Ce que pèse la région de Souss-Massa, futur pôle économique central du Maroc

Le Roi a appelé à ériger la région de Souss-Massa en pôle économique reliant le nord et le sud du Maroc. Que pèse cette région ? Quels sont ses atouts et ses défis ? Quels sont les projets en cours de réalisation ? Eléments de réponse.

Ce que pèse la région de Souss-Massa, futur pôle économique central du Maroc

Le 14 novembre 2019 à 18:28

Modifié le 14 novembre 2019 à 18:43

Le Roi Mohammed VI a lancé cet appel dans son discours de la Marche Verte prononcé le 6 novembre dernier. La région doit rayonner au centre du pays, entre Tanger au Nord et Oujda à l’Est d’une part, et les provinces du Sud d’autre part.

"Il est inconcevable qu’en dépit de la centralité géographique de la région d’Agadir, en dépit de ses ressources, de ses potentialités, certaines infrastructures de base s’arrêtent à la hauteur de Marrakech", a estimé le Souverain. D’où son appel à réfléchir sérieusement à l’établissement d’une ligne ferroviaire Marrakech-Agadir, à développer le réseau routier, et plus généralement à hisser la région Souss-Massa en pôle économique reliant les parties septentrionale et méridionale du Maroc. En d'autres termes, Agadir deviendrait un pôle économique comme Casablanca et Tanger.

Cet appel va certainement susciter une dynamique dont on ne mesure pas encore l’ampleur. "Le discours de Sa Majesté s’adressait au gouvernement, aux régions concernées et également aux ministres de différents secteurs comme le tourisme, l’agriculture, l’industrie ou l’aménagement du territoire", nous disait une source bien informée dans un précédent article.

Quelle est aujourd’hui la situation de la région Souss-Massa ?

Souss-Massa à la traine face aux régions locomotives

Les dernières données économiques de la région remontent à 2017. Selon le HCP, Souss-Massa est la 7ème région du Maroc en termes de PIB, avec près de 70 milliards de DH, soit une contribution de 6,6% au PIB national. Elle affiche un PIB par habitant de 25.161 DH, en dessous de la moyenne nationale qui est de 30.510 DH.

En 2017, la région a réalisé une croissance économique de 1,1% seulement, contribuant ainsi par 0,1 point à la croissance nationale (4,2%).

En termes de dépenses de consommation des ménages, Souss-Massa arrive en 6ème position, avec 43,5 milliards de DH, soit 7,1% des dépenses nationales et 15.658 DH par habitant (contre une moyenne nationale de 17.499 DH).

La région est donc un peu à la traine face aux locomotives que sont Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra, Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Marrakech-Safi et Fès-Meknès. Et ce, malgré ses potentialités : 7,6% de la superficie du Maroc (53.790 km2), un milieu naturel d'une grande diversité, une population volontaire pour le travail et l'investissement, une richesse agricole et halieutique et de grands atouts touristiques.

(Source : AgadirInvest)

Une structure productive rigide

L'économie de la région repose sur trois principales filières traditionnelles : agriculture-agroalimentaire, pêche et tourisme. Au fil des années, cette structure n'a pas été diversifiée.

Le secteur primaire (agriculture, forêt et pêche), une des principales locomotives économiques de la région, est en perte de vitesse. Il ne génère plus de 18% de son PIB et 9,8% de la croissance de la valeur ajoutée primaire au niveau national, derrière Rabat-Salé-Kénitra, Fès-Meknès, Casablanca-Settat et Marrakech-Safi.

Le secteur secondaire (BTP, mines et énergie, industrie), dominé par l’agroalimentaire (transformation des produits agricoles et de la mer), génère une part stable de 19% du PIB de la région. Il est 6ème plus gros contributeur à la VA du secteur secondaire national avec une part de 4,8%.

Enfin, le tertiaire (services, commerce…), dominé par le tourisme et le commerce traditionnel, génère 53% du PIB de la région et contribue à hauteur de 6,7% à la VA du secteur tertiaire national.

Le reste est constitué des impôts nets des subventions.

Principaux indicateurs de la région de Souss-Massa
Superficie 53 789 km² (7,6% du territoire national)
Superficie agricole utile 451 165ha
Nombre d'habitants (2014) 2 657 906 (56% d'urbains)
Population en âge de travailler (15-59 ans) 62,1%
Taux d'analphabétisme 33,1%
Diplômés du supérieur 5,4%
Taux de chômage (2019) 11,4%
Taux d'activité 42,1%
Taux d'emploi 37,2%
PIB (2017) 69 917 MDH
Croissance 1,1%
PIB par habitant 25 161 DH
Dépenses de consommation 43 511 MDH
Dépenses par habitant 15 658 DH
Poids du secteur primaire 18,4%
Poids du secteur secondaire 19,1%
Poids du secteur tertiaire 50,7%

Déficits sociaux et retard de développement humain

La région fait face à de multiples défis économiques et sociaux. A commencer par la démographie.

