Anas Doukkali : "Au PPS, le problème s’appelle Benabdellah"

Au lendemain de l’annonce par Anas Doukkali de sa démission du bureau politique du parti du livre, Médias24 publie des extraits de l'échange qu’il a accordé à quelques journalistes pour expliquer sa décision et son opposition au retrait du gouvernement. S’il a pris quelques précautions de langage au départ, le ministre de la Santé a vite fait de concentrer ses attaques contre le secrétaire général qu’il souhaite, entre les lignes, démettre dans le cadre d’un congrès extraordinaire et peut-être même lui succéder. Histoire d’une rupture.

Anas Doukkali : « Au PPS, le problème s’appelle Benabdellah » Anas Doukkali veut faire démettre Nabil Benabdellah du SG du PPS

Le 08 octobre 2019 à 14:54

Modifié le 08 octobre 2019 à 14:58

Après un (très) long monologue devant une dizaine de journalistes où Doukkali a d’abord annoncé sa démission du BP puis expliqué que le retrait du gouvernement était "une erreur stratégique qui mènera le PPS à une déconfiture électorale en 2021", Médias24 l’a interrogé sur ses relations avec le secrétaire général de son parti.

"Je ne tenterais pas d’invalider le vote même s’il était vicié"

Visiblement remonté, il a laissé entendre que Nabil Benabdellah préparait le départ de son parti du gouvernement depuis qu’il avait été lui-même limogé de son poste de ministre en octobre 2017.

"Avant tout, je tiens à revenir sur le vote du comité central qui a validé le retrait du gouvernement.

"Contrairement à certaines rumeurs, je ne porterais pas l’affaire en justice même si je dois préciser qu’une bonne partie des gens présents et censés voter ne comprenaient pas ce qu'il se passait.

"On ne leur a pas expliqué les conséquences de ce retrait et on ne m’a pas laissé défendre ma position car mon temps de parole a été de moins de deux minutes.

Opposant de la première heure ?

"Où est la démocratie interne qui nous caractérisait et qui permet de faire entendre les voix de ceux qui ne sont pas d’accord ?

"Certains me reprocheront de ne pas avoir manifesté plus tôt mes désaccords avec le secrétaire général mais je n’ai jamais été adepte des scandales et je n’ai pas voulu salir l’image de mon parti.

"Cela ne m’a pas empêché de me prononcer plusieurs fois en interne contre les décisions unilatérales de Nabil Benabdellah comme celle de s’allier avec le PJD alors qu’en 2009, Ismail Alaoui m’avait bien spécifié que c’était une ligne rouge à ne pas franchir.

"Avec Benabdellah, le PPS est devenu une simple chambre d’enregistrement"

"Sachant qu’aujourd’hui, on se dit tout, la vérité est que le PPS est devenu au cours des 3 mandats du SG et en particulier depuis 2014, une simple chambre d’enregistrement de ses desiderata.

"A titre personnel, je n’étais pas d’accord pour qu’il rempile à la tête du PPS mais pour ne pas être accusé de menacer l’unité du parti, j’ai laissé faire.

"Depuis le congrès de mai 2018 où il a été réélu, un climat de peur s’est installé. Ainsi, chaque réunion du bureau politique était devenue l’occasion de faire le procès du gouvernement Elotmani.

"Le retrait gouvernemental dans l’air depuis le limogeage du SG"

"Certaines postures du bureau politique, complètement soumis au SG, étaient devenues complètement incompréhensibles depuis son limogeage par le Roi. J'en veux pour preuve les menaces répétées de ne pas voter le PLF 2019 alors que le budget de la santé devait augmenter de 10%.

"A chaque fois, la question du retrait du gouvernement revenait jusqu’à l’annonce du remaniement qui, selon moi, aurait pu représenter la meilleure occasion pour un nouveau souffle.

Un comité central sur mesure

"Il n’y a eu aucune préparation des esprits avant l’annonce par le BP du retrait du gouvernement mais en plus, la majorité des membres présents du comité central étaient contre la participation.

"Sur 477 votants, environ 270 étaient officiellement présents mais plutôt 200 selon mes calculs.

"Pourquoi a-t-on choisi d’organiser le vote un vendredi au lieu d’un dimanche comme le veut l’usage ?

"Certains votants n’ont rien compris ou ont été menacés et d’autres ne sont simplement pas venus.

"Pourquoi le PPS ne doit pas se retirer du gouvernement"

"Après plus de 20 années de participation gouvernementale, on décide de se retirer pour passer dans l’opposition mais contrairement à ce que l’on pense être, l’opposition c’est le repos alors que nous n’avons jamais été là pour faire de la figuration.

"Personnellement, je n’ai jamais été à mon poste pour meubler mais plutôt pour agir concrètement.

"Pourquoi partir alors que nous avons une feuille de route claire qui a été établie avant de participer aux différents gouvernements depuis 2011 ?

Le retrait du gouvernement équivaut à une déconfiture électorale en 2021

"Nous ne tirerons aucune gloire en quittant la majorité. Cela va remettre en cause notre avenir car je ne vois pas comment on peut sortir aujourd’hui du gouvernement et revenir en force en 2021.

