Contamination de Sidi Harazem: nouveaux détails, silence des autorités

Des bouteilles d'eau Sidi Harazem ont été retirées du marché car contaminées par une bactérie dont la présence est interdite par la loi. Comment est-ce arrivé? De quelle bactérie s'agit-il? Quels risques pour la santé? Médias24 apporte des réponses à ces questions, restées sans réponses auprès des autorités sanitaires.

Contamination de Sidi Harazem : nouveaux détails, silence des autorités

Le 13 novembre 2019 à 18:14

Modifié le 14 novembre 2019 à 10:07

Le 11 novembre, les Marocains ont été surpris d’apprendre, par le biais d’un communiqué de la Fédération marocaine des droits des consommateurs (FMDC), que des bouteilles d’eau de la marque Sidi Harazem contiennent "des bactéries dangereuses qui menacent la vie des citoyens notamment les enfants, les personnes âgées et celles ayant un déficit immunitaire".

Silence incompréhensible des autorités sanitaires

Dans la foulée de ce communiqué alarmiste qui dénonce le silence des autorités sanitaires, à leur tête le ministère de la Santé, l’entreprise Sotherma (Aïn Saïss et Sidi Harazem) s’est empressée de publier les précisions suivantes:

- Une "non-conformité" a en effet été remontée par l’INH (Institut national d’hygiène) sur trois lots de bouteilles identifiées de format 0,5 litre de la marque Sidi Harazem, fabriquées sur une nouvelle ligne remplisseuse installée fin août 2019.

- En accord avec le ministère de la Santé, l’entreprise a arrêté la production de la ligne concernée. Elle a procédé au retrait de la totalité de la production objet de la non-conformité.

Cela dit, plusieurs interrogations subsistent. De quelle "non conformité" s’agit-il? Quelles normes n’ont pas été respectées? L’eau était contaminée par quelle bactérie? Celle-ci est-elle dangereuse pour la santé des Marocains? …

Médias24 a cherché des réponses à toutes ces questions auprès des différents acteurs concernés par ce dossier.

Nous avons contacté l’Onssa qui nous a assuré que le contrôle des eaux en bouteilles ne relève pas de ses prérogatives mais de celles des services du ministère de la Santé, notamment de la direction de l’Epidémiologie et de lutte contre les maladies qui comprend un service de l'hygiène alimentaire et de laquelle dépend l'Institut national d'hygiène (INH) qui a détecté la non-conformité.

La réglementation relative à l’eau est multiple et éclatée dans plusieurs textes et la responsabilité est partagée selon les cadres entre plusieurs intervenants. Mais dans ce cas, c’est bien le ministère de la Santé qui est en charge du contrôle de la qualité des eaux de boisson, délivre des autorisations de vente et d'importation des eaux naturelles. Il est aussi chargé de la sensibilisation et de l'éducation sanitaire des populations, de la surveillance sanitaire des points d'eau et de la protection contre les maladies d'origine hydrique. 

Le ministère de la Santé et l’INH n’ont pas donné suite à nos multiples relances. Une attitude étrange alors que la santé des citoyens est au cœur de cette affaire. Le ministère de la Santé est le premier à devoir réagir quand il y a une menace, avérée ou non, sur la santé des citoyens pour les informer, les sensibiliser et les rassurer ou les prendre en charge s’il y a lieu de le faire.

Seul le fabricant Sotherma a répondu à certaines questions, nous permettant de reconstituer les faits et de jauger l'éventuel danger qu’encourent les personnes ayant consommé cette eau.

La société s’est néanmoins abstenue de nous révéler combien de bouteilles contaminées ont été vendues.

Présence de la bactérie Pseudomonas Aeruginosa dans l’eau retirée

Une source autorisée à Sidi Harazem a donc accepté de nous expliquer davantage ce qui s’est passé. "C’est un défaut d’embouteillage détecté sur trois échantillons de bouteilles Sidi Harazem format 0,5 l, fabriquées sur une nouvelle remplisseuse acquise fin août 2019", nous confie-t-elle. 

"Trois échantillons ont été diagnostiqués non conformes. Par précaution, et pour ne pas faire courir de risque au consommateur, nous avons récupéré l’intégralité de la production au niveau national", nous répond-on sur le nombre de bouteilles retirées du marché.

