Covid-19 : Le risque d'un hiver meurtrier plane sur le Maroc

Les autorités s'inquiètent à l'approche de la saison d'hiver. Leur crainte est la hausse des cas de contamination, des cas graves nécessitant la réanimation et des décès. Le professionnels prédisent un hiver meurtrier si la situation reste telle qu'elle est aujourd'hui. Analyse.

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Covid-19 : Le risque d'un hiver meurtrier plane sur le Maroc

Le 27 octobre 2020 à 20:07

Modifié le 27 octobre 2020 à 23:43

"Le Maroc, comme d'autres pays dans le monde, s'apprête à entamer une nouvelle phase difficile dans la gestion de l'épidémie à l'approche de la saison hivernale, ce qui impose d'augmenter le degré de mobilisation collective et de vigilance". Les propos sont ceux du ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur Nourreddine Boutayeb, lors de son passage au Parlement pour répondre aux questions orales relatives à la gestion de l'épidémie. Le ministre a clairement avancé que même si la situation actuelle est inquiétante, elle reste maitrisée. Mais la question est jusqu'à quand ? 

Avec le début de la saison automnale, les chiffres ont déjà connu une hausse, mais la situation risque d'empirer avec l'arrivée de l'hiver. C'est justement ce que nous explique le docteur Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé et vice-président de la Fédération nationale de la santé (FNS).

Un hiver meurtrier à l'horizon ? 

"La saison hivernale sera difficile sur le front de la Covid, et la difficulté sera accentuée par la grippe saisonnière", nous explique-t-il. "Avec ce qui se passe en Europe, nous constatons que la vitesse de propagation du virus augmente en hiver. D'ailleurs, cela a surpris tout le monde. Et même au Maroc les chiffres sont déjà en hausse". "Pour la grippe, on ne sait jamais si la saison sera plus grave que la précédente ou pas. Donc quand on parle de situation difficile à l'approche de l'hiver cela concerne essentiellement la Covid", insiste notre interlocuteur.

D'après le Dr Hamdi, la saison hivernale inclura une partie du mois de novembre, les mois de décembre, janvier, et février. "On y verra le développement de la grippe saisonnière et l'arrivée de la deuxième vague de la Covid. Nous rentrerons la semaine prochaine de plein pied dans la deuxième vague et on remarquera une hausse des chiffres", prévient-il. 

"Il ne faut pas faire attention au nombre de cas positifs, car nous avons une capacité de testing limitée à 23.000, la deuxième vague se verra plus sur le nombre de décès et de cas de réanimation ainsi que le taux de positivité". "Ce sont ces indicateurs qui montrent la vitesse de propagation du virus et la brutalité de cette deuxième vague".

Sur la question de la différence entre la première et la deuxième vague, sachant que les chiffres au Maroc n'ont pas connu de baisse, Dr Hamdi nous explique qu'elle se verra sur "la vitesse de la hausse des chiffres". "La phase où les chiffres augmentent de façon exponentielle sera entamée au Maroc la semaine prochaine, cela se verra sur les décès". 

Selon le Dr Tayeb Hamdi, la mortalité à cause de la COVID pour les trois mois à venir (novembre, décembre et janvier) sera respectivement de 1.800, 4.500 et 8.000 décès. Et autant en février. "Les chiffres concernent chaque mois à part, et non un cumul. Avec la projection de terminer ce mois d’octobre avec un cumul de 3.500 décès, le total des décès au 31 janvier 2021 serait aux alentours de 18.000 vies perdues, si on laisse évoluer la situation telle qu’elle est actuellement", explique-t-il. 

"On finira ce mois d’octobre avec une moyenne de 60 décès et plus par jour quoi qu’on fasse, les jeux sont déjà faits pour ce mois. Nous avons même atteint un pic de plus de 70 décès en 24h. En gardant les mêmes comportements de la population, du système de santé et des autres acteurs, nous perdrons en novembre en moyenne 75 par jour pour finir le mois sur les 90 décès par jour."

Si la même dynamique se poursuit, "on perdrait en moyenne 150 vies par jour en décembre, pour atteindre les 300 par jour en janvier. Un chiffre qui n’entamerait sa descente qu’au mois de mars. Le mois de février les chiffres resteraient aussi meurtriers, et seule la disponibilité effective d’un vaccin sûr et efficace en janvier pourrait atténuer ces chiffres vers la mi-février. Autrement, les chiffres seraient semblables au mois de janvier", projette notre interlocuteur. 

