MHE aux textiliens: “C'est le moment ou jamais!”
L'industrie textile est-elle un futur métier mondial du Maroc? Selon MHE, c'est possible. Invité à l'assemblée plénière de l'AMITH, voici ce qu'il a dit aux textiliens et voici ce qu'ils ont répondu.
Ce vendredi 26 janvier, s’est tenue à Casablanca, une assemblée plénière des textiliens pour faire le point sur l’année écoulée. Invité pour l’occasion, le ministre de l'industrie Moulay Hafid Elalamy était ponctuel. La salle est comble et contraste avec l’assistance clairsemée qui l’avait accueilli quatre ans plus tôt.
C’était lors de l’assemblée ordinaire de juin 2014, quand il était venu présenter son plan d’accélération industrielle (PAI) et demander à ses hôtes de s’organiser en écosystèmes. Les industriels avaient alors opposé à l’enthousiasme du ministre, une moue dubitative et un acquiescement de circonstance.
C’est que les professionnels d'un côté et les officiels de l'autre, avant l’arrivée de MHE aux commandes, s’étaient installés dans un dialogue de sourds. Ils s’accusaient mutuellement d’attentisme. Les industriels ne voulaient pas investir pour améliorer leur productivité et les politiques méprisaient l’industrie et ne voulaient pas la protéger. C’étaient là les deux clichés que se renvoyaient les deux parties.
Entre 2001 et 2015, les ventes à l’export peinaient à dépasser la barre des 31 MMDH. Mais c’est une époque déjà révolue! En effet, ces deux dernières années le textile-habillement déjoue les pronostics et atteint un record historique de +36 MMDH d’exportation en 2017!
Le ministre commence son discours par féliciter les professionnels de la progression de leurs performances, l'une des meilleures au monde! Mais au beau milieu de son allocution, il change de ton en interpellant l’audience.
MHE n’y va pas par quatre chemins. Il précise que l’actuelle embellie est essentiellement due à un facteur externe: le retrait progressif des opérateurs chinois du marché, à cause du renchérissement de leurs coûts de production. Il clarifie ses propos en disant que les bons chiffres réalisés ne sont dus ni à une action quelconque du gouvernement, ni à un perfectionnement endogène de l’industrie nationale.
Didactique, il explique aux industriels que le monde vit une période transitoire, où la Chine continuera de perdre des emplois au profit du reste du monde. Des parts du gâteau sont encore à prendre.
Mais le ministre met aussitôt en garde les textiliens: la fenêtre de tir ne restera pas éternellement ouverte et d’autres pays sont en train de dépasser leurs difficultés et finiront par rogner les parts dernièrement acquises par la profession marocaine, si elle ne réagit pas.
Il exhortera alors les industriels à se départir de leur attentisme et à retrousser leurs manches, pour améliorer leur propre productivité afin d’aller de l’avant. Piqués au vif, les industriels s'enferment dans un silence de morts.
Commence alors la séance des questions/réponses. Les responsables de l’AMITH redoutent la polémique. Il n’en fut rien et les questions étaient toutes policées.
Aux interrogations redondantes sur la concurrence des importations illégales, MHE rappelle à ses hôtes sa décision historique de suspendre les exonérations de droits de douane sur les importations turques, malgré l’accord de libre échange avec ce pays. Une première dans les annales des accords économiques du Maroc!
Le ministre n’a pas nié pour autant que le problème de la contrebande demeure entier, que le gouvernement en est conscient mais que les acteurs du marché local doivent en parallèle, envoyer des signaux forts à Rabat, en s’organisant et en engageant des investissements pour montrer qu’ils sauront remplacer les produits importés (ceux-ci couvrent actuellement, plus de 75% des besoins du marché, selon Karim Tazi président de l’AMITH).
D’autres industriels regrettèrent les problèmes de financements. Une belle occasion pour le ministre de rappeler la batterie d’aides aux projets d’investissements que l’Etat propose désormais à l’industrie textile.
Cependant et suite à l’insistance de certains intervenants, MHE reconnaît que les banques ont encore du mal à financer les besoins en fonds de roulement, nécessaires pour le basculement vers le produit fini, que les donneurs d’ordre européens ne cessent de demander à leurs sous-traitants locaux. Il leur a promis que son ministère traitera les dossiers au cas par cas et soutiendra les entreprises auprès des banques, à condition toutefois que la profession cesse de véhiculer une image défaitiste auprès des médias!
Vers la fin, et suite à l’intervention d’ un industriel de Fès où ce dernier exprimait la perte de confiance de ses confrères de la région, le ministre redeviendra plus conciliant, en affirmant que l’industrie textile est plus que jamais en tête des priorités du gouvernement car elle se singularise par sa capacité d’une part à créer des emplois plus nombreux, et d’autre part à couvrir tout le spectre des compétences, de l’ingénieur jusqu’à l’ouvrier, contrairement à ses consœurs plus mécanisées.
Quand le ministre décide de quitter la salle, les textiliens se lèvent et l’applaudissent chaleureusement. Ils savent que la balle est désormais dans leur camp et que c’est à eux de renvoyer l’ascenseur, en s’inscrivant massivement dans les contrats performances réservés à leur profession.
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