Infertilité : le remboursement des traitements fera doubler le nombre de FIV

Une fois la décision validée par le ministère de la santé, l’Agence nationale de l’assurance maladie (ANAM) remboursera 8 médicaments sur les 10 utilisés pour stimuler les femmes infertiles. Selon deux spécialistes en procréation médicale assistée (PMA), cette prise en charge devrait faire passer le nombre de FIV de 4.000 à 8.000 par an. Si le Maroc est encore loin de la Tunisie, ce premier pas permettra de redonner espoir aux 900.000 couples infertiles dont une partie aux revenus limités renonce à concevoir un enfant à cause de considérations financières.

Infertilité : le remboursement des traitements fera doubler le nombre de FIV

Le 03 décembre 2019 à 18:39

Modifié le 04 décembre 2019 à 11:45

Après des décennies de pratique de procréation médicale assistée sans encadrement légal ni prise en charge par les organismes de couverture maladie, cette initiative de l’ANAM permettra enfin aux femmes souffrant d’infertilité de se faire rembourser partiellement les médicaments utilisés pour la stimulation ovarienne (première étape de la FIV).

Très attendu, le projet de remboursement est en effet, selon deux spécialistes de la PMA consultés par Medias24, un premier pas très positif dans la prise en charge globale de la PMA.

La liste des médicaments très attendue

Des commissions spécialisées instituées à cet effet ont en effet donné leur accord de principe même s'il faudra encore attendre la validation du ministère de la santé pour que la CNOPS et la CNSS commencent à rembourser 8 médicaments sur les 10 les plus utilisés contre l’infertilité dont on attend la liste détaillée.

Sachant que le coût global (médicaments plus honoraires) est compris entre 17.000 et 25.000 dirhams selon les centres, (en raison de l’absence de cotation officielle) et qu’il faut au moins 2 tentatives (voire 3) de Fécondation in vitro (FIV) pour espérer réussir une PMA, les remboursements sont donc une aubaine pour les couples qui ne peuvent pas payer plus d’une tentative.

Si nous n’avons pas réussi à connaitre le nombre de tentatives de FIV que l’ANAM prévoit de rembourser, une source proche du dossier nous a affirmé que le projet ne prévoyait qu’une seule prise en charge contrairement à la Tunisie qui en rembourse trois et la France six.

Le secteur public prend en charge 10% de la demande

Selon le docteur Hamid Bennis, la prise en charge de la PMA par les CHU (Centre hospitalier universitaire) n’est pas encore généralisée.

« En effet, le Maroc compte en tout et pour tout 3 centres publics de PMA pour 36 millions d’habitants.

« Il y en a un à Marrakech qui a une activité faible (70 FIV par an) car la PMA nécessite une organisation multidisciplinaire.

« Un 2ème à Rabat qui réalise une centaine d’actes et un 3ème à Casablanca inauguré par Sa Majesté en 2016 mais qui n’a toujours pas démarré son activité », explique ce précurseur de la PMA

Cela revient à dire que les centres hospitaliers censés former les futurs praticiens ne pourront donc satisfaire que 10% de la demande annuelle. D’où, selon notre interlocuteur, la nécessité d'une collaboration public-privé pour absorber l’augmentation de la demande.

« Nous avons devant nous un chantier ambitieux pour essayer d'atteindre le niveau d'activité d'un pays économiquement comparable au notre comme la Tunisie.

"En effet, au Maroc ce sont 4.000 FIV qui sont pratiquées chaque année contre 60.000 en France et 8000 pour la Tunisie qui compte 10 millions d’habitants contre 36 au Maroc.

« Même partiel (70 à 80%) et limité à une seule tentative, le remboursement des 8 médicaments projeté par l’ANAM permettra d’augmenter le nombre total de FIV qui sont réalisées au Maroc », affirme Bennis

« Bien que certains soient dotés d’équipements ultra-modernes aux normes internationales, les centres existants (3 publics et 15 privés) ne tournent pas encore à plein régime.

« Sachant que l’argent de l’ANAM est celui des contribuables, celle-ci doit avoir un droit de regard sur l’accréditation des centres pratiquant la procréation médicale assistée et sur la traçabilité des résultats.