Les lots concernés ont été fabriqués les 26 août, 13 et 26 septembre 2019. "Chaque bouteille de Sidi Harazem comporte un code qui permet l’identification des lots de production à la minute près", ajoute notre source. 

En ce qui concerne la non-conformité, notre source explique qu’il s’agit de "la présence de la bactérie Pseudomonas Aeruginosa". La loi marocaine (détails plus bas, ndlr) exige l’absence totale de cette bactérie au niveau des eaux en bouteille. Or, des traces de cette bactérie ont été retrouvées dans un échantillon prélevé dans trois lots identifiés de Sidi Harazem 0.5 l. D’où le sujet de non-conformité", poursuit-elle. 

"Il ne s’agit pas de la contamination d’une ligne. Il s’agit d’un développement de la bactérie au niveau d’un point mort au niveau de la nouvelle remplisseuse acquise fin août 2019. Sidi Harazem a toujours déployé un système de contrôle qualité extrêmement rigoureux. La preuve, aucun incident ou spécifiquement de contamination bactérienne n’est arrivé sur les 50 ans d’existence de la marque. Cet incident est arrivé sur une remplisseuse fraichement acquise, dont le design industriel est sensiblement différent du reste du parc industriel de Sidi Harazem. Ce qui explique la non détection à temps de cette anomalie", nous explique-t-on.

Sotherma insiste sur le fait que "la source de Sidi Harazem alimentant l’usine a toujours été saine".

La société dit avoir mené un diagnostic sur la nouvelle remplisseuse suite auquel le design industriel de la machine remplisseuse a été revu avec le fournisseur.

Pseudomonas Aeruginosa, c'est quoi?

Voilà pour ce qui est de l’origine de la contamination. Cependant, la question que les citoyens ayant consommé cette eau se posent, est de savoir quels risques cette contamination peut présenter pour leur santé?

"On retrouve Pseudomonas Aeruginosa partout dans la nature, notamment dans les eaux courantes. C'est une bactérie habituellement peu agressive mais qui peut devenir pathogène dans certaines conditions, notamment l’affaiblissement des défenses immunitaires, notamment en milieu hospitalier, chez des personnes immunodéficientes", répond notre source à Sidi Harazem.

"La revue de plusieurs publications académiques, notamment celle de l’ANSES (Agence nationale pour la sécurité sanitaire française), rapporte que l’ingestion de cette bactérie ne comporterait pas de risques sur la consommation. Sur la base des données disponibles, seule une probabilité de colonisation transitoire du tube digestif par cette bactérie a (…) pu être évaluée. Aucune donnée ne permet de calculer un risque de maladie dans la mesure où aucun signe clinique n’a été observé expérimentalement, malgré des niveaux d’exposition très élevé", complète notre source qui cite l’étude de l’ANSES sur l’évaluation des risques sanitaires liés à l’exposition par ingestion de pseudomonades dans les eaux destinées à la consommation humaine, publiée en 2010.

Ce qu’en pense l’OMS

Médias24 a effectué ses propres recherches, notamment au niveau de la documentation disponible sur le site de l’OMS. Voilà ce qu’en dit l’Organisation mondiale de la santé dans ses directives de qualité pour l’eau de boisson

La pseudomonas aeruginosa est un organisme courant dans l’environnement. Il peut se trouver dans les excréments, le sol, l’eau et les égouts. Il peut se multiplier dans des milieux aquatiques et également à la surface de certains matériaux organiques en contact avec l’eau.

Cette bactérie peut provoquer diverses infections mais rarement des maladies graves chez des individus sains.

L’OMS explique que l’ingestion d’eau de boisson n’est pas une source importante d’infection. Bien que P. aeruginosa puisse présenter un risque important dans certaines structures telles que des établissements de santé, il n’est pas prouvé que l’utilisation normale des approvisionnements en eau de boisson, soit une source d’infection dans la population générale.

Mais si cette bactérie ne présente pas de risques importants pour des personnes saines, c’est une autre affaire pour certaines catégories de personnes.

