Agriculture: 2020, une année de sécheresse?

Températures hors normes et absence de pluies. Le gouvernement américain prévoit une production de céréales en forte baisse, au Maroc. Même si l'arboriculture et l'élevage s'en sortent, l'impact se fera sentir sur la croissance économique et chez les petits agriculteurs.

Agriculture : 2020, une année de sécheresse ?

Le 19 février 2020 à 14:12

Modifié le 19 février 2020 à 15:52

"On ne peut pas avoir deux années de sécheresse successives". C'est ce qu'avaient affirmé les économistes du Centre Marocain de Conjoncture en septembre dernier pour justifier leur prévision de croissance économique de 4,6% en 2020.

Nous sommes à la deuxième moitié du mois de février et tous les indicateurs montrent qu'on se dirige bel et bien vers une deuxième année de sécheresse, la troisième depuis 2016 (34 millions de quintaux de céréales en 2015-2016).

Une situation pas très rassurante et des prévisions pessimistes

Les derniers chiffres remontent à fin décembre 2019 : déficit pluviométrique de 37,6% par rapport à la campagne 2018-2019 qui, pour rappel, s'est soldée par une production céréalière en forte baisse à 52 millions de quintaux ;  un taux de remplissage des barrages à usage agricole de 47,6% au lieu de 60,2%, une année plus tôt ; une situation du couvert végétal de moyenne à faible, dans la majorité des régions agricoles du Maroc.

Et la situation ne s'est pas améliorée depuis. Hormis quelques faibles précipitations, quasiment toutes les régions ont connu une absence de pluies ces dernières semaines.

A cela s'ajoutent des températures hors normes pour un mois de février, supérieures de 5° à 6° par rapport à la normale.

Ces deux phénomènes ont un lourd impact chez les agriculteurs, qu'ils soient en bour favorable ou défavorable : chute du rendement, voire perte de production pour les semis précoces, ralentissement de la croissance des cultures entamées, suite aux dernières précipitations de fin janvier, maladies et attaques d'insectes, floraison avancée pour l'arboriculture...

Selon le département agricole américain, la production de blé au Maroc pourrait descendre à 4 millions de tonnes, soit 40 millions de quintaux. 

Limiter les dégâts reste possible. Si pour les semis précoces, les pluies tardives ne compensent jamais l'absence de précipitations en début de saison, les semis tardifs et les cultures de printemps peuvent être sauvés... si la pluie est de retour en quantité suffisante et avec une bonne répartition spatiale et temporelle. Mais, pour l'instant, la Météorologie nationale ne prévoit pas de précipitations à court terme, hormis quelques averses orageuses par endroits.

Impact attendu sur la croissance et la situation des petits agriculteurs

Certes, le poids des céréales dans la valeur ajoutée agricole a baissé, grâce au Plan Maroc Vert qui a permis de développer des filières à plus forte valeur ajoutée comme l'arboriculture fruitière (olives, agrumes...), mais les contre-performances dans la céréaliculture pèsent toujours sur la croissance économique, comme ce fut le cas en 2018-2019.

Pour les chiffres relatifs à l'année dernière, le HCP prévoit une baisse de 4,3% de la valeur ajoutée agricole, en raison de la baisse de la production céréalière, et une croissance économique limitée à 2,3%, en grande partie à cause de cette baisse.

Pour l'année 2020, les prévisions de croissance qui vont de 3,5% (HCP) à 4,6% (CMC) risquent de ne pas se réaliser car retenant des hypothèses largement favorables par rapport à l'évolution actuelle de la campagne agricole.

Changement climatique, exode rural...

Surtout, le déficit pluviométrique et la chaleur impactent lourdement la situation des petits agriculteurs qui représentent la majorité et qui vivent de l'élevage et de cultures à rendement minime. Un enjeu social important, surtout lorsqu'on sait que les sécheresses deviennent de plus en plus fréquentes et longues.

En effet, l'impact du changement climatique sur le Maroc est indéniable. Les températures moyennes sont en hausse et les sécheresses, vagues de chaleur et inondations plus fréquentes. Et la situation devrait s'aggraver selon le plus optimiste des scénarios.

Gérer la problématique de l'eau, accompagner les petits agriculteurs, fixer les populations rurales dans leurs territoires sont les plus importants défis actuels du Maroc.

Ces défis sont pris en main au plus haut niveau de l'Etat : le plan d'urgence de l'eau, la stratégie "Génération Green" visant l'émergence d'une classe moyenne rurale et le programme Intelak d'appui et de financement des entrepreneurs qui consacre une bonne partie des moyens financiers et humains au monde rural, sont autant de dispositifs qui visent à répondre à ces défis.

