Photo Mouad Jamali Idrissi. Médias24

A Imlil, habitants, autorités et touristes se solidarisent pour éviter les effets néfastes du crime terroriste perpétré dans la localité par des individus liés à Daech contre deux touristes scandinaves. Ils ont tous un même discours : il s'agit d'un acte isolé, loin, très loin, de l'ouverture et de l'esprit de tolérance des habitants de la région.

Choqués et consternés par le meurtre barbare de deux touristes scandinaves à quelques kilomètres de leur village, les habitants d'Imlil affrontent le drame avec sagesse. Ils refusent de parler à la presse, évitent les projecteurs des médias et se méfient de tout étranger qui les approche, pour ne pas, disent-ils, « mettre de l'huile sur le feu ».

« Ils sont en colère contre certains sites électroniques régionaux qui ont essayé dès le premier jour du crime de surfer sur ce drame pour faire du buzz. Certains ont annoncé la piste de Daech avant même que l'information de la piste terroriste ne soit confirmée », nous explique un agent d'autorité rencontré sur place.

"Un coup de poignard dans le dos"

Nous avons essayé de mettre certains d'entre eux en confiance. Un seul et même élément de langage revient : « cet acte n'a rien à voir avec les habitants d'Imlil. Nous vivons ici en paix. Les quatre criminels sont des étrangers, ils viennent certainement des banlieues de Marrakech », déclarent-ils. «Nous vivons cela comme un coup de poignard dans le dos, une chamta », nous dit un jeune homme qui travaille comme guide dans les montagnes de la région.

« Les gens vivent ici essentiellement du tourisme. La région accueille chaque année entre 12.000 et 20.000 touristes étrangers qui viennent essentiellement pour faire des randonnées dans la montagne ou pour escalader le mont Toubkal. Impossible qu'un habitant de la région soit impliqué dans ce crime. C'est comme s'il se tirait une balle dans le pied », signale une source officielle rencontrée à Imlil.

(Vue générale du village d'Imlil avec le haut Atlas en arrière plan. Photos Mouad Jamali Idrissi. Médias24)

 

« Les deux filles sont arrivées le 12 décembre. Elles se sont déclarées au bureau des guides le jour même, mais ont refusé d'être accompagnées par l'un de nos guides. Ce drame aurait pu être évité si elles avaient suivi nos conseils... », indique une source au sein du bureau des guides et accompagnateurs de touristes.

Un officier des forces de l'ordre tient à nous démontrer de son côté que le village est paisible, « un des plus paisible du pays », précise-t-il : « Ici, il y a zéro crime, zéro bagarres. Les gens sont pacifiques. Vous pouvez laisser votre voiture ouverte, personne ne la touchera ».

« Les habitants ont été tellement choqués et consternés par ce qu'il s'est passé qu'ils ont organisé par leur propre initiative une chasse à l'homme dans les montages avoisinantes pour coincer les trois fugitifs (arrêtés ce matin, ndlr). 400 personnes ont été mobilisées pour cela... », nous confie-t-il.

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(L'hôtel dont la caméra de surveillance a filmé les quatre individus à la sortie du village au petit matin du lundi 17 décembre 2018. Photos Mouad Jamali Idrissi. Médias24)

 

Mais les assassins avaient selon une source locale quitté la région quelques heures seulement après le crime. Les autorités ont pu retracer avec exactitude leurs mouvements grâce aux enregistrements de deux caméras de surveillance, l'une entre 2 et 3h du matin à Douar Armed, et la seconde à 3h20 à la sortie d'Imlil. Ils ont marché ensuite, toujours selon notre source, jusqu'au village d'Asni (à 17 km d'Imlil), avant de prendre, vers 6h du matin, une course dans le premier taxi en partance vers Marrakech.

Touristes étrangers : j'y suis, j'y reste

Même son de cloche entendu auprès de touristes étrangers rencontrés au village. « Je suis un habitué de la région. Je suis choqué autant que les habitants du village par ce crime odieux. Je suis sûr qu'il s'agit d'un acte isolé. Cela peut arriver n'importe où, le terrorisme n'a pas de frontières », témoigne un touriste anglais qui nous assure qu'il se sent en sécurité ici, et que cet acte barbare ne risque pas de changer cette perception.