"Si je n’ai d’autre choix que de respecter la décision du comité central, il n’en demeure pas moins que ce soit au niveau du timing ou de la manière, nous allons droit dans le mur", avance Doukkali.

Un congrès extraordinaire pour faire le bilan de Benabdellah

A une question sur son auto-exclusion du parti (voir déclaration de Charafat Afailal), notre interlocuteur se dit toujours membre du comité central et ajoute qu’il mènera le combat contre le secrétariat général à partir de cette instance qui se veut être le parlement du parti.

"Ma démission ne veut pas dire que je quitte le PPS, bien au contraire. J’appelle d’ailleurs à la convocation d’un congrès extraordinaire pour donner la parole à tous ceux qui ont été négligés (femmes et jeunes) et pour redresser la situation politique du parti", annonce le ministre en ajoutant que ce rendez-vous permettra de faire le bilan du SG et de préparer une nouvelle direction.

Ministre et/ou Secrétaire général du PPS, rien n'est exclu

A la question de savoir s’il accepterait un poste ministériel dans le prochain gouvernement, Doukkali se dit incapable de répondre mais n’exclut pas cette possibilité qui a cependant peu de chances de se concrétiser sous une étiquette partisane à moins de se présenter en technocrate.

Idem pour son éventuelle candidature à la succession de Benabdellah qu’il juge prématurée tout en laissant le soin à un congrès extraordinaire de faire le bilan du SG et d’en tirer les conclusions.

"Benabdellah est un vrai problème pour 2021"

"Pour être honnête, il y a un vrai problème de leadership avec Nabil Benabdellah et il est temps de mettre toutes les cartes sur la table sans quoi nous allons à la catastrophe en 2021", conclut Doukkali qui tout en temporisant, se présente comme une alternative au secrétaire général.

Rester ministre au prix d’une détérioration de son image

Au final, s’il se positionne comme le seul successeur d’un SG accusé de mettre en danger l’avenir du parti pour des raisons égocentriques, la tentative de Doukkali d’expliquer la nécessité de rester au gouvernement pour mener à bien sa mission a peu de chances d’être plébiscitée par l’opinion publique.

En effet, tout comme Mohamed Louafa qui avait refusé de quitter son poste de ministre de l’Education nationale après le retrait du PI du gouvernement Benkirane II, l’image de Doukkali sera sans doute écornée par sa volonté assumée de rester ministre que certains n’hésitent pas à taxer d’opportuniste…

Anas Doukkali veut faire démettre Nabil Benabdellah du SG du PPS

Anas Doukkali : "Au PPS, le problème s’appelle Benabdellah"

Le 08 octobre 2019 à14:54

Modifié le 08 octobre 2019 à 14:58

Au lendemain de l’annonce par Anas Doukkali de sa démission du bureau politique du parti du livre, Médias24 publie des extraits de l'échange qu’il a accordé à quelques journalistes pour expliquer sa décision et son opposition au retrait du gouvernement. S’il a pris quelques précautions de langage au départ, le ministre de la Santé a vite fait de concentrer ses attaques contre le secrétaire général qu’il souhaite, entre les lignes, démettre dans le cadre d’un congrès extraordinaire et peut-être même lui succéder. Histoire d’une rupture.

Après un (très) long monologue devant une dizaine de journalistes où Doukkali a d’abord annoncé sa démission du BP puis expliqué que le retrait du gouvernement était "une erreur stratégique qui mènera le PPS à une déconfiture électorale en 2021", Médias24 l’a interrogé sur ses relations avec le secrétaire général de son parti.

"Je ne tenterais pas d’invalider le vote même s’il était vicié"

Visiblement remonté, il a laissé entendre que Nabil Benabdellah préparait le départ de son parti du gouvernement depuis qu’il avait été lui-même limogé de son poste de ministre en octobre 2017.

"Avant tout, je tiens à revenir sur le vote du comité central qui a validé le retrait du gouvernement.

"Contrairement à certaines rumeurs, je ne porterais pas l’affaire en justice même si je dois préciser qu’une bonne partie des gens présents et censés voter ne comprenaient pas ce qu'il se passait.

"On ne leur a pas expliqué les conséquences de ce retrait et on ne m’a pas laissé défendre ma position car mon temps de parole a été de moins de deux minutes.

Opposant de la première heure ?

"Où est la démocratie interne qui nous caractérisait et qui permet de faire entendre les voix de ceux qui ne sont pas d’accord ?

"Certains me reprocheront de ne pas avoir manifesté plus tôt mes désaccords avec le secrétaire général mais je n’ai jamais été adepte des scandales et je n’ai pas voulu salir l’image de mon parti.

"Cela ne m’a pas empêché de me prononcer plusieurs fois en interne contre les décisions unilatérales de Nabil Benabdellah comme celle de s’allier avec le PJD alors qu’en 2009, Ismail Alaoui m’avait bien spécifié que c’était une ligne rouge à ne pas franchir.