Agriculture: 2020, une année de sécheresse?

Le 19 février 2020 à14:44

Modifié le 19 février 2020 à 15:52

Températures hors normes et absence de pluies. Le gouvernement américain prévoit une production de céréales en forte baisse, au Maroc. Même si l'arboriculture et l'élevage s'en sortent, l'impact se fera sentir sur la croissance économique et chez les petits agriculteurs.

"On ne peut pas avoir deux années de sécheresse successives". C'est ce qu'avaient affirmé les économistes du Centre Marocain de Conjoncture en septembre dernier pour justifier leur prévision de croissance économique de 4,6% en 2020.

Nous sommes à la deuxième moitié du mois de février et tous les indicateurs montrent qu'on se dirige bel et bien vers une deuxième année de sécheresse, la troisième depuis 2016 (34 millions de quintaux de céréales en 2015-2016).

Une situation pas très rassurante et des prévisions pessimistes

Les derniers chiffres remontent à fin décembre 2019 : déficit pluviométrique de 37,6% par rapport à la campagne 2018-2019 qui, pour rappel, s'est soldée par une production céréalière en forte baisse à 52 millions de quintaux ;  un taux de remplissage des barrages à usage agricole de 47,6% au lieu de 60,2%, une année plus tôt ; une situation du couvert végétal de moyenne à faible, dans la majorité des régions agricoles du Maroc.

Et la situation ne s'est pas améliorée depuis. Hormis quelques faibles précipitations, quasiment toutes les régions ont connu une absence de pluies ces dernières semaines.

A cela s'ajoutent des températures hors normes pour un mois de février, supérieures de 5° à 6° par rapport à la normale.

Ces deux phénomènes ont un lourd impact chez les agriculteurs, qu'ils soient en bour favorable ou défavorable : chute du rendement, voire perte de production pour les semis précoces, ralentissement de la croissance des cultures entamées, suite aux dernières précipitations de fin janvier, maladies et attaques d'insectes, floraison avancée pour l'arboriculture...

Selon le département agricole américain, la production de blé au Maroc pourrait descendre à 4 millions de tonnes, soit 40 millions de quintaux. 

Limiter les dégâts reste possible. Si pour les semis précoces, les pluies tardives ne compensent jamais l'absence de précipitations en début de saison, les semis tardifs et les cultures de printemps peuvent être sauvés... si la pluie est de retour en quantité suffisante et avec une bonne répartition spatiale et temporelle. Mais, pour l'instant, la Météorologie nationale ne prévoit pas de précipitations à court terme, hormis quelques averses orageuses par endroits.

Impact attendu sur la croissance et la situation des petits agriculteurs

Certes, le poids des céréales dans la valeur ajoutée agricole a baissé, grâce au Plan Maroc Vert qui a permis de développer des filières à plus forte valeur ajoutée comme l'arboriculture fruitière (olives, agrumes...), mais les contre-performances dans la céréaliculture pèsent toujours sur la croissance économique, comme ce fut le cas en 2018-2019.

Pour les chiffres relatifs à l'année dernière, le HCP prévoit une baisse de 4,3% de la valeur ajoutée agricole, en raison de la baisse de la production céréalière, et une croissance économique limitée à 2,3%, en grande partie à cause de cette baisse.

Pour l'année 2020, les prévisions de croissance qui vont de 3,5% (HCP) à 4,6% (CMC) risquent de ne pas se réaliser car retenant des hypothèses largement favorables par rapport à l'évolution actuelle de la campagne agricole.

Changement climatique, exode rural...

Surtout, le déficit pluviométrique et la chaleur impactent lourdement la situation des petits agriculteurs qui représentent la majorité et qui vivent de l'élevage et de cultures à rendement minime. Un enjeu social important, surtout lorsqu'on sait que les sécheresses deviennent de plus en plus fréquentes et longues.

En effet, l'impact du changement climatique sur le Maroc est indéniable. Les températures moyennes sont en hausse et les sécheresses, vagues de chaleur et inondations plus fréquentes. Et la situation devrait s'aggraver selon le plus optimiste des scénarios.

Gérer la problématique de l'eau, accompagner les petits agriculteurs, fixer les populations rurales dans leurs territoires sont les plus importants défis actuels du Maroc.

Ces défis sont pris en main au plus haut niveau de l'Etat : le plan d'urgence de l'eau, la stratégie "Génération Green" visant l'émergence d'une classe moyenne rurale et le programme Intelak d'appui et de financement des entrepreneurs qui consacre une bonne partie des moyens financiers et humains au monde rural, sont autant de dispositifs qui visent à répondre à ces défis.

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