Souss-Massa compte 2,66 millions d’habitants, selon le dernier recensement général de 2014. Sa population s’accroît plus vite que la moyenne nationale et compte près de 2/3 de personnes en âge de travailler (15-59 ans).

En plus de l’évolution démographique intrinsèque de la région, celle-ci connait un exode rural massif. Ce qui exerce une pression sur les marchés de l’emploi et de l’habitat ainsi que sur les services publics de base.

Au troisième trimestre 2019, Souss-Massa affichait un taux de chômage de 11,7%, supérieur à la moyenne nationale (9,4%). La région concentre 9,4% des chômeurs au niveau national.

Surtout, elle affiche un taux d’activité (42,1%) et un taux d’emploi (37,2%) très bas et inférieurs à la moyenne nationale (44,9% et 37,2%).

Et la qualité de l’emploi laisse à désirer. Si près des deux tiers des personnes en activité sont des salariés du secteur privé et public, il y a une précarité sociale encore importante chez les travailleurs saisonniers, surtout dans le domaine agricole.

En termes d’habitat, le plan de développement régional à l’horizon 2022 souligne un déficit de développement urbain face à l’exode rural galopant, et un ralentissement des mises en chantier de logements, notamment sociaux.

A noter que plus des deux tiers des 600.000 ménages de la région habitent dans des maisons marocaines et que 74% sont propriétaires.

Souss-Massa enregistre également de grands retards en matière de développement humain. Elle a un taux d’analphabétisme supérieur à la moyenne nationale (33% contre 31%) et seuls 5,4% de la population a un diplôme de niveau supérieur (73% ont le niveau primaire ou moins).

Le PDR note par ailleurs une forte pression sur les établissements éducatifs en milieu urbain (du fait de l’exode rurale), des problèmes d’accès aux prestations de santé de base pour la mère et l’enfant, particulièrement en zone rurale, et un nombre élevé de localités rurales encore enclavées.

La région se cherche une vocation économique

Les défis sur le plan économique ne sont pas moins nombreux :

- Ralentissement économique et forte dépendance de trois secteurs traditionnels (tourisme, agriculture, pêche).

- Tassement du secteur du BTP et de l’investissement privé ; investissement public inférieur à la moyenne nationale.

- Faible attractivité de la région : absence de vocation claire, retard dans la mise en place de conditions de facilitation de l’investissement, infrastructures inexistantes ou vieillissante…

En plus de ces défis globaux, plusieurs contraintes sectorielles sont mises en avant :

- capacité portuaire limitée et faible compétitivité pour la transformation des produits de la pêche,

- stress hydrique et manque de compétitivité logistique pour l’agriculture,

- établissements vieillissants et manque d’animation et d’infrastructures dans le tourisme,

- un secteur du commerce miné par l’informel…

Des chantiers s'accélèrent... mais l'appel du Roi change la donne

Depuis 2017, la région s’est dotée d’un PDR comportant 25 projets structurants. Et en janvier 2018, la déclinaison régionale du Plan d’accélération industrielle au niveau du Souss-Massa a été officiellement lancée. Après un rappel à l’ordre du Roi en novembre 2018, ce chantier semble s’accélérer. Les travaux de la zone franche d’exportation ont été lancés en mai dernier.

D’autres projets avancent ou commencent à prendre forme, comme l’expansion de l’Agropole de Souss-Massa, la station de dessalement d’eau de mer d’Agadir, l'extension du port de la ville, la station Taghazout Bay ou l’autoroute de contournement de la capitale du Souss.

En 2020, le budget général de l’Etat et les entreprises et établissements publics ont prévu une série d’investissements détaillés ci-dessous.

