Covid-19 en milieu professionnel, le nouveau défi des autorités

Les foyers de contamination au Covid-19 en milieu professionnel commencent à émerger et à susciter de l'inquiétude. Les autorités promettent de doubler les contrôles, l'UMT plaide pour l'instauration du droit de retrait. 

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Covid-19 en milieu professionnel, le nouveau défi des autorités

Le 18 avril 2020 à 10:30

Modifié le 18 avril 2020 à 18:21

L'habituel point de presse du directeur de l'épidémiologie et de la détection des maladies est marqué ces derniers jours par un nouvel indicateur. Celui des contaminations en milieux professionnels.

En effet, en plus des foyers familiaux évoqués par Dr Lyoubi depuis quelques jours, ce dernier a annoncé l'apparition de foyers de contamination dans des unités industrielles, commerciales ou autres, sans plus de précision. Selon nos confrères Goud et Le Desk, il y a eu également contamination dans la base des FRA à Benguérir. 

Sur les dernières 48 heures, jeudi et vendredi, près de 400 cas de contamination ont été enregistrés au niveau de clusters découverts dans des unités industrielles et commerciales au niveau de plusieurs régions : Marrakech, Fès, Casablanca et Tanger.

Ces clusters, cumulés aux foyers familiaux et aux contaminations externes, font exploser les compteurs des contaminations quotidiennes annoncées par le ministère de la Santé, engendrant une forte inquiétude quant à la maîtrise de la propagation du virus. 

Le cas Carrefour Borj Fès

Les autorités sanitaires n'ont pas annoncé officiellement les unités concernées par ces contaminations groupées. Mais l'identité de certaines d'entre elles a fuité dans les réseaux sociaux ou certains médias. C'est le cas du foyer de Fès qui concerne le supermarché Carrefour Borj Fès.

Contactée, Chrystèle Ronceray, directrice générale adjointe du groupe Label'Vie apporte un éclairage à ce sujet. "Nous avons appris fin de semaine dernière que plusieurs de nos collaborateurs ont été touchés malgré tout le dispositif sanitaire mis en place. Dès que nous avons su qu'ils présentaient des symptômes et comme nous sommes en étroite collaboration avec les pouvoirs publics, nous avons tout de suite mis en isolement toute l'équipe de l'hypermarché et nous avons fermé dans la foulée le magasin samedi dernier (11 avril, ndlr)", nous rapporte Chrystèle Ronceray. 

Pour le nombre de cas, la directrice générale adjointe nous répond qu'elle ne dispose pas des chiffres définitifs car le groupe attend encore les résultats des tests. "Tout l'effectif du magasin, une centaine de personnes, est testé", nous confie notre interlocutrice. "En collaboration avec les autorités locales et sanitaires, nous procédons à la désinfection totale du magasin selon une procédure bien spécifique. C'est pour cela que nous n'avons pas encore donné de date de réouverture car nous voulons être sûrs qu'il n'y a plus rien. C'est une décision que nous prendrons avec les autorités", ajoute-t-elle.

L'origine de la contamination dans ce cas "est difficile à identifier", ajoute notre source. "Notre personnel est en première ligne et il est exposé, mais doit aller au travail car notre activité est essentielle et donc nous n'avons d'autre choix que d'ouvrir. Nous recevons beaucoup de monde dans nos magasins. Celui de Borj Fès est proche de plusieurs quartiers aujourd'hui touchés. Notre rôle est d'assurer le maximum de sécurité face à un virus aussi contagieux. Mais c'est extrêmement compliqué de gérer tout cela", ajoute Chrystèle Ronceray. 

Faut-il fermer les GMS ?

Le cas des GMS est en effet assez compliqué dans la mesure où elles reçoivent du monde quotidiennement. Et il est difficile de toujours faire respecter les règles de distanciation sociale ou les mesures barrières. Il n'y a qu'à voir les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux pour constater comment parfois les gens sont collés les uns aux autres dans des files interminables. 

D'ailleurs, l'une des raisons qui a poussé le ministère de l'Industrie à retirer aux GMS la commercialisation des masques est la ruée des citoyens sur les rayons des masques sans aucun respect des mesures de distanciation. Tout cela interpelle l'opinion publique et certains n'hésitent pas à se demander s'il ne faut pas fermer tout simplement les GMS. "Cette décision relève du ministère de l'Intérieur et du comité de veille économique", nous répond une source du gouvernement. 

