Renault Maroc. L’impact de la crise raconté par le DG du groupe, Marc Nassif

Epargnées relativement par le plan de réduction des coûts, lancé par Renault dans le monde, les usines de Tanger et de Casablanca ont repris depuis début mai, mais tournent à petit régime, sous l’impact de la chute de la demande mondiale dont dépend essentiellement l’industriel. Le groupe fait face, selon son patron, à un manque de visibilité sur l’avenir qui ne lui permet pas de chiffrer l’impact de ce choc ni d’entrevoir un horizon de sortie de crise.

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Renault Maroc. L’impact de la crise raconté par le DG du groupe, Marc Nassif

Le 15 septembre 2020 à 17:04

Modifié le 16 septembre 2020 à 11:48

L’industrie automobile est un des secteurs industriels qui a été le plus touché par la crise du Covid-19. Dépendant essentiellement de l’export, le secteur a souffert de la double peine du confinement et donc de l’arrêt de la production ainsi que de la perturbation des chaines d'approvisionnement, mais aussi de la baisse brutale de la demande due à la crise économique qui a frappé le monde entier.

Les chiffres à l’export le montrent à souhait : entre janvier et juillet, les exportations automobiles du Maroc ont baissé de près de 35,3% dans la filière construction. Une situation qui déteint également sur l’ensemble de l’écosystème : le câblage a perdu 35% à l’export, tandis que le segment « intérieur véhicules et sièges » a lâché 23,3%.

Après l’arrêt total, une reprise « partielle » des usines

Principale locomotive du secteur au Maroc, Renault n’a pas échappé à ce contexte de crise. Après un arrêt total de la production entre mi-mars et fin avril, les deux sites industriels de Tanger et de Casablanca (Somaca) ont repris graduellement leur activité. Mais sans pouvoir tout naturellement renouer avec le niveau d’activité d’avant Covid. Surtout après l’explosion inattendue des cas de Covid après le déconfinement, aussi bien au Maroc que dans les principaux marchés du constructeur, notamment en Europe.

« Le Groupe a adapté et continue d’adapter l’activité en fonction de la demande fluctuante tant locale que dans nos marchés d’exportations. Pour le Groupe Renault, la reprise du secteur automobile au Maroc est liée à celle de nos pays d'export car nous exportons plus de 90% de notre production », indique le DG du groupe, Marc Nassif quand on l’interroge sur l’impact de cette crise sur les activités du premier exportateur automobile du pays.

Comment le groupe gère-t-il cette situation de baisse brutale d’activité et d’incertitude sur l’avenir ? Quel impact sur l’emploi ? Marc Nassif ne veut pas s’avancer sur des chiffres, mais nous parle d’un certain redimensionnement de la production et du calendrier du travail. 

« Aujourd’hui, nos 2 usines tournent partiellement en 3 équipes avec un calendrier de travail adapté à la demande. Nous restons attentifs à tous les signaux et suivons de près l’évolution des mesures de restriction. La durée et l’ampleur de cette crise Covid-19 ne permettent pas de donner une prévision précise et définitive des impacts », explique-t-il.

Des usines qui tournent « partiellement », c’est avouer sans le dire directement que l’activité est en berne. Ce qui est tout à fait logique. Et que par conséquent le niveau d’emploi d’aujourd’hui est loin d’être le même que celui d’avant la crise. Mais on ne saura pas pour l’instant l’impact exact sur les effectifs de Renault Maroc, aussi bien dans son site de Tanger que celui de Casablanca.

Des sources sectorielles, mais aussi du ministère de l’Industrie, estiment qu’en toute logique, le secteur connaîtra une baisse des emplois qui sera équivalente au moins à 20%. Une perte qui selon une source du ministère de l’Industrie peut être limitée, ou rattrapée dans l’avenir proche, si le marché mondial reprend d’ici 2021. Ce qui ne semble pas gagné d’avance, vu l’évolution de la situation de la pandémie dans le monde, le retour du spectre du confinement dans plusieurs pays ainsi que la hausse mondiale du taux de chômage et son impact sur le pouvoir d’achat des ménages.

