A quoi serviront les assises du commerce prévues en avril ?

Les assises du commerce auront lieu les 24 et 25 avril à Marrakech. Pas de note de cadrage ni de loi-cadre comme pour les assises de la fiscalité. Les débats entre ministère de tutelle et professionnels donneront lieu à des recommandations qui seront prises en compte dans la feuille de route de développement du secteur, en cours de préparation.

A quoi serviront les assises du commerce prévues en avril ?

Le 27 février 2019 à 20:00

Modifié le 27 février 2019 à 21:01

On en sait un peu plus sur les assises du commerce, annoncées par Moulay Hafid Elalamy le 17 janvier à l’occasion d’une rencontre avec les représentants du secteur sur la problématique de la fiscalité des commerçants.
 
Ces assises auront lieu les 24 et 25 avril à Marrakech, apprend Médias24 auprès d’une source au ministère du commerce et de l’industrie.
 
Une note de cadrage devait être préparée et publiée pour tracer les objectifs de cet événement et définir les livrables. Il n’y en aura pas finalement. Pas de loi-cadre non plus pour fixer les orientations réglementaires et organisationnelles sur les années à venir, contrairement aux assises de la fiscalité.
 
« Il s’agira d’une rencontre de concertation avec l’ensemble des acteurs du commerce, toutes catégories confondues, autour de la stratégie de développement du secteur. Le ministère va écouter leurs attentes et lancer le débat pour sortir avec des recommandations. Celles-ci seront prises en compte lors des assises de la fiscalité prévues début mai ainsi que dans la feuille de route du secteur qui est en cours de préparation », précise notre source.
 
Sur quels aspects portera le débat lors des assises ? Le ministère de tutelle reste muet à ce sujet.
 
L’association Tijara 2020, qui regroupe des distributeurs de produits de grande consommation, est partie prenante des discussions. Son président, Moncef Belkhayat, par ailleurs membre du même parti (RNI) que le ministre de tutelle, livre sa lecture des problématiques du secteur auxquelles les assises du commerce doivent apporter des solutions.

Des problématiques complexes à traiter

Le secteur du commerce est complexe. Il compte une multitude d’acteurs avec des préoccupations et des problématiques différentes. Il est régi par un nombre important de textes législatifs et est représenté par différentes instances (chambres de commerce, associations de commerçants…)
 
« Le commerce est un secteur dont les ministres de tutelle successifs ne se sont pas occupés. Tous les ministres se sont penchés sur l’industrie, le digital, mais pas sur le commerce, y compris Moulay Hafid Elalamy. Ce dernier compte y consacrer ce qui reste du mandat du gouvernement, notamment en organisant ces assises après environ 20 ans des premières assises», nous déclare Moncef Belkhayat.
 
Le secteur a déjà une stratégie : Rawaj, vision 2020. Elle vise à améliorer les conditions d’approvisionnement des citoyens ainsi que le niveau de vie des commerçants et à augmenter la contribution de la valeur ajoutée du commerce au PIB national. Les résultats sont peu visibles, d’où la nouvelle feuille de route en cours de préparation par le ministère de tutelle.
 
Les problématiques sont nombreuses : informel, contrebande, manque de compétences, absence de système de veille, procédures administratives complexes, pas de cadre organisant les métiers et les activités commerciales, faiblesse logistique, infrastructures à moderniser…
 
Au Maroc, près de 80% de la distribution est assurée par le commerce dit traditionnel : grossistes, détaillants (environ 120.000), souks hebdomadaires (environ 800)… Le reste est capté par le commerce moderne : grandes et moyennes surfaces, centres commerciaux, franchises… Il y a aussi le commerce électronique, segment naissant mais qui se développe rapidement. Sans compter l’informel qui a pris beaucoup d’ampleur au cours des dernières années.
 
Le commerce traditionnel a besoin de structuration, de modernisation et de soutien. « Il faut gérer l’évolution du commerce moderne en prenant en compte la dimension sociale du commerce traditionnel. L’épicier joue un rôle important dans la stabilité sociale, il améliore la vie de centaines de ménages qu’il sert avec un service de proximité, du crédit… Il faut savoir le protéger, sachant qu’aujourd’hui un hypermarché qui ouvre peut conduire à la fermeture de 300 détaillants », estime le président de Tijara 2020.
 
Pour l’instant, le commerce traditionnel résiste. « En analysant l’évolution du marché, on s’aperçoit que le commerce moderne n’a jamais pu dépasser 20%, ce qui montre que le détaillant marocain a montré sa capacité à s’adapter et à se défendre tant au niveau du prix que du service », précise Belkhayat.
 
Mais la situation peut changer avec l’évolution des habitudes de consommation et l’expansion des grandes surfaces. Selon les prévisions du cabinet Euromonitor International, les ventes du secteur traditionnel au Maroc devraient baisser de 1,5% par an en moyenne entre 2017 et 2022, contre une progression de 1,9% prévue sur la même période pour la distribution moderne. Cette évolution risque de précariser davantage les détaillants.
 