Les patients souffrant de mucoviscidose et les patients immunodéprimés sont sensibles à cette bactérie qui peut entraîner des infections pulmonaires progressives graves, explique l’OMS.

C’est une source connue d’infections dans les milieux hospitaliers pouvant avoir des complications potentiellement graves. La bactérie colonise principalement des zones endommagées telles que des brûlures et blessures chirurgicales, le système respiratoire de personnes souffrant d’affections sous-jacentes et les yeux ayant subi un dommage physique.

De nombreuses souches de cette bactérie sont résistantes à une gamme d’agents antimicrobiens, ce qui accroît le danger de cet organisme notamment en milieu hospitalier.

D’ailleurs, pseudomonas aerugino figure sur la première liste publiée par l’OMS en 2017 "d’agents pathogènes prioritaires" résistants aux antibiotiques, contre lesquels il est urgent d’avoir de nouveaux antibiotiques.

Les 12 familles de bactéries énumérées par l’OMS ont été catégorisées selon l’urgence du besoin de nouveaux antibiotiques: critique, élevée ou moyenne.

Le groupe le plus critique comporte des bactéries multirésistantes, dont pseudomonas, qui représentent une menace particulière dans les hôpitaux, et les maisons de retraite ou pour les patients dont les soins imposent d’utiliser des dispositifs comme des respirateurs ou des cathéters sanguins.

Ces bactéries sont devenues résistantes à un grand nombre d’antibiotiques, y compris les carbapénèmes et les céphalosporines de troisième génération, les meilleurs produits disponibles pour traiter les bactéries multirésistantes, écrivait l’OMS.

Le consommateur impuissant 

Nous ne sommes pas en mesure de trancher si le risque sous-jacent à la détection de traces de cette bactérie dans les eaux de Sidi Harazem est important ou négligeable, s'il touche plusieurs personnes ou pas. C'est d'abord et avant tout le rôle des autorités de tutelle, notamment le ministère de la Santé. 

Quand on sait que cette marque appartient au n°2 du marché de l’eau embouteillée, qu’il est de notoriété publique qu'elle est conseillée aux malades, et que le risque touche la santé des citoyens, il y a lieu de réagir.

L’entreprise dit avoir retiré les lots contaminés dans les 48h. Et elle a tenté de s’expliquer et de répondre aux questions. C’est son devoir et elle l'a respecté.

Quid alors des personnes ayant déjà acheté et consommé des bouteilles contaminées? Quelles actions leur ont été dédiées par les autorités sanitaires ? Aucune à notre connaissance.

Les risques de contamination bactérienne dans l’industrie agroalimentaire sont toujours présents. Ce qui fait la différence c’est la façon avec laquelle on réagit à la crise et comment on prend en charge les potentielles victimes. Et cette affaire démontre qu’au Maroc il y a encore beaucoup à faire avant que le consommateur ne soit au cœur des préoccupations.  

Que dit la loi sur la qualité de l’eau?

C’est la norme marocaine (NM) 03.7.001 qui fixe les exigences auxquelles doit satisfaire la qualité des eaux d'alimentation humaine. "L'eau d'alimentation humaine ne doit contenir en quantités dangereuses ni microorganismes, ni substances chimiques nocifs pour la santé (…) Les eaux d'alimentation humaine doivent satisfaire aux exigences de qualité spécifiées dans l'annexe 1. Au cas où des paramètres ne figurant pas dans la présente norme sont analysés, on se référera aux Directives de qualité pour l’eau de boisson de l’OMS", stipule cette norme.

C’est justement le cas pour pseudomonas aeruginosa qui ne figure pas dans les annexes de la NM 03.7.001 mais bien dans la documentation de référence de l’OMS.  

"Les eaux minérales naturelles embouteillées constituent un cas spécial: leur qualité fait l'objet de normes du Codex Alimentarius. L'eau doit être captée et embouteillée dans des conditions telles que sa qualité originelle soit préservée. Si elle est commercialisée, la norme du Codex stipule qu'un échantillon de 250 ml ne doit pas contenir d'E. coli, de bactéries coliformes, de streptocoques du groupe D ni de pseudomonas aeruginosa", peut-on lire dans la page 103 des directives de qualité pour l’eau de boisson.

