Coronavirus : Le Maroc se prépare à un éventuel choc sur ses réserves en devises

Baisse des exportations, arrêt du tourisme, recul des transferts des MRE et des IDE... Un choc sur la balance des paiements est fort probable et le risque d'effritement de nos réserves de change est bien réel. Le Maroc ira-t-il jusqu'à tirer sur la ligne de précaution de liquidité du FMI ?

Coronavirus : Le Maroc se prépare à un éventuel choc sur ses réserves en devises

Le 25 mars 2020 à 11:20

Modifié le 26 mars 2020 à 11:08

Pour faire face à la pandémie du Covid-19, le Maroc a pris des décisions essentielles sur le plan sanitaire mais ayant un coût important sur le plan économique. La plus drastique étant la fermeture de toutes ses frontières au transport de personnes. 

Cela s'est traduit par l'arrêt total de l'activité touristique dans toutes ses composantes. Au-delà de l'impact sur les opérateurs de ce secteur et sur les emplois qu'ils assurent, cet arrêt va impacter la balance des paiements du Maroc et donc nos réserves de change. 

La menace est d'autant plus grande qu'en plus du tourisme, d'autres secteurs pourvoyeurs de devises pour le Maroc subissent de plein fouet les effets de la crise à l'échelle nationale et mondiale. 

Les principales rentrées de devises pour le Maroc sont globalement :

- les exportations automobiles (77,1 MMDH en 2019), agricoles et agroalimentaires (60,8 MMDH), de phosphates et dérivés (48,9 MMDH), de textile (37 MMDH)

- les recettes touristiques  (78,7 MMDH)

- les transfert des MRE (64,9 MMDH)

- les IDE (18,2 MMDH).

Tous ces secteurs sont aujourd'hui sinon à l'arrêt, du moins fortement touchés par le contexte national et international.

Il y a zéro touristes depuis que le Maroc a décidé de fermer toutes ses liaisons aériennes à cause du Covid-19 jusqu'à nouvel ordre. 

A cause de la propagation de la pandémie au Maroc, avec 170 cas déclarés à ce jour, et des perturbations de la chaine d'approvisionnement, les locomotives de l'industrie automobile, Renault et PSA, ont été obligées de suspendre la production. En plus, le secteur devenu premier exportateur du pays aura une année difficile à l'export vue la situation des marchés clients, notamment européens.

Pour les mêmes raisons, d'autres secteurs, comme le textile et cuir, sont également dans l'expectative ou envisagent une mauvaise année. 

Pas encore d'impact important sur la balance des paiements 

Les IDE, dont le flux était déjà en baisse de 46,8% en 2019, ne devraient pas se redresser à court terme, compte tenu de la situation mondiale. S'agissant des transferts des MRE, des sources sûres confient à Médias24 "que les flux enregistrent une baisse" à cause de la situation en Europe, nouvel épicentre de la pandémie Covid-19. 

Ces évolutions montrent, sans équivoque, que les rentrées de devises enregistreront une baisse certaine. Mais quel impact sur notre balance des paiements ?  "La crise n'a pas encore un impact important sur la balance des paiements. Ses effets seront visibles dans les deux à trois mois qui arrivent", nous explique une source informée. 

C'est ce que confirme cet autre haut responsable dans l'Administration. "Les règlements se font à l'import et à l'export, entre 90 et 120 jours, les flux actuels à l'encaissement ou au décaissement se font normalement. Mais c'est au niveau des opérations effectuées aujourd'hui et qui seront réglées dans 90 j ou 120 j qu'il y aura un impact. Le problème surviendra donc dans trois mois au minimum", nous explique-t-on.

L'impact sera donc différé. Ce sont les opérations d'importation passées au cours du mois de mars qui risquent de poser problème car en face il n'y aura pas assez de rentrées de devises pour couvrir les échéances qui tomberont durant les 90 à 120 prochains jours. N'est-il pas judicieux de limiter les sorties de devises et d'éviter les importations superflues ou non essentielles ? 

"Aucune restriction pour le moment sur les devises, nous faisons un suivi permanent de l'évolution. Ce qu'il y a actuellement, c'est une pression psychologique et une vigilance", rapporte une source sûre.

