Rentrée scolaire: le présentiel est-il risqué? Voici l'avis de trois spécialistes
C’est le casse-tête des parents en cette rentrée scolaire si particulière: faut-il emmener les enfants à l’école ou privilégier l’enseignement à distance, alors que la situation sanitaire s'aggrave? Voici ce qu'en pensent trois médecins.
Dans son protocole relatif aux différents modèles pédagogiques possibles en fonction de l’évolution épidémiologique, publié vendredi 28 août, le ministère de l’Education nationale a tranché: le présentiel est la règle, sauf en cette période de hausse du nombre de cas de Covid-19, où le principe est inversé. C’est donc l’enseignement distanciel qui sera la règle, et le présentiel, une option conditionnée à l’envoi d’un formulaire rempli et signé par les parents à partir du 1er septembre. La note indique que "ces demandes seront examinées en fonction des normes et procédures prévues à cet effet". Les demandes de présentiel ne seront donc pas automatiquement acceptées.
Mais dans la tête des parents, tout n’est pas aussi clair que dans le protocole du ministère de l’Education nationale. D'abord, l'enseignement à distance n'arrange pas beaucoup de familles pour diverses raisons. Il n'est pas non plus recommandé pour un développement normal des enfants en bas âge. Mais en même temps, il y a le virus et le risque de contamination à l'école, si les familles optent pour le présentiel.
Les enfants courent-ils un grand risque d'être contaminés? Sont-ils des vecteurs de contamination? Risquent-ils de "ramener" le virus à la maison? Quand doivent-ils porter le masque et à partir de quel âge? Autant dire que la confusion règne.
Un petit tour d’horizon des consignes décidées sous d’autres cieux laisse entrevoir qu’il n’y a décidément pas d’homogénéité: en France, le masque est obligatoire pour tout élève à partir de 11 ans (y compris pendant la récréation). Dans une tribune publiée samedi 29 août dans le journal Le Parisien, un collectif de médecins préconise toutefois "le port du masque en lieu clos pour tous les élèves de plus de 6 ans". En Espagne, en Italie et dans certains Länder (régions) allemands, le masque doit être porté dès l’âge de six ans. Les autorités chinoises et sud-coréennes ont quant à elles opté pour le port du masque dès la maternelle.
Enfin, l’Académie américaine de pédiatrie (AAP) incite au port du masque dès l’âge de 2 ans, tandis que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé, lundi 24 août, que "les enfants âgés de 5 ans et moins ne devraient pas être obligés de porter un masque. Cette indication est fondée sur la sécurité et l’intérêt global de l’enfant, et sur sa capacité à utiliser un masque correctement avec une assistance minimale".
Très faible risque de contagion émanant des enfants...
Quid du Maroc, désormais? Concernant l’enseignement, le Dr Hassan Afilal, président de la Société marocaine de pédiatrie, est formel: les enfants doivent retourner à l’école, particulièrement les moins de 14 ans. Il en va de leur santé mentale et de leur équilibre psychologique. "Personne ne sait quand cette épidémie prendra fin. Nous sommes en train de nous installer dans la durée; nous ne pouvons donc pas nous permettre de reporter la rentrée car nous n’avons aucune visibilité sur la fin de cette épidémie. Si nous savions qu’elle allait se terminer d’ici un mois ou deux, nous pourrions éventuellement reporter la rentrée scolaire. Mais actuellement, nous n’en savons rien. A quoi bon reporter dans ce cas? D’autant que les enfants ont fondamentalement besoin d’entretenir le lien social", estime-t-il auprès de Médias24.
Le Dr Hassan Afilal insiste également sur le très faible risque de contagion émanant des enfants. L’équation est simple: plus l’âge augmente, plus le risque de contracter le virus est important.
"Les enfants de moins de 14 ans ne sont pas très transmetteurs, et les moins de 10 ans le sont encore moins: ils ont très, très peu de risques de contracter le virus. Dans la grande majorité des cas, il s’agit plus d’une contamination de l’adulte vers l’enfant, rarement l’inverse." Le pédiatre avertit toutefois sur un élément en particulier: "On ne veut pas voir de grands-parents à la sortie des écoles. C’est une population qui ne doit courir aucun risque."
…et entre les enfants eux-mêmes
Sollicité par Médias24, le Dr Moulay Said Afif, président de la Société marocaine des sciences médicales (SMSM) et de l’Association casablancaise des pédiatres privés (ACPP), partage l’avis de son confrère: "Au Maroc, les données montrent que 95% des enfants touchés ont été contaminés par les adultes. Les contaminations se font de l’adulte vers l’enfant et pas de l’enfant vers l’adulte ou de l’enfant vers l’enfant. De plus, 95% des enfants touchés par le virus ont des symptômes très légers, voire sont asymptomatiques."
Quant au port du masque, le Dr Hassan Afilal privilégie d’emblée la pédagogie. "Les enfants peuvent porter le masque uniquement s’ils comprennent pourquoi. Nous considérons que les enfants de moins de 6 ans ne peuvent pas comprendre, de façon claire et précise, les raisons pour lesquelles ils doivent porter le masque, même si on leur explique."
D’après les recommandations formulées par trois sociétés spécialistes (la Société marocaine de pédiatrie, la Société marocaine des sciences médicales et la Société marocaine de pédopsychiatrie), "tous les élèves doivent porter un masque à partir du collège". "Les élèves du collège sont plus à même de respecter et de comprendre le port du masque que les plus petits", estime le Dr Hassan Afilal.
Qu’en est-il de l’école primaire? "Les élèves n’ont pas l’obligation de porter le masque toute la journée, de façon continue. Un enfant de moins de 11 ans ne peut pas porter le masque en permanence. C’est très difficile et fastidieux pour lui parce qu’il est plus jeune et a plus de difficultés à comprendre, et donc à respecter cette consigne", souligne le président de la Société marocaine de pédiatrie.
"A partir de l’âge de 10 ans, les enfants doivent être incités à porter le masque. Pour les moins de 10 ans, il est très important d’être éducatif, pédagogique ; de leur montrer qu’il faut jouer, mais à distance. En revanche, porter un masque en permanence pour un enfant de moins de 10 ans, notamment pendant la récréation, c’est très compliqué", abonde l’épidémiologiste Jaafar Heikel, contacté par Médias24. "J’insiste sur la distanciation physique plus que sur la distanciation sociale: on peut vivre en société tout en respectant la distanciation physique. Nous devons impérativement inculquer aux enfants de nouvelles valeurs de comportement en société, surtout en termes d’hygiène et de sécurité sanitaire. Le lavage des mains est très important."
Là où les plus petits doivent porter le masque, c’est notamment lorsqu’ils sont dans des espaces publics, dans la rue par exemple, en compagnie d’autres adultes car ils sont susceptibles d’être contaminés par eux, et pas de les contaminer. Or, entre enfants d’une même classe, "le virus ne circule pas", rappelle, une fois encore, le Dr Hassan Afilal.
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