Contamination de Sidi Harazem: nouveaux détails, silence des autorités

Le 13 novembre 2019 à18:42

Modifié le 14 novembre 2019 à 10:07

Des bouteilles d'eau Sidi Harazem ont été retirées du marché car contaminées par une bactérie dont la présence est interdite par la loi. Comment est-ce arrivé? De quelle bactérie s'agit-il? Quels risques pour la santé? Médias24 apporte des réponses à ces questions, restées sans réponses auprès des autorités sanitaires.

Le 11 novembre, les Marocains ont été surpris d’apprendre, par le biais d’un communiqué de la Fédération marocaine des droits des consommateurs (FMDC), que des bouteilles d’eau de la marque Sidi Harazem contiennent "des bactéries dangereuses qui menacent la vie des citoyens notamment les enfants, les personnes âgées et celles ayant un déficit immunitaire".

Silence incompréhensible des autorités sanitaires

Dans la foulée de ce communiqué alarmiste qui dénonce le silence des autorités sanitaires, à leur tête le ministère de la Santé, l’entreprise Sotherma (Aïn Saïss et Sidi Harazem) s’est empressée de publier les précisions suivantes:

- Une "non-conformité" a en effet été remontée par l’INH (Institut national d’hygiène) sur trois lots de bouteilles identifiées de format 0,5 litre de la marque Sidi Harazem, fabriquées sur une nouvelle ligne remplisseuse installée fin août 2019.

- En accord avec le ministère de la Santé, l’entreprise a arrêté la production de la ligne concernée. Elle a procédé au retrait de la totalité de la production objet de la non-conformité.

Cela dit, plusieurs interrogations subsistent. De quelle "non conformité" s’agit-il? Quelles normes n’ont pas été respectées? L’eau était contaminée par quelle bactérie? Celle-ci est-elle dangereuse pour la santé des Marocains? …

Médias24 a cherché des réponses à toutes ces questions auprès des différents acteurs concernés par ce dossier.

Nous avons contacté l’Onssa qui nous a assuré que le contrôle des eaux en bouteilles ne relève pas de ses prérogatives mais de celles des services du ministère de la Santé, notamment de la direction de l’Epidémiologie et de lutte contre les maladies qui comprend un service de l'hygiène alimentaire et de laquelle dépend l'Institut national d'hygiène (INH) qui a détecté la non-conformité.

La réglementation relative à l’eau est multiple et éclatée dans plusieurs textes et la responsabilité est partagée selon les cadres entre plusieurs intervenants. Mais dans ce cas, c’est bien le ministère de la Santé qui est en charge du contrôle de la qualité des eaux de boisson, délivre des autorisations de vente et d'importation des eaux naturelles. Il est aussi chargé de la sensibilisation et de l'éducation sanitaire des populations, de la surveillance sanitaire des points d'eau et de la protection contre les maladies d'origine hydrique. 

Le ministère de la Santé et l’INH n’ont pas donné suite à nos multiples relances. Une attitude étrange alors que la santé des citoyens est au cœur de cette affaire. Le ministère de la Santé est le premier à devoir réagir quand il y a une menace, avérée ou non, sur la santé des citoyens pour les informer, les sensibiliser et les rassurer ou les prendre en charge s’il y a lieu de le faire.

Seul le fabricant Sotherma a répondu à certaines questions, nous permettant de reconstituer les faits et de jauger l'éventuel danger qu’encourent les personnes ayant consommé cette eau.

La société s’est néanmoins abstenue de nous révéler combien de bouteilles contaminées ont été vendues.

Présence de la bactérie Pseudomonas Aeruginosa dans l’eau retirée

Une source autorisée à Sidi Harazem a donc accepté de nous expliquer davantage ce qui s’est passé. "C’est un défaut d’embouteillage détecté sur trois échantillons de bouteilles Sidi Harazem format 0,5 l, fabriquées sur une nouvelle remplisseuse acquise fin août 2019", nous confie-t-elle. 

"Trois échantillons ont été diagnostiqués non conformes. Par précaution, et pour ne pas faire courir de risque au consommateur, nous avons récupéré l’intégralité de la production au niveau national", nous répond-on sur le nombre de bouteilles retirées du marché.