C'est ce que nous confirme aussi une autre source informée: "Il y a des faits incontestables à savoir la baisse des rentrées de devises, bien que pour les recettes MRE c'est discutable car les transferts sont toujours là. On suit de très près l'évolution de la situation pour voir à quel rythme s'opère la baisse et nous alimentons le gouvernement et le comité de veille avec les données pour qu'ils puissent prendre les décisions qui s'imposent", nous confie-t-elle. 

Le marché interbancaire de devises, "normal" pour l'instant

Qu'en est-il du marché interbancaire de la devise ? Les salles de marchés ressentent-elles une pression ? Rappelons que le Maroc a entamé la deuxième phase de la flexibilité des changes le lundi 9 mars en élargissant la bande de fluctuation du dirham, de +ou- 2,5% à +ou- 5%. Médias24 a sondé deux salles de marchés de la place. 

"Nous n'avons pas d'événement particulier pour le moment. Il y a une légère pression mais nous ne sommes pas en situation de stress extrême", explique une de nos sources. "Les conditions de changes sont correctes à légèrement négatives. La banque centrale est là pour assurer la liquidité s'il le faut. Ce sont surtout les exportations qui manquent un peu", poursuit-elle. 

Un avis qui n'est pas partagé dans la profession. "Nous n'avons pas reçu de note de l'office des changes pour restreindre les opérations. Mais il y a peu de liquidités sur le marché", explique cet autre responsable dans une salle de marchés. "Certaines banques priorisent leurs clients par exemple les pétroliers ou les grands industriels d'abord, ensuite ce qui reste est servi aux autres avec des fourchettes très larges. La situation va se tendre de plus en plus", prévient-il. 

Les banques étaient devenues autonomes et gèrent leurs liquidités sur le marché interbancaire national ou international sans aucune intervention de Bank Al-Maghrib dont la dernière intervention remonte à 2 ans. Mais leurs positions de change sont légèrement déficitaires même en temps d'activité normale. Avec cette crise qui s'annonce, Bank Al Maghrib devra certainement intervenir de nouveau et donc puiser dans les réserves pour répondre à la demande en devises. 

 Plus de 240 milliards de DH de réserves en devises

Dans une réponse aux questions de Médias24 après la tenue du dernier conseil de Bank Al Maghrib, le gouverneur Abdellatif Jouahri s'est montré préoccupé.

"Il faudrait d’abord rappeler que le niveau actuel des réserves de change est adéquat et permet de couvrir l’équivalent de plus de 5 mois d'importations de biens et services. Ceci dit, les développements liés à la pandémie Covid-19 se succèdent de manière très rapide, malheureusement dans un sens préoccupant. Cela créé une forte incertitude, et il est difficile de prévoir comment la situation évoluera au cours des prochaines semaines", a-t-il déclaré.

"Nous sommes en train d’identifier les différents scénarios et les actions qui pourraient en atténuer l’impact y compris toutes les possibilités dont nous disposons pour renforcer notre matelas de réserves de change". 

L’encours des réserves internationales nettes s’est établi au terme de l’année 2019 à 245,6 milliards de dirhams, soit l’équivalent de 5 mois et 12 jours d’importations de biens et services. Ces réserves risquent d'être fortement sollicitées pour faire face aux engagements de paiement du Maroc.

Jouahri s'est gardé de préciser "les possibilités" dont dispose le Maroc pour renforcer le matelas de réserves. 

La baisse de la facture énergétique en contrebalance

Pour un expert, ce qui rend la prise de décision difficile pour nos responsables, "c'est qu'il est difficile de faire des prévisions. Personne ne peut dire réellement comment les choses peuvent évoluer. Nous sommes face à un événement qui n’a jamais été testé, on ne peut pas faire des analyses ou avoir des probabilités sur les répercussions que cela pourrait avoir", nous explique-t-il.

"C’est un événement d’une ampleur inédite, c’est vraiment compliqué. On ne sait pas encore comment les secteurs vont réagir. On anticipe bien sûr qu’il y aura une baisse des différentes rubriques aussi bien à l’export qu'à l’import".

