Le Maroc a été le seul pays de la région à réussir l’exploit de se préserver des actes terroristes pendant 7 ans. Une prouesse qui a intéressé de près le centre américain "Combating Terrorism Center" (CTC) qui a consacré un rapport au Maroc. La piste terroriste du meurtre d'Imlil étant confirmée, quel en serait l'impact sur le Maroc et la lutte qu'il mène contre le terrorisme ?

Le Maroc a été le seul pays de la région à réussir l’exploit de se préserver des actes terroristes pendant 7 ans. Une prouesse qui a intéressé de près le centre américain "Combating Terrorism Center" (CTC) qui a consacré un rapport au Maroc. La piste terroriste du meurtre d'Imlil étant confirmée, quel en serait l'impact sur le Maroc et la lutte qu'il mène contre le terrorisme ?

Le Maroc se réveille ce 20 décembre plus choqué que la veille. L’horrible meurtre à Imlil de deux touristes scandinaves qui a ému les Marocains pensant à un crime crapuleux se transforme peu à peu en un acte terroriste. 

Dans un communiqué diffusé mercredi 19 décembre dans la soirée, le procureur général près la cour d'appel de Rabat confirme la piste terroriste au vu des premières preuves collectées par les autorités. 

L’un des quatre auteurs présumés de cet acte barbare arrêté le mardi 18 décembre fait partie d'un "groupe extrémiste", est-il assuré dans le communiqué. Depuis, les trois autres suspects ont également été interpellés dans la matinée du jeudi 20 décembre. Les investigations se poursuivent. 

>> Lire aussi : Imlil: voici les photos des trois individus recherchés

Que l’acte terroriste ait été planifié ou l'œuvre de "loups solitaires", ce sera le premier du genre, depuis plus de 7 années durant lesquelles le royaume a été épargné. 

En effet, le Maroc a été le seul pays de la région à réussir l’exploit de se préserver des actes terroristes aussi longtemps. Une prouesse qui a intéressé de près le centre américain "Combating Terrorism Center" (CTC). 

CTC est un think tank indépendant, basé au sein de la prestigieuse académie militaire américaine de West Point. Il a publié en 2017 un rapport dédié au Maroc où il s’arrête sur les tentatives de l’Etat Islamique de perpétrer des actions dans le royaume et comment le risque restait très présent malgré les efforts des autorités marocaines.

« Depuis les bombes qui ont secoué Casablanca en 2003 et Marrakech en 2011, le Maroc a continuellement déployé des efforts concertés pour renforcer ses lois antiterroristes, améliorer ses capacités de renseignement et lutter contre les causes profondes de la radicalisation. Alors que le Maroc n'a pas vu d'attaque terroriste de l'État islamique sur son sol, le gouvernement doit faire face à de futurs défis : combattants étrangers rentrés au pays, cellules djihadistes en plein essor et relations de plus en plus compliquées avec ses partenaires antiterroristes en Europe et au Maghreb », analyse le CTC dans son rapport. 

Les terroristes d'Imlil avaient enregistré une vidéo d'allégeance à Baghdadi et à Daech (https://t.co/WhOBynQql8 pic.twitter.com/JevmrZOzGX)

— Medias24 (@Medias24) December 20, 2018

Le risque pour le Maroc est de plus en plus présent, car les actes terroristes commis dans des pays européens ont été menés par des terroristes dont certains portaient la nationalité marocaine, avance le CTC. Ce dernier donne pour exemple les attentats commis en France (2015) ou en Espagne (2017).

Selon ce rapport, le Maroc est ciblé pour plusieurs raisons. Il représente un "verrou de toute la région, y compris le sud de l'Europe et l'Afrique occidentale". "C’est le seul pays de la région à continuer à échapper aux plans terroristes de Da'ech". Et c’est "un élément essentiel du puzzle pour les décideurs qui tentent de lutter contre l'extrémisme", commentent les experts du CTC.

CTC livre une analyse intéressante des chiffres liés à la lutte contre le terrorisme au Maroc: 

- Plus de 60% de ces attentats ont été commandités par des leaders et des agents de terrain de Dae'ch, basés en Syrie et en Irak – parfois même au Maroc.

- Dans la majorité des cas, ces leaders ont œuvré à "téléguider" ces attentats à distance, principalement en fournissant une aide opérationnelle aux membres de cellules locales.

- 53% des attaques déjouées prévoyaient des attentats-suicide.