Marc Nassif ne s’avance pas dans une estimation sur les éventuelles pertes d’emplois dans son groupe mais tient à préciser que les priorités actuelles sont : « la protection du capital humain y compris économique » et « la veille sur le patrimoine du Groupe ». Comprendre : sortir de cette crise avec le minimum de dégâts…

Une baisse d’activité d’au moins 30% est attendue en 2020

Côté activité, production et ventes, il n’y a pas de mystère. Dépendant à 90% de l’export, le groupe Renault Maroc subit directement les vicissitudes du marché automobile mondial. Et son activité est donc corrélée directement au niveau de la demande mondiale.

« Avec la crise qui a impacté tous les ménages et acteurs institutionnels ainsi que les décisions des gouvernements de confiner les pays, il est évident que la demande a fortement diminué. Le marché mondial automobile accuse une baisse de 30%, notre activité devrait suivre la même tendance. Pour le 1er semestre, le marché européen a baissé de près de 40% », explique ainsi Marc Nassif, qui précise toutefois que depuis la reprise des activités du groupe, ses usines ont pu toutefois livrer quelques marchés.

« Notre reprise progressive, depuis le 6 mai dernier, a permis de livrer les clients dont certains ont passé commande avant le confinement de nos pays d’exportation et actuellement de livrer les commandes passées depuis le déconfinement de nos pays d’export ».

Les usines donc tournent, mais à rythme réduit, et surtout dans le brouillard comme nous le confirme le DG du groupe, qui nous avoue être incapable d’avoir des projections en termes de production ou de ventes sur le reste de l’année, ni sur l’horizon de reprise du marché mondial et de sortie de crise. Et ce, faute essentiellement de visibilité.  

« Aujourd’hui, la visibilité reste réduite et incertaine. Pour le Groupe Renault, la reprise totale du secteur automobile au Maroc est liée à celle de nos pays d'export car nous exportons plus de 90% de notre production. Nous restons attentifs à tous les signaux de reprise et suivons de près l’évolution des mesures de restriction. La durée et l’ampleur de cette crise COVID-19 ne permettent pas de donner une prévision précise des impacts. Il est encore trop tôt pour dire quand nous serons sortis de cette situation de crise ».

Le projet d’extension des capacités abandonné

Seule lueur d’espoir dans cet océan d’incertitudes : Renault Maroc a été quelque peu épargné par le plan de restructuration drastique lancé par sa maison mère dans le monde. Un plan qui prévoit une réduction des capacité mondiales de 4 à 3,3 millions de véhicules entre 2020 et 2024 et la suppression de 15 000 emplois.

Selon Marc Nassif, les activités au Maroc ne sont pas « concernées par le redimensionnement des capacités industrielles prévues par le Groupe ».

La capacité installée actuellement ne sera donc pas touchée. Aucun désinvestissement ou plan de licenciement massif n’est à craindre. Toutefois, le projet d’extension de la Somaca, annoncé en grande pompe en 2018 lors de la dernière visite de l’ex-patron du groupe Carlos Ghosn au Maroc, a été suspendu, nous confirme Marc Nassif.

Ce projet visait pour rappel de doubler les capacités de l’usine casablancaise pour atteindre les 160 000 véhicules par an d’ici 2022. Ce qui devait porter à terme la capacité totale du groupe à plus de 500 000 véhicules par an. Un projet désormais abandonné au vu du contexte actuel, mais qui n’impactera en rien, selon Marc Nassif, la capacité actuelle du groupe qui restera à son niveau de 440 000 véhicules par an.

Une capacité théorique qui reste sous exploitée pour le moment au vu du krach du marché mondial. Jusqu’à quand ? Là aussi, Marc Nassif, comme tous les dirigeants d’entreprises dans le pays et dans le monde, manque de visibilité. 

« Dans un contexte fortement impacté par la crise du Covid, nous sommes concentrés sur la pérennisation de nos activités tant industrielles que commerciales. La durée et l’ampleur de cette crise COVID-19 ne permettent pas de donner une prévision précise et définitive des impacts. Il est encore trop tôt pour dire quand nous serons sortis de cette situation de crise ».

« La santé et la sécurité des collaborateurs sont notre priorité absolue. Nous avons investi beaucoup d’énergie, de ressources et de moyens sur la mise en place et l’application stricte d’un référentiel sanitaire le plus complet possible. Son respect permet de protéger les employés et limiter les risques. Aujourd’hui, le Groupe Renault Maroc, en tant qu’acteur majeur du secteur automobile national, est conscient des enjeux d’assurer à la fois la sécurité de tous les collaborateurs et de poursuivre l’activité afin de contribuer à la relance économique du pays », conclut-t-il.