Pour ce fin connaisseur du marché des changes, certes les opérations d'export vont baisser, impactant les rentrées de devises, mais les opérations d'import devront également baisser. "C’est vrai que les exportations, les recettes touristiques et des MRE vont baisser, mais de l’autre côté nous n’allons pas continuer à consommer de la même manière. Vu qu’il y a moins de demandes et des perturbations chez les producteurs étrangers, les opérateurs marocains vont moins importer ce qui induira moins de sorties de devises", analyse-t-il.

"Il faut aussi savoir que la baisse des rentrées de devises sera contrebalancée par la chute de la facture énergétique. Nous avions une hypothèse pour le prix du pétrole à 60 dollars le baril, nous sommes aujourd'hui à 26 dollars", ajoute-t-il. En effet, les cours internationaux se sont effondrés et s'ils restent sur cette tendance, la facture énergétique sera moins salée que les années précédentes. 

La LPL en dernier recours

Pour notre expert, on ne peut savoir si Bank Al Maghrib sera obligé de puiser dans les réserves. "On ne le voit pas pour l’instant. C'est impossible à prévoir sur la base de deux ou trois semaines de crise. Ce n’est pas encore significatif. Par ailleurs, il faut savoir que le gros de la devise rentre l’été. Si la devise ne rentre pas pendant l’été, oui cela sera peut-être problématique et impactera le niveau des réserves de changes. A ce moment-là, l’Etat marocain pourrait recourir à d’autres mécanismes pour reconstituer ses avoirs extérieurs". 

Les mécanismes dont parle notre expert et qui font écho aux "possibilités pour renforcer le matelas de réserves de change" évoqué par le gouverneur de la banque centrale sont de deux natures : une autre sortie souveraine sur le marché international ou la ligne de précaution et de liquidité du FMI.

En novembre 2019, le Maroc a marqué son retour sur le marché financier international en levant un milliard d'euros sur 12 ans avec des conditions exceptionnellement avantageuses.

Une deuxième levée est prévue en 2020. Le contexte actuel s'y prête-t-il ? Un expert du marché financier international reste sceptique. "Nous sommes dans une situation inédite. Nous n'avons pas vu d'émission souveraine depuis un moment (tous pays confondus). Les investisseurs ne sont pas là. D'où l'absence des émissions. Ce marché dépend beaucoup du moral des investisseurs qui est étroitement lié à la confiance. Aujourd'hui, il y a beaucoup d'attentisme, voire de l'aversion". 

Il reste donc au Maroc sa dernière carte : la ligne de précaution et de liquidité (LPL). En décembre 2018, le Maroc a renouvelé sa LPL pour la quatrième fois sur deux ans pour un montant de 2,1508 milliards de DTS (environ 2,97 milliards de dollars, ou 240% de la quote-part du pays). 

La LPL n'est pas un prêt, c'est une ligne de précaution accordée par le FMI aux pays qui ne peuvent avoir recours à la ligne de crédit modulable (LCM) du FMI à cause de certains facteurs de vulnérabilité. La LPL "permet d'apporter des financements pour répondre aux besoins réels ou potentiels de balance des paiements des pays qui mènent de bonnes politiques économiques. Elle a été conçue pour servir d'assurance ou pour aider à faire face aux crises, et ce dans un large éventail de situations", explique le FMI sur son site.

La LPL pourrait-elle donc être utilisée pour réduire le choc sur l’économie marocaine ? "C’est l’essence même et l’objectif de la LPL. C’est comme une assurance, si vous avez un accident vous l’utilisez tout simplement. C'est exactement son rôle, être actionnée quand il y a des problèmes", nous explique notre expert.

Le Maroc dispose donc grâce à la LPL d'une réserve de devises de près de 30 milliards de DH qui pourrait à tout moment être mobilisée pour renflouer les réserves de change et se porter au secours du budget de l'Etat.

Y recourir dépendra de plusieurs facteurs aujourd'hui incertains : l'évolution de la crise sanitaire, l'évolution des importations marocaines, l'évolution des cours internationaux des matières premières, l'évolution de l'économie européenne,...