- Approximativement, 70% de ces attaques n’avaient pas de cible spécifique.

- Sur une dizaine de projets d’attaque ciblée, 5 visaient des institutions gouvernementales, et deux des sites touristiques.

- Les cellules terroristes étaient généralement basées à Casablanca, Fès, Beni-Mellal, Tanger, Tétouan, Agadir et dans la région de l’Oriental.

- 30% de ces terroristes étaient des femmes.

Source : Rapport CTC 

Ces chiffres datent de 2017. Depuis, une sortie médiatique en octobre 2018, Abdelhak Khiame, directeur du Bureau central d'investigations judiciaires (BCIJ) a livré des chiffres plus complets. 

Depuis sa création en 2015, le BCIJ a démantelé 61 cellules terroristes: 21 en 2015, 19 en 2016, 9 en 2017 et 12 jusqu'à présent en décembre 2018. 

Si l’on remonte à 2002, les autorités marocaines ont démantelé 183 structures ayant projeté des actions terroristes dans le Royaume, en plus de 361 projets dévastateurs mis en échec, dont "certains avaient pour cibles des sites sensibles au Royaume".

3.129 personnes ont été arrêtées, dont 292 ayant des antécédents judiciaires. La Brigade de lutte contre le terrorisme (BLCT), qui relève du BCIJ, a réussi à démanteler 51 cellules en relation avec Da'ech. 

Pourquoi les cellules terroristes prolifèrent autant au Maroc ? Une question à laquelle s’est également intéressé, le rapport du CTC. Il cite notamment :

- Le retour des djihadistes marocains de Syrie.

- Les relations conflictuelles que connaît le Maroc avec ses voisins maghrébins en matière de coopération anti-terroriste.

- La capacité des organisations terroristes à recruter parmi les réseaux locaux d’extrémistes.

- L’élargissement de la frange de la population ayant basculé dans l’extrémisme.

- Les conditions économiques difficiles que connaissent un certain nombre de Marocains.

A la lumière de ces éléments, le Combating Terrorism Center conclut que "les tentatives d’attentats – même déjouées, représentent un sérieux avertissement pour la communauté internationale: la menace au Maroc est réelle, même si elle est latente". "Si Dae'ch réussit à perpétrer une attaque au Maroc, cela aura une portée symbolique aux conséquences dangereuses pour toute la région", ajoute-t-il. 

>> Lire aussi : Meurtre des deux touristes scandinaves: chasse à l'homme ouverte dans la région d'Imlil

 

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Le Maroc a été le seul pays de la région à réussir l’exploit de se préserver des actes terroristes pendant 7 ans. Une prouesse qui a intéressé de près le centre américain "Combating Terrorism Center" (CTC) qui a consacré un rapport au Maroc. La piste terroriste du meurtre d'Imlil étant confirmée, quel en serait l'impact sur le Maroc et la lutte qu'il mène contre le terrorisme ?

Le Maroc se réveille ce 20 décembre plus choqué que la veille. L’horrible meurtre à Imlil de deux touristes scandinaves qui a ému les Marocains pensant à un crime crapuleux se transforme peu à peu en un acte terroriste. 

Dans un communiqué diffusé mercredi 19 décembre dans la soirée, le procureur général près la cour d'appel de Rabat confirme la piste terroriste au vu des premières preuves collectées par les autorités. 

L’un des quatre auteurs présumés de cet acte barbare arrêté le mardi 18 décembre fait partie d'un "groupe extrémiste", est-il assuré dans le communiqué. Depuis, les trois autres suspects ont également été interpellés dans la matinée du jeudi 20 décembre. Les investigations se poursuivent. 

>> Lire aussi : Imlil: voici les photos des trois individus recherchés

Que l’acte terroriste ait été planifié ou l'œuvre de "loups solitaires", ce sera le premier du genre, depuis plus de 7 années durant lesquelles le royaume a été épargné. 

En effet, le Maroc a été le seul pays de la région à réussir l’exploit de se préserver des actes terroristes aussi longtemps. Une prouesse qui a intéressé de près le centre américain "Combating Terrorism Center" (CTC). 

CTC est un think tank indépendant, basé au sein de la prestigieuse académie militaire américaine de West Point. Il a publié en 2017 un rapport dédié au Maroc où il s’arrête sur les tentatives de l’Etat Islamique de perpétrer des actions dans le royaume et comment le risque restait très présent malgré les efforts des autorités marocaines.

