Photo Mouad Jamal Idrissi. Médias24

Lors d’une rencontre exclusive avec Médias24, jeudi 3 janvier, au siège du BCIJ, son directeur général est revenu sur le bilan de sa brigade de lutte contre le crime organisé. Selon Abdelhak Khiame, l‘élucidation de nombreuses affaires depuis la création du BCIJ en 2015 s’explique par une collaboration exemplaire entre services nationaux de sécurité et l’absence de guerre des polices comme c’était le cas dans d'autres pays.

Médias24 : En 3 ans, 5 tonnes de cocaïne ont été interceptées par vos services. Selon vous, ces résultats vont-ils décourager les cartels sud-américains de continuer à utiliser le Maroc comme pays de transit ?

-Abdelhak Khiame : Dans le cadre de l’état d’alerte maximale que vit le Maroc, nous avons découvert que ces cartels exportateurs de cocaïne ont dévié leurs routes pour éviter les dispositifs de contrôle très efficaces mis en place par les autorités américaines et mexicaines.

Sachant que leurs routes traditionnelles ont été mises hors d’état de nuire, ils ont donc opté pour un nouvel itinéraire africain en pensant que les pays du continent n’étaient pas efficaces.

Ces organisations criminelles ont manifestement fait un mauvais calcul car toutes leurs opérations utilisant le Maroc comme point de transit ont échoué grâce au travail du BCIJ et de la police judiciaire.

-Vous êtes très optimiste sachant que plusieurs cargaisons passent et que personne ne peut certifier qu'elles sont toutes interceptées...

-Peut-être mais à ce jour, nous avons porté des coups très durs aux cartels.

5 tonnes de cocaïne quasi-pure, ce n’est pas rien.

-Quel est le rôle des Marocains dans ces réseaux ?

-Les cartels de trafic de drogue ne sont pas venus au Maroc par hasard.

Les patrons de ces réseaux savent bien qu’il recèle des réseaux traditionnels de trafic de haschich vers l’Europe.

A partir de là, ils comptent donc sur l’aide de ces Marocains pour faire passer leurs cargaisons de cocaïne en Espagne

-Comment qualifier ces derniers, associés ou simples sous-traitants ?

-En règle générale, ce sont des passeurs de marchandise pour le compte de ces grandes organisations sud-américaines.

-Donc des petites mains ?

-Pas uniquement car ces réseaux sont également animés par des barons locaux de la drogue.

Lors de la dernière saisie de 1,04 tonnes de cocaïne à El Jadida, le BCIJ a découvert qu’il y avait aussi parmi les commanditaires, des Marocains installés à l’étranger.

-Quid de la Mocro-Maffia qui fait beaucoup parler d’elle en Hollande et en Belgique? Vu leurs crimes ultra-violents liés au trafic de stupéfiants, certains criminologues en parlent comme l’équivalent marocain de la Camorra ou de la Ndranghata. Avez-vous identifié ces "familles" mafieuses d’origine rifaine ?

-En matière de trafic de stupéfiants, nous disposons d’une base de données internationale grâce aux renseignements fournis par nos partenaires étrangers.

Chaque fois qu’il y a un problème lié au trafic de drogue ou au terrorisme, qui concerne un ressortissant marocain ou d’origine marocaine, nous sommes avisés pour mener nos propres enquêtes au Maroc.

Cela a été le cas lors des attentats de Barcelone où le BCIJ a lancé des investigations pour déterminer toutes les accointances des Marocains derrière ces actes terroristes.

C’est exactement la même chose quand des Marocains ou des binationaux sont impliqués dans les affaires de stupéfiants que ce soit en France ou ailleurs.

A partir de là, toutes les personnes impliquées directement ou qui font l’objet de recherche ou d’avis de diffusion par Interpol sont de facto dans notre radar.

Dès que nous avons des renseignements les concernant, nous préparons des dossiers pour voir en premier lieu si ces individus se trouvent sur le territoire national.

Si la Mocro Maffia existe, il est faux de prétendre que le trafic de drogue est uniquement tenu par des individus originaires du Maroc car ces mafias sont cosmopolites et d’essence internationale.