>>Lire aussi : Coronavirus : La facture économique pourrait dépasser 70 milliards de DH

Coronavirus : Le Maroc se prépare à un éventuel choc sur ses réserves en devises

Le 25 mars 2020 à11:25

Modifié le 26 mars 2020 à 11:08

Baisse des exportations, arrêt du tourisme, recul des transferts des MRE et des IDE... Un choc sur la balance des paiements est fort probable et le risque d'effritement de nos réserves de change est bien réel. Le Maroc ira-t-il jusqu'à tirer sur la ligne de précaution de liquidité du FMI ?

Pour faire face à la pandémie du Covid-19, le Maroc a pris des décisions essentielles sur le plan sanitaire mais ayant un coût important sur le plan économique. La plus drastique étant la fermeture de toutes ses frontières au transport de personnes. 

Cela s'est traduit par l'arrêt total de l'activité touristique dans toutes ses composantes. Au-delà de l'impact sur les opérateurs de ce secteur et sur les emplois qu'ils assurent, cet arrêt va impacter la balance des paiements du Maroc et donc nos réserves de change. 

La menace est d'autant plus grande qu'en plus du tourisme, d'autres secteurs pourvoyeurs de devises pour le Maroc subissent de plein fouet les effets de la crise à l'échelle nationale et mondiale. 

Les principales rentrées de devises pour le Maroc sont globalement :

- les exportations automobiles (77,1 MMDH en 2019), agricoles et agroalimentaires (60,8 MMDH), de phosphates et dérivés (48,9 MMDH), de textile (37 MMDH)

- les recettes touristiques  (78,7 MMDH)

- les transfert des MRE (64,9 MMDH)

- les IDE (18,2 MMDH).

Tous ces secteurs sont aujourd'hui sinon à l'arrêt, du moins fortement touchés par le contexte national et international.

Il y a zéro touristes depuis que le Maroc a décidé de fermer toutes ses liaisons aériennes à cause du Covid-19 jusqu'à nouvel ordre. 

A cause de la propagation de la pandémie au Maroc, avec 170 cas déclarés à ce jour, et des perturbations de la chaine d'approvisionnement, les locomotives de l'industrie automobile, Renault et PSA, ont été obligées de suspendre la production. En plus, le secteur devenu premier exportateur du pays aura une année difficile à l'export vue la situation des marchés clients, notamment européens.

Pour les mêmes raisons, d'autres secteurs, comme le textile et cuir, sont également dans l'expectative ou envisagent une mauvaise année. 

Pas encore d'impact important sur la balance des paiements 

Les IDE, dont le flux était déjà en baisse de 46,8% en 2019, ne devraient pas se redresser à court terme, compte tenu de la situation mondiale. S'agissant des transferts des MRE, des sources sûres confient à Médias24 "que les flux enregistrent une baisse" à cause de la situation en Europe, nouvel épicentre de la pandémie Covid-19. 

Ces évolutions montrent, sans équivoque, que les rentrées de devises enregistreront une baisse certaine. Mais quel impact sur notre balance des paiements ?  "La crise n'a pas encore un impact important sur la balance des paiements. Ses effets seront visibles dans les deux à trois mois qui arrivent", nous explique une source informée. 

C'est ce que confirme cet autre haut responsable dans l'Administration. "Les règlements se font à l'import et à l'export, entre 90 et 120 jours, les flux actuels à l'encaissement ou au décaissement se font normalement. Mais c'est au niveau des opérations effectuées aujourd'hui et qui seront réglées dans 90 j ou 120 j qu'il y aura un impact. Le problème surviendra donc dans trois mois au minimum", nous explique-t-on.

L'impact sera donc différé. Ce sont les opérations d'importation passées au cours du mois de mars qui risquent de poser problème car en face il n'y aura pas assez de rentrées de devises pour couvrir les échéances qui tomberont durant les 90 à 120 prochains jours. N'est-il pas judicieux de limiter les sorties de devises et d'éviter les importations superflues ou non essentielles ? 

"Aucune restriction pour le moment sur les devises, nous faisons un suivi permanent de l'évolution. Ce qu'il y a actuellement, c'est une pression psychologique et une vigilance", rapporte une source sûre.