"Ce n'est pas envisageable, cela risque de créer des tensions sociales. On ne peut pas toucher à l'alimentaire", nous répond une source du secteur de la grande distribution. "Dans certains quartiers, il n'y a que les moyennes surfaces, les fermer ça serait les priver de se nourrir. En plus, nous sommes à la veille du Ramadan. Je ne pense pas qu'une telle décision serait envisagée", poursuit notre interlocuteur. 

Davantage de contrôle, promet le ministère de l'Industrie

En plus des GMS, ces foyers de contamination en milieu professionnel concernent aussi des usines qui n'ont pas fermé durant cette période d'urgence sanitaire.

Là encore, plusieurs noms sont évoqués dans les réseaux sociaux que nous ne citerons pas dans cet article, car nous n'avons pas pu joindre leurs responsables. Mais nous savons que ces usines opèrent dans le secteur agroalimentaire ou celui des dispositifs médicaux. 

Ce sont généralement des unités de production qui emploient des effectifs assez nombreux. Cela peut aller d'une centaine à des milliers d'employés où la contamination peut rapidement faire grimper les chiffres nationaux.

Le 8 avril, les autorités ont appelé les patrons et gérants des entreprises et des unités industrielles à fournir à leurs employés des masques de protection et veiller à les changer toutes les 4 heures.

"Nous avons publié des communiqués pour exhorter les entreprises au respect des mesures mises en place pour les espaces professionnels et de production, à savoir veiller à la propreté des espaces et outils de travail et à l'aération continue des lieux, fournir le matériel nécessaire et suffisant en matière de désinfection et répondant aux normes, respecter la distance de sécurité, fournir gratuitement les masques de protection et veiller à leur changement toutes les 4 heures... En ces temps, ces communiqués font office d'obligation légale", nous explique une source autorisée aux ministère de l'Industrie. 

Encore faut-il que ces entreprises respectent les règles! "Des commissions conjointes entre le ministère de l'industrie et celui du travail effectuent des inspections pour vérifier que les entreprises respectent les mesures de sécurité. Désormais, nous allons durcir le contrôle", nous répond-on au ministère. 

La situation interroge la responsabilité des employeurs dans ce contexte et plus précisément les sanctions en cas de non respect de leurs obligations. Médias24 a consacré un article à cette question. On y explique qu'en plus des communiqués des autorités relatifs à la pandémie, l’article 24 du Code du travail astreint l'employeur à "prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver la sécurité et la santé des salariés dans l'accomplissement des tâches qu'ils exécutent sous sa direction". Le non-respect des obligations en matière de sécurité expose l’employeur à des sanctions pénales (allant jusqu’à une amende de 20.000 DH, doublée en cas de récidive) et civile (dédommagement du salarié). Elle peut également entraîner la fermeture judiciaire de l’entreprise.

Un appel à autoriser le droit de retrait

Que pensent les syndicats de tout cela ? Nous avons posé la question à Miloudi Moukharik, secrétaire général de l'UMT. "Nous suivons la situation de près à travers nos délégués syndicaux qui siègent dans les comités d'hygiène et de sécurité dans les entreprises. Ces comités sont des structures importantes. Avec M. Alj président de la CGEM, nous avons demandé dès le premier jour de la pandémie que ces comités soient activés", nous répond Miloudi Moukharik.

"Malheureusement, il y a des entreprises dans lesquelles les règles de sécurité, d'hygiène et de distanciation sociale ne sont pas respectées. Dans ces cas-là, nous recommandons à nos délégués d'utiliser ce qu'on peut appeler le droit de retrait. C'est-à-dire de se retirer (les employés, ndlr) de la chaîne de production de l'entreprise jusqu'à ce que toutes les règles de sécurité sanitaire soient respectées", poursuit-il. 

En droit du travail, le droit de retrait signifie que "tout salarié a le droit de se retirer d'une situation de travail dont il a des motifs raisonnables de penser qu'elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé", sans que cela ne l'expose à des sanctions de son employeur. 

D'après notre interlocuteur, "il n'y a pas de réglementation spécifique à cette notion", comme c'est le cas dans d'autres pays. Malgré cela, l'UMT encourage ses délégués à user de ce droit car elle pense "que ce droit peut être instauré comme une règle coutumière pour aider les pouvoirs publics contre la propagation de ce virus". 

"D'ailleurs, nous envisageons de saisir le chef du gouvernement pour faire publier une circulaire sur le droit de retrait car ça ne peut être qu'en faveur des salariés et contre la propagation de ce virus", ajoute Miloudi Moukharik. 

