Abdelwahab Rafiki: “La crise d'identité est le principal facteur de radicalisation”
Médias24 recueille les réactions et analyses des intellectuels après les meurtres terroristes d'Imlil. Ci-après Mohamed Abdelwahhab Al-Rafiki, chercheur en études islamiques.
- Médias24: Selon vous, le meurtre d'Imlil, a-t-il les caractéristiques d'un acte terroriste jihadiste?
-Abdelwahab Rafiki: Selon les services de sécurité, c'est un acte terroriste et c'est la même chose pour moi car je crois que Da'ech est toujours parmi nous. Il circule partout, dans nos écoles, dans nos médias et sur internet. Jusqu'à aujourd'hui, on n'a pas fait la rupture avec la pensée radicale et terroriste donc c'est normal que ce genre d'acte surgisse.
En se basant sur ma propre expérience, les terroristes se fondent sur une idéologie religieuse qui autorise la violence et incite à la haine à l'égard de l'autre. Personne ne peut nier l'existence de "al walae wa al baraa" (la loyauté et l'innocence), un principe islamique qui éduque l'Homme sur la haine de l'autre. Ne soyons pas choqués si cette pensée se traduit par des actes affreux.
-Après des années de sécurité totale, cet acte surgit et bouleverse les esprits, quel est votre ressenti à l'égard de cela?
-Cet événement a pour objectif d'instiller la frayeur et la terreur au sein de la société marocaine. N'oublions pas que le Maroc, malgré ces années de sécurité totale, n'a pas été à l'abri de vagues de takfiret de formations de cellules terroristes.
Pour moi, il était prévisible qu'il y ait des actes violents, comme ce qui s'est passé à Imlil; et d'ailleurs, il y a eu énormément d'actions d'anticipation et de prévention de la part de la sécurité marocaine.
Malgré le fait que c'est une tragédie, c'est une occasion pour planifier le futur, pour que les générations futures vivent en paix et en sécurité, à l'abri de telles manifestations fanatiques et cruelles. Il faut dire que l'approche sécuritaire est très efficace, mais une approche à la fois culturelle et intellectuelle est indispensable.
-Selon vous, quel serait l'impact de cette tragédie sur la société marocaine?
-Les Marocains sont choqués. Or, ceux qui sont conscients de l'inhumanité de la pensée religieuse terroriste ne sont pas autant perturbés. Je parle des chercheurs et de ceux qui sont proches du dossier. Eux, ils savent que personne n'est à l'abri de ces actes barbares, puisque les idées fanatiques sont toujours parmi nous.
Il est temps pour que le Maroc commence à sensibiliser ses citoyens et à s'armer pour lutter contre toute tendance extrémiste. L'Etat, hésitant depuis toujours, doit choisir la vision à adopter, pour rompre définitivement avec toute idéologie radicale.
-D'une manière générale, quels sont les facteurs de la radicalisation?
-Il y a des facteurs géopolitiques, économiques, sociales mais surtout intellectuelles. Sans exclure définitivement les autres causes, le principal facteur est idéologique et intellectuel, dans la mesure où l'idéologie religieuse parle de jihad, de Houris, de paradis pour ceux qui combattent au nom de Dieu.
Cela affecte les jeunes qui font des choix religieux, se transforment en des terroristes et vivent une crise d'identité. Du coup, ces jeunes font en sorte d'exister même à travers la violence et le meurtre. Pour moi, la crise d'identité est précisément le premier facteur de radicalisation.
Lire aussi: Ahmed Assid: "le Maroc a besoin d'une approche humaniste universelle dans son système éducatif"
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