« Depuis les bombes qui ont secoué Casablanca en 2003 et Marrakech en 2011, le Maroc a continuellement déployé des efforts concertés pour renforcer ses lois antiterroristes, améliorer ses capacités de renseignement et lutter contre les causes profondes de la radicalisation. Alors que le Maroc n'a pas vu d'attaque terroriste de l'État islamique sur son sol, le gouvernement doit faire face à de futurs défis : combattants étrangers rentrés au pays, cellules djihadistes en plein essor et relations de plus en plus compliquées avec ses partenaires antiterroristes en Europe et au Maghreb », analyse le CTC dans son rapport. 

Les terroristes d'Imlil avaient enregistré une vidéo d'allégeance à Baghdadi et à Daech (https://t.co/WhOBynQql8 pic.twitter.com/JevmrZOzGX)

— Medias24 (@Medias24) December 20, 2018

Le risque pour le Maroc est de plus en plus présent, car les actes terroristes commis dans des pays européens ont été menés par des terroristes dont certains portaient la nationalité marocaine, avance le CTC. Ce dernier donne pour exemple les attentats commis en France (2015) ou en Espagne (2017).

Selon ce rapport, le Maroc est ciblé pour plusieurs raisons. Il représente un "verrou de toute la région, y compris le sud de l'Europe et l'Afrique occidentale". "C’est le seul pays de la région à continuer à échapper aux plans terroristes de Da'ech". Et c’est "un élément essentiel du puzzle pour les décideurs qui tentent de lutter contre l'extrémisme", commentent les experts du CTC.

CTC livre une analyse intéressante des chiffres liés à la lutte contre le terrorisme au Maroc: 

- Plus de 60% de ces attentats ont été commandités par des leaders et des agents de terrain de Dae'ch, basés en Syrie et en Irak – parfois même au Maroc.

- Dans la majorité des cas, ces leaders ont œuvré à "téléguider" ces attentats à distance, principalement en fournissant une aide opérationnelle aux membres de cellules locales.

- 53% des attaques déjouées prévoyaient des attentats-suicide.

- Approximativement, 70% de ces attaques n’avaient pas de cible spécifique.

- Sur une dizaine de projets d’attaque ciblée, 5 visaient des institutions gouvernementales, et deux des sites touristiques.

- Les cellules terroristes étaient généralement basées à Casablanca, Fès, Beni-Mellal, Tanger, Tétouan, Agadir et dans la région de l’Oriental.

- 30% de ces terroristes étaient des femmes.

Source : Rapport CTC 

Ces chiffres datent de 2017. Depuis, une sortie médiatique en octobre 2018, Abdelhak Khiame, directeur du Bureau central d'investigations judiciaires (BCIJ) a livré des chiffres plus complets. 

Depuis sa création en 2015, le BCIJ a démantelé 61 cellules terroristes: 21 en 2015, 19 en 2016, 9 en 2017 et 12 jusqu'à présent en décembre 2018. 

Si l’on remonte à 2002, les autorités marocaines ont démantelé 183 structures ayant projeté des actions terroristes dans le Royaume, en plus de 361 projets dévastateurs mis en échec, dont "certains avaient pour cibles des sites sensibles au Royaume".

3.129 personnes ont été arrêtées, dont 292 ayant des antécédents judiciaires. La Brigade de lutte contre le terrorisme (BLCT), qui relève du BCIJ, a réussi à démanteler 51 cellules en relation avec Da'ech. 

Pourquoi les cellules terroristes prolifèrent autant au Maroc ? Une question à laquelle s’est également intéressé, le rapport du CTC. Il cite notamment :

- Le retour des djihadistes marocains de Syrie.

- Les relations conflictuelles que connaît le Maroc avec ses voisins maghrébins en matière de coopération anti-terroriste.

- La capacité des organisations terroristes à recruter parmi les réseaux locaux d’extrémistes.

- L’élargissement de la frange de la population ayant basculé dans l’extrémisme.

- Les conditions économiques difficiles que connaissent un certain nombre de Marocains.

A la lumière de ces éléments, le Combating Terrorism Center conclut que "les tentatives d’attentats – même déjouées, représentent un sérieux avertissement pour la communauté internationale: la menace au Maroc est réelle, même si elle est latente". "Si Dae'ch réussit à perpétrer une attaque au Maroc, cela aura une portée symbolique aux conséquences dangereuses pour toute la région", ajoute-t-il. 

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