>> Lire aussi : Coronavirus: 250 salariés de General Electric font valoir leur droit de retrait à Belfort
 

Covid-19 en milieu professionnel, le nouveau défi des autorités

Le 18 avril 2020 à10:26

Modifié le 18 avril 2020 à 18:21

Les foyers de contamination au Covid-19 en milieu professionnel commencent à émerger et à susciter de l'inquiétude. Les autorités promettent de doubler les contrôles, l'UMT plaide pour l'instauration du droit de retrait. 

L'habituel point de presse du directeur de l'épidémiologie et de la détection des maladies est marqué ces derniers jours par un nouvel indicateur. Celui des contaminations en milieux professionnels.

En effet, en plus des foyers familiaux évoqués par Dr Lyoubi depuis quelques jours, ce dernier a annoncé l'apparition de foyers de contamination dans des unités industrielles, commerciales ou autres, sans plus de précision. Selon nos confrères Goud et Le Desk, il y a eu également contamination dans la base des FRA à Benguérir. 

Sur les dernières 48 heures, jeudi et vendredi, près de 400 cas de contamination ont été enregistrés au niveau de clusters découverts dans des unités industrielles et commerciales au niveau de plusieurs régions : Marrakech, Fès, Casablanca et Tanger.

Ces clusters, cumulés aux foyers familiaux et aux contaminations externes, font exploser les compteurs des contaminations quotidiennes annoncées par le ministère de la Santé, engendrant une forte inquiétude quant à la maîtrise de la propagation du virus. 

Le cas Carrefour Borj Fès

Les autorités sanitaires n'ont pas annoncé officiellement les unités concernées par ces contaminations groupées. Mais l'identité de certaines d'entre elles a fuité dans les réseaux sociaux ou certains médias. C'est le cas du foyer de Fès qui concerne le supermarché Carrefour Borj Fès.

Contactée, Chrystèle Ronceray, directrice générale adjointe du groupe Label'Vie apporte un éclairage à ce sujet. "Nous avons appris fin de semaine dernière que plusieurs de nos collaborateurs ont été touchés malgré tout le dispositif sanitaire mis en place. Dès que nous avons su qu'ils présentaient des symptômes et comme nous sommes en étroite collaboration avec les pouvoirs publics, nous avons tout de suite mis en isolement toute l'équipe de l'hypermarché et nous avons fermé dans la foulée le magasin samedi dernier (11 avril, ndlr)", nous rapporte Chrystèle Ronceray. 

Pour le nombre de cas, la directrice générale adjointe nous répond qu'elle ne dispose pas des chiffres définitifs car le groupe attend encore les résultats des tests. "Tout l'effectif du magasin, une centaine de personnes, est testé", nous confie notre interlocutrice. "En collaboration avec les autorités locales et sanitaires, nous procédons à la désinfection totale du magasin selon une procédure bien spécifique. C'est pour cela que nous n'avons pas encore donné de date de réouverture car nous voulons être sûrs qu'il n'y a plus rien. C'est une décision que nous prendrons avec les autorités", ajoute-t-elle.

L'origine de la contamination dans ce cas "est difficile à identifier", ajoute notre source. "Notre personnel est en première ligne et il est exposé, mais doit aller au travail car notre activité est essentielle et donc nous n'avons d'autre choix que d'ouvrir. Nous recevons beaucoup de monde dans nos magasins. Celui de Borj Fès est proche de plusieurs quartiers aujourd'hui touchés. Notre rôle est d'assurer le maximum de sécurité face à un virus aussi contagieux. Mais c'est extrêmement compliqué de gérer tout cela", ajoute Chrystèle Ronceray. 

Faut-il fermer les GMS ?

Le cas des GMS est en effet assez compliqué dans la mesure où elles reçoivent du monde quotidiennement. Et il est difficile de toujours faire respecter les règles de distanciation sociale ou les mesures barrières. Il n'y a qu'à voir les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux pour constater comment parfois les gens sont collés les uns aux autres dans des files interminables. 

D'ailleurs, l'une des raisons qui a poussé le ministère de l'Industrie à retirer aux GMS la commercialisation des masques est la ruée des citoyens sur les rayons des masques sans aucun respect des mesures de distanciation. Tout cela interpelle l'opinion publique et certains n'hésitent pas à se demander s'il ne faut pas fermer tout simplement les GMS. "Cette décision relève du ministère de l'Intérieur et du comité de veille économique", nous répond une source du gouvernement. 

