Ecole, transport, économie, les trois défis du déconfinement au Maroc (experts)

Travail, école, transports en commun… Les défis que pose le déconfinement sont nombreux et l’enjeu est grand : il faut assurer la reprise progressive de l’activité économique tout en veillant à ne pas relancer une deuxième vague.

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Ecole, transport, économie, les trois défis du déconfinement au Maroc (experts)

Le 28 avril 2020 à 18:24

Modifié le 29 avril 2020 à 10:30

Le déconfinement qui se profile s’apparente à un travail de funambule. Tout l’enjeu est de conjuguer la reprise des activités économiques et sociales à une solide maîtrise de l’épidémie Covid-19, afin de ne surtout pas relancer une deuxième vague de contaminations.

Mais comment ne pas mesurer l’ampleur et la difficulté de la tâche, alors que la crainte de cette deuxième vague menace plusieurs pays d’Asie, notamment la Chine, la cité-Etat de Singapour, le Japon, Taiwan et Hong Kong? Ces pays ont en effet connu, ces dernières semaines, une résurgence quotidienne de contaminations au virus.

Le taux de létalité du Covid-19 diminue au Maroc

Au Maroc, où le déconfinement est encore à l’étude, "le gouvernement se prononcera d’abord et avant tout sur la base de données épidémiologiques, c’est-à-dire en fonction de l’état sanitaire de la situation", indique l’épidémiologiste et infectiologue Jaafar Heikel à Médias24. "Le taux de létalité diminue ; il se situe à hauteur de 4% actuellement. Nous recensons de moins en moins de cas graves, mais nous devons encore attendre que le nombre de nouveaux cas se stabilise pendant quelques jours et commence à diminuer pour espérer avoir atteint le pic de l’épidémie", ajoute-t-il.

Mardi 28 avril à 16H, 132 nouveaux cas de contamination au coronavirus ont été annoncés, portant le cumul à 4.252 cas. Trois nouveaux décès ont été enregistrés, portant le cumul à 165 décès, et 83 nouvelles guérisons ont été annoncées, soit un total de 778 guérisons. Pour Jaafar Heikel, le pic de l’épidémie ne pourra être atteint sans la poursuite de l’application stricte et rigoureuse du confinement et des mesures barrière qui l’accompagnent, en l’occurrence le port du masque en cas de sortie et le lavage régulier des mains au savon ou avec une solution hydroalcoolique.

"Si nous poursuivons la stratégie de renforcement du dépistage, nous devrions atteindre le pic dans les prochains jours, ou la première semaine du mai", prévoit Jaâfar Heikel. Pour rappel, lundi 13 avril, six CHU marocains ont commencé à effectuer les tests virologiques (Casablanca, Rabat, Oujda, Fès, Marrakech et Agadir), alors qu’ils n’étaient auparavant réalisés que dans trois établissements : l’Institut Pasteur à Casablanca, l’Institut national d’hygiène (INH) et l’Hôpital militaire de Rabat. Au moins 100.000 kits ont été acquis à l’étranger dans le cadre de cette stratégie d’élargissement des tests.

Inutile de pratiquer des tests de dépistage à toute la population

Jointe par Médias24, l’infectiologue Hakima Himmich estime de son côté que ces tests doivent être effectués sur "toute personne qui présente des symptômes du Covid-19 ainsi que les cas contact", c’est-à-dire les personnes qui ont été en contact avec une personne testée positive. "Il n’est pas question de tester tout le monde ; aucun pays ne l’a fait et une personne négative aujourd’hui peut être positive demain", balaye-t-elle. Hakima Himmich recommande aussi d’isoler toutes les personnes ayant des symptômes avant même le résultat du test, qui peut prendre jusqu’à 48 heures.

L’infectiologue préconise par ailleurs le port du masque grand public pour la population, tandis que le masque chirurgical doit être exclusivement réservé au personnel soignant ou aux patients atteints du Covid-19.

Un déconfinement par secteurs d’activité ? 

Sur le volet économique, la stratégie pourrait consister à envisager un déconfinement par secteurs d’activité, suggère Jaafar Heikel, en commençant à rouvrir ceux où le contact populationnel est le plus faible. Signe que l’enjeu est là aussi de taille : l’apparition de foyers de contamination dans des unités industrielles, commerciales ou autres, en plus des foyers familiaux. L’infectiologue recommande par ailleurs un déconfinement régional, en fonction de l’état épidémiologique des régions. Comprendre : les moins touchées seraient celles où débuterait un déconfinement progressif.

Une autre problématique, en partie liée au domaine professionnel, est celle des transports en commun. "L’idéal serait de ne pas prendre plus de trois personnes dans les grands taxis et pas plus de deux dans les petits. Dans le tramway, une solution pourrait être de laisser un siège entre deux personnes. C’est en tout cas ce genre de réflexion qu’il faut avoir : dans une épidémie, il faut surveiller et combattre la première phase, mais être encore plus vigilant pour éviter une deuxième vague", insiste Jaafar Heikel.

