Après plusieurs mois de stagnation, les prix des carburants ont augmenté le 16 octobre dernier. Médias24 analyse l'évolution des marges des distributeurs et livre des chiffres inédits. Détails.

Après plusieurs mois de stagnation, les prix des carburants ont augmenté depuis le 16 octobre dernier. Selon l'application Mahatati consultée ce lundi 22 octobre, le prix du litre de gasoil à Casablanca, dans un rayon de 20 km, varie entre 9,85 DH et 10,65 DH.

Sur la liste de plus de 200 stations, seules 19 stations maintiennent des tarifs en deçà de 10 DH et seules 6 dépassent le tarif de 10,50 DH. 

La majorité des stations affichent un tarif compris entre 10,30 DH et 10,41 DH. 

C'est une hausse moyenne conséquente dépassant les 0,35 DH d'un coup et frôlant les 0,50 DH.

Selon un acteur du secteur, "cette hausse était inévitable car les distributeurs subissent depuis un certain temps la hausse des cours internationaux sans la répercuter sur les prix à la pompe". Pourquoi ? "Le contexte marqué par le mouvement de boycott et la polémique sur la hausse des marges ainsi que les déclarations du gouvernement annonçant le retour du plafonnement", assure notre source.

Le rapport de la commission parlementaire chargée d'enquêter sur les prix des hydrocarbures et publié en mai dernier avait obligé le gouvernement à réagir à cette polémique en affirmant fin mai que le principe de plafonnement des prix est acté.

Ont démarré alors les réunions de négociation pour étudier la meilleure formule à adopter. Chaque acteur a fait sa proposition. Lahcen Daoudi, ministre des Affaires générales et de la Gouvernance a fini par déposer auprès du chef du gouvernement sa proposition finale. 

Mais, depuis, aucune information n'a filtré sur l'issue de ce dossier qui reste en suspens.

 >> Lire aussi : Carburants: Le plafonnement des marges des distributeurs acté

 >> Lire aussi : Prix des Carburants: La proposition des pétroliers et le silence du gouvernement

Entre temps, dans ce contexte national, pour le moins que l'on puisse dire tendu, les distributeurs ont dû faire face à une hausse des cours internationaux.

Médias24 a pu reconstituer les principales données du marché depuis janvier 2018 jusqu'au début de la deuxième quinzaine de octobre. Il s'agit des cours moyens internationaux du pétrole raffiné (Platts), ainsi que les tarifs moyens appliqués à la pompe, et les tarifs moyens calculés selon l'ancienne structure des prix. 

L'évolution du Platts USD/tonne (cours du pétrole raffiné sur les marchés internationaux)

Source : Marché

A l'analyse de ces chiffres, l'on constate que les prix à l'international ont connu une tendance haussière avec quelques épisodes de baisse conjoncturelle comme à la deuxième quinzaine de février, au mois de mars ou encore au cours de la deuxième quinzaine de juin et la première quinzaine de juillet. 

Cette baisse à l'international avait été accompagnée par une légère baisse (quelques centimes) sur le marché local par quelques acteurs, mais pas tous, comme l'avait constaté à l'époque Médias24. 

Voici la moyenne des prix affichés sur Casablanca de janvier à aujourd'hui. 

octobre. Entre les deux quinzaines d'octobre, le cours international a augmenté de 6,13%. 

Les distributeurs estiment selon nos sources, "ne plus pouvoir assumer les hausses des cours sans les impacter car cela réduit considérablement leurs marges". Un distributeur est allé jusqu'à assurer sur les colonnes d'un confrère que des opérateurs "vendaient à perte". 

Il est certain que les marges des distributeurs se sont effritées au cours des derniers mois. C'est un effet mécanique quand les hausses ne se sont pas répercutées sur les prix de ventes. 

Mais les prix affichés restent toujours plus élevés que ceux qui auraient pu être pratiqués selon la formule d'avant la libéralisation qui prenait bien en compte une marge fixe pour les distributeurs. 

Médias24 a fait la comparaison:

Source: Marché 

En janvier, la différence entre le prix pratiqué par les distributeurs et celui qui aurait pu être appliqué avec la formule de l'avant libéralisation était de 0,81 DH/L. Ce différentiel s'est maintenu jusqu'au mois d'avril où il a commencé à fondre jusqu'à atteindre 0,06 DH en juin ou 0,08 DH au cours de ce mois d'octobre.

