Les défis de l’agriculture marocaine vus par les analystes du ministère des Finances

Changements climatiques, intégration en amont de l’agro-industrie, renforcement de la logistique et de l’agrégation, développement rural, soutien aux petits agriculteurs… Voici les défis de l’agriculture au Maroc selon la Direction des études et des prévisions financières (DEPF).

Agriculture au Maroc : les défis vus par les analystes des Finances

Le 11 février 2019 à 13:39

Modifié le 13 février 2019 à 13:18

 
La DEPF a publié un rapport intéressant sur les mutations structurelles de l’économie marocaine depuis 2000. Les principaux secteurs d’activité y sont analysés, dont celui de l’agriculture qui emploie près de 39% de la population active occupée.
 
Pour le secteur agricole, les analystes du ministère des Finances dressent un bilan positif, chiffres à l’appui. Toutefois, les défis qui restent à relever sont de taille.
 
Depuis le lancement du Plan Maroc Vert, la valeur ajoutée agricole a enregistré une croissance soutenue et moins erratique.
 
Le taux de croissance annuel moyen de cette valeur ajoutée s’élève à 6% sur la période 2008-2017. Parallèlement, l’écart-type (volatilité) de la valeur ajoutée a baissé de 63,5% entre les périodes 1990-1999 et 2000-2017, en raison notamment du recul du poids de la céréaliculture.
 
Ces résultats ont été obtenus grâce au renforcement des filières à forte valeur ajoutée. La filière céréalière a, elle, été concernée par des actions d’amélioration de la productivité.
 
Pour les céréales, les performances enregistrées depuis 2008 sont supérieures à la moyenne (près de 80 millions de quintaux). Les filières hors céréales ont enregistré un rebond de production important, particulièrement l’élevage et l’arboriculture :

-      Pour l’élevage, le taux de réalisation en 2016 de l’objectif 2020 du PMV a atteint respectivement 90% et 68% pour les viandes rouges et les viandes blanches.

-      Pour l’arboriculture, le taux de réalisation atteint respectivement 70% et 57% pour les agrumes et l’olivier.


Parallèlement à cette amélioration du rendement et de la valeur ajoutée, le renforcement de l’inclusivité de la politique agricole a été poursuivi. 215 projets ont été réalisés pour investissement de près de 2,1 milliards de DH dans le cadre du pilier 2 du PMV. Le budget global avoisinant 15 milliards de DH.
 
L’appui public a joué un grand rôle dans l’atteinte de ces résultats. Cet appui a pris deux formes : l’investissement public et le soutien à l’investissement privé à travers des subventions :

-      L’investissement public dans le secteur agricole a plus que triplé sur la période 2008-2016, passant de 3,1 à 9,9 milliards de DH, soit un taux de croissance annuel moyen de près de 14,4%.

-      Les subventions au secteur privé sont passées de 1 à 33 milliards de DH

Cela dit, la transformation structurelle du secteur agricole doit être approfondie. Pour ce faire, des réponses appropriées doivent être apportées à un certain nombre de défis. La DEPF en liste quelques uns :

-      La durabilité du modèle de développement agricole face au changement climatique. Plusieurs dimensions de la politique de l’eau et de l’irrigation au Maroc sont amenées à être renforcées, y compris l’adaptation du volet tarification de l’eau d’irrigation au contexte climatique contraignant de notre pays. Cette réforme, devant refléter la rareté de l’eau et le coût réel de sa mobilisation, contribuerait à orienter les agriculteurs vers les spéculations agricoles alliant compétitivité et valorisation optimale des ressources en eau.

-      La valorisation de la production agricole, par le biais d’une intégration en amont du secteur agro-industriel aux autres sphères de l’économie. Outre la mise en œuvre des dispositions du contrat programme du secteur signé en 2017, cet objectif rendrait nécessaire le fait de redynamiser l’agrégation agricole et d’assurer une meilleure adéquation entre l’offre agricole et la demande agro-industrielle.

-      Le développement de la compétitivité à l’international des exportations agroalimentaires, en renforçant l’agro-logistique à l’export à travers la mise en place d’un réseau de plateformes d’exportations intégrées et multi-filières et en ciblant en priorité les marchés de l’Afrique, de l’Europe et de la Russie et potentiellement ceux de l’Amérique du Nord.
De même, il serait hautement profitable de procéder à l’activation de l’agrégation autour des grands opérateurs agro-industriels capables de mieux relever les pressions concurrentielles qui caractérisent ce secteur.

-       Le renforcement du rôle de l’agriculture dans le développement rural.
A côté de l’amélioration de la productivité agricole, il est opportun d’ancrer davantage le secteur agricole dans son environnement à travers une approche de développement intégré du monde rural moyennant une plus grande convergence des politiques publiques (infrastructure de transport, agro-industrie, éducation, santé...). Ceci favoriserait, d’une part, la création des activités hors agricoles dans le domaine de la transformation et de la distribution des produits agricoles pour plus de revenu et de création d’emplois et, partant, l’atténuation de l’exode rural, et d’autre part, l’amélioration de la compétitivité des produits agroalimentaires (en termes de logistique, de normalisation et d’innovation).