Quid des plus jeunes ?

Un autre défi se pose enfin : celui de la reprise de la scolarité. En France, les écoles maternelles et élémentaires rouvriront le 11 mai puis, à partir du 18 mai, les collèges rouvriront sous certaines conditions. L’ouverture des lycées sera quant à elle évaluée fin mai par le gouvernement.

Au Maroc, même si aucune date n’a pour l’heure été fixée, le dossier n’en reste pas moins épineux : comment faire comprendre et appliquer à des tout-petits les mesures barrière ? "Nous avons très peu de contaminations d’enfants à enfants, ces derniers étant très peu porteurs du virus", relativise Hassan Afilal, président de la Société marocaine de pédiatrie, joint par Médias24. "Concernant les enfants du primaire, le port du masque n’est pas applicable pour eux. L’enfant ne peut accepter de faire quelque chose qu’il ne comprend pas", souligne-t-il.

Les plus âgés, en l’occurrence les adolescents, doivent en revanche porter un masque et s’en tenir à la distanciation sociale. "Il faut envisager de faire appliquer toutes les mesures barrière, aussi bien aux enseignants qu’aux élèves, et de désinfecter régulièrement les écoles", ajoute Hassan Afilal. Faut-il par ailleurs envisager de restreindre le nombre d’élèves par classe ? "L’idéal serait de sélectionner un nombre d’élèves en fonction de la surface de la salle, afin de maintenir une distance d'un mètre entre élèves", répond le pédiatre. Mais là encore, un autre problème se pose : "Qui va-t-on exclure et qui va-t-on accepter ? A-t-on les moyens de ce qu’on va demander", s’interroge Hassan Afilal.

Enfin, les parents qui déposent et viennent chercher leurs enfants devront éviter les attroupements. "Il faut absolument éviter la concentration des parents à la sortie de l’école. La circulation doit être fluide : on récupère ou dépose ses enfants et on repart". Hassan Afilal compte aussi sur "le civisme et l’autodiscipline" des parents, qui peuvent eux-mêmes prendre prendre la température de leurs enfants avant d’aller à l’école. "Ce serait une recommandation à faire : les enfants fiévreux ne devraient pas être conduits à l’école".

Ecole, transport, économie, les trois défis du déconfinement au Maroc (experts)

Le 29 avril 2020 à07:24

Modifié le 29 avril 2020 à 10:30

Travail, école, transports en commun… Les défis que pose le déconfinement sont nombreux et l’enjeu est grand : il faut assurer la reprise progressive de l’activité économique tout en veillant à ne pas relancer une deuxième vague.

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Le déconfinement qui se profile s’apparente à un travail de funambule. Tout l’enjeu est de conjuguer la reprise des activités économiques et sociales à une solide maîtrise de l’épidémie Covid-19, afin de ne surtout pas relancer une deuxième vague de contaminations.

Mais comment ne pas mesurer l’ampleur et la difficulté de la tâche, alors que la crainte de cette deuxième vague menace plusieurs pays d’Asie, notamment la Chine, la cité-Etat de Singapour, le Japon, Taiwan et Hong Kong? Ces pays ont en effet connu, ces dernières semaines, une résurgence quotidienne de contaminations au virus.

Le taux de létalité du Covid-19 diminue au Maroc

Au Maroc, où le déconfinement est encore à l’étude, "le gouvernement se prononcera d’abord et avant tout sur la base de données épidémiologiques, c’est-à-dire en fonction de l’état sanitaire de la situation", indique l’épidémiologiste et infectiologue Jaafar Heikel à Médias24. "Le taux de létalité diminue ; il se situe à hauteur de 4% actuellement. Nous recensons de moins en moins de cas graves, mais nous devons encore attendre que le nombre de nouveaux cas se stabilise pendant quelques jours et commence à diminuer pour espérer avoir atteint le pic de l’épidémie", ajoute-t-il.

Mardi 28 avril à 16H, 132 nouveaux cas de contamination au coronavirus ont été annoncés, portant le cumul à 4.252 cas. Trois nouveaux décès ont été enregistrés, portant le cumul à 165 décès, et 83 nouvelles guérisons ont été annoncées, soit un total de 778 guérisons. Pour Jaafar Heikel, le pic de l’épidémie ne pourra être atteint sans la poursuite de l’application stricte et rigoureuse du confinement et des mesures barrière qui l’accompagnent, en l’occurrence le port du masque en cas de sortie et le lavage régulier des mains au savon ou avec une solution hydroalcoolique.