C'est ce que nous confirme aussi une autre source informée: "Il y a des faits incontestables à savoir la baisse des rentrées de devises, bien que pour les recettes MRE c'est discutable car les transferts sont toujours là. On suit de très près l'évolution de la situation pour voir à quel rythme s'opère la baisse et nous alimentons le gouvernement et le comité de veille avec les données pour qu'ils puissent prendre les décisions qui s'imposent", nous confie-t-elle. 

Le marché interbancaire de devises, "normal" pour l'instant

Qu'en est-il du marché interbancaire de la devise ? Les salles de marchés ressentent-elles une pression ? Rappelons que le Maroc a entamé la deuxième phase de la flexibilité des changes le lundi 9 mars en élargissant la bande de fluctuation du dirham, de +ou- 2,5% à +ou- 5%. Médias24 a sondé deux salles de marchés de la place. 

"Nous n'avons pas d'événement particulier pour le moment. Il y a une légère pression mais nous ne sommes pas en situation de stress extrême", explique une de nos sources. "Les conditions de changes sont correctes à légèrement négatives. La banque centrale est là pour assurer la liquidité s'il le faut. Ce sont surtout les exportations qui manquent un peu", poursuit-elle. 

Un avis qui n'est pas partagé dans la profession. "Nous n'avons pas reçu de note de l'office des changes pour restreindre les opérations. Mais il y a peu de liquidités sur le marché", explique cet autre responsable dans une salle de marchés. "Certaines banques priorisent leurs clients par exemple les pétroliers ou les grands industriels d'abord, ensuite ce qui reste est servi aux autres avec des fourchettes très larges. La situation va se tendre de plus en plus", prévient-il. 

Les banques étaient devenues autonomes et gèrent leurs liquidités sur le marché interbancaire national ou international sans aucune intervention de Bank Al-Maghrib dont la dernière intervention remonte à 2 ans. Mais leurs positions de change sont légèrement déficitaires même en temps d'activité normale. Avec cette crise qui s'annonce, Bank Al Maghrib devra certainement intervenir de nouveau et donc puiser dans les réserves pour répondre à la demande en devises. 

 Plus de 240 milliards de DH de réserves en devises

Dans une réponse aux questions de Médias24 après la tenue du dernier conseil de Bank Al Maghrib, le gouverneur Abdellatif Jouahri s'est montré préoccupé.

"Il faudrait d’abord rappeler que le niveau actuel des réserves de change est adéquat et permet de couvrir l’équivalent de plus de 5 mois d'importations de biens et services. Ceci dit, les développements liés à la pandémie Covid-19 se succèdent de manière très rapide, malheureusement dans un sens préoccupant. Cela créé une forte incertitude, et il est difficile de prévoir comment la situation évoluera au cours des prochaines semaines", a-t-il déclaré.

"Nous sommes en train d’identifier les différents scénarios et les actions qui pourraient en atténuer l’impact y compris toutes les possibilités dont nous disposons pour renforcer notre matelas de réserves de change". 

L’encours des réserves internationales nettes s’est établi au terme de l’année 2019 à 245,6 milliards de dirhams, soit l’équivalent de 5 mois et 12 jours d’importations de biens et services. Ces réserves risquent d'être fortement sollicitées pour faire face aux engagements de paiement du Maroc.

Jouahri s'est gardé de préciser "les possibilités" dont dispose le Maroc pour renforcer le matelas de réserves. 

La baisse de la facture énergétique en contrebalance

Pour un expert, ce qui rend la prise de décision difficile pour nos responsables, "c'est qu'il est difficile de faire des prévisions. Personne ne peut dire réellement comment les choses peuvent évoluer. Nous sommes face à un événement qui n’a jamais été testé, on ne peut pas faire des analyses ou avoir des probabilités sur les répercussions que cela pourrait avoir", nous explique-t-il.

"C’est un événement d’une ampleur inédite, c’est vraiment compliqué. On ne sait pas encore comment les secteurs vont réagir. On anticipe bien sûr qu’il y aura une baisse des différentes rubriques aussi bien à l’export qu'à l’import".

