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ECONOMIE

Artisanat: la filière bijouterie-joaillerie brille-t-elle toujours?

Une conférence thématique autour de la filière bijouterie-joaillerie a été organisée ce 14 février à Marrakech, en marge des travaux de la 5è semaine nationale de l’artisanat – qui se tient jusqu’au 17 février à la cité ocre. Une conférence axée surtout sur le passé...

Artisanat: la filière bijouterie-joaillerie brille-t-elle toujours?
Zakaria Boulahya
Le 14 février 2019 à 18h07 | Modifié 11 avril 2021 à 2h39

Histoire de l’artisanat national depuis la préhistoire, valeurs véhiculées par les bijoux marocains, témoignages d’artisans sur leur parcours,… C’est ainsi que s’est déroulé l’essentiel de la conférence thématique sur la filière bijouterie-joaillerie, ce jeudi 14 février, en marge de la tenue de la 5è semaine nationale de l’Artisanat à Marrakech.

Une conférence qui a soigneusement évité son thème central, à savoir l’état et les perspectives de la filière bijouterie-joaillerie. Bien que présente, l’intervention de la secrétaire d’Etat en charge de l’Artisanat, Jamila Moussali, n’a pas vraiment rehaussé le débat.

Cette dernière s’est globalement contenté de généralités: les artisans doivent se structurer et se former, le secrétariat d’Etat prône une approche participative, la commercialisation doit se faire sur internet, l’artisanat est un art,…

Rien par contre sur les difficultés que rencontrent les artisans de cette filière. Interrogés par Médias24 lors de la journée inaugurale de la semaine de l’Artisanat, plusieurs artisans ont pourtant émis des griefs: l’approvisionnement en matières premières - notamment l’argent, devient de plus en plus difficile, absence quasi-totale d’accompagnement en dehors des salons professionnels, vol et reproduction illicite de designs – au détriment d’artisans marocains qui ont le tort de tenter leur chance sur internet – comme recommandé par Jamila Moussali.

Sur ce dernier point, les artisans dénoncent essentiellement le coût élevé de l’enregistrement de leurs créations auprès de l’OMPIC – 5 modèles revenant à 700 DH d’après un témoignage recueilli par Médias24. Or, chaque artisan dispose de dizaines de modèles dans son atelier… Et à supposer que l'enregistrement soit fait, comment appliquer la loi et faire valoir ses droits dans le désordre général?

Le secteur toujours sans stratégie

Par coïncidence, un atelier de formation sur la commercialisation des produits artisanaux – notamment en ligne, s’est déroulé ce matin même en marge de la conférence thématique. Interrogés par Médias24 à leur sortie de formation, les participants nous ont annoncé que la problématique de la propriété intellectuelle des modèles artisanaux n’a pas du tout été abordée !

Le secrétariat d’Etat à l’Artisanat a tout de même mené des actions concrètes en matière de formation. 12 conventions de formation par apprentissage ont été signées par le département de tutelle et le ministère de l’Education nationale, visant la formation de 65.370 apprentis à l’horizon 2021.

Au sein du centre de formation en artisanat situé à Casablanca – dans l’esplanade de la mosquée Hassan II, les étudiants expérimentent différentes approches de création, avec un mélange original de matériaux et de couleurs. L’objectif étant de redynamiser l’artisanat national à travers l’innovation, en gardant pour socle la richesse du patrimoine marocain.

Des initiatives similaires existent, comme le salon Minyadina, où les artisans rencontrent des designers, des décorateurs,… Toutefois, ces initiatives demeurent isolées, en l’absence d’une véritable vision pour moderniser le secteur.

Car l’artisanat national navigue effectivement à vue, depuis l’arrivée à terme en 2015 du contrat-programme du secteur. Jamila Moussali a confirmé, lors de cette conférence, que l’étude destinée à élaborer une nouvelle stratégie nationale de l’artisanat était toujours en cours. Sans plus de précision quant à sa finalisation…

La filière bijouterie-joaillerie en perte de vitesse ?

Selon les statistiques officielles, la filière bijouterie-joaillerie emploie plus de 8.000 artisans et réalise un chiffre d’affaires dépassant les 2 MMDH. Bien que des données détaillées n’ont été communiquées sur les exportations marocaines de la filière, alors que des statistiques sont disponibles, un responsable du secteur soutient que les créations marocaines, en bijouterie-joaillerie artisanale, sont en perte de vitesse à l’international.

Principalement à cause des concurrences italienne et turque. Ce que l’on reproche aux produits artisanaux marocains destinés à l’export, toujours selon ce responsable qui a préféré garder l’anonymat, c’est essentiellement la «pauvreté» de la matière première – surtout l’argent, ainsi que la qualité de la finition, jugée moyenne en comparaison avec les concurrents…

Le salut viendra-t-il de la modernisation des designs ? Probablement, surtout si l’on veut positionner les créations marocaines à l’international. Quant à la qualité des produits finis, l’une des solutions consisterait peut être à analyser le travail des maîtres-artisans avec des yeux d’ingénieurs, segmenter leur savoir-faire ancestral en process bien définis, qui serviraient de mètre-étalon à l’ensemble de l’artisanat national…

La stratégie du ministère n'est pas lisible. Dans un événement comme celui-ci, le meilleur a côtoyé le pire. L'artisanat à fort contenu culturel a été mis en avant en même temps que l'artisanat utilitaire. On ne sait pas si la stratégie officielle consiste à favoriser l'export, l'emploi, la valeur ajoutée, la création ou tout cela à la fois. ET surtout, on ne sait pas comment.

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Zakaria Boulahya
Le 14 février 2019 à 18h07

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