Deux FIV pour le prix d’une

« La bonne nouvelle est qu’une patiente qui ne dispose que d’un budget de 20.000 dirhams pourra faire deux tentatives au lieu d’une seule, donc multiplier ses chances de réaliser son projet parental », conclut notre spécialiste qui laisse donc entendre qu’il y aura 2 fois plus de FIV dès que le remboursement sera effectif.

Tout aussi optimiste que son confrère, le docteur Hakim Ezzanfari se félicite d’une "excellente nouvelle" pour les couples infertiles désargentés qui vont pouvoir multiplier par deux leurs chances d’enfanter.

« Le faible nombre de FIV au Maroc s’explique par le prix prohibitif pour la majorité des marocains souffrant de problèmes d’infertilité.

"Les tarifs sont d’autant plus décourageants qu’il faut en moyenne pratiquer 3 FIV pour espérer obtenir un taux de réussite de 80%.

« En effet, le coût d’une FIV est composé à 50% de médicaments et 50% d’honoraires médicaux.

« Ainsi, si près de la moitié du total est remboursé, c’est déjà énorme car les médecins pourront toujours faire un effort en facturant moins d’honoraires.

4.000 FIV réalisées contre un besoin de 20.000

« Si à terme, nous espérons arriver au même chiffre que la Tunisie, soit 8000 FIV par an, ce remboursement prévu par l'ANAM permettra dans un premier temps de doubler rapidement le nombre actuel de FIV c’est-à-dire passer de 4.000 à 8.000. 

"En fait, rapporté à la population du Maroc, nous devrions réaliser au moins 20.000 FIV par an.

« C’est un premier pas très positif mais la question à laquelle nous n’avons toujours pas de réponse est de savoir combien de tentatives seront remboursées.

« Pour obtenir une grossesse, une seule est insuffisante. Ainsi, pour multiplier les chances, la France est passée de 4 remboursements de FIV à 6.

« Au final, si les organismes de couverture médicale pouvaient en rembourser 3, cela serait parfait », conclut le médecin

Infertilité : le remboursement des traitements fera doubler le nombre de FIV

Le 03 décembre 2019 à18:39

Modifié le 04 décembre 2019 à 11:45

Une fois la décision validée par le ministère de la santé, l’Agence nationale de l’assurance maladie (ANAM) remboursera 8 médicaments sur les 10 utilisés pour stimuler les femmes infertiles. Selon deux spécialistes en procréation médicale assistée (PMA), cette prise en charge devrait faire passer le nombre de FIV de 4.000 à 8.000 par an. Si le Maroc est encore loin de la Tunisie, ce premier pas permettra de redonner espoir aux 900.000 couples infertiles dont une partie aux revenus limités renonce à concevoir un enfant à cause de considérations financières.

Après des décennies de pratique de procréation médicale assistée sans encadrement légal ni prise en charge par les organismes de couverture maladie, cette initiative de l’ANAM permettra enfin aux femmes souffrant d’infertilité de se faire rembourser partiellement les médicaments utilisés pour la stimulation ovarienne (première étape de la FIV).

Très attendu, le projet de remboursement est en effet, selon deux spécialistes de la PMA consultés par Medias24, un premier pas très positif dans la prise en charge globale de la PMA.

La liste des médicaments très attendue

Des commissions spécialisées instituées à cet effet ont en effet donné leur accord de principe même s'il faudra encore attendre la validation du ministère de la santé pour que la CNOPS et la CNSS commencent à rembourser 8 médicaments sur les 10 les plus utilisés contre l’infertilité dont on attend la liste détaillée.

Sachant que le coût global (médicaments plus honoraires) est compris entre 17.000 et 25.000 dirhams selon les centres, (en raison de l’absence de cotation officielle) et qu’il faut au moins 2 tentatives (voire 3) de Fécondation in vitro (FIV) pour espérer réussir une PMA, les remboursements sont donc une aubaine pour les couples qui ne peuvent pas payer plus d’une tentative.