"Nous pouvons clairement dire qu'actuellement, nous vendons le gasoil selon les prix de l'ancienne structure", confie un distributeur sondé par Médias24. A la question de savoir si vraiment il y a des ventes à perte, il nous répond "cela dépend des coûts et de la marge de chaque opérateur", car ces derniers ne sont pas obligatoirement uniformes.

Il est certain que cette situation a causé une pression sur les marges des opérateurs. Preuve s'il en faut une de plus, les résultats semestriels de Total, seul acteur du marché coté en bourse. A fin juin 2018, les résultats semestriels de Total Maroc sont, en grande partie, sur une tendance baissière. Selon la communication financière du groupe, les marges du premier semestre ont été impactées par :

- Une configuration ne permettant pas de refléter l’intégralité des hausses des cours internationaux sur le prix de vente public ;

- La hausse des frais variables consécutive à l’effort d’investissement dans les infrastructures logistiques (dépôts, transports…).

Ce qui amplifie la pression sur les distributeurs, ce sont les augmentations de marges accordées aux détaillants et sur lesquelles ils ne peuvent revenir.

"Avant, les détaillants avaient une marge de 250 DH/m3. Après la libéralisation et la hausse des marges, ces derniers ont pu renégocier leurs marges qui ont atteint les 450 DH/m3 voire 500 DH. Cela arrangeait tout le monde quand les prix à l'international étaient détendus et que la marge globale dépassait les 1.200 DH/m3", explique un expert. 

"Maintenant que les prix repartent à la hausse -la tendance devrait se maintenir jusqu'à la fin d'année au moins- et si les prix à la pompe ne suivent pas, il est difficile pour les acteurs d'équilibrer", ajoute-t-il.

Pour notre expert, la situation n'est pas pareille pour tous les acteurs. "Ce sont les non-importateurs qui souffrent le plus. L'importateur, lui, dispose de la marge d'importation qui lui permet de souffler un peu". 

Par ailleurs, pour combler un peu l'écart et maintenir les gains accumulés depuis la libéralisation, les acteurs répercutent la hausse sur le segment professionnel (grands comptes). Ce qui n'est pas sans avoir des répercussions. 

Les professionnels du transport ont entamé un mouvement de grève à cause des hausses du prix du carburant ce qui a eu pour conséquence de perturber l'approvisionnement des marchés en fruits et légumes et par ricochet augmenter les prix chez le détaillant. 

Le silence du gouvernement 

La situation semble être des plus tendues sur le marché. Alors que les citoyens paient de plus en plus cher le gasoil, sans que cela ne soit le fait des hausses des marges des distributeurs et que cela impacte même les prix des marchandises, le gouvernement semble être aux abonnés absents.

Lahcen Daoudi, ministre des Affaires générales et de la Gouvernance fait profil bas depuis mai dernier. Le chef du gouvernement, dont les équipes semble-t-il sont en train d'étudier le dossier des hydrocarbures, maintient le silence et ne prend aucune décision importante pour dénouer la situation. 

Le dossier du plafonnement des prix des carburants, sur la table depuis la mi-mai, est en stand-by. Selon un opérateur, le gouvernement n’est plus entré en contact avec les distributeurs depuis début juin.

Selon un fin connaisseur du secteur, "le gouvernement a fait profil bas car il ne voulait pas agir alors que les cours repartaient à la hausse de peur qu'il ne doive assumer les futures hausses. Il espérait une baisse des cours pour agir, sauf que la baisse ne vient pas. Au contraire, la tendance haussière se confirme jusqu'à la fin de l'année". En d'autres termes, si le plafonnement est instauré, cela signifierait que c'est le gouvernement qui psychologiquement, sera tenu pour responsable du niveau de prix appelé à augmenter à cause des cours internationaux. Si la situation actuelle est maintenue, ce sont les distributeurs qui sont tenus pour responsables.  Le statu quo arrange le gouvernement.

Le gouvernement Elotmani cherche-t-il à agir comme son prédécesseur, Abdelilah Benkirane qui a profité en 2014 de l'importante baisse des cours internationaux pour entreprendre cette réforme bâclée qui a eu les incidences que l'on voit aujourd'hui ?