J’en veux pour preuve le fait que lors de notre dernière saisie de cocaïne à El Jadida, le BCIJ a interpellé plusieurs étrangers dont 3 Colombiens et 2 Espagnols.

-En dehors des saisies de cocaïne destinée à l’Europe, le Maroc devient un grand pays de consommation de psychotropes et notamment d’ecstasy dont les saisies explosent littéralement ?

-En effet mais il faut savoir qu’au départ, la majorité des saisies de psychotropes venaient d’Algérie. Ainsi, la brigade de lutte contre la criminalité organisée du BCIJ avait saisi plus de 300.000 comprimés psychotropes (rivotril surnommé Karkoubi) en provenance de notre voisin de l’Est.

Grâce aux nombreux coups de filet, les trafiquants ont changé d’itinéraire en acheminant leur marchandise d’Europe vers les ports du nord du Maroc. C’était notamment le cas de la dernière saisie d’ecstasy qui venait de Hollande dans une voiture qui a été interceptée au port de Tanger.

-Hormis la lutte contre le trafic de stupéfiants, que fait la brigade chargée du crime organisée ?

-Elle s’occupe de tous les délits et crimes stipulés dans l’article 108 du code de procédure pénale marocain.

Ce service est essentiel car il a élucidé de nombreuses affaires comme celle de Tanger où il y avait eu braquage de fourgon blindé et double homicide.

Pêle-mêle, je peux citer l’assassinat d’un MRE à Sidi Ifni, des règlements de compte entre gros dealers de drogue à Tamaris, l'assassinat du député Merdas, des démantèlements de réseau illégal d’immigration avec des documents falsifiés et beaucoup d’autres dossiers.

-Pour faire court, vos cibles ne sont que des gros poissons ?

-Effectivement car nous ne traitons pas, par exemple, les crimes passionnels …

Dès que nous avons une information de notre maison-mère (DGST), nous avisons le parquet avant de mettre en branle les procédures pour interpeller les coupables et les mettre hors d’état de nuire.

L’essentiel du travail du BCIJ concerne les affaires de terrorisme et le reste les grands crimes qui prennent de l’ampleur comme par exemple le cas du trafic de cocaïne.

Il est cependant important de préciser que nous collaborons activement avec tous les autres services de sécurité qu’ils soient nationaux (DGSN, gendarmerie, douanes …) ou étrangers.

-Avez-vous une collaboration effective avec le contre-espionnage extérieur marocain (DGED) ?

-Bien évidemment.

-Quand le Maroc avertit les services étrangers d’une menace potentielle, c’est la DGED qui s’en charge ?

-Non, c’est la DGST (direction générale de la surveillance du territoire).

-C’est pourtant un service de renseignement intérieur et pas extérieur comme la DGED...

-Oui mais ce service qui assure la sécurité intérieure du Royaume a ses propres relations avec les services étrangers qui sont également chargés d’assurer la sécurité intérieure dans leurs pays.

Dans le cadre de la collaboration internationale, tous les services marocains entretiennent des relations avec leurs homologues étrangers.

Dans le même temps, il y a, au niveau du Maroc, une coordination exemplaire entre la DGED et la DGST avec des réunions régulières pour étudier toutes les menaces potentielles.

Quand il n’y a pas de cloisonnement entre services de renseignements, on minimise les risques.

-Selon vous, il n’y a donc pas de guerre des polices au Maroc comme ça a pu être le cas en France ?

-Absolument pas, nous marchons main dans la main avec tous les services de sécurité qu’ils soient de renseignements ou pas.

Pour lutter contre les menaces terroristes ou autres, je fais souvent référence au célèbre manifeste du Parti communiste (publié par Karl Marx et Friedrich Engels en 1848) que j’ai transformé à ma manière.

Au lieu de « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous », je préfère dire « Polices de tous les pays, unissez vous » afin de joindre nos efforts pour essayer d’endiguer le terrorisme et la criminalité.

Ci-dessus, les révélations filmées de Abdelhak Khiame sur la lutte contre le crime organisé.