-       La consolidation de la vocation inclusive de l’agriculture marocaine à travers la poursuite des actions engagées dans le cadre du Pilier II du PMV visant à améliorer et à sécuriser les revenus des petits agriculteurs. Il importe de renforcer, également, dans la vision du développement du secteur les mécanismes garantissant un cadre décent du travail agricole et ce, à travers l’adaptation et la veille au respect de la réglementation relative au système de rémunération, à la sécurisation de l’emploi et aux normes de sécurité du travail.


Voici l’évolution des principaux indicateurs du secteur agricole entre les périodes 2000-2007 et 2008-2017 :

-       Moyenne des précipitations : 410 mm contre 366.

-       Croissance du secteur primaire (agriculture, forêt et pêche) : 7,3% contre 2,1%

-       Contribution à la croissance économique : 0,9 point contre 0,3.

-       Part dans la production totale : 11,6% contre 12,3%.

-       Taux de valeur ajoutée du secteur primaire (VA sur production) : 65,5% contre 61,4%.

-       FBCF ou investissement dans le secteur agricole : 4,87 milliards de DH par an contre 4,34 milliards.

-       Exportations des produits agricoles : 16,3 milliards de DH par an contre 8,7 milliards.

-       Emplois agricoles : 4,15 millions de personnes contre 4,21 millions.

-       Superficie cultivée annuellement : 5,66 millions d’hectares contre 5,95 millions.

-       Production annuelle des principales cultures : 118,3 millions de quintaux contre 98 millions de quintaux.

-       Rendement à l’hectare : 15,2 quintaux pour les céréales (contre 10,3), 14,4 pour les oléagineuses (contre 10,7) et 348 pour le sucre (contre 209,5).

-       Effectif du cheptel : 29,3 millions de têtes en 2016 contre 24,1 millions en 2000.

-       Poids de la viande obtenu par tête : 227 kg par bovin (contre 162 kg), 19,3 kg par ovin (contre 13,1 kg) et 12,6 kg par caprin (contre 9,7 kg).

>>Lire aussi: Akhannouch dresse le bilan du PMV: les principaux indicateurs
 

Les défis de l’agriculture marocaine vus par les analystes du ministère des Finances

Le 11 février 2019 à13:54

Modifié le 13 février 2019 à 13:18

Changements climatiques, intégration en amont de l’agro-industrie, renforcement de la logistique et de l’agrégation, développement rural, soutien aux petits agriculteurs… Voici les défis de l’agriculture au Maroc selon la Direction des études et des prévisions financières (DEPF).

 
La DEPF a publié un rapport intéressant sur les mutations structurelles de l’économie marocaine depuis 2000. Les principaux secteurs d’activité y sont analysés, dont celui de l’agriculture qui emploie près de 39% de la population active occupée.
 
Pour le secteur agricole, les analystes du ministère des Finances dressent un bilan positif, chiffres à l’appui. Toutefois, les défis qui restent à relever sont de taille.
 
Depuis le lancement du Plan Maroc Vert, la valeur ajoutée agricole a enregistré une croissance soutenue et moins erratique.
 
Le taux de croissance annuel moyen de cette valeur ajoutée s’élève à 6% sur la période 2008-2017. Parallèlement, l’écart-type (volatilité) de la valeur ajoutée a baissé de 63,5% entre les périodes 1990-1999 et 2000-2017, en raison notamment du recul du poids de la céréaliculture.
 
Ces résultats ont été obtenus grâce au renforcement des filières à forte valeur ajoutée. La filière céréalière a, elle, été concernée par des actions d’amélioration de la productivité.
 
Pour les céréales, les performances enregistrées depuis 2008 sont supérieures à la moyenne (près de 80 millions de quintaux). Les filières hors céréales ont enregistré un rebond de production important, particulièrement l’élevage et l’arboriculture :

-      Pour l’élevage, le taux de réalisation en 2016 de l’objectif 2020 du PMV a atteint respectivement 90% et 68% pour les viandes rouges et les viandes blanches.

-      Pour l’arboriculture, le taux de réalisation atteint respectivement 70% et 57% pour les agrumes et l’olivier.


Parallèlement à cette amélioration du rendement et de la valeur ajoutée, le renforcement de l’inclusivité de la politique agricole a été poursuivi. 215 projets ont été réalisés pour investissement de près de 2,1 milliards de DH dans le cadre du pilier 2 du PMV. Le budget global avoisinant 15 milliards de DH.
 
