circonscription où je me présente, il existe une école de 700 places qui appartient à l’Etat mais qui n’accueille malheureusement que 211 élèves.

Dans ce cas, pourquoi ne pas instituer un mix entre ceux qui peuvent payer et ceux qui n’en ont pas les moyens dans le cadre d’un partenariat public-privé, en faisant appel à la région ou à la commune?

Cela permettrait d’avoir une gestion qualitative par le privé tout en gardant la gratuité pour 30% à 40 % des effectifs et des frais beaucoup moins importants que le privé ou la mission pour les autres (500 dirhams au lieu de 2.000) avec la même qualité d’enseignement.

De cette manière, nous pouvons trouver des solutions à court terme au lieu d’attendre plusieurs années.

 -En 2016, le PAM a dépouillé plusieurs partis concurrents de notables et aujourd’hui, c’est l’effet inverse avec le RNI et l’Istiqlal qui récupèrent des élus pamistes. Ne redoutez-vous pas ce phénomène migratoire ne se reproduise, ce qui risque de vous coûter cher électoralement notamment dans le sud du pays ?

-Contrairement à ce que certains avancent, notre SG n’est pas parti à Laâyoune pour éteindre un feu mais plutôt pour l’investiture de nouveaux candidats qui se présenteront aux élections parlementaires.

S’il est vrai que certains élus qui n’ont pas été retenus pour se présenter aux prochains scrutins n’étaient pas contents et ont préféré migrer vers le RNI, la réalité est que certains n’avaient plus leur place au PAM.

     -C‘est donc un problème d’investiture qui explique les départs de votre parti ?

-C’est de bonne guerre et cela arrive dans tous les partis du monde. Notre but est de fidéliser des équipes avec des patriotes accrochés à notre projet qui ont les mêmes valeurs et principes que nous.

     -Vous n’avez donc pas perdu de pointures qui risquent de fausser le résultat électoral ?

-Non, il n’y a pas eu d’hémorragie de notables car les parlementaires qui ont quitté notre parti, le plus souvent en accord avec sa direction, se comptent en réalité sur les doigts d’une seule main.

Certains départs s’expliquent aussi par le fait que certains de nos élus n’avaient aucune chance d’être réélus avec le nouveau quotient électoral où sauf exception, seuls les têtes de listes sont élus.

Partant de là, si le PAM privilégie un candidat au lieu d’un autre, il est tout à fait compréhensible que ce dernier préférera aller négocier avec un autre parti.

     -Aujourd’hui, vous ne pouvez compter que sur vos propres moyens alors qu’aux derniers scrutins, l’action de l’ancien secrétaire général Ilyas El Omari a permis de doper votre parti de différentes manières…

Depuis l’arrivée de la nouvelle direction, nous avons en effet normalisé nos rapports avec les autres partis pour justement éviter le dopage qui avait cours dans l’ancien PAM.

Douze ans après sa création, le PAM qui est aujourd’hui mature aussi bien politiquement qu’électoralement est tout à fait capable de jouer le premier rôle électoral avec ses propres moyens.

A ce propos, il n’a plus besoin d’être dopé, une pratique que j’ai personnellement toujours rejetée.

Cela s’explique par le fait que nous avons initié un travail de terrain qui a permis de rassembler de très nombreux citoyens qui croient et adhèrent à notre projet et vont voter par conviction.

     -Ce choc pourrait être salutaire car au final ne resteront au PAM que ceux qui y croient vraiment…

-Aux dernières élections, je n’ai pas reçu l’investiture parce que j’avais un conflit avec l’ancien secrétaire général mais comme j’étais attaché à mon parti, j’ai préféré rester et attendre des jours meilleurs.

Avec le recul, j’ai bien fait parce que nous sommes le seul parti sans expérience gouvernementale et cette virginité est devenue un véritable atout car personne ne peut nous accuser de mauvaise gestion.

     -Certains pensent pourtant que votre parti va se vider lors des prochains scrutins ?

-Les résultats électoraux démontreront le contraire.

     -Selon vous, quel impact aura le nouveau dispositif électoral ?

-Nous ne pourrons peut-être pas atteindre les 102 sièges parlementaires réalisés en 2016.

     -Vous tablez sur combien d’élus, les observateurs prédisent 40 à 60 au maximum ?

-Nous penchons plutôt pour un scénario de 70 à 80 députés.

     -La première place est toujours d’actualité ?

-Évidemment car tout en étant réalistes, nous nous battons pour la première place.

     -Ceux qui vous prédisent une quatrième place après le RNI, Istiqlal et PJD se trompent donc…

-Selon moi, ils font fausse route mais au final, ce n’est pas plus mal d’avoir une étiquette d’outsider car les attaques ne seront pas concentrées uniquement contre nous mais plutôt contre les favoris.

     -Envisagez-vous une deuxième, troisième voire même quatrième place ?

-Non, une première ou au pire une deuxième place.

     -Il y a quelques semaines tout le monde a cru à la faisabilité d’une alliance PAM-PI-PPS avant que Nizar Baraka ne sonne la fin de la récréation en affirmant que rien n’était joué ?

-Que l’on soit bien clair, il n’y a jamais eu d’engagement pour une pré-alliance électorale mais plutôt une simple coordination des partis de l’opposition qui est à mon sens tout à fait normale.

Dois-je rappeler que cela avait déjà eu lieu en 2011 avec une coordination du PAM, de l’USFP, du PI et de l’UC.

En réalité, avec la conjoncture actuelle vécue par le Maroc et la planète, notre véritable adversaire n’est pas idéologique mais plutôt économique avec notamment la problématique de l’emploi.

Si demain nous arrivons premiers, notre priorité sera de nous allier avec des partis qui ont pour objectif premier de remédier aux problématiques de l’emploi, du chômage et de la classe moyenne.

Si nous arrivons 2ème, 3ème ou 4ème, nous devrons subir les propositions du parti qui arrivera premier.

     -Quoi qu’il arrive, votre alliance sera donc programmatique ?

-En effet, la conjoncture actuelle est moins idéologique qu’il y a 5 ans.

C’est d’ailleurs la volonté et le besoin de tous les citoyens marocains car quand je rencontre des jeunes et des moins jeunes dans la rue, leur seule doléance à l’égard des partis est de leur trouver un travail.

-Vous savez pourtant qu’aucun gouvernement récent ne s’est constitué sur une base programmatique ni même idéologique d’ailleurs ?

-En effet, il a pu y avoir en 2011 et 2016 des calculs politiciens et des incohérences idéologiques que nous avons d’ailleurs dénoncées mais face à la conjoncture actuelle, nous n’avons plus le choix car la stabilité socio-économique du Maroc est en jeu pour les 5 prochaines années.

     -Votre parti s’engage donc à ne pas constituer une alliance opportuniste ?

-Oui, car quand on s’engage sur un programme commun, on peut ensuite construire une coordination.

     -Pourquoi devrait-on vous croire alors qu’aucun parti n’a respecté ses engagements programmatiques ?

-Parce qu’encore une fois, nous n’avons pas le choix et risquons de perdre à jamais la confiance des Marocains qui est déjà clairement entamée.

C’est une nécessité pour le monde politique et une urgence par rapport à la conjoncture actuelle.

Face à la colère de la rue, je ne sais pas si les autres partis politiques et certains membres de mon parti sont vraiment conscients de cette extrême urgence qui a fait fuir plusieurs milliers de jeunes récemment.

-Si la coordination avec le PI et le PPS n’aboutit pas, la porte reste ouverte à tous les autres partis y compris ce que vous attaquez frontalement comme le RNI ?

-Si les électeurs nous octroient la 1ère place, le PAM approchera ceux qui sont les plus proches de nos priorités sur l’emploi, l’économie, le social et ce n’est qu’à ce moment que nous pouvons parler des alliances futures.

     -Il n’y a toujours aucune ligne rouge ?

-Il se peut que ce soit avec le PPS et le PI plus d’autres partis d’appoint ou alors carrément avec d’autres partis qui ont les mêmes préoccupations et la même sensibilité que nous sur une demande précise.

-En cas de victoire,vous vous engagez à créer la première coalition gouvernementale du Maroc qui soit construite sur une véritable base programmatique ou à retourner à l’opposition en cas d’échec ?

-Aujourd’hui, la conjoncture nous impose de mettre de côté les affinités idéologiques pour nous concentrer sur des priorités économiques mais peut-être qu’en 2026, la situation aura changé et que les alliances actuelles ne pourront plus se faire.

Il n’y a qu’à voir les modèles belge, espagnol et même israélien pour comprendre que l’époque est aux alliances pragmatiques avec des partis proches en termes d’éléments programmatiques.

Si nous arrivons 2e ou 3e,  il faudra demander au parti victorieux ses priorités gouvernementales mais si elle ne correspondent pas aux nôtres, nous n’avons pas peur de rester dans l’opposition.

-Pensez-vous que le PAM a une fenêtre de tir historique ou qu’il faudra attendre 2026 ?

-Bien évidemment car au regard de notre virginité gouvernementale, personne ne peut nous reprocher les échecs des différents gouvernements qui se sont succédé durant ces 10 dernières années.

     -Toutes les planètes sont donc alignées pour diriger le prochain gouvernement ?

-Non car ce qui compte vraiment est la volonté du citoyen qu’il faut convaincre d’aller voter pour résoudre les problématiques auxquelles il est confronté dans la vie quotidienne et en particulier la question de l’emploi qui est à mon sens le vrai plus du PAM …

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