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Photo Mouad Jamal Idrissi. Médias24

Lors d’une rencontre exclusive avec Médias24, jeudi 3 janvier, au siège du BCIJ, son directeur général est revenu sur le bilan de sa brigade de lutte contre le crime organisé. Selon Abdelhak Khiame, l‘élucidation de nombreuses affaires depuis la création du BCIJ en 2015 s’explique par une collaboration exemplaire entre services nationaux de sécurité et l’absence de guerre des polices comme c’était le cas dans d'autres pays. 

 

Médias24 : En 3 ans, 5 tonnes de cocaïne ont été interceptées par vos services. Selon vous, ces résultats vont-ils décourager les cartels sud-américains de continuer à utiliser le Maroc comme pays de transit ?

-Abdelhak Khiame : Dans le cadre de l’état d’alerte maximale que vit le Maroc, nous avons découvert que ces cartels exportateurs de cocaïne ont dévié leurs routes pour éviter les dispositifs de contrôle très efficaces mis en place par les autorités américaines et mexicaines.

Sachant que leurs routes traditionnelles ont été mises hors d’état de nuire, ils ont donc opté pour un nouvel itinéraire africain en pensant que les pays du continent n’étaient pas efficaces.

Ces organisations criminelles ont manifestement fait un mauvais calcul car toutes leurs opérations utilisant le Maroc comme point de transit ont échoué grâce au travail du BCIJ et de la police judiciaire.

-Vous êtes très optimiste sachant que plusieurs cargaisons passent et que personne ne peut certifier qu'elles sont toutes interceptées...

-Peut-être mais à ce jour, nous avons porté des coups très durs aux cartels.

5 tonnes de cocaïne quasi-pure, ce n’est pas rien.

-Quel est le rôle des Marocains dans ces réseaux ?

-Les cartels de trafic de drogue ne sont pas venus au Maroc par hasard.

Les patrons de ces réseaux savent bien qu’il recèle des réseaux traditionnels de trafic de haschich vers l’Europe.

A partir de là, ils comptent donc sur l’aide de ces Marocains pour faire passer leurs cargaisons de cocaïne en Espagne

-Comment qualifier ces derniers, associés ou simples sous-traitants ?

-En règle générale, ce sont des passeurs de marchandise pour le compte de ces grandes organisations sud-américaines.

-Donc des petites mains ?

-Pas uniquement car ces réseaux sont également animés par des barons locaux de la drogue.

Lors de la dernière saisie de 1,04 tonnes de cocaïne à El Jadida, le BCIJ a découvert qu’il y avait aussi parmi les commanditaires, des Marocains installés à l’étranger.

-Quid de la Mocro-Maffia qui fait beaucoup parler d’elle en Hollande et en Belgique? Vu leurs crimes ultra-violents liés au trafic de stupéfiants, certains criminologues en parlent comme l’équivalent marocain de la Camorra ou de la Ndranghata. Avez-vous identifié ces "familles" mafieuses d’origine rifaine ?

-En matière de trafic de stupéfiants, nous disposons d’une base de données internationale grâce aux renseignements fournis par nos partenaires étrangers.

Chaque fois qu’il y a un problème lié au trafic de drogue ou au terrorisme, qui concerne un ressortissant marocain ou d’origine marocaine, nous sommes avisés pour mener nos propres enquêtes au Maroc.

Cela a été le cas lors des attentats de Barcelone où le BCIJ a lancé des investigations pour déterminer toutes les accointances des Marocains derrière ces actes terroristes.

C’est exactement la même chose quand des Marocains ou des binationaux sont impliqués dans les affaires de stupéfiants que ce soit en France ou ailleurs.

A partir de là, toutes les personnes impliquées directement ou qui font l’objet de recherche ou d’avis de diffusion par Interpol sont de facto dans notre radar.

Dès que nous avons des renseignements les concernant, nous préparons des dossiers pour voir en premier lieu si ces individus se trouvent sur le territoire national.

Si la Mocro Maffia existe, il est faux de prétendre que le trafic de drogue est uniquement tenu par des individus originaires du Maroc car ces mafias sont cosmopolites et d’essence internationale.