Mais avec l’appel du Roi pour transformer la région en un pôle économique central du pays, le développement futur de Souss-Massa prendra une ampleur beaucoup plus grande et mobilisera les efforts de plusieurs acteurs publics et privés au cours des prochaines années. La région est appelée à changer de visage et de poids d’ici 20 ans…

(Investissements du budget général de l'Etat prévus en 2020)

(Investissements des EEP prévus en 2020)

Source: rapport sur la répartition régionale de l'investissement accompagnant le PLF 2020

Ce que pèse la région de Souss-Massa, futur pôle économique central du Maroc

Le 14 novembre 2019 à18:43

Modifié le 14 novembre 2019 à 18:43

Le Roi a appelé à ériger la région de Souss-Massa en pôle économique reliant le nord et le sud du Maroc. Que pèse cette région ? Quels sont ses atouts et ses défis ? Quels sont les projets en cours de réalisation ? Eléments de réponse.

Le Roi Mohammed VI a lancé cet appel dans son discours de la Marche Verte prononcé le 6 novembre dernier. La région doit rayonner au centre du pays, entre Tanger au Nord et Oujda à l’Est d’une part, et les provinces du Sud d’autre part.

"Il est inconcevable qu’en dépit de la centralité géographique de la région d’Agadir, en dépit de ses ressources, de ses potentialités, certaines infrastructures de base s’arrêtent à la hauteur de Marrakech", a estimé le Souverain. D’où son appel à réfléchir sérieusement à l’établissement d’une ligne ferroviaire Marrakech-Agadir, à développer le réseau routier, et plus généralement à hisser la région Souss-Massa en pôle économique reliant les parties septentrionale et méridionale du Maroc. En d'autres termes, Agadir deviendrait un pôle économique comme Casablanca et Tanger.

Cet appel va certainement susciter une dynamique dont on ne mesure pas encore l’ampleur. "Le discours de Sa Majesté s’adressait au gouvernement, aux régions concernées et également aux ministres de différents secteurs comme le tourisme, l’agriculture, l’industrie ou l’aménagement du territoire", nous disait une source bien informée dans un précédent article.

Quelle est aujourd’hui la situation de la région Souss-Massa ?

Souss-Massa à la traine face aux régions locomotives

Les dernières données économiques de la région remontent à 2017. Selon le HCP, Souss-Massa est la 7ème région du Maroc en termes de PIB, avec près de 70 milliards de DH, soit une contribution de 6,6% au PIB national. Elle affiche un PIB par habitant de 25.161 DH, en dessous de la moyenne nationale qui est de 30.510 DH.

En 2017, la région a réalisé une croissance économique de 1,1% seulement, contribuant ainsi par 0,1 point à la croissance nationale (4,2%).

En termes de dépenses de consommation des ménages, Souss-Massa arrive en 6ème position, avec 43,5 milliards de DH, soit 7,1% des dépenses nationales et 15.658 DH par habitant (contre une moyenne nationale de 17.499 DH).

La région est donc un peu à la traine face aux locomotives que sont Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra, Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Marrakech-Safi et Fès-Meknès. Et ce, malgré ses potentialités : 7,6% de la superficie du Maroc (53.790 km2), un milieu naturel d'une grande diversité, une population volontaire pour le travail et l'investissement, une richesse agricole et halieutique et de grands atouts touristiques.

(Source : AgadirInvest)

Une structure productive rigide

L'économie de la région repose sur trois principales filières traditionnelles : agriculture-agroalimentaire, pêche et tourisme. Au fil des années, cette structure n'a pas été diversifiée.

Le secteur primaire (agriculture, forêt et pêche), une des principales locomotives économiques de la région, est en perte de vitesse. Il ne génère plus de 18% de son PIB et 9,8% de la croissance de la valeur ajoutée primaire au niveau national, derrière Rabat-Salé-Kénitra, Fès-Meknès, Casablanca-Settat et Marrakech-Safi.

Le secteur secondaire (BTP, mines et énergie, industrie), dominé par l’agroalimentaire (transformation des produits agricoles et de la mer), génère une part stable de 19% du PIB de la région. Il est 6ème plus gros contributeur à la VA du secteur secondaire national avec une part de 4,8%.

Enfin, le tertiaire (services, commerce…), dominé par le tourisme et le commerce traditionnel, génère 53% du PIB de la région et contribue à hauteur de 6,7% à la VA du secteur tertiaire national.

Le reste est constitué des impôts nets des subventions.

Principaux indicateurs de la région de Souss-Massa
Superficie 53 789 km² (7,6% du territoire national)
Superficie agricole utile 451 165ha
Nombre d'habitants (2014) 2 657 906 (56% d'urbains)
Population en âge de travailler (15-59 ans) 62,1%
Taux d'analphabétisme 33,1%
Diplômés du supérieur 5,4%
Taux de chômage (2019) 11,4%
Taux d'activité 42,1%
Taux d'emploi 37,2%
PIB (2017) 69 917 MDH
Croissance 1,1%
PIB par habitant 25 161 DH
Dépenses de consommation 43 511 MDH
Dépenses par habitant 15 658 DH
Poids du secteur primaire 18,4%
Poids du secteur secondaire 19,1%
Poids du secteur tertiaire 50,7%

Déficits sociaux et retard de développement humain

La région fait face à de multiples défis économiques et sociaux. A commencer par la démographie.