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Après plusieurs mois de stagnation, les prix des carburants ont augmenté le 16 octobre dernier. Médias24 analyse l'évolution des marges des distributeurs et livre des chiffres inédits. Détails.

 

Après plusieurs mois de stagnation, les prix des carburants ont augmenté depuis le 16 octobre dernier. Selon l'application Mahatati consultée ce lundi 22 octobre, le prix du litre de gasoil à Casablanca, dans un rayon de 20 km, varie entre 9,85 DH et 10,65 DH.

Sur la liste de plus de 200 stations, seules 19 stations maintiennent des tarifs en deçà de 10 DH et seules 6 dépassent le tarif de 10,50 DH. 

La majorité des stations affichent un tarif compris entre 10,30 DH et 10,41 DH. 

C'est une hausse moyenne conséquente dépassant les 0,35 DH d'un coup et frôlant les 0,50 DH.

Selon un acteur du secteur, "cette hausse était inévitable car les distributeurs subissent depuis un certain temps la hausse des cours internationaux sans la répercuter sur les prix à la pompe". Pourquoi ? "Le contexte marqué par le mouvement de boycott et la polémique sur la hausse des marges ainsi que les déclarations du gouvernement annonçant le retour du plafonnement", assure notre source.

Le rapport de la commission parlementaire chargée d'enquêter sur les prix des hydrocarbures et publié en mai dernier avait obligé le gouvernement à réagir à cette polémique en affirmant fin mai que le principe de plafonnement des prix est acté.

Ont démarré alors les réunions de négociation pour étudier la meilleure formule à adopter. Chaque acteur a fait sa proposition. Lahcen Daoudi, ministre des Affaires générales et de la Gouvernance a fini par déposer auprès du chef du gouvernement sa proposition finale. 

Mais, depuis, aucune information n'a filtré sur l'issue de ce dossier qui reste en suspens.

 >> Lire aussi : Carburants: Le plafonnement des marges des distributeurs acté

 >> Lire aussi : Prix des Carburants: La proposition des pétroliers et le silence du gouvernement

Entre temps, dans ce contexte national, pour le moins que l'on puisse dire tendu, les distributeurs ont dû faire face à une hausse des cours internationaux.

Médias24 a pu reconstituer les principales données du marché depuis janvier 2018 jusqu'au début de la deuxième quinzaine de octobre. Il s'agit des cours moyens internationaux du pétrole raffiné (Platts), ainsi que les tarifs moyens appliqués à la pompe, et les tarifs moyens calculés selon l'ancienne structure des prix. 

L'évolution du Platts USD/tonne (cours du pétrole raffiné sur les marchés internationaux)

Source : Marché

A l'analyse de ces chiffres, l'on constate que les prix à l'international ont connu une tendance haussière avec quelques épisodes de baisse conjoncturelle comme à la deuxième quinzaine de février, au mois de mars ou encore au cours de la deuxième quinzaine de juin et la première quinzaine de juillet. 

Cette baisse à l'international avait été accompagnée par une légère baisse (quelques centimes) sur le marché local par quelques acteurs, mais pas tous, comme l'avait constaté à l'époque Médias24. 

Voici la moyenne des prix affichés sur Casablanca de janvier à aujourd'hui. 

octobre. Entre les deux quinzaines d'octobre, le cours international a augmenté de 6,13%. 

Les distributeurs estiment selon nos sources, "ne plus pouvoir assumer les hausses des cours sans les impacter car cela réduit considérablement leurs marges". Un distributeur est allé jusqu'à assurer sur les colonnes d'un confrère que des opérateurs "vendaient à perte". 

Il est certain que les marges des distributeurs se sont effritées au cours des derniers mois. C'est un effet mécanique quand les hausses ne se sont pas répercutées sur les prix de ventes. 

Mais les prix affichés restent toujours plus élevés que ceux qui auraient pu être pratiqués selon la formule d'avant la libéralisation qui prenait bien en compte une marge fixe pour les distributeurs. 

Médias24 a fait la comparaison:

Source: Marché 

En janvier, la différence entre le prix pratiqué par les distributeurs et celui qui aurait pu être appliqué avec la formule de l'avant libéralisation était de 0,81 DH/L. Ce différentiel s'est maintenu jusqu'au mois d'avril où il a commencé à fondre jusqu'à atteindre 0,06 DH en juin ou 0,08 DH au cours de ce mois d'octobre.