J’en veux pour preuve le fait que lors de notre dernière saisie de cocaïne à El Jadida, le BCIJ a interpellé plusieurs étrangers dont 3 Colombiens et 2 Espagnols.

-En dehors des saisies de cocaïne destinée à l’Europe, le Maroc devient un grand pays de consommation de psychotropes et notamment d’ecstasy dont les saisies explosent littéralement ?

-En effet mais il faut savoir qu’au départ, la majorité des saisies de psychotropes venaient d’Algérie. Ainsi, la brigade de lutte contre la criminalité organisée du BCIJ avait saisi plus de 300.000 comprimés psychotropes (rivotril surnommé Karkoubi) en provenance de notre voisin de l’Est.

Grâce aux nombreux coups de filet, les trafiquants ont changé d’itinéraire en acheminant leur marchandise d’Europe vers les ports du nord du Maroc. C’était notamment le cas de la dernière saisie d’ecstasy qui venait de Hollande dans une voiture qui a été interceptée au port de Tanger.

-Hormis la lutte contre le trafic de stupéfiants, que fait la brigade chargée du crime organisée ?

-Elle s’occupe de tous les délits et crimes stipulés dans l’article 108 du code de procédure pénale marocain.

Ce service est essentiel car il a élucidé de nombreuses affaires comme celle de Tanger où il y avait eu braquage de fourgon blindé et double homicide.

Pêle-mêle, je peux citer l’assassinat d’un MRE à Sidi Ifni, des règlements de compte entre gros dealers de drogue à Tamaris, l'assassinat du député Merdas, des démantèlements de réseau illégal d’immigration avec des documents falsifiés et beaucoup d’autres dossiers.

-Pour faire court, vos cibles ne sont que des gros poissons ?

-Effectivement car nous ne traitons pas, par exemple, les crimes passionnels …

Dès que nous avons une information de notre maison-mère (DGST), nous avisons le parquet avant de mettre en branle les procédures pour interpeller les coupables et les mettre hors d’état de nuire.

L’essentiel du travail du BCIJ concerne les affaires de terrorisme et le reste les grands crimes qui prennent de l’ampleur comme par exemple le cas du trafic de cocaïne.

Il est cependant important de préciser que nous collaborons activement avec tous les autres services de sécurité qu’ils soient nationaux (DGSN, gendarmerie, douanes …) ou étrangers.

-Avez-vous une collaboration effective avec le contre-espionnage extérieur marocain (DGED) ?

-Bien évidemment.

-Quand le Maroc avertit les services étrangers d’une menace potentielle, c’est la DGED qui s’en charge ?

-Non, c’est la DGST (direction générale de la surveillance du territoire).

-C’est pourtant un service de renseignement intérieur et pas extérieur comme la DGED...

-Oui mais ce service qui assure la sécurité intérieure du Royaume a ses propres relations avec les services étrangers qui sont également chargés d’assurer la sécurité intérieure dans leurs pays.

Dans le cadre de la collaboration internationale, tous les services marocains entretiennent des relations avec leurs homologues étrangers.

Dans le même temps, il y a, au niveau du Maroc, une coordination exemplaire entre la DGED et la DGST avec des réunions régulières pour étudier toutes les menaces potentielles.

Quand il n’y a pas de cloisonnement entre services de renseignements, on minimise les risques.

-Selon vous, il n’y a donc pas de guerre des polices au Maroc comme ça a pu être le cas en France ?

-Absolument pas, nous marchons main dans la main avec tous les services de sécurité qu’ils soient de renseignements ou pas.

Pour lutter contre les menaces terroristes ou autres, je fais souvent référence au célèbre manifeste du Parti communiste (publié par Karl Marx et Friedrich Engels en 1848) que j’ai transformé à ma manière.

Au lieu de « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous », je préfère dire « Polices de tous les pays, unissez vous » afin de joindre nos efforts pour essayer d’endiguer le terrorisme et la criminalité.

Ci-dessus, les révélations filmées de Abdelhak Khiame sur la lutte contre le crime organisé.

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