L'arbitrage des autorités décisif

Des chiffres glaçants et qui présagent d'un hiver meurtrier. "Nous aurons très probablement beaucoup plus de décès que ces chiffres. Certainement beaucoup moins, à la condition d’agir fort et vite, très vite même. On a déjà gagné la bataille au départ de la pandémie, avec la même volonté, le même engagement citoyen, on peut infléchir drastiquement ces chiffres et sauver des milliers de vies, d’opportunités économiques, de régularité scolaire, et de bien-être social", commente le vice-président de la FNS. 

Ces projections émanent de plusieurs modélisations d’organismes spécialisés dont, entre autres, l'Institute for health metrics and evaluation, mais qui ont été mises à côté d’autres projections et adaptées à l’évolution locale et aux spécificités de cette évolution, nous explique Dr Hamdi. 

"Nous étions à 2, 3 décès par jour, puis une dizaine,… Nous sommes à une cinquantaine par jour. Ces décès ne sont pas que des chiffres, ce sont des vies humaines, des amis, des collègues, des parents … Ce ne sont pas que des chiffres et des statistiques, ce sont des drames humains qui impactent la vie et l’avenir de milliers de personnes tous les jours et pour plusieurs années encore. Ce sont des vies qu’on pouvait épargner, des décès qu’on pouvait éviter", commente le docteur qui insiste qu'il "est toujours possible de sauver d’autres vies. Covid n’a pas encore baissé les bras. Elle ne les baissera jamais tant que les bras de plusieurs parmi nous restent baissés devant les mesures barrières". 

En effet, nous pouvons tous éviter d'autres décès d'abord en respectant scrupuleusement les mesures barrières : porter le masque convenablement, se laver les mains ou les désinfecter régulièrement, respecter la distanciation sociale autant que faire se peut,... De même, en surveillant les symptômes et en allant consulter le plus tôt possible pour démarrer le traitement précocement et éviter les complications. Actuellement, la majorité des cas qui arrivent en réanimation sont des personnes au stade J+5 de la maladie, des fois J+10. Ce sont des stades avancés où les équipes médicales n'ont plus une grande marge de manœuvre. 

Risque de saturation des lits de réanimation

Intervenant dans le cadre d'un webinaire organisé ce dimanche 25 octobre, My Hicham Afif, directeur général du CHU de Casablanca, a confirmé la persistance des retards de détection et de prise en charge. De nombreux malades n'arrivent aux urgences que 5 ou 6 jours après l'apparition des symptômes, de sorte que le quart d'entre eux y décèdent avant même d'être transférés à la réanimation. 

"On a un système de santé qui fait son maximum, mais en fin de journée nous avons un nombre de cas positifs qui va progresser et par ricochet va faire augmenter le nombre de cas nécessitant la réanimation. Quand on voit que le nombre de cas en besoin de réanimation dépasse la capacité de lits disponibles, on a deux choix. Soit on laisse la situation telle qu'elle est, on va laisser le virus circuler et atteindre des populations fragiles qui iront en réanimation, avec le risque qu'elles ne trouvent pas de place et dont une partie va décéder, ou alors on fait jouer l'arbitrage des mesures territoriales", explique Dr Hamdi. 

Sur le plan national, le Maroc dispose de 2.300 lits de réanimation équipés (contre 695 lits au début de l'épidémie). Cette capacité est utilisée à hauteur de 31,3%. C'est la ville de Casablanca qui subit le plus de pression et où la situation est la plus critique. Au dimanche 25 octobre, la région de Casablanca-Settat représentait 40% des cas cumulés à l'échelle nationale, 27,8% des décès cumulés depuis le début de l'épidémie, 37,7% des cas actifs, 71,3% des patients admis en réanimation, soit 530 cas sur 743. La saturation ne vient pas juste du nombre de lits mais aussi des ressources humaines indisponibles. C'est justement pour combler cette lacune que le wali de la région a appelé les professionnels de la santé dans le secteur privé à venir en renfort de leurs collègues du public. 

Quoi qu'il en soit, selon le Dr Hamdi, "à chaque fois que la population ou le système de santé échoue à contenir la situation sanitaire, l'arbitrage des mesures territoriales doit intervenir pour contenir la propagation du virus à travers des mesures, comme la limitation de la circulation, le confinement partiel ou même total. Car on ne peut pas se permettre de laisser le système de santé débordé. Et cet arbitrage doit être régionalisé et localisé".