L’appui public a joué un grand rôle dans l’atteinte de ces résultats. Cet appui a pris deux formes : l’investissement public et le soutien à l’investissement privé à travers des subventions :

-      L’investissement public dans le secteur agricole a plus que triplé sur la période 2008-2016, passant de 3,1 à 9,9 milliards de DH, soit un taux de croissance annuel moyen de près de 14,4%.

-      Les subventions au secteur privé sont passées de 1 à 33 milliards de DH

Cela dit, la transformation structurelle du secteur agricole doit être approfondie. Pour ce faire, des réponses appropriées doivent être apportées à un certain nombre de défis. La DEPF en liste quelques uns :

-      La durabilité du modèle de développement agricole face au changement climatique. Plusieurs dimensions de la politique de l’eau et de l’irrigation au Maroc sont amenées à être renforcées, y compris l’adaptation du volet tarification de l’eau d’irrigation au contexte climatique contraignant de notre pays. Cette réforme, devant refléter la rareté de l’eau et le coût réel de sa mobilisation, contribuerait à orienter les agriculteurs vers les spéculations agricoles alliant compétitivité et valorisation optimale des ressources en eau.

-      La valorisation de la production agricole, par le biais d’une intégration en amont du secteur agro-industriel aux autres sphères de l’économie. Outre la mise en œuvre des dispositions du contrat programme du secteur signé en 2017, cet objectif rendrait nécessaire le fait de redynamiser l’agrégation agricole et d’assurer une meilleure adéquation entre l’offre agricole et la demande agro-industrielle.

-      Le développement de la compétitivité à l’international des exportations agroalimentaires, en renforçant l’agro-logistique à l’export à travers la mise en place d’un réseau de plateformes d’exportations intégrées et multi-filières et en ciblant en priorité les marchés de l’Afrique, de l’Europe et de la Russie et potentiellement ceux de l’Amérique du Nord.
De même, il serait hautement profitable de procéder à l’activation de l’agrégation autour des grands opérateurs agro-industriels capables de mieux relever les pressions concurrentielles qui caractérisent ce secteur.

-       Le renforcement du rôle de l’agriculture dans le développement rural.
A côté de l’amélioration de la productivité agricole, il est opportun d’ancrer davantage le secteur agricole dans son environnement à travers une approche de développement intégré du monde rural moyennant une plus grande convergence des politiques publiques (infrastructure de transport, agro-industrie, éducation, santé...). Ceci favoriserait, d’une part, la création des activités hors agricoles dans le domaine de la transformation et de la distribution des produits agricoles pour plus de revenu et de création d’emplois et, partant, l’atténuation de l’exode rural, et d’autre part, l’amélioration de la compétitivité des produits agroalimentaires (en termes de logistique, de normalisation et d’innovation).

-       La consolidation de la vocation inclusive de l’agriculture marocaine à travers la poursuite des actions engagées dans le cadre du Pilier II du PMV visant à améliorer et à sécuriser les revenus des petits agriculteurs. Il importe de renforcer, également, dans la vision du développement du secteur les mécanismes garantissant un cadre décent du travail agricole et ce, à travers l’adaptation et la veille au respect de la réglementation relative au système de rémunération, à la sécurisation de l’emploi et aux normes de sécurité du travail.


Voici l’évolution des principaux indicateurs du secteur agricole entre les périodes 2000-2007 et 2008-2017 :

-       Moyenne des précipitations : 410 mm contre 366.

-       Croissance du secteur primaire (agriculture, forêt et pêche) : 7,3% contre 2,1%

-       Contribution à la croissance économique : 0,9 point contre 0,3.

-       Part dans la production totale : 11,6% contre 12,3%.

-       Taux de valeur ajoutée du secteur primaire (VA sur production) : 65,5% contre 61,4%.

-       FBCF ou investissement dans le secteur agricole : 4,87 milliards de DH par an contre 4,34 milliards.

-       Exportations des produits agricoles : 16,3 milliards de DH par an contre 8,7 milliards.

-       Emplois agricoles : 4,15 millions de personnes contre 4,21 millions.

-       Superficie cultivée annuellement : 5,66 millions d’hectares contre 5,95 millions.

-       Production annuelle des principales cultures : 118,3 millions de quintaux contre 98 millions de quintaux.

-       Rendement à l’hectare : 15,2 quintaux pour les céréales (contre 10,3), 14,4 pour les oléagineuses (contre 10,7) et 348 pour le sucre (contre 209,5).

-       Effectif du cheptel : 29,3 millions de têtes en 2016 contre 24,1 millions en 2000.

-       Poids de la viande obtenu par tête : 227 kg par bovin (contre 162 kg), 19,3 kg par ovin (contre 13,1 kg) et 12,6 kg par caprin (contre 9,7 kg).

>>Lire aussi: Akhannouch dresse le bilan du PMV: les principaux indicateurs
 

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