Nous approchons un groupe de touristes en direction de la montagne pour recueillir leurs sentiments après le drame : «  Vous êtes des journalistes ? Nous n'avons rien à vous dire. Il ne s'est rien passé. Des crimes, ça arrive partout », se contentent-ils de nous lancer, se méfiant certainement, comme les habitants d'Imlil, des effets qu'une sur-médiatisation de cet événement risque d'avoir sur la vie des gens et l'économie de la région.

Des gérants de gîtes et d'auberges nous confirment également que l'activité est bonne ces jours-ci et qu'ils n'ont pour l'instant enregistré aucun désistement ou annulation. « C'est la haute saison pour nous. Elle dure jusqu'à fin décembre. Les effets seront peut-être visibles à partir de janvier. Mais pour l'instant, il n'y a eu aucune annulation », nous indique le patron d'un établissement hôtelier. 

Le salafisme, un phénomène rare et nouveau à Imlil

Une source locale nous explique toutefois que le salafisme n'est pas totalement absent du paysage. « Ce sont des gens qui ont été influencés par les chaînes satellitaires. Mais ils sont marginaux. Et n'ont jamais essayé de nous imposer quoi que ce soit », confie-t-il.

Des propos que nous confirme un agent d'autorité : « Il n'y a aucun groupe islamiste ou salafiste dans la région à ma connaissance. Je n'ai jamais entendu parler non plus de rassemblements ou de réunions de prédications. Et si ces mouvements existaient, les habitants auraient été les premiers à les combattre ».

Connue pour ses marabouts (Sidi Chamharouch, Moulay Brahim, Sidi Alou Fares...), la région vit un islam traditionnel, modéré et tolérant. Ce qui semble déranger, comme nous l'explique un contact sur place, certains individus qui se comptent sur le bout des doigts et qui essaient d'empêcher par exemple leur familles de pratiquer les sacrifices d'usage. En vain, insiste notre source : « Les gens ici sont très ouverts d'esprit, parlent essentiellement amazigh (et très peu l'arabe) et sont très attachés à leur cultes et traditions. Le discours salafiste ne peut avoir ici aucun impact ».

>>Lire aussi: 

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A Imlil, habitants, autorités et touristes se solidarisent pour éviter les effets néfastes du crime terroriste perpétré dans la localité par des individus liés à Daech contre deux touristes scandinaves. Ils ont tous un même discours : il s'agit d'un acte isolé, loin, très loin, de l'ouverture et de l'esprit de tolérance des habitants de la région.

Choqués et consternés par le meurtre barbare de deux touristes scandinaves à quelques kilomètres de leur village, les habitants d'Imlil affrontent le drame avec sagesse. Ils refusent de parler à la presse, évitent les projecteurs des médias et se méfient de tout étranger qui les approche, pour ne pas, disent-ils, « mettre de l'huile sur le feu ».

« Ils sont en colère contre certains sites électroniques régionaux qui ont essayé dès le premier jour du crime de surfer sur ce drame pour faire du buzz. Certains ont annoncé la piste de Daech avant même que l'information de la piste terroriste ne soit confirmée », nous explique un agent d'autorité rencontré sur place.

"Un coup de poignard dans le dos"

Nous avons essayé de mettre certains d'entre eux en confiance. Un seul et même élément de langage revient : « cet acte n'a rien à voir avec les habitants d'Imlil. Nous vivons ici en paix. Les quatre criminels sont des étrangers, ils viennent certainement des banlieues de Marrakech », déclarent-ils. «Nous vivons cela comme un coup de poignard dans le dos, une chamta », nous dit un jeune homme qui travaille comme guide dans les montagnes de la région.

« Les gens vivent ici essentiellement du tourisme. La région accueille chaque année entre 12.000 et 20.000 touristes étrangers qui viennent essentiellement pour faire des randonnées dans la montagne ou pour escalader le mont Toubkal. Impossible qu'un habitant de la région soit impliqué dans ce crime. C'est comme s'il se tirait une balle dans le pied », signale une source officielle rencontrée à Imlil.