Si nous n’avons pas réussi à connaitre le nombre de tentatives de FIV que l’ANAM prévoit de rembourser, une source proche du dossier nous a affirmé que le projet ne prévoyait qu’une seule prise en charge contrairement à la Tunisie qui en rembourse trois et la France six.

Le secteur public prend en charge 10% de la demande

Selon le docteur Hamid Bennis, la prise en charge de la PMA par les CHU (Centre hospitalier universitaire) n’est pas encore généralisée.

« En effet, le Maroc compte en tout et pour tout 3 centres publics de PMA pour 36 millions d’habitants.

« Il y en a un à Marrakech qui a une activité faible (70 FIV par an) car la PMA nécessite une organisation multidisciplinaire.

« Un 2ème à Rabat qui réalise une centaine d’actes et un 3ème à Casablanca inauguré par Sa Majesté en 2016 mais qui n’a toujours pas démarré son activité », explique ce précurseur de la PMA

Cela revient à dire que les centres hospitaliers censés former les futurs praticiens ne pourront donc satisfaire que 10% de la demande annuelle. D’où, selon notre interlocuteur, la nécessité d'une collaboration public-privé pour absorber l’augmentation de la demande.

« Nous avons devant nous un chantier ambitieux pour essayer d'atteindre le niveau d'activité d'un pays économiquement comparable au notre comme la Tunisie.

"En effet, au Maroc ce sont 4.000 FIV qui sont pratiquées chaque année contre 60.000 en France et 8000 pour la Tunisie qui compte 10 millions d’habitants contre 36 au Maroc.

« Même partiel (70 à 80%) et limité à une seule tentative, le remboursement des 8 médicaments projeté par l’ANAM permettra d’augmenter le nombre total de FIV qui sont réalisées au Maroc », affirme Bennis

« Bien que certains soient dotés d’équipements ultra-modernes aux normes internationales, les centres existants (3 publics et 15 privés) ne tournent pas encore à plein régime.

« Sachant que l’argent de l’ANAM est celui des contribuables, celle-ci doit avoir un droit de regard sur l’accréditation des centres pratiquant la procréation médicale assistée et sur la traçabilité des résultats.

Deux FIV pour le prix d’une

« La bonne nouvelle est qu’une patiente qui ne dispose que d’un budget de 20.000 dirhams pourra faire deux tentatives au lieu d’une seule, donc multiplier ses chances de réaliser son projet parental », conclut notre spécialiste qui laisse donc entendre qu’il y aura 2 fois plus de FIV dès que le remboursement sera effectif.

Tout aussi optimiste que son confrère, le docteur Hakim Ezzanfari se félicite d’une "excellente nouvelle" pour les couples infertiles désargentés qui vont pouvoir multiplier par deux leurs chances d’enfanter.

« Le faible nombre de FIV au Maroc s’explique par le prix prohibitif pour la majorité des marocains souffrant de problèmes d’infertilité.

"Les tarifs sont d’autant plus décourageants qu’il faut en moyenne pratiquer 3 FIV pour espérer obtenir un taux de réussite de 80%.

« En effet, le coût d’une FIV est composé à 50% de médicaments et 50% d’honoraires médicaux.

« Ainsi, si près de la moitié du total est remboursé, c’est déjà énorme car les médecins pourront toujours faire un effort en facturant moins d’honoraires.

4.000 FIV réalisées contre un besoin de 20.000

« Si à terme, nous espérons arriver au même chiffre que la Tunisie, soit 8000 FIV par an, ce remboursement prévu par l'ANAM permettra dans un premier temps de doubler rapidement le nombre actuel de FIV c’est-à-dire passer de 4.000 à 8.000. 

"En fait, rapporté à la population du Maroc, nous devrions réaliser au moins 20.000 FIV par an.

« C’est un premier pas très positif mais la question à laquelle nous n’avons toujours pas de réponse est de savoir combien de tentatives seront remboursées.

« Pour obtenir une grossesse, une seule est insuffisante. Ainsi, pour multiplier les chances, la France est passée de 4 remboursements de FIV à 6.

« Au final, si les organismes de couverture médicale pouvaient en rembourser 3, cela serait parfait », conclut le médecin

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