Chez les grossistes, c’est le problème de la transparence et de la concurrence déloyale qu’il faudra régler. Les tentatives de la DGI et de la douane pour instaurer la facturation électronique et renforcer le contrôle des marchandises non déclarées ont été vouées à l’échec après le rétropédalage du gouvernement face à la mobilisation de ces acteurs, amplifiée par les grèves des petits commerçants.
 
« En tant qu’association, nous défendons l’équité fiscale qui doit être clairement mise en œuvre et les intérêts des commerçants structurés contre l’informel et la contrebande », martèle le président de Tijara 2020. « Il faut installer un commerce équitable. Tous les acteurs doivent avoir les mêmes droits et obligations, en matière de libre-concurrence, vis-à-vis des autorités, du fisc, du consommateur (qualité)... », poursuit-il.
 
Auprès des grandes et moyennes surfaces, d’autres problématiques sont mises en avant. Dans un document du groupe Label’Vie, les obstacles qui entravent le développement de ce segment sont :

  • l’indisponibilité de personnel qualifié, due au manque de filières de formation adaptées aux besoins de la distribution moderne ;
  • la difficulté de s’approvisionner en produits frais (boucherie, fruits et légumes, poissons, etc.), liée au manque d’organisation des filières dans ce domaine et à l’obligation d’approvisionnement auprès des marchés communaux desdits produits ;
  • la faiblesse du système logistique et de transport, induisant la multiplication des intermédiaires ;
  • le déficit et la cherté de l’immobilier commercial et du foncier ;
  • la concurrence déloyale du secteur informel.

L'informel, la contrebande et les considérations sociales

Ce dernier point est le plus problématique. Tous les acteurs structurés, petits et grands, souffrent de l’informel et de la contrebande qui, malgré le renforcement du contrôle, continuent de gangrener plusieurs filières : produits alimentaires, habillement, petit électroménager…
 
« L’informel, c’est toutes ces personnes qui n’ont pas de patente, pas de local et qui font du commerce dans la rue, sans réglementation, en concurrence complètement déloyale. Ce commerce s’est beaucoup développé au niveau des zones frontalières (Sebta, Mellilia et Sahara).
 
« Les politiques ont fermé les yeux sur le commerce frontalier pendant des années, parce que cela fait vivre un nombre important de ménages, mais des mafias ont vu le jour, elles font du commerce de groupage en exploitant des passeurs pour alimenter les vendeurs ambulants à l’intérieur des grandes villes comme Casablanca.
 
« Il faut maintenant trancher : est-ce qu’on continue à fermer les yeux pour des considérations sociales ou est-ce qu’on serre la vis ? », s'interroge Moncef Belkhayat.
 
Tous ces problèmes paraissent complexes à résoudre : moderniser le commerce de proximité, améliorer le niveau de vie des commerçants, structurer leur activité, pousser les commerçants de gros vers la transparence, accompagner le développement des grandes surfaces, combattre l’informel…
 
Les assises du commerce et la feuille de route de développement du secteur permettront-elles de relever tous ces défis ? « Le ministre de tutelle veut faire de ce chantier sa priorité pour le reste de son mandat », pense le président de Tijara 2020.

A quoi serviront les assises du commerce prévues en avril ?

Le 27 février 2019 à19:57

Modifié le 27 février 2019 à 21:01

Les assises du commerce auront lieu les 24 et 25 avril à Marrakech. Pas de note de cadrage ni de loi-cadre comme pour les assises de la fiscalité. Les débats entre ministère de tutelle et professionnels donneront lieu à des recommandations qui seront prises en compte dans la feuille de route de développement du secteur, en cours de préparation.

On en sait un peu plus sur les assises du commerce, annoncées par Moulay Hafid Elalamy le 17 janvier à l’occasion d’une rencontre avec les représentants du secteur sur la problématique de la fiscalité des commerçants.
 
Ces assises auront lieu les 24 et 25 avril à Marrakech, apprend Médias24 auprès d’une source au ministère du commerce et de l’industrie.
 
Une note de cadrage devait être préparée et publiée pour tracer les objectifs de cet événement et définir les livrables. Il n’y en aura pas finalement. Pas de loi-cadre non plus pour fixer les orientations réglementaires et organisationnelles sur les années à venir, contrairement aux assises de la fiscalité.
 
« Il s’agira d’une rencontre de concertation avec l’ensemble des acteurs du commerce, toutes catégories confondues, autour de la stratégie de développement du secteur. Le ministère va écouter leurs attentes et lancer le débat pour sortir avec des recommandations. Celles-ci seront prises en compte lors des assises de la fiscalité prévues début mai ainsi que dans la feuille de route du secteur qui est en cours de préparation », précise notre source.
 
Sur quels aspects portera le débat lors des assises ? Le ministère de tutelle reste muet à ce sujet.
 