Souss-Massa compte 2,66 millions d’habitants, selon le dernier recensement général de 2014. Sa population s’accroît plus vite que la moyenne nationale et compte près de 2/3 de personnes en âge de travailler (15-59 ans).

En plus de l’évolution démographique intrinsèque de la région, celle-ci connait un exode rural massif. Ce qui exerce une pression sur les marchés de l’emploi et de l’habitat ainsi que sur les services publics de base.

Au troisième trimestre 2019, Souss-Massa affichait un taux de chômage de 11,7%, supérieur à la moyenne nationale (9,4%). La région concentre 9,4% des chômeurs au niveau national.

Surtout, elle affiche un taux d’activité (42,1%) et un taux d’emploi (37,2%) très bas et inférieurs à la moyenne nationale (44,9% et 37,2%).

Et la qualité de l’emploi laisse à désirer. Si près des deux tiers des personnes en activité sont des salariés du secteur privé et public, il y a une précarité sociale encore importante chez les travailleurs saisonniers, surtout dans le domaine agricole.

En termes d’habitat, le plan de développement régional à l’horizon 2022 souligne un déficit de développement urbain face à l’exode rural galopant, et un ralentissement des mises en chantier de logements, notamment sociaux.

A noter que plus des deux tiers des 600.000 ménages de la région habitent dans des maisons marocaines et que 74% sont propriétaires.

Souss-Massa enregistre également de grands retards en matière de développement humain. Elle a un taux d’analphabétisme supérieur à la moyenne nationale (33% contre 31%) et seuls 5,4% de la population a un diplôme de niveau supérieur (73% ont le niveau primaire ou moins).

Le PDR note par ailleurs une forte pression sur les établissements éducatifs en milieu urbain (du fait de l’exode rurale), des problèmes d’accès aux prestations de santé de base pour la mère et l’enfant, particulièrement en zone rurale, et un nombre élevé de localités rurales encore enclavées.

La région se cherche une vocation économique

Les défis sur le plan économique ne sont pas moins nombreux :

- Ralentissement économique et forte dépendance de trois secteurs traditionnels (tourisme, agriculture, pêche).

- Tassement du secteur du BTP et de l’investissement privé ; investissement public inférieur à la moyenne nationale.

- Faible attractivité de la région : absence de vocation claire, retard dans la mise en place de conditions de facilitation de l’investissement, infrastructures inexistantes ou vieillissante…

En plus de ces défis globaux, plusieurs contraintes sectorielles sont mises en avant :

- capacité portuaire limitée et faible compétitivité pour la transformation des produits de la pêche,

- stress hydrique et manque de compétitivité logistique pour l’agriculture,

- établissements vieillissants et manque d’animation et d’infrastructures dans le tourisme,

- un secteur du commerce miné par l’informel…

Des chantiers s'accélèrent... mais l'appel du Roi change la donne

Depuis 2017, la région s’est dotée d’un PDR comportant 25 projets structurants. Et en janvier 2018, la déclinaison régionale du Plan d’accélération industrielle au niveau du Souss-Massa a été officiellement lancée. Après un rappel à l’ordre du Roi en novembre 2018, ce chantier semble s’accélérer. Les travaux de la zone franche d’exportation ont été lancés en mai dernier.

D’autres projets avancent ou commencent à prendre forme, comme l’expansion de l’Agropole de Souss-Massa, la station de dessalement d’eau de mer d’Agadir, l'extension du port de la ville, la station Taghazout Bay ou l’autoroute de contournement de la capitale du Souss.

En 2020, le budget général de l’Etat et les entreprises et établissements publics ont prévu une série d’investissements détaillés ci-dessous.

Mais avec l’appel du Roi pour transformer la région en un pôle économique central du pays, le développement futur de Souss-Massa prendra une ampleur beaucoup plus grande et mobilisera les efforts de plusieurs acteurs publics et privés au cours des prochaines années. La région est appelée à changer de visage et de poids d’ici 20 ans…

(Investissements du budget général de l'Etat prévus en 2020)

(Investissements des EEP prévus en 2020)

Source: rapport sur la répartition régionale de l'investissement accompagnant le PLF 2020

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