Covid-19 : Le risque d'un hiver meurtrier plane sur le Maroc

Le 27 octobre 2020 à20:20

Modifié le 27 octobre 2020 à 23:43

Les autorités s'inquiètent à l'approche de la saison d'hiver. Leur crainte est la hausse des cas de contamination, des cas graves nécessitant la réanimation et des décès. Le professionnels prédisent un hiver meurtrier si la situation reste telle qu'elle est aujourd'hui. Analyse.

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"Le Maroc, comme d'autres pays dans le monde, s'apprête à entamer une nouvelle phase difficile dans la gestion de l'épidémie à l'approche de la saison hivernale, ce qui impose d'augmenter le degré de mobilisation collective et de vigilance". Les propos sont ceux du ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur Nourreddine Boutayeb, lors de son passage au Parlement pour répondre aux questions orales relatives à la gestion de l'épidémie. Le ministre a clairement avancé que même si la situation actuelle est inquiétante, elle reste maitrisée. Mais la question est jusqu'à quand ? 

Avec le début de la saison automnale, les chiffres ont déjà connu une hausse, mais la situation risque d'empirer avec l'arrivée de l'hiver. C'est justement ce que nous explique le docteur Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé et vice-président de la Fédération nationale de la santé (FNS).

Un hiver meurtrier à l'horizon ? 

"La saison hivernale sera difficile sur le front de la Covid, et la difficulté sera accentuée par la grippe saisonnière", nous explique-t-il. "Avec ce qui se passe en Europe, nous constatons que la vitesse de propagation du virus augmente en hiver. D'ailleurs, cela a surpris tout le monde. Et même au Maroc les chiffres sont déjà en hausse". "Pour la grippe, on ne sait jamais si la saison sera plus grave que la précédente ou pas. Donc quand on parle de situation difficile à l'approche de l'hiver cela concerne essentiellement la Covid", insiste notre interlocuteur.

D'après le Dr Hamdi, la saison hivernale inclura une partie du mois de novembre, les mois de décembre, janvier, et février. "On y verra le développement de la grippe saisonnière et l'arrivée de la deuxième vague de la Covid. Nous rentrerons la semaine prochaine de plein pied dans la deuxième vague et on remarquera une hausse des chiffres", prévient-il. 

"Il ne faut pas faire attention au nombre de cas positifs, car nous avons une capacité de testing limitée à 23.000, la deuxième vague se verra plus sur le nombre de décès et de cas de réanimation ainsi que le taux de positivité". "Ce sont ces indicateurs qui montrent la vitesse de propagation du virus et la brutalité de cette deuxième vague".

Sur la question de la différence entre la première et la deuxième vague, sachant que les chiffres au Maroc n'ont pas connu de baisse, Dr Hamdi nous explique qu'elle se verra sur "la vitesse de la hausse des chiffres". "La phase où les chiffres augmentent de façon exponentielle sera entamée au Maroc la semaine prochaine, cela se verra sur les décès". 

Selon le Dr Tayeb Hamdi, la mortalité à cause de la COVID pour les trois mois à venir (novembre, décembre et janvier) sera respectivement de 1.800, 4.500 et 8.000 décès. Et autant en février. "Les chiffres concernent chaque mois à part, et non un cumul. Avec la projection de terminer ce mois d’octobre avec un cumul de 3.500 décès, le total des décès au 31 janvier 2021 serait aux alentours de 18.000 vies perdues, si on laisse évoluer la situation telle qu’elle est actuellement", explique-t-il. 

"On finira ce mois d’octobre avec une moyenne de 60 décès et plus par jour quoi qu’on fasse, les jeux sont déjà faits pour ce mois. Nous avons même atteint un pic de plus de 70 décès en 24h. En gardant les mêmes comportements de la population, du système de santé et des autres acteurs, nous perdrons en novembre en moyenne 75 par jour pour finir le mois sur les 90 décès par jour."

Si la même dynamique se poursuit, "on perdrait en moyenne 150 vies par jour en décembre, pour atteindre les 300 par jour en janvier. Un chiffre qui n’entamerait sa descente qu’au mois de mars. Le mois de février les chiffres resteraient aussi meurtriers, et seule la disponibilité effective d’un vaccin sûr et efficace en janvier pourrait atténuer ces chiffres vers la mi-février. Autrement, les chiffres seraient semblables au mois de janvier", projette notre interlocuteur. 