Les lots concernés ont été fabriqués les 26 août, 13 et 26 septembre 2019. "Chaque bouteille de Sidi Harazem comporte un code qui permet l’identification des lots de production à la minute près", ajoute notre source. 

En ce qui concerne la non-conformité, notre source explique qu’il s’agit de "la présence de la bactérie Pseudomonas Aeruginosa". La loi marocaine (détails plus bas, ndlr) exige l’absence totale de cette bactérie au niveau des eaux en bouteille. Or, des traces de cette bactérie ont été retrouvées dans un échantillon prélevé dans trois lots identifiés de Sidi Harazem 0.5 l. D’où le sujet de non-conformité", poursuit-elle. 

"Il ne s’agit pas de la contamination d’une ligne. Il s’agit d’un développement de la bactérie au niveau d’un point mort au niveau de la nouvelle remplisseuse acquise fin août 2019. Sidi Harazem a toujours déployé un système de contrôle qualité extrêmement rigoureux. La preuve, aucun incident ou spécifiquement de contamination bactérienne n’est arrivé sur les 50 ans d’existence de la marque. Cet incident est arrivé sur une remplisseuse fraichement acquise, dont le design industriel est sensiblement différent du reste du parc industriel de Sidi Harazem. Ce qui explique la non détection à temps de cette anomalie", nous explique-t-on.

Sotherma insiste sur le fait que "la source de Sidi Harazem alimentant l’usine a toujours été saine".

La société dit avoir mené un diagnostic sur la nouvelle remplisseuse suite auquel le design industriel de la machine remplisseuse a été revu avec le fournisseur.

Pseudomonas Aeruginosa, c'est quoi?

Voilà pour ce qui est de l’origine de la contamination. Cependant, la question que les citoyens ayant consommé cette eau se posent, est de savoir quels risques cette contamination peut présenter pour leur santé?

"On retrouve Pseudomonas Aeruginosa partout dans la nature, notamment dans les eaux courantes. C'est une bactérie habituellement peu agressive mais qui peut devenir pathogène dans certaines conditions, notamment l’affaiblissement des défenses immunitaires, notamment en milieu hospitalier, chez des personnes immunodéficientes", répond notre source à Sidi Harazem.

"La revue de plusieurs publications académiques, notamment celle de l’ANSES (Agence nationale pour la sécurité sanitaire française), rapporte que l’ingestion de cette bactérie ne comporterait pas de risques sur la consommation. Sur la base des données disponibles, seule une probabilité de colonisation transitoire du tube digestif par cette bactérie a (…) pu être évaluée. Aucune donnée ne permet de calculer un risque de maladie dans la mesure où aucun signe clinique n’a été observé expérimentalement, malgré des niveaux d’exposition très élevé", complète notre source qui cite l’étude de l’ANSES sur l’évaluation des risques sanitaires liés à l’exposition par ingestion de pseudomonades dans les eaux destinées à la consommation humaine, publiée en 2010.

Ce qu’en pense l’OMS

Médias24 a effectué ses propres recherches, notamment au niveau de la documentation disponible sur le site de l’OMS. Voilà ce qu’en dit l’Organisation mondiale de la santé dans ses directives de qualité pour l’eau de boisson

La pseudomonas aeruginosa est un organisme courant dans l’environnement. Il peut se trouver dans les excréments, le sol, l’eau et les égouts. Il peut se multiplier dans des milieux aquatiques et également à la surface de certains matériaux organiques en contact avec l’eau.

Cette bactérie peut provoquer diverses infections mais rarement des maladies graves chez des individus sains.

L’OMS explique que l’ingestion d’eau de boisson n’est pas une source importante d’infection. Bien que P. aeruginosa puisse présenter un risque important dans certaines structures telles que des établissements de santé, il n’est pas prouvé que l’utilisation normale des approvisionnements en eau de boisson, soit une source d’infection dans la population générale.

Mais si cette bactérie ne présente pas de risques importants pour des personnes saines, c’est une autre affaire pour certaines catégories de personnes.

