Endettement inquiétant des gros établissements et entreprises publics
Les entreprises et établissements publics devront atteindre 284 milliards de DH de dettes financières en 2019. Les EEP marchands ont un taux d'endettement de 130%. La conclusion de contrats programmes avec l’Etat doit être accélérée.
En 2018, le Maroc comptait 253 entreprises et établissements publics, selon le dernier rapport accompagnant le projet de loi de finances 2020 dédié à ces entités. A fin septembre 2019, leur nombre a augmenté à 268.
Ces entreprises et établissements publics (EEP) traînaient à fin 2018 plus de 279 milliards de DH de dettes de financement. Un chiffre en hausse de 5% par rapport à 2017. La prévision de clôture de l’année 2019 est de 284,2 milliards de DH. Si elle se réalise, l’endettement financier aura augmenté de 7% en 2 ans.
Cette dette est à la fois intérieure et extérieure, bancaire ou en titres. Elle représente plus de 25% du PIB et elle est garantie par l’Etat en cas de défaut de paiement. Rapportée aux fonds propres des EEP (584 MMDH prévus en 2019), elle n’est pas très élevée : elle représente à peine un taux d’endettement de 48,6%.
Mais vu le niveau d’endettement des gros emprunteurs publics, la situation est plutôt inquiétante.
95% de la dette est portée par une poignée d'entreprises
Les EEP dits « marchands », c’est-à-dire assurant un service ou fabricant un produit marchand, sont au nombre de 47, soit 18% du total. Mais leur dette financière totalise 240,8 milliards de DH, soit 86% de l’endettement global. Avec des fonds propres de 187 milliards de DH, leur taux d’endettement dépasse 130%.
Il est vrai que c’est cette catégorie qui réalise l’essentiel de l’investissement des EEP (40 milliards de DH sur les 66 milliards réalisés en 2018) et donc qui a le plus besoin de recourir à l’emprunt. Mais la situation financière de ces entreprises s’est tellement dégradée qu’elle présente un risque important pour l'Etat et qu’elle bride leur capacité d'investissement.
Par exemple, Autoroutes du Maroc n’a réalisé en 2018 qu’un investissement de 397 MDH sur une prévision de 1,8 milliard de DH en raison, entre autres, du report des projets de triplement de l’autoroute Casablanca-Berrechid et du contournement de Casablanca dont le financement n’a pas pu être bouclé.
En fait, près de 95% de la dette de financement des EEP marchands sont le fait de l’ONEE, du groupe OCP, de l'ONCF, d'ADM, ainsi que de Tanger Med, la RAM, la MASEN et les régies de distribution d’eau et d’électricité.
ADM affiche un taux d’endettement de 170% (par rapport aux fonds propres). Elle revient de loin puisque ce taux était de 450% en 2015, mais sa situation demeure fragile. Idem pour l’ONCF (150%) et la RAM (210%).
Les nouveaux contrats-programmes se font attendre
Selon le rapport sur les EEP, des plans de restructuration de certaines entités sont en cours de finalisation ou de mise en œuvre afin, entre autres, de pérenniser leur modèle économique et mobiliser des moyens financiers internes à travers la cession des actifs non nécessaires à l’exploitation, le recours à des financements innovants et le développement des synergies avec le secteur privé.
Ces plans concernent particulièrement l’ONEE, l’ONCF, la RAM, l’OFPPT, l’ONDA, ADM, Barid Al Maghrib et le Crédit Agricole du Maroc.
Le nouveau contrat-programme d’ADM se fait attendre. De même pour l’ONCF qui a signé en juillet dernier un protocole d’accord avec l’Etat pour assurer son développement et son financement.
Pour la RAM, le rapport souligne qu’il est urgent et nécessaire de conclure, avant fin 2019, un nouveau contrat-programme avec l’Etat.
La DEPP estime également que la situation financière de l’ONEE nécessite l’accélération de la conclusion du nouveau contrat-programme 2019-2023.
En attendant, le coût de l’endettement financier des EEP marchands continue de rogner leur rentabilité. Avec un résultat net de 8,8 milliards de DH en 2018, le rendement des fonds propres (ROE) se limite à 4,7%.
Cette situation, entre autres, fait que les transferts du budget général de l’Etat pour soutenir les EEP sont 3 fois plus importants que les produits des monopoles et des participations : 30 milliards de DH pour les premiers contre 9,3 milliards pour les seconds en 2018.
>>Lire aussi: En 2020, nouvelles privatisations et financements innovants pour l'Etat
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