Conflit du Sahara : pourquoi le processus onusien doit reprendre là où il s’était arrêté

Conflit du Sahara : pourquoi le processus onusien doit reprendre là où il s’était arrêté

Le 30 septembre 2021 à 19h34

Modifié le 3 octobre 2021 à 9h45

Récemment annoncé comme futur envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU, Staffan de Mistura va commencer, lorsque la nomination deviendra officielle, par rencontrer tous les acteurs régionaux du conflit du Sahara, avant de préparer la reprise du processus. La question de la reprise du processus onusien se pose.

Dans le conflit du Sahara, une phrase fondamentale revient dans les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies: « parvenir à une solution politique réaliste, pragmatique, durable et mutuellement acceptable » à la question du Sahara « qui repose sur le compromis ».

            Compromis ou le mot-clé des résolutions de l’ONU et de celle du conflit

Sachant qu’un compromis et une solution mutuellement acceptable nécessitent des concessions de chaque belligérant, sur ses prétentions de départ, il semble évident que l’exigence d’indépendance du polisario ne s’inscrit pas dans cet axiome.

Ainsi, aucun progrès ne pourra être réalisé, sans la mise en œuvre d’un processus crédible de négociations, qui puisse déboucher sur un compromis dont la finalité reposera sur un accord satisfaisant et acceptable, pour tous les acteurs concernés directement (Maroc, Algérie) ou indirectement ( Mauritanie).

Manhasset, un précédent contreproductif à ne plus reproduire

Pour se convaincre de la nécessité de l’intervention de toutes les parties prenantes, et pas uniquement du Maroc et du polisario, il n’y a qu’à se remémorer l’échec total de leurs rencontres directes, lors des quatre rounds de discussions qui s’étaient tenus à Manhasset (USA) entre juin 2007 et mars 2008.

Si l’Algérie (et la Mauritanie) était présente, sans droit à la parole ou à intervenir directement, la délégation marocaine se souvient parfaitement de diplomates algériens qui dictaient dans les couloirs leurs instructions au polisario avec, au final, des positions figées et un langage de sourds entre les participants.

Partant de ce triste constat, le Maroc refuse, désormais, ce format de rencontres bilatérales qui n’ont abouti à aucune avancée notable et ont fait perdre beaucoup de temps, à la résolution du conflit.

Le format multilatéral de négociations a complètement changé la donne

Pour avancer, la diplomatie marocaine a, à plusieurs reprises, fait part de sa préférence pour la poursuite des tables rondes de 2018 et 2019 initiées par Horst Köhler, ex-envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU, qui avait réussi à réunir l’ensemble des acteurs du conflit, à savoir l’Algérie, le Maroc, le polisario et la Mauritanie.

Si la première table ronde du 5 et 6 décembre n’avait abouti à aucune véritable avancée, hormis une note encourageante, le Maroc avait cependant souscrit à l’idée d’une 2e rencontre, qui reprend le même format, ne faisant plus de distinction entre États voisins et parties du conflit, contrairement à ce que souhaite l’Algérie depuis 1975.

A l’issue de la 2e table ronde du 21 et 22 mars 2019, Horst Köhler avait déclaré que la dynamique créée par la 1re table avait été positive pour commencer à aborder, à l’avenir, des questions plus substantielles.

Même minimes, les progrès réalisés à Genève ont ouvert la voie à d’autres rencontres

Si là encore, aucun progrès fondamental n’avait été réalisé, les quatre délégations avaient, quand même, signé un communiqué commun, où elles avaient salué le nouvel élan créé par la première table ronde et s’étaient engagées à continuer de s’impliquer, dans ce processus avec sérieux et respect pour renforcer la confiance.

Les discussions approfondies qui avaient eu lieu constituaient, en effet, un progrès notable par rapport aux rounds de Manhasset, avec une implication inédite de la délégation algérienne, menée par l’actuel ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra, pour tenter de trouver un compromis.

Pour l’avenir, le choix de ce format de négociations multilatérales s’impose, d’autant plus que chacune des quatre parties avait été en mesure de présenter sa vision de l’avenir avec, à la clé, des résultats minimes mais concrets, pour permettre de se revoir rapidement, de l’aveu-même de l’agence de presse algérienne APS.

La diplomatie algérienne utilise les événements de Guergarat pour changer de position et réclamer des négociations bilatérales

Deux ans et demi après la dernière table ronde, la nomination de Staffan de Mistura pour succéder à Horst Köhler constitue, donc, une occasion idéale pour relancer un processus, mis à mal par la rupture du cessez-le feu par le polisario, après la pacification du poste frontière de Guergarat, le 13 novembre 2020.

Pour cela, le Maroc a fait part, à plusieurs reprises, de son désir de reprendre le processus sous le même format, à l’endroit où les négociations se sont arrêtées, avec tous les acteurs présents en 2018 et 2019.

A contrario, l’Algérie a adopté depuis avril 2021 une nouvelle posture, allant à l’encontre de ses deux précédentes participations aux rounds de Genève, en réclamant désormais des négociations directes entre le Maroc et le polisario.

Un changement de position excluant, de facto, sa participation directe, qui se fait de plus en plus pressant, depuis l’arrivée au ministère des Affaires étrangères de Ramtane Lamamra, qui a succédé à Sabri Boukadoum.

Selon le nouveau chef de la diplomatie algérienne, connu pour ses positions férocement anti-marocaines, des négociations directes s’imposeraient, désormais ; et ce, en raison du nouveau contexte politique apparu, après le début d’un conflit armé qui aurait suivi la rupture du cessez-le-feu en novembre 2020, dont il tiendrait le Maroc pour responsable.

Le Maroc exclut toutes nouvelles négociations sans la présence de l’Algérie

Il convient de préciser que la pseudo-guerre qui aurait suivi la rupture unilatérale du cessez-le-feu n’existe que dans l’imagination des médias algériens, selon lesquels le polisario infligerait chaque jour des pertes cuisantes aux FAR du Maroc.

Au final, sachant que la diplomatie marocaine a affirmé à plusieurs reprises qu’il n’y aurait pas de nouvelles tables rondes avec le polisario sans la présence de l’Algérie, Staffan de Mistura devra nécessairement, après sa prochaine tournée régionale, parvenir à regrouper les quatre acteurs pour reprendre les discussions là où elles s’étaient arrêtées, sous peine de voir le conflit se prolonger indéfiniment…

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