Renault Maroc. L’impact de la crise raconté par le DG du groupe, Marc Nassif

Le 15 septembre 2020 à17:02

Modifié le 16 septembre 2020 à 11:48

Epargnées relativement par le plan de réduction des coûts, lancé par Renault dans le monde, les usines de Tanger et de Casablanca ont repris depuis début mai, mais tournent à petit régime, sous l’impact de la chute de la demande mondiale dont dépend essentiellement l’industriel. Le groupe fait face, selon son patron, à un manque de visibilité sur l’avenir qui ne lui permet pas de chiffrer l’impact de ce choc ni d’entrevoir un horizon de sortie de crise.

L’industrie automobile est un des secteurs industriels qui a été le plus touché par la crise du Covid-19. Dépendant essentiellement de l’export, le secteur a souffert de la double peine du confinement et donc de l’arrêt de la production ainsi que de la perturbation des chaines d'approvisionnement, mais aussi de la baisse brutale de la demande due à la crise économique qui a frappé le monde entier.

Les chiffres à l’export le montrent à souhait : entre janvier et juillet, les exportations automobiles du Maroc ont baissé de près de 35,3% dans la filière construction. Une situation qui déteint également sur l’ensemble de l’écosystème : le câblage a perdu 35% à l’export, tandis que le segment « intérieur véhicules et sièges » a lâché 23,3%.

Après l’arrêt total, une reprise « partielle » des usines

Principale locomotive du secteur au Maroc, Renault n’a pas échappé à ce contexte de crise. Après un arrêt total de la production entre mi-mars et fin avril, les deux sites industriels de Tanger et de Casablanca (Somaca) ont repris graduellement leur activité. Mais sans pouvoir tout naturellement renouer avec le niveau d’activité d’avant Covid. Surtout après l’explosion inattendue des cas de Covid après le déconfinement, aussi bien au Maroc que dans les principaux marchés du constructeur, notamment en Europe.

« Le Groupe a adapté et continue d’adapter l’activité en fonction de la demande fluctuante tant locale que dans nos marchés d’exportations. Pour le Groupe Renault, la reprise du secteur automobile au Maroc est liée à celle de nos pays d'export car nous exportons plus de 90% de notre production », indique le DG du groupe, Marc Nassif quand on l’interroge sur l’impact de cette crise sur les activités du premier exportateur automobile du pays.

Comment le groupe gère-t-il cette situation de baisse brutale d’activité et d’incertitude sur l’avenir ? Quel impact sur l’emploi ? Marc Nassif ne veut pas s’avancer sur des chiffres, mais nous parle d’un certain redimensionnement de la production et du calendrier du travail. 

« Aujourd’hui, nos 2 usines tournent partiellement en 3 équipes avec un calendrier de travail adapté à la demande. Nous restons attentifs à tous les signaux et suivons de près l’évolution des mesures de restriction. La durée et l’ampleur de cette crise Covid-19 ne permettent pas de donner une prévision précise et définitive des impacts », explique-t-il.

Des usines qui tournent « partiellement », c’est avouer sans le dire directement que l’activité est en berne. Ce qui est tout à fait logique. Et que par conséquent le niveau d’emploi d’aujourd’hui est loin d’être le même que celui d’avant la crise. Mais on ne saura pas pour l’instant l’impact exact sur les effectifs de Renault Maroc, aussi bien dans son site de Tanger que celui de Casablanca.

Des sources sectorielles, mais aussi du ministère de l’Industrie, estiment qu’en toute logique, le secteur connaîtra une baisse des emplois qui sera équivalente au moins à 20%. Une perte qui selon une source du ministère de l’Industrie peut être limitée, ou rattrapée dans l’avenir proche, si le marché mondial reprend d’ici 2021. Ce qui ne semble pas gagné d’avance, vu l’évolution de la situation de la pandémie dans le monde, le retour du spectre du confinement dans plusieurs pays ainsi que la hausse mondiale du taux de chômage et son impact sur le pouvoir d’achat des ménages.

Marc Nassif ne s’avance pas dans une estimation sur les éventuelles pertes d’emplois dans son groupe mais tient à préciser que les priorités actuelles sont : « la protection du capital humain y compris économique » et « la veille sur le patrimoine du Groupe ». Comprendre : sortir de cette crise avec le minimum de dégâts…

Une baisse d’activité d’au moins 30% est attendue en 2020

Côté activité, production et ventes, il n’y a pas de mystère. Dépendant à 90% de l’export, le groupe Renault Maroc subit directement les vicissitudes du marché automobile mondial. Et son activité est donc corrélée directement au niveau de la demande mondiale.