(Vue générale du village d'Imlil avec le haut Atlas en arrière plan. Photos Mouad Jamali Idrissi. Médias24)

 

« Les deux filles sont arrivées le 12 décembre. Elles se sont déclarées au bureau des guides le jour même, mais ont refusé d'être accompagnées par l'un de nos guides. Ce drame aurait pu être évité si elles avaient suivi nos conseils... », indique une source au sein du bureau des guides et accompagnateurs de touristes.

Un officier des forces de l'ordre tient à nous démontrer de son côté que le village est paisible, « un des plus paisible du pays », précise-t-il : « Ici, il y a zéro crime, zéro bagarres. Les gens sont pacifiques. Vous pouvez laisser votre voiture ouverte, personne ne la touchera ».

« Les habitants ont été tellement choqués et consternés par ce qu'il s'est passé qu'ils ont organisé par leur propre initiative une chasse à l'homme dans les montages avoisinantes pour coincer les trois fugitifs (arrêtés ce matin, ndlr). 400 personnes ont été mobilisées pour cela... », nous confie-t-il.

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(L'hôtel dont la caméra de surveillance a filmé les quatre individus à la sortie du village au petit matin du lundi 17 décembre 2018. Photos Mouad Jamali Idrissi. Médias24)

 

Mais les assassins avaient selon une source locale quitté la région quelques heures seulement après le crime. Les autorités ont pu retracer avec exactitude leurs mouvements grâce aux enregistrements de deux caméras de surveillance, l'une entre 2 et 3h du matin à Douar Armed, et la seconde à 3h20 à la sortie d'Imlil. Ils ont marché ensuite, toujours selon notre source, jusqu'au village d'Asni (à 17 km d'Imlil), avant de prendre, vers 6h du matin, une course dans le premier taxi en partance vers Marrakech.

Touristes étrangers : j'y suis, j'y reste

Même son de cloche entendu auprès de touristes étrangers rencontrés au village. « Je suis un habitué de la région. Je suis choqué autant que les habitants du village par ce crime odieux. Je suis sûr qu'il s'agit d'un acte isolé. Cela peut arriver n'importe où, le terrorisme n'a pas de frontières », témoigne un touriste anglais qui nous assure qu'il se sent en sécurité ici, et que cet acte barbare ne risque pas de changer cette perception.

Nous approchons un groupe de touristes en direction de la montagne pour recueillir leurs sentiments après le drame : «  Vous êtes des journalistes ? Nous n'avons rien à vous dire. Il ne s'est rien passé. Des crimes, ça arrive partout », se contentent-ils de nous lancer, se méfiant certainement, comme les habitants d'Imlil, des effets qu'une sur-médiatisation de cet événement risque d'avoir sur la vie des gens et l'économie de la région.

Des gérants de gîtes et d'auberges nous confirment également que l'activité est bonne ces jours-ci et qu'ils n'ont pour l'instant enregistré aucun désistement ou annulation. « C'est la haute saison pour nous. Elle dure jusqu'à fin décembre. Les effets seront peut-être visibles à partir de janvier. Mais pour l'instant, il n'y a eu aucune annulation », nous indique le patron d'un établissement hôtelier. 

Le salafisme, un phénomène rare et nouveau à Imlil

Une source locale nous explique toutefois que le salafisme n'est pas totalement absent du paysage. « Ce sont des gens qui ont été influencés par les chaînes satellitaires. Mais ils sont marginaux. Et n'ont jamais essayé de nous imposer quoi que ce soit », confie-t-il.

Des propos que nous confirme un agent d'autorité : « Il n'y a aucun groupe islamiste ou salafiste dans la région à ma connaissance. Je n'ai jamais entendu parler non plus de rassemblements ou de réunions de prédications. Et si ces mouvements existaient, les habitants auraient été les premiers à les combattre ».

Connue pour ses marabouts (Sidi Chamharouch, Moulay Brahim, Sidi Alou Fares...), la région vit un islam traditionnel, modéré et tolérant. Ce qui semble déranger, comme nous l'explique un contact sur place, certains individus qui se comptent sur le bout des doigts et qui essaient d'empêcher par exemple leur familles de pratiquer les sacrifices d'usage. En vain, insiste notre source : « Les gens ici sont très ouverts d'esprit, parlent essentiellement amazigh (et très peu l'arabe) et sont très attachés à leur cultes et traditions. Le discours salafiste ne peut avoir ici aucun impact ».

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