Voici pourquoi la suspension des vols était nécessaire (expert)

Le Maroc a décidé de suspendre ses vols avec quatre pays, suite à la détérioration de leur situation épidémiologique, mais aussi à l'apparition d'une nouvelle mutation du variant Delta dans l'un d'eux. Il s'agit d'une décision anticipative, qui permettra au Royaume de maintenir l'amélioration de ses indicateurs, de garantir le bon déroulement de sa campagne de vaccination, et éventuellement, d'éviter une nouvelle vague de contaminations.

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Voici pourquoi la suspension des vols était nécessaire (expert)

Le 22 octobre 2021 à 12h33

Modifié 22 octobre 2021 à 16h59

Le Maroc a décidé de suspendre ses vols avec quatre pays, suite à la détérioration de leur situation épidémiologique, mais aussi à l'apparition d'une nouvelle mutation du variant Delta dans l'un d'eux. Il s'agit d'une décision anticipative, qui permettra au Royaume de maintenir l'amélioration de ses indicateurs, de garantir le bon déroulement de sa campagne de vaccination, et éventuellement, d'éviter une nouvelle vague de contaminations.

Après la Russie, le Maroc a décidé de suspendre, depuis ce jeudi 21 octobre, les vols vers et en provenance d’Allemagne, des Pays-Bas et du Royaume-Uni.

Au moment de la mise en ligne de cet article, aucune explication officielle n’a été donnée à cette suspension. Joint par Médias24, le Dr Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé, qui ne dispose pas non plus des raisons officielles de cette suspension, estime que d’un point de vue scientifique, elle serait due à la détérioration de la situation épidémique dans ces trois pays, mais aussi à l’apparition d’une nouvelle mutation du variant Delta au Royaume-Uni.

En effet, les trois pays sont confrontés à une hausse des contaminations au Covid-19 depuis quelques jours. Ce 20 octobre :

– l’Allemagne, où 66% de la population est complètement vaccinée, a enregistré plus de 18.000 cas en 24 heures, avec une moyenne de 12.305 cas sur les sept derniers jours.

– le Royaume-Uni (où plus de 67% de la population est vaccinée) a lui enregistré, à la même date, plus de 48.000 cas en 24 heures, avec une moyenne de 45.265 cas sur les sept derniers jours.

– aux Pays-Bas (où plus de 68% de la population est vaccinée), plus de 4.500 cas ont été enregistrés en 24 heures, avec une moyenne de 3.790 cas sur les sept derniers jours, soit une augmentation d’environ 44% par rapport à la semaine passée. Il s’agit, selon le gouvernement néerlandais, du nombre le plus élevé de nouveaux cas depuis le 29 juillet dernier.

« Nous avons une situation à protéger au Maroc »

« Les décisions prises par le Maroc sont anticipatives, en attendant d’y voir plus clair. Nous avons suspendu les liaisons aériennes avec la Russie alors qu’il n’y avait pas de nouveau variant. La décision a été prise suite à la détérioration de la situation épidémiologique du pays », qui a enregistré, le 20 octobre, un record du nombre de décès (1.028 morts en 24 heures).

« Chaque pays prend ses décisions selon le degré de risque qu’il est prêt à prendre, mais aussi, le degré de protection qu’il veut assurer à sa population. »

« Au Maroc, la capacité de testing reste faible par rapport à d’autres pays étrangers. On pourrait ainsi passer à côté de nouveaux cas atteints d’un nouveau variant, qu’on risquerait alors de détecter un peu tard. C’est ce qui explique ces mesures restrictives. D’autres pays, comme le Danemark par exemple, qui peut tester la moitié de sa population en une semaine, peut se permettre de patienter avant de prendre de telles mesures. »

L’autre facteur qui explique la décision marocaine de suspendre ses liaisons aériennes avec ces pays est la suivante : « Nous sortons à peine d’une troisième vague » qui a été virulente, « et nous avons une campagne de vaccination en cours qu’on veut accélérer. On veut rouvrir le pays, et reprendre plusieurs activités, notamment économiques. Ces décisions anticipatives permettront ainsi au Royaume de protéger la situation actuelle, en attendant d’avoir plus d’éléments » sur le nouveau variant.

« On a donc une situation à protéger pour espérer un retour à une vie normale. Chaque pays a sa propre stratégie », qui s’appuie sur différents paramètres.

En effet, le Maroc a atteint un taux de vaccination de plus de 80% en D1 et de plus de 73% en D2. L’administration de la 3e dose se poursuit également, avec près de 800.000 personnes vaccinées par la D3 au 20 octobre. Concernant les élèves, 1,6 million sont complètement vaccinés à la même date. Concernant la situation épidémiologique, le Maroc est passé au vert le 17 octobre dernier, avec des indicateurs en amélioration continue pour la 10e semaine consécutive.

Un nouveau variant plus virulent ?

La nouvelle mutation du variant du très contagieux Delta, appelé « AY4.2 », ou « Delta plus », a été détectée dans plus de 29 pays, dont le Royaume-Uni, la Corée du Sud, l’Inde et Israël.

Au Royaume-Uni, ce nouveau variant a déjà atteint 6% des contaminations du pays. Le gouvernement britannique a déclaré mardi que pour l’instant, « rien ne permet de penser qu’il se propage plus facilement », mais qu’il est « surveillé de très près ».

Certains scientifiques attribuent la dégradation de la situation épidémiologique au Royaume-Uni et l’apparition de cette nouvelle mutation, qui touche pour l’instant les adolescents et jeunes adultes, à la faible vaccination des mineurs, à la diminution de l’immunité des plus âgés, vaccinés très tôt, ou encore, à la levée en juillet de l’essentiel des restrictions en Angleterre, comme le masque en intérieur.

Dr Tayeb Hamdi confirme. « Au Royaume-Uni, il a été constaté que malgré la vaccination, il y a eu une reprise de l’épidémie, avec une moyenne d’environ 40.000 nouveaux cas par jour. Un chiffre qui reste élevé par rapport à la moyenne des nouveaux cas quotidiens dans d’autres pays d’Europe. Mais est-ce qu’on peut conclure que l’accélération de l’épidémie est principalement due à cette nouvelle mutation ? Si c’est le cas, il n’y a qu’une seule conclusion à tirer : ce sous-variant est plus transmissible que le Delta.

« D’autres facteurs peuvent expliquer la flambée des cas au Royaume-Uni, dont notamment le fait d’avoir renoncé à l’obligation du pass vaccinal, suite au refus du tiers de la population. Il s’agit d’une étape importante qui a été négligée.

« Par ailleurs, lorsque le pays a levé les mesures barrières, il a permis à ses citoyens d’enlever les masques dans les espaces clos. De nombreux experts ont alerté le gouvernement britannique quant à la gravité de cette décision, puisqu’on sait à présent que les espaces fermés sont la principale voie de propagation du virus. En conséquence, même avec une grande partie de la population vaccinée, le pays fait face à une flambée des cas, qui permet au virus de muter facilement. »

Une nouvelle vague est-elle envisageable ?

Dans un communiqué relayé le 18 octobre dernier, le ministère de la Santé a lancé un appel à la vigilance. Malgré l’amélioration des indicateurs, ainsi qu’une forte progression du taux de vaccination, le risque d’une nouvelle vague de contaminations persiste.

Dr Tayeb Hamdi estime également qu’une « quatrième vague est envisageable« , puisque :

  • lors de la saison hivernale, les virus se multiplient plus rapidement, pour des raisons climatiques ;
  • l’immunité humaine diminue durant la saison hivernale, et devient plus forte au printemps et en été ;
  • en hiver, on a tendance à vivre davantage à l’intérieur qu’à l’extérieur.

« Quoi qu’on fasse, la saison hivernale reste propice à la propagation du Covid. Il faut donc s’attendre à une nouvelle vague. Si, malheureusement, la nouvelle mutation se propage, une sortie de crise sera compliquée. D’où l’importance de l’accélération de la campagne de vaccination, mais aussi de l’administration de la 3e dose au plus tôt« , pour les personnes ayant dépassé les 6 mois après la seconde dose.

Rappelons que pour ce faire, et également pour inciter les personnes non encore vaccinées à le faire, le gouvernement a décidé d’obliger la mise en place du pass vaccinal dans les lieux publics.

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