"Avec Benabdellah, le PPS est devenu une simple chambre d’enregistrement"

"Sachant qu’aujourd’hui, on se dit tout, la vérité est que le PPS est devenu au cours des 3 mandats du SG et en particulier depuis 2014, une simple chambre d’enregistrement de ses desiderata.

"A titre personnel, je n’étais pas d’accord pour qu’il rempile à la tête du PPS mais pour ne pas être accusé de menacer l’unité du parti, j’ai laissé faire.

"Depuis le congrès de mai 2018 où il a été réélu, un climat de peur s’est installé. Ainsi, chaque réunion du bureau politique était devenue l’occasion de faire le procès du gouvernement Elotmani.

"Le retrait gouvernemental dans l’air depuis le limogeage du SG"

"Certaines postures du bureau politique, complètement soumis au SG, étaient devenues complètement incompréhensibles depuis son limogeage par le Roi. J'en veux pour preuve les menaces répétées de ne pas voter le PLF 2019 alors que le budget de la santé devait augmenter de 10%.

"A chaque fois, la question du retrait du gouvernement revenait jusqu’à l’annonce du remaniement qui, selon moi, aurait pu représenter la meilleure occasion pour un nouveau souffle.

Un comité central sur mesure

"Il n’y a eu aucune préparation des esprits avant l’annonce par le BP du retrait du gouvernement mais en plus, la majorité des membres présents du comité central étaient contre la participation.

"Sur 477 votants, environ 270 étaient officiellement présents mais plutôt 200 selon mes calculs.

"Pourquoi a-t-on choisi d’organiser le vote un vendredi au lieu d’un dimanche comme le veut l’usage ?

"Certains votants n’ont rien compris ou ont été menacés et d’autres ne sont simplement pas venus.

"Pourquoi le PPS ne doit pas se retirer du gouvernement"

"Après plus de 20 années de participation gouvernementale, on décide de se retirer pour passer dans l’opposition mais contrairement à ce que l’on pense être, l’opposition c’est le repos alors que nous n’avons jamais été là pour faire de la figuration.

"Personnellement, je n’ai jamais été à mon poste pour meubler mais plutôt pour agir concrètement.

"Pourquoi partir alors que nous avons une feuille de route claire qui a été établie avant de participer aux différents gouvernements depuis 2011 ?

Le retrait du gouvernement équivaut à une déconfiture électorale en 2021

"Nous ne tirerons aucune gloire en quittant la majorité. Cela va remettre en cause notre avenir car je ne vois pas comment on peut sortir aujourd’hui du gouvernement et revenir en force en 2021.

"Si je n’ai d’autre choix que de respecter la décision du comité central, il n’en demeure pas moins que ce soit au niveau du timing ou de la manière, nous allons droit dans le mur", avance Doukkali.

Un congrès extraordinaire pour faire le bilan de Benabdellah

A une question sur son auto-exclusion du parti (voir déclaration de Charafat Afailal), notre interlocuteur se dit toujours membre du comité central et ajoute qu’il mènera le combat contre le secrétariat général à partir de cette instance qui se veut être le parlement du parti.

"Ma démission ne veut pas dire que je quitte le PPS, bien au contraire. J’appelle d’ailleurs à la convocation d’un congrès extraordinaire pour donner la parole à tous ceux qui ont été négligés (femmes et jeunes) et pour redresser la situation politique du parti", annonce le ministre en ajoutant que ce rendez-vous permettra de faire le bilan du SG et de préparer une nouvelle direction.

Ministre et/ou Secrétaire général du PPS, rien n'est exclu

A la question de savoir s’il accepterait un poste ministériel dans le prochain gouvernement, Doukkali se dit incapable de répondre mais n’exclut pas cette possibilité qui a cependant peu de chances de se concrétiser sous une étiquette partisane à moins de se présenter en technocrate.

Idem pour son éventuelle candidature à la succession de Benabdellah qu’il juge prématurée tout en laissant le soin à un congrès extraordinaire de faire le bilan du SG et d’en tirer les conclusions.

"Benabdellah est un vrai problème pour 2021"

"Pour être honnête, il y a un vrai problème de leadership avec Nabil Benabdellah et il est temps de mettre toutes les cartes sur la table sans quoi nous allons à la catastrophe en 2021", conclut Doukkali qui tout en temporisant, se présente comme une alternative au secrétaire général.

Rester ministre au prix d’une détérioration de son image

Au final, s’il se positionne comme le seul successeur d’un SG accusé de mettre en danger l’avenir du parti pour des raisons égocentriques, la tentative de Doukkali d’expliquer la nécessité de rester au gouvernement pour mener à bien sa mission a peu de chances d’être plébiscitée par l’opinion publique.

En effet, tout comme Mohamed Louafa qui avait refusé de quitter son poste de ministre de l’Education nationale après le retrait du PI du gouvernement Benkirane II, l’image de Doukkali sera sans doute écornée par sa volonté assumée de rester ministre que certains n’hésitent pas à taxer d’opportuniste…

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