L’association Tijara 2020, qui regroupe des distributeurs de produits de grande consommation, est partie prenante des discussions. Son président, Moncef Belkhayat, par ailleurs membre du même parti (RNI) que le ministre de tutelle, livre sa lecture des problématiques du secteur auxquelles les assises du commerce doivent apporter des solutions.

Des problématiques complexes à traiter

Le secteur du commerce est complexe. Il compte une multitude d’acteurs avec des préoccupations et des problématiques différentes. Il est régi par un nombre important de textes législatifs et est représenté par différentes instances (chambres de commerce, associations de commerçants…)
 
« Le commerce est un secteur dont les ministres de tutelle successifs ne se sont pas occupés. Tous les ministres se sont penchés sur l’industrie, le digital, mais pas sur le commerce, y compris Moulay Hafid Elalamy. Ce dernier compte y consacrer ce qui reste du mandat du gouvernement, notamment en organisant ces assises après environ 20 ans des premières assises», nous déclare Moncef Belkhayat.
 
Le secteur a déjà une stratégie : Rawaj, vision 2020. Elle vise à améliorer les conditions d’approvisionnement des citoyens ainsi que le niveau de vie des commerçants et à augmenter la contribution de la valeur ajoutée du commerce au PIB national. Les résultats sont peu visibles, d’où la nouvelle feuille de route en cours de préparation par le ministère de tutelle.
 
Les problématiques sont nombreuses : informel, contrebande, manque de compétences, absence de système de veille, procédures administratives complexes, pas de cadre organisant les métiers et les activités commerciales, faiblesse logistique, infrastructures à moderniser…
 
Au Maroc, près de 80% de la distribution est assurée par le commerce dit traditionnel : grossistes, détaillants (environ 120.000), souks hebdomadaires (environ 800)… Le reste est capté par le commerce moderne : grandes et moyennes surfaces, centres commerciaux, franchises… Il y a aussi le commerce électronique, segment naissant mais qui se développe rapidement. Sans compter l’informel qui a pris beaucoup d’ampleur au cours des dernières années.
 
Le commerce traditionnel a besoin de structuration, de modernisation et de soutien. « Il faut gérer l’évolution du commerce moderne en prenant en compte la dimension sociale du commerce traditionnel. L’épicier joue un rôle important dans la stabilité sociale, il améliore la vie de centaines de ménages qu’il sert avec un service de proximité, du crédit… Il faut savoir le protéger, sachant qu’aujourd’hui un hypermarché qui ouvre peut conduire à la fermeture de 300 détaillants », estime le président de Tijara 2020.
 
Pour l’instant, le commerce traditionnel résiste. « En analysant l’évolution du marché, on s’aperçoit que le commerce moderne n’a jamais pu dépasser 20%, ce qui montre que le détaillant marocain a montré sa capacité à s’adapter et à se défendre tant au niveau du prix que du service », précise Belkhayat.
 
Mais la situation peut changer avec l’évolution des habitudes de consommation et l’expansion des grandes surfaces. Selon les prévisions du cabinet Euromonitor International, les ventes du secteur traditionnel au Maroc devraient baisser de 1,5% par an en moyenne entre 2017 et 2022, contre une progression de 1,9% prévue sur la même période pour la distribution moderne. Cette évolution risque de précariser davantage les détaillants.
 
Chez les grossistes, c’est le problème de la transparence et de la concurrence déloyale qu’il faudra régler. Les tentatives de la DGI et de la douane pour instaurer la facturation électronique et renforcer le contrôle des marchandises non déclarées ont été vouées à l’échec après le rétropédalage du gouvernement face à la mobilisation de ces acteurs, amplifiée par les grèves des petits commerçants.
 
« En tant qu’association, nous défendons l’équité fiscale qui doit être clairement mise en œuvre et les intérêts des commerçants structurés contre l’informel et la contrebande », martèle le président de Tijara 2020. « Il faut installer un commerce équitable. Tous les acteurs doivent avoir les mêmes droits et obligations, en matière de libre-concurrence, vis-à-vis des autorités, du fisc, du consommateur (qualité)... », poursuit-il.
 
Auprès des grandes et moyennes surfaces, d’autres problématiques sont mises en avant. Dans un document du groupe Label’Vie, les obstacles qui entravent le développement de ce segment sont :

  • l’indisponibilité de personnel qualifié, due au manque de filières de formation adaptées aux besoins de la distribution moderne ;
  • la difficulté de s’approvisionner en produits frais (boucherie, fruits et légumes, poissons, etc.), liée au manque d’organisation des filières dans ce domaine et à l’obligation d’approvisionnement auprès des marchés communaux desdits produits ;
  • la faiblesse du système logistique et de transport, induisant la multiplication des intermédiaires ;
  • le déficit et la cherté de l’immobilier commercial et du foncier ;
  • la concurrence déloyale du secteur informel.

L'informel, la contrebande et les considérations sociales

Ce dernier point est le plus problématique. Tous les acteurs structurés, petits et grands, souffrent de l’informel et de la contrebande qui, malgré le renforcement du contrôle, continuent de gangrener plusieurs filières : produits alimