Maroc-Algérie: échanges économiques dérisoires, pas d'impact significatif de la rupture des relations
Suite logique de la dégringolade de plusieurs mois qu’ont connu les relations entre les deux pays, la décision unilatérale d’Alger de rompre ses relations diplomatiques avec Rabat risque d’affaiblir encore davantage les échanges commerciaux entre les deux pays voisins.
Pays voisins, partageant les mêmes langue et religion et reliés par l’histoire et par le sang, le Maroc et l’Algérie disposent de tous les atouts -sur le papier- pour transformer le Maghreb en une région forte, intégrée et prospère. Cependant, la fermeture des frontières terrestres, l'absence de liaisons maritimes et surtout la divergence des doctrines économiques, freinent l’intégration économique des deux pays, et par extension, de toute la région. Ce que de nombreuses études ont déjà résumé par un concept: "le coût du non-Maghreb".
Exportations marocaines vers l'Algérie: 1,27 milliard de DH en 2020
En effet, les échanges commerciaux entre le Maroc et l’Algérie sont dérisoires par rapport à la taille de leurs économies et continuent leur baisse. Ainsi, selon les chiffres de l’Office des Changes, les exportations du Maroc vers l’Algérie se sont élevées à 1,27 milliard de DH (MMDH) en 2020 soit 0,48% du volume des exportations du royaume. Ce chiffre est en constante baisse puisqu’il est passé de 1,95 MMDH en 2017 à 1,63 MMDH en 2018, puis à 1,53 MMDH en 2019 et enfin à 1,27 milliard de DH en 2020. Entre 2010 et 2020, les échanges commerciaux ont baissé de 4,1% en moyenne annuelle.
Importations marocaines d'Algérie: 4,11 milliards de DH en 2020
Dans l’autre sens, les chiffres de l’Office des Changes relèvent que le volume des importations du Maroc en provenance d’Algérie est nettement supérieur aux exportations. En 2020, ce chiffre s’élevait à 4,11 MMDH (0,97% du volume des importations). Nous constatons encore la même tendance baissière que celle observée dans les chiffres des exportations. De 6,96 MMDH en 2018, les importations sont passées à 4,95 MMDH en 2019, soit une baisse de 28,9%, puis 4,11 MMDH en 2020.
Hakim Marrakchi, directeur général de Maghreb Industries, avait déclaré en mai dernier à Médias24 que « le Maroc est déficitaire dans son business avec l’Algérie. Si Alger décide d’attaquer le Maroc sur le plan économique, il est clair qu’il y aura une réponse. Et finalement, ce sera l’Algérie qui sera perdante dans l’affaire, au vu de la structure des échanges entre nos deux pays. Les produits qu’achète le Maroc de l’Algérie ne sont pas non plus très stratégiques. C’est essentiellement du gaz, du pétrole et de l’électricité, et le Maroc dispose de diverses autres s ources d’approvisionnement pour l’ensemble de ces produits. En plus, pour les entreprises marocaines, le marché algérien ne représente rien dans leur flux d’affaires. Aucun effet ne sera ressenti, je pense, si jamais Alger décide de stopper ses importations ou ses contrats avec le Maroc ».
En effet, selon les chiffres de l’Office des Changes, les approvisionnements en gaz de pétrole et autres hydrocarbures ont représenté 90,5% du total des importations du royaume en provenance d’Algérie au cours de la période 2010-2020. En 2020, les importations marocaines depuis l'Algérie étaient composées à 46,2% de propane et butane liquéfiés (1,9 MMDH) et à 34,4% de gaz naturel (1,4 MMDH). Le reste, moins de 20% des importations, est composé de dattes, d’ouvrages en verre et de produits chimiques.
En face, le Maroc a exporté en 2020 vers l’Algérie de la tôle en fer ou en acier (363 millions de DH ou MDH), des engrais (174 MDH), des produits textiles (155 MHD), ainsi que du café et du thé (103 MDH). A eux quatre, ces produits représentent 62,6% total des exportations marocaines à destination de l’Algérie, selon les chiffres de l’Office des Changes.
Bien que ces chiffres restent modestes en comparaison avec le volume des échanges du royaume avec ses partenaires traditionnels, l’Algérie reste le deuxième fournisseur du Maroc après l’Egypte sur le continent africain, et deuxième client après la Côte-d’Ivoire. Cela ne signifie pas que l’Algérie est un partenaire stratégique du Maroc, mais renseigne surtout sur le faible taux d’intégration de l’économie an Afrique.
Les recettes voyages du Maroc en hausse : 998 millions de DH en 2019
Concernant les échanges de services, en 2020, les exportations marocaines vers l’Algérie étaient composées à 75,9% de services d’IT, d’assurances et de services de transports. Toujours selon l’Office des Changes, les importations de services sont, quant à elles, composées principalement d’assurances et des transports, à hauteur des deux tiers.
Principale composante des services, les recettes voyages en provenance de l’Algérie ont augmenté de 35,7% entre 2015 et 2019, en passant de 736 MDH à 998,5 MDH, ce qui représente 1,3% du total des recettes voyages. En 2020, ce chiffre est tombé à 482,8 MDH suite aux répercussions de la crise sanitaire, mais proportionnellement au total des recettes, les rentrées voyages depuis l’Algérie représentent toujours 1,3%.
Les investissements marocains à destination de l’Algérie n’ont pas dépassé 13 millions de dirhams en 2019. Un montant insignifiant, mais justifié par les multiples barrières érigées par les autorités algériennes face aux investissements étrangers, notamment la règle des 51% qui oblige tout investisseur non-algérien à donner la majorité à un partenaire local. Les IDE algériens sont également dérisoires et ne paraissent pas dans le tableau de la soixantaine de pays qui ont investi au royaume au cours de ces 15 dernières années.
Chronique d’une rupture annoncée
Point d’orgue d’une escalade entamée depuis plusieurs mois, la conférence de presse tenue le mardi 24 août par le ministre des affaires algérien, Ramtane Lamamra, est venue confirmer les appréhensions des observateurs concernant une éventuelle rupture des relations entre le Maroc et l’Algérie.
Rappelons que plusieurs événements avaient posé les prémices cette rupture. Déjà en décembre 2020, l’ex premier ministre algérien, Abdelaziz Djerad, dénonçait « des manœuvres étrangères qui visent à déstabiliser l’Algérie », après la normalisation des relations entre le royaume et Israël. Ensuite en mai 2021, une directive attribuée au président algérien ordonnait aux entreprises algériennes de rompre tout contrat de prestation avec les entreprises marocaines.
L’été a connu à son tour son lot de rebondissements, à commencer par l’évocation du « droit à l’autodétermination du peuple kabyle » par l’ambassadeur représentant permanent du Maroc à l’ONU, Omar Hilale, qui fit grincer les dents des responsables algériens. Puis vint « l’affaire Pegasus », suite à laquelle le voisin de l’est a accusé le Maroc d’utiliser le logiciel israélien pour espionner des responsables algériens. Accusations niées en bloc par le royaume.
Malgré cette situation, le monarque marocain a tendu la main à l’Algérie lors de son discours du trône. Un acte de bonne foi que le président Tebboune a préféré ignorer.
Enfin, le mercredi 18 août, Le Haut Conseil de Sécurité algérien annonçait la « révision » des relations entre les deux pays et « l’intensification des contrôles sécuritaires aux frontières de l’ouest ».
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