Plan de relance du tourisme: les opérateurs sur leur faim et impatients
Les opérateurs touristiques s’impatientent de voir les mesures du plan de relance se concrétiser sur le terrain, au risque de voir les entreprises et les salariés s’enfoncer davantage dans leurs difficultés.
''Des vœux pieux mais des promesses creuses'', du ''wording'', des ''mots'', des ''généralités''… Les synonymes ne manquent pas auprès des représentants du secteur touristique pour qualifier le plan de relance du tourisme, présenté jeudi 16 juillet en Conseil de gouvernement.
Contacté par Médias24, Fouzi Zemrani, vice-président de la Confédération nationale du tourisme (CNT), se dit satisfait du plan de relance – qui a d’ailleurs été élaboré conjointement par le ministère du Tourisme et les représentants du secteur, mais s’impatiente de voir se concrétiser les mesures sur le terrain.
Car là où le bât blesse selon lui, c’est dans la mise en œuvre de cette feuille de route, dont les délais n’ont pour l’heure pas été fixés. Selon la ministre Nadia Fettah, ''le plan est prêt et pourra être déployé dans les meilleurs délais''. Une réponse imprécise qui ne satisfait pas les professionnels et entretient le manque de visibilité.
A quand un délai d’opérationnalisation du plan de relance?
''Plus on attendra l’exécution de ce plan de relance, plus on aura du mal à repartir et à récupérer notre part de marché. On a déjà perdu beaucoup trop de temps. Cette feuille de route aurait dû être signée depuis le 30 juin au moins. Nous sommes déjà le 21 juillet et on est encore en train d’attendre des mesurettes'', déplore Fouzi Zemrani.
Pourquoi depuis le 30 juin? Parce que les mesures annoncées le 19 mars par le Comité de veille économique (CVE) pour les salariés et les entreprises, TPE et PME, ont justement pris fin le 30 juin. Il s’agissait notamment de la suspension du paiement des charges sociales et de la mise en place d’un moratoire pour le remboursement des échéances des crédits bancaires et des échéances des leasings, sans paiement de frais ni pénalités. Sur le plan fiscal, le CVE avait annoncé que les entreprises dont le chiffre d’affaires de l’exercice 2019 était inférieur à 20 MDH pourraient, si elles le souhaitent, bénéficier d’un report du dépôt des déclarations fiscales jusqu’au 30 juin 2020, ainsi que la suspension des contrôles fiscaux et des ATD jusqu’à la même date.
''Nous avons demandé la prolongation de certaines mesures, notamment un moratoire sur les crédits contractés par les entreprises et la poursuite du versement de l’indemnité forfaitaire mensuelle nette de 2.000 DH'', indique Fouzi Zemrani. Cette aide était destinée aux salariés, ainsi qu’aux employés sous contrat insertion, et qui étaient en arrêt provisoire de travail et déclarés à la CNSS au titre du mois de février 2020, relevant d’entreprises en difficulté.
''Sur le principe, notre demande a été acceptée mais nous n’avons pas encore le document final et officiel qui le certifie. Nous sommes toujours dans l’attente d’une décision officielle. Si sa prolongation est acceptée, cette aide sera dédiée aux entreprises qui garderont leur personnel à hauteur de 80%'', ajoute-t-il. Selon le plan de relance, les professionnels du tourisme s’engagent en effet, sur le front social, à préserver 80% de l’emploi et du pouvoir d’achat des salariés sur la période de la relance.
''Le secteur est aujourd’hui très fragilisé. Nous ne savons toujours pas comment les salaires vont être versés pour les entreprises qui ont décidé de garder leurs salariés. Si ces mesures ne sont pas actées et mises en œuvre rapidement, les entreprises et les salariés vont continuer d’avoir des fins de mois difficiles ; ce n’est pas le tourisme interne qui va huiler la machine'', avertit Fouzi Zemrani.
Le vice-président de la CNT explique par exemple que des sociétés de transport touristique sont à nouveau pressées depuis le 30 juin par les banques pour rembourser les crédits contractés en 2019 pour acheter des véhicules qui devaient servir pour la saison estivale 2020. ''Les véhicules, eux, sont à l’arrêt dans les garages.''
Des propositions peu fournies
Lahcen Zelmat, président de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH), est lui aussi resté sur sa faim. ''Il n’y pas grand-chose dans ce plan de relance ; que des grandes lignes… Concrètement, que vont-ils faire ? Nous sommes dans l’attente d’une réponse du secteur bancaire, du ministère des Finances et du Comité de veille économique'', affirme-t-il auprès de Médias24.
Il est vrai que les lignes du plan de relance sont longues et pas toujours très fournies. Exemple : dans la partie dédiée au soutien à l’offre, le ministère du Tourisme suggère de ''disposer de fonds pour le secteur pour mieux accompagner les investisseurs. Ce véhicule doit obéir à des règles de gestion rigoureuses et recourir aux experts du métier''. Oui, mais comment mettre en place ce fonds? Avec quel argent? Contrôlé par qui? ''C’est flou'', regrette Lahcen Zelmat, qui partage également ces interrogations.
Autres exemples: le plan de relance propose d’''encourager les opérateurs à passer vers les secteurs formels'' et d’''encourager l’investissement pour la création ou la mise à niveau du produit touristique pour se mettre en phase avec les standards internationaux, notamment asiatiques à cause de la relocalisation du tourisme vers des destinations plus proches du marché européen''. Encourager, oui, mais comment? Par quels leviers? Quelles contraintes?
''Pour inciter les travailleurs et les employeurs à régulariser leur situation, il faut alléger les impôts et les charges sociales. Si certains fraudent en sous-déclarant leurs salariés, c’est parce qu’ils n’ont pas toujours les moyens de faire face à leurs échéances'', avance Fouzi Zemrani, suggérant un début de réponse… Quant à sa fin, c’est au gouvernement de se prononcer, estiment, impatients, Fouzi Zemrani et Lahcen Zelmat.
Sollicité pour fournir plus de détails et d'explications sur le plan de relance du secteur, le ministère du Tourisme ne nous a pas fait de retour au moment de la mise en ligne de cet article.
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