Pour ce fin connaisseur du marché des changes, certes les opérations d'export vont baisser, impactant les rentrées de devises, mais les opérations d'import devront également baisser. "C’est vrai que les exportations, les recettes touristiques et des MRE vont baisser, mais de l’autre côté nous n’allons pas continuer à consommer de la même manière. Vu qu’il y a moins de demandes et des perturbations chez les producteurs étrangers, les opérateurs marocains vont moins importer ce qui induira moins de sorties de devises", analyse-t-il.

"Il faut aussi savoir que la baisse des rentrées de devises sera contrebalancée par la chute de la facture énergétique. Nous avions une hypothèse pour le prix du pétrole à 60 dollars le baril, nous sommes aujourd'hui à 26 dollars", ajoute-t-il. En effet, les cours internationaux se sont effondrés et s'ils restent sur cette tendance, la facture énergétique sera moins salée que les années précédentes. 

La LPL en dernier recours

Pour notre expert, on ne peut savoir si Bank Al Maghrib sera obligé de puiser dans les réserves. "On ne le voit pas pour l’instant. C'est impossible à prévoir sur la base de deux ou trois semaines de crise. Ce n’est pas encore significatif. Par ailleurs, il faut savoir que le gros de la devise rentre l’été. Si la devise ne rentre pas pendant l’été, oui cela sera peut-être problématique et impactera le niveau des réserves de changes. A ce moment-là, l’Etat marocain pourrait recourir à d’autres mécanismes pour reconstituer ses avoirs extérieurs". 

Les mécanismes dont parle notre expert et qui font écho aux "possibilités pour renforcer le matelas de réserves de change" évoqué par le gouverneur de la banque centrale sont de deux natures : une autre sortie souveraine sur le marché international ou la ligne de précaution et de liquidité du FMI.

En novembre 2019, le Maroc a marqué son retour sur le marché financier international en levant un milliard d'euros sur 12 ans avec des conditions exceptionnellement avantageuses.

Une deuxième levée est prévue en 2020. Le contexte actuel s'y prête-t-il ? Un expert du marché financier international reste sceptique. "Nous sommes dans une situation inédite. Nous n'avons pas vu d'émission souveraine depuis un moment (tous pays confondus). Les investisseurs ne sont pas là. D'où l'absence des émissions. Ce marché dépend beaucoup du moral des investisseurs qui est étroitement lié à la confiance. Aujourd'hui, il y a beaucoup d'attentisme, voire de l'aversion". 

Il reste donc au Maroc sa dernière carte : la ligne de précaution et de liquidité (LPL). En décembre 2018, le Maroc a renouvelé sa LPL pour la quatrième fois sur deux ans pour un montant de 2,1508 milliards de DTS (environ 2,97 milliards de dollars, ou 240% de la quote-part du pays). 

La LPL n'est pas un prêt, c'est une ligne de précaution accordée par le FMI aux pays qui ne peuvent avoir recours à la ligne de crédit modulable (LCM) du FMI à cause de certains facteurs de vulnérabilité. La LPL "permet d'apporter des financements pour répondre aux besoins réels ou potentiels de balance des paiements des pays qui mènent de bonnes politiques économiques. Elle a été conçue pour servir d'assurance ou pour aider à faire face aux crises, et ce dans un large éventail de situations", explique le FMI sur son site.

La LPL pourrait-elle donc être utilisée pour réduire le choc sur l’économie marocaine ? "C’est l’essence même et l’objectif de la LPL. C’est comme une assurance, si vous avez un accident vous l’utilisez tout simplement. C'est exactement son rôle, être actionnée quand il y a des problèmes", nous explique notre expert.

Le Maroc dispose donc grâce à la LPL d'une réserve de devises de près de 30 milliards de DH qui pourrait à tout moment être mobilisée pour renflouer les réserves de change et se porter au secours du budget de l'Etat.

Y recourir dépendra de plusieurs facteurs aujourd'hui incertains : l'évolution de la crise sanitaire, l'évolution des importations marocaines, l'évolution des cours internationaux des matières premières, l'évolution de l'économie européenne,...

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