L'arbitrage des autorités décisif

Des chiffres glaçants et qui présagent d'un hiver meurtrier. "Nous aurons très probablement beaucoup plus de décès que ces chiffres. Certainement beaucoup moins, à la condition d’agir fort et vite, très vite même. On a déjà gagné la bataille au départ de la pandémie, avec la même volonté, le même engagement citoyen, on peut infléchir drastiquement ces chiffres et sauver des milliers de vies, d’opportunités économiques, de régularité scolaire, et de bien-être social", commente le vice-président de la FNS. 

Ces projections émanent de plusieurs modélisations d’organismes spécialisés dont, entre autres, l'Institute for health metrics and evaluation, mais qui ont été mises à côté d’autres projections et adaptées à l’évolution locale et aux spécificités de cette évolution, nous explique Dr Hamdi. 

"Nous étions à 2, 3 décès par jour, puis une dizaine,… Nous sommes à une cinquantaine par jour. Ces décès ne sont pas que des chiffres, ce sont des vies humaines, des amis, des collègues, des parents … Ce ne sont pas que des chiffres et des statistiques, ce sont des drames humains qui impactent la vie et l’avenir de milliers de personnes tous les jours et pour plusieurs années encore. Ce sont des vies qu’on pouvait épargner, des décès qu’on pouvait éviter", commente le docteur qui insiste qu'il "est toujours possible de sauver d’autres vies. Covid n’a pas encore baissé les bras. Elle ne les baissera jamais tant que les bras de plusieurs parmi nous restent baissés devant les mesures barrières". 

En effet, nous pouvons tous éviter d'autres décès d'abord en respectant scrupuleusement les mesures barrières : porter le masque convenablement, se laver les mains ou les désinfecter régulièrement, respecter la distanciation sociale autant que faire se peut,... De même, en surveillant les symptômes et en allant consulter le plus tôt possible pour démarrer le traitement précocement et éviter les complications. Actuellement, la majorité des cas qui arrivent en réanimation sont des personnes au stade J+5 de la maladie, des fois J+10. Ce sont des stades avancés où les équipes médicales n'ont plus une grande marge de manœuvre. 

Risque de saturation des lits de réanimation

Intervenant dans le cadre d'un webinaire organisé ce dimanche 25 octobre, My Hicham Afif, directeur général du CHU de Casablanca, a confirmé la persistance des retards de détection et de prise en charge. De nombreux malades n'arrivent aux urgences que 5 ou 6 jours après l'apparition des symptômes, de sorte que le quart d'entre eux y décèdent avant même d'être transférés à la réanimation. 

"On a un système de santé qui fait son maximum, mais en fin de journée nous avons un nombre de cas positifs qui va progresser et par ricochet va faire augmenter le nombre de cas nécessitant la réanimation. Quand on voit que le nombre de cas en besoin de réanimation dépasse la capacité de lits disponibles, on a deux choix. Soit on laisse la situation telle qu'elle est, on va laisser le virus circuler et atteindre des populations fragiles qui iront en réanimation, avec le risque qu'elles ne trouvent pas de place et dont une partie va décéder, ou alors on fait jouer l'arbitrage des mesures territoriales", explique Dr Hamdi. 

Sur le plan national, le Maroc dispose de 2.300 lits de réanimation équipés (contre 695 lits au début de l'épidémie). Cette capacité est utilisée à hauteur de 31,3%. C'est la ville de Casablanca qui subit le plus de pression et où la situation est la plus critique. Au dimanche 25 octobre, la région de Casablanca-Settat représentait 40% des cas cumulés à l'échelle nationale, 27,8% des décès cumulés depuis le début de l'épidémie, 37,7% des cas actifs, 71,3% des patients admis en réanimation, soit 530 cas sur 743. La saturation ne vient pas juste du nombre de lits mais aussi des ressources humaines indisponibles. C'est justement pour combler cette lacune que le wali de la région a appelé les professionnels de la santé dans le secteur privé à venir en renfort de leurs collègues du public. 

Quoi qu'il en soit, selon le Dr Hamdi, "à chaque fois que la population ou le système de santé échoue à contenir la situation sanitaire, l'arbitrage des mesures territoriales doit intervenir pour contenir la propagation du virus à travers des mesures, comme la limitation de la circulation, le confinement partiel ou même total. Car on ne peut pas se permettre de laisser le système de santé débordé. Et cet arbitrage doit être régionalisé et localisé".

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