« Avec la crise qui a impacté tous les ménages et acteurs institutionnels ainsi que les décisions des gouvernements de confiner les pays, il est évident que la demande a fortement diminué. Le marché mondial automobile accuse une baisse de 30%, notre activité devrait suivre la même tendance. Pour le 1er semestre, le marché européen a baissé de près de 40% », explique ainsi Marc Nassif, qui précise toutefois que depuis la reprise des activités du groupe, ses usines ont pu toutefois livrer quelques marchés.

« Notre reprise progressive, depuis le 6 mai dernier, a permis de livrer les clients dont certains ont passé commande avant le confinement de nos pays d’exportation et actuellement de livrer les commandes passées depuis le déconfinement de nos pays d’export ».

Les usines donc tournent, mais à rythme réduit, et surtout dans le brouillard comme nous le confirme le DG du groupe, qui nous avoue être incapable d’avoir des projections en termes de production ou de ventes sur le reste de l’année, ni sur l’horizon de reprise du marché mondial et de sortie de crise. Et ce, faute essentiellement de visibilité.  

« Aujourd’hui, la visibilité reste réduite et incertaine. Pour le Groupe Renault, la reprise totale du secteur automobile au Maroc est liée à celle de nos pays d'export car nous exportons plus de 90% de notre production. Nous restons attentifs à tous les signaux de reprise et suivons de près l’évolution des mesures de restriction. La durée et l’ampleur de cette crise COVID-19 ne permettent pas de donner une prévision précise des impacts. Il est encore trop tôt pour dire quand nous serons sortis de cette situation de crise ».

Le projet d’extension des capacités abandonné

Seule lueur d’espoir dans cet océan d’incertitudes : Renault Maroc a été quelque peu épargné par le plan de restructuration drastique lancé par sa maison mère dans le monde. Un plan qui prévoit une réduction des capacité mondiales de 4 à 3,3 millions de véhicules entre 2020 et 2024 et la suppression de 15 000 emplois.

Selon Marc Nassif, les activités au Maroc ne sont pas « concernées par le redimensionnement des capacités industrielles prévues par le Groupe ».

La capacité installée actuellement ne sera donc pas touchée. Aucun désinvestissement ou plan de licenciement massif n’est à craindre. Toutefois, le projet d’extension de la Somaca, annoncé en grande pompe en 2018 lors de la dernière visite de l’ex-patron du groupe Carlos Ghosn au Maroc, a été suspendu, nous confirme Marc Nassif.

Ce projet visait pour rappel de doubler les capacités de l’usine casablancaise pour atteindre les 160 000 véhicules par an d’ici 2022. Ce qui devait porter à terme la capacité totale du groupe à plus de 500 000 véhicules par an. Un projet désormais abandonné au vu du contexte actuel, mais qui n’impactera en rien, selon Marc Nassif, la capacité actuelle du groupe qui restera à son niveau de 440 000 véhicules par an.

Une capacité théorique qui reste sous exploitée pour le moment au vu du krach du marché mondial. Jusqu’à quand ? Là aussi, Marc Nassif, comme tous les dirigeants d’entreprises dans le pays et dans le monde, manque de visibilité. 

« Dans un contexte fortement impacté par la crise du Covid, nous sommes concentrés sur la pérennisation de nos activités tant industrielles que commerciales. La durée et l’ampleur de cette crise COVID-19 ne permettent pas de donner une prévision précise et définitive des impacts. Il est encore trop tôt pour dire quand nous serons sortis de cette situation de crise ».

« La santé et la sécurité des collaborateurs sont notre priorité absolue. Nous avons investi beaucoup d’énergie, de ressources et de moyens sur la mise en place et l’application stricte d’un référentiel sanitaire le plus complet possible. Son respect permet de protéger les employés et limiter les risques. Aujourd’hui, le Groupe Renault Maroc, en tant qu’acteur majeur du secteur automobile national, est conscient des enjeux d’assurer à la fois la sécurité de tous les collaborateurs et de poursuivre l’activité afin de contribuer à la relance économique du pays », conclut-t-il.

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