"Si nous poursuivons la stratégie de renforcement du dépistage, nous devrions atteindre le pic dans les prochains jours, ou la première semaine du mai", prévoit Jaâfar Heikel. Pour rappel, lundi 13 avril, six CHU marocains ont commencé à effectuer les tests virologiques (Casablanca, Rabat, Oujda, Fès, Marrakech et Agadir), alors qu’ils n’étaient auparavant réalisés que dans trois établissements : l’Institut Pasteur à Casablanca, l’Institut national d’hygiène (INH) et l’Hôpital militaire de Rabat. Au moins 100.000 kits ont été acquis à l’étranger dans le cadre de cette stratégie d’élargissement des tests.

Inutile de pratiquer des tests de dépistage à toute la population

Jointe par Médias24, l’infectiologue Hakima Himmich estime de son côté que ces tests doivent être effectués sur "toute personne qui présente des symptômes du Covid-19 ainsi que les cas contact", c’est-à-dire les personnes qui ont été en contact avec une personne testée positive. "Il n’est pas question de tester tout le monde ; aucun pays ne l’a fait et une personne négative aujourd’hui peut être positive demain", balaye-t-elle. Hakima Himmich recommande aussi d’isoler toutes les personnes ayant des symptômes avant même le résultat du test, qui peut prendre jusqu’à 48 heures.

L’infectiologue préconise par ailleurs le port du masque grand public pour la population, tandis que le masque chirurgical doit être exclusivement réservé au personnel soignant ou aux patients atteints du Covid-19.

Un déconfinement par secteurs d’activité ? 

Sur le volet économique, la stratégie pourrait consister à envisager un déconfinement par secteurs d’activité, suggère Jaafar Heikel, en commençant à rouvrir ceux où le contact populationnel est le plus faible. Signe que l’enjeu est là aussi de taille : l’apparition de foyers de contamination dans des unités industrielles, commerciales ou autres, en plus des foyers familiaux. L’infectiologue recommande par ailleurs un déconfinement régional, en fonction de l’état épidémiologique des régions. Comprendre : les moins touchées seraient celles où débuterait un déconfinement progressif.

Une autre problématique, en partie liée au domaine professionnel, est celle des transports en commun. "L’idéal serait de ne pas prendre plus de trois personnes dans les grands taxis et pas plus de deux dans les petits. Dans le tramway, une solution pourrait être de laisser un siège entre deux personnes. C’est en tout cas ce genre de réflexion qu’il faut avoir : dans une épidémie, il faut surveiller et combattre la première phase, mais être encore plus vigilant pour éviter une deuxième vague", insiste Jaafar Heikel.

Quid des plus jeunes ?

Un autre défi se pose enfin : celui de la reprise de la scolarité. En France, les écoles maternelles et élémentaires rouvriront le 11 mai puis, à partir du 18 mai, les collèges rouvriront sous certaines conditions. L’ouverture des lycées sera quant à elle évaluée fin mai par le gouvernement.

Au Maroc, même si aucune date n’a pour l’heure été fixée, le dossier n’en reste pas moins épineux : comment faire comprendre et appliquer à des tout-petits les mesures barrière ? "Nous avons très peu de contaminations d’enfants à enfants, ces derniers étant très peu porteurs du virus", relativise Hassan Afilal, président de la Société marocaine de pédiatrie, joint par Médias24. "Concernant les enfants du primaire, le port du masque n’est pas applicable pour eux. L’enfant ne peut accepter de faire quelque chose qu’il ne comprend pas", souligne-t-il.

Les plus âgés, en l’occurrence les adolescents, doivent en revanche porter un masque et s’en tenir à la distanciation sociale. "Il faut envisager de faire appliquer toutes les mesures barrière, aussi bien aux enseignants qu’aux élèves, et de désinfecter régulièrement les écoles", ajoute Hassan Afilal. Faut-il par ailleurs envisager de restreindre le nombre d’élèves par classe ? "L’idéal serait de sélectionner un nombre d’élèves en fonction de la surface de la salle, afin de maintenir une distance d'un mètre entre élèves", répond le pédiatre. Mais là encore, un autre problème se pose : "Qui va-t-on exclure et qui va-t-on accepter ? A-t-on les moyens de ce qu’on va demander", s’interroge Hassan Afilal.

Enfin, les parents qui déposent et viennent chercher leurs enfants devront éviter les attroupements. "Il faut absolument éviter la concentration des parents à la sortie de l’école. La circulation doit être fluide : on récupère ou dépose ses enfants et on repart". Hassan Afilal compte aussi sur "le civisme et l’autodiscipline" des parents, qui peuvent eux-mêmes prendre prendre la température de leurs enfants avant d’aller à l’école. "Ce serait une recommandation à faire : les enfants fiévreux ne devraient pas être conduits à l’école".

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