Les patients souffrant de mucoviscidose et les patients immunodéprimés sont sensibles à cette bactérie qui peut entraîner des infections pulmonaires progressives graves, explique l’OMS.

C’est une source connue d’infections dans les milieux hospitaliers pouvant avoir des complications potentiellement graves. La bactérie colonise principalement des zones endommagées telles que des brûlures et blessures chirurgicales, le système respiratoire de personnes souffrant d’affections sous-jacentes et les yeux ayant subi un dommage physique.

De nombreuses souches de cette bactérie sont résistantes à une gamme d’agents antimicrobiens, ce qui accroît le danger de cet organisme notamment en milieu hospitalier.

D’ailleurs, pseudomonas aerugino figure sur la première liste publiée par l’OMS en 2017 "d’agents pathogènes prioritaires" résistants aux antibiotiques, contre lesquels il est urgent d’avoir de nouveaux antibiotiques.

Les 12 familles de bactéries énumérées par l’OMS ont été catégorisées selon l’urgence du besoin de nouveaux antibiotiques: critique, élevée ou moyenne.

Le groupe le plus critique comporte des bactéries multirésistantes, dont pseudomonas, qui représentent une menace particulière dans les hôpitaux, et les maisons de retraite ou pour les patients dont les soins imposent d’utiliser des dispositifs comme des respirateurs ou des cathéters sanguins.

Ces bactéries sont devenues résistantes à un grand nombre d’antibiotiques, y compris les carbapénèmes et les céphalosporines de troisième génération, les meilleurs produits disponibles pour traiter les bactéries multirésistantes, écrivait l’OMS.

Le consommateur impuissant 

Nous ne sommes pas en mesure de trancher si le risque sous-jacent à la détection de traces de cette bactérie dans les eaux de Sidi Harazem est important ou négligeable, s'il touche plusieurs personnes ou pas. C'est d'abord et avant tout le rôle des autorités de tutelle, notamment le ministère de la Santé. 

Quand on sait que cette marque appartient au n°2 du marché de l’eau embouteillée, qu’il est de notoriété publique qu'elle est conseillée aux malades, et que le risque touche la santé des citoyens, il y a lieu de réagir.

L’entreprise dit avoir retiré les lots contaminés dans les 48h. Et elle a tenté de s’expliquer et de répondre aux questions. C’est son devoir et elle l'a respecté.

Quid alors des personnes ayant déjà acheté et consommé des bouteilles contaminées? Quelles actions leur ont été dédiées par les autorités sanitaires ? Aucune à notre connaissance.

Les risques de contamination bactérienne dans l’industrie agroalimentaire sont toujours présents. Ce qui fait la différence c’est la façon avec laquelle on réagit à la crise et comment on prend en charge les potentielles victimes. Et cette affaire démontre qu’au Maroc il y a encore beaucoup à faire avant que le consommateur ne soit au cœur des préoccupations.  

Que dit la loi sur la qualité de l’eau?

C’est la norme marocaine (NM) 03.7.001 qui fixe les exigences auxquelles doit satisfaire la qualité des eaux d'alimentation humaine. "L'eau d'alimentation humaine ne doit contenir en quantités dangereuses ni microorganismes, ni substances chimiques nocifs pour la santé (…) Les eaux d'alimentation humaine doivent satisfaire aux exigences de qualité spécifiées dans l'annexe 1. Au cas où des paramètres ne figurant pas dans la présente norme sont analysés, on se référera aux Directives de qualité pour l’eau de boisson de l’OMS", stipule cette norme.

C’est justement le cas pour pseudomonas aeruginosa qui ne figure pas dans les annexes de la NM 03.7.001 mais bien dans la documentation de référence de l’OMS.  

"Les eaux minérales naturelles embouteillées constituent un cas spécial: leur qualité fait l'objet de normes du Codex Alimentarius. L'eau doit être captée et embouteillée dans des conditions telles que sa qualité originelle soit préservée. Si elle est commercialisée, la norme du Codex stipule qu'un échantillon de 250 ml ne doit pas contenir d'E. coli, de bactéries coliformes, de streptocoques du groupe D ni de pseudomonas aeruginosa", peut-on lire dans la page 103 des directives de qualité pour l’eau de boisson.

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