Très faible fréquentation des hammams après la reprise, les gérants inquiets

La suspension des activités pendant une année a impulsé un changement d’habitude au sein de la clientèle. Elle a également causé des dégradations dans certains bâtiments, contraignant les propriétaires à s’endetter davantage pour couvrir les frais de réparation.

Très faible fréquentation des hammams après la reprise, les gérants inquiets

Le 19 mai 2021 à 12h47

Modifié 19 mai 2021 à 12h57

La suspension des activités pendant une année a impulsé un changement d’habitude au sein de la clientèle. Elle a également causé des dégradations dans certains bâtiments, contraignant les propriétaires à s’endetter davantage pour couvrir les frais de réparation.

La très longue fermeture des hammams continue de donner du fil à retordre à leurs gérants et propriétaires. Malgré la réouverture de ces établissements le 17 mars dernier, les clients sont en effet peu nombreux à s’y rendre. « C’est simple : il n’y a quasiment pas de clients. Les hammams sont dans une situation catastrophique », déplore Rabie Ouaacha, président de la Fédération nationale des associations de propriétaires et gérants de hammams, joint par Médias24.

Et la saison estivale qui se profile n’augure rien de bon : « L’été n’est pas propice à la fréquentation des hammams. Les gens y vont régulièrement l’hiver, lorsqu’il fait froid, mais beaucoup moins l’été. »

Une réouverture qui ne s’est pas faite au bon moment ?

Dans le Grand Casablanca, qui compte environ 4.000 hammams, la reprise s’est faite « normalement », indique sobrement Abdellah Trih, représentant de la fédération à Casablanca. « Mais le Ramadan est arrivé et l’activité s’est considérablement affaiblie. Les hammams étaient ouverts mais avec quasiment zéro clientèle. Depuis quelques jours, on sent un léger changement en notre faveur. Les clients commencent timidement à revenir. »

« On sent un léger mieux ces derniers jours, notamment depuis la veille de l’Aïd », confirme Asma El Mernissi, fondatrice de la marque et propriétaire du spa Maison d’Asa, contactée par Médias24. « Mais à l’heure où je vous parle, le métier est complètement sinistré. C’est catastrophique. Aucun gérant de hammam n’est en mesure de reprendre pleinement ses activités. La plupart d’entre eux ont réduit leurs effectifs, que ce soit dans le secteur formel ou informel. Les gens ont perdu de leur pouvoir d’achat ; le remplissage est très, très faible, pour ne pas dire médiocre. Certains gérants disent qu’ils n’ont même pas l’impression d’avoir rouvert », ajoute-t-elle.

Asma El Mernissi déplore également le timing de la réouverture : « Rouvrir pratiquement juste avant le ramadan, qui est un mois très faible en termes de remplissage, n’était pas une bonne idée. »

Des réparations que tous les propriétaires n’ont pas les moyens de faire

Effectivement, même si l’heure est théoriquement à la reprise des activités, en pratique, les choses sont plus compliquées. « Nous avons tous été confrontés au même problème au moment de la réouverture : la dégradation des hammams. Quand une chose ne tourne pas, elle se dégrade. Tout part à la dérive : les sols s’effritent lorsqu’ils ne sont pas utilisés pendant très longtemps, les canalisations stagnent, la plomberie et l’électricité doivent être rénovées dans certains bâtiments… Les propriétaires qui peuvent se permettre de s’endetter davantage le font pour rénover leurs bains et pouvoir accueillir décemment leur clientèle. Certains ont reçu des factures de 140.000 dirhams pour opérer les rénovations ou réparations nécessaires », explique Asma El Mernissi.

Le coût est donc double pour les propriétaires de hammams : il y a d’abord celui de n’avoir pas pu accueillir des clients pendant une année et, désormais, celui des rénovations ou réparations auxquelles il va falloir procéder. « Ces établissements ne sont pas en capacité d’accueillir des clients dans l’immédiat parce qu’ils se sont dégradés et qu’ils ont besoin de réparation à tous les niveaux. D’autant que l’arrivée d’autres opérateurs sur le marché renforce la concurrence ; les propriétaires savent qu’ils ont tout intérêt à effectuer ces réparations. Le problème, c’est que beaucoup n’en ont plus les moyens », s’inquiète Asma El Mernissi.

La clientèle a changé ses habitudes

Cette propriétaire remarque enfin que la fermeture des hammams a contraint les clients à changer leurs habitudes : « Cela a profité à des employés devenus « freelance », entre guillemets, qui se rendent désormais directement chez les particuliers pour effectuer toutes sortes d’activités annexes aux hammams, comme l’esthétique et la coiffure. Des clientes se font désormais coiffer ou épiler chez elles ; c’est donc une raison de moins d’aller au hammam. »

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