"Ce n'est pas envisageable, cela risque de créer des tensions sociales. On ne peut pas toucher à l'alimentaire", nous répond une source du secteur de la grande distribution. "Dans certains quartiers, il n'y a que les moyennes surfaces, les fermer ça serait les priver de se nourrir. En plus, nous sommes à la veille du Ramadan. Je ne pense pas qu'une telle décision serait envisagée", poursuit notre interlocuteur. 

Davantage de contrôle, promet le ministère de l'Industrie

En plus des GMS, ces foyers de contamination en milieu professionnel concernent aussi des usines qui n'ont pas fermé durant cette période d'urgence sanitaire.

Là encore, plusieurs noms sont évoqués dans les réseaux sociaux que nous ne citerons pas dans cet article, car nous n'avons pas pu joindre leurs responsables. Mais nous savons que ces usines opèrent dans le secteur agroalimentaire ou celui des dispositifs médicaux. 

Ce sont généralement des unités de production qui emploient des effectifs assez nombreux. Cela peut aller d'une centaine à des milliers d'employés où la contamination peut rapidement faire grimper les chiffres nationaux.

Le 8 avril, les autorités ont appelé les patrons et gérants des entreprises et des unités industrielles à fournir à leurs employés des masques de protection et veiller à les changer toutes les 4 heures.

"Nous avons publié des communiqués pour exhorter les entreprises au respect des mesures mises en place pour les espaces professionnels et de production, à savoir veiller à la propreté des espaces et outils de travail et à l'aération continue des lieux, fournir le matériel nécessaire et suffisant en matière de désinfection et répondant aux normes, respecter la distance de sécurité, fournir gratuitement les masques de protection et veiller à leur changement toutes les 4 heures... En ces temps, ces communiqués font office d'obligation légale", nous explique une source autorisée aux ministère de l'Industrie. 

Encore faut-il que ces entreprises respectent les règles! "Des commissions conjointes entre le ministère de l'industrie et celui du travail effectuent des inspections pour vérifier que les entreprises respectent les mesures de sécurité. Désormais, nous allons durcir le contrôle", nous répond-on au ministère. 

La situation interroge la responsabilité des employeurs dans ce contexte et plus précisément les sanctions en cas de non respect de leurs obligations. Médias24 a consacré un article à cette question. On y explique qu'en plus des communiqués des autorités relatifs à la pandémie, l’article 24 du Code du travail astreint l'employeur à "prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver la sécurité et la santé des salariés dans l'accomplissement des tâches qu'ils exécutent sous sa direction". Le non-respect des obligations en matière de sécurité expose l’employeur à des sanctions pénales (allant jusqu’à une amende de 20.000 DH, doublée en cas de récidive) et civile (dédommagement du salarié). Elle peut également entraîner la fermeture judiciaire de l’entreprise.

Un appel à autoriser le droit de retrait

Que pensent les syndicats de tout cela ? Nous avons posé la question à Miloudi Moukharik, secrétaire général de l'UMT. "Nous suivons la situation de près à travers nos délégués syndicaux qui siègent dans les comités d'hygiène et de sécurité dans les entreprises. Ces comités sont des structures importantes. Avec M. Alj président de la CGEM, nous avons demandé dès le premier jour de la pandémie que ces comités soient activés", nous répond Miloudi Moukharik.

"Malheureusement, il y a des entreprises dans lesquelles les règles de sécurité, d'hygiène et de distanciation sociale ne sont pas respectées. Dans ces cas-là, nous recommandons à nos délégués d'utiliser ce qu'on peut appeler le droit de retrait. C'est-à-dire de se retirer (les employés, ndlr) de la chaîne de production de l'entreprise jusqu'à ce que toutes les règles de sécurité sanitaire soient respectées", poursuit-il. 

En droit du travail, le droit de retrait signifie que "tout salarié a le droit de se retirer d'une situation de travail dont il a des motifs raisonnables de penser qu'elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé", sans que cela ne l'expose à des sanctions de son employeur. 

D'après notre interlocuteur, "il n'y a pas de réglementation spécifique à cette notion", comme c'est le cas dans d'autres pays. Malgré cela, l'UMT encourage ses délégués à user de ce droit car elle pense "que ce droit peut être instauré comme une règle coutumière pour aider les pouvoirs publics contre la propagation de ce virus". 

"D'ailleurs, nous envisageons de saisir le chef du gouvernement pour faire publier une circulaire sur le droit de retrait car ça ne peut être qu'en faveur des salariés et contre la propagation de ce virus", ajoute Miloudi Moukharik. 

>> Lire aussi : Coronavirus: 250 salariés de General Electric font valoir leur droit de retrait à Belfort
 

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