"Nous pouvons clairement dire qu'actuellement, nous vendons le gasoil selon les prix de l'ancienne structure", confie un distributeur sondé par Médias24. A la question de savoir si vraiment il y a des ventes à perte, il nous répond "cela dépend des coûts et de la marge de chaque opérateur", car ces derniers ne sont pas obligatoirement uniformes.

Il est certain que cette situation a causé une pression sur les marges des opérateurs. Preuve s'il en faut une de plus, les résultats semestriels de Total, seul acteur du marché coté en bourse. A fin juin 2018, les résultats semestriels de Total Maroc sont, en grande partie, sur une tendance baissière. Selon la communication financière du groupe, les marges du premier semestre ont été impactées par :

- Une configuration ne permettant pas de refléter l’intégralité des hausses des cours internationaux sur le prix de vente public ;

- La hausse des frais variables consécutive à l’effort d’investissement dans les infrastructures logistiques (dépôts, transports…).

Ce qui amplifie la pression sur les distributeurs, ce sont les augmentations de marges accordées aux détaillants et sur lesquelles ils ne peuvent revenir.

"Avant, les détaillants avaient une marge de 250 DH/m3. Après la libéralisation et la hausse des marges, ces derniers ont pu renégocier leurs marges qui ont atteint les 450 DH/m3 voire 500 DH. Cela arrangeait tout le monde quand les prix à l'international étaient détendus et que la marge globale dépassait les 1.200 DH/m3", explique un expert. 

"Maintenant que les prix repartent à la hausse -la tendance devrait se maintenir jusqu'à la fin d'année au moins- et si les prix à la pompe ne suivent pas, il est difficile pour les acteurs d'équilibrer", ajoute-t-il.

Pour notre expert, la situation n'est pas pareille pour tous les acteurs. "Ce sont les non-importateurs qui souffrent le plus. L'importateur, lui, dispose de la marge d'importation qui lui permet de souffler un peu". 

Par ailleurs, pour combler un peu l'écart et maintenir les gains accumulés depuis la libéralisation, les acteurs répercutent la hausse sur le segment professionnel (grands comptes). Ce qui n'est pas sans avoir des répercussions. 

Les professionnels du transport ont entamé un mouvement de grève à cause des hausses du prix du carburant ce qui a eu pour conséquence de perturber l'approvisionnement des marchés en fruits et légumes et par ricochet augmenter les prix chez le détaillant. 

Le silence du gouvernement 

La situation semble être des plus tendues sur le marché. Alors que les citoyens paient de plus en plus cher le gasoil, sans que cela ne soit le fait des hausses des marges des distributeurs et que cela impacte même les prix des marchandises, le gouvernement semble être aux abonnés absents.

Lahcen Daoudi, ministre des Affaires générales et de la Gouvernance fait profil bas depuis mai dernier. Le chef du gouvernement, dont les équipes semble-t-il sont en train d'étudier le dossier des hydrocarbures, maintient le silence et ne prend aucune décision importante pour dénouer la situation. 

Le dossier du plafonnement des prix des carburants, sur la table depuis la mi-mai, est en stand-by. Selon un opérateur, le gouvernement n’est plus entré en contact avec les distributeurs depuis début juin.

Selon un fin connaisseur du secteur, "le gouvernement a fait profil bas car il ne voulait pas agir alors que les cours repartaient à la hausse de peur qu'il ne doive assumer les futures hausses. Il espérait une baisse des cours pour agir, sauf que la baisse ne vient pas. Au contraire, la tendance haussière se confirme jusqu'à la fin de l'année". En d'autres termes, si le plafonnement est instauré, cela signifierait que c'est le gouvernement qui psychologiquement, sera tenu pour responsable du niveau de prix appelé à augmenter à cause des cours internationaux. Si la situation actuelle est maintenue, ce sont les distributeurs qui sont tenus pour responsables.  Le statu quo arrange le gouvernement.

Le gouvernement Elotmani cherche-t-il à agir comme son prédécesseur, Abdelilah Benkirane qui a profité en 2014 de l'importante baisse des cours internationaux pour entreprendre cette réforme bâclée qui a eu les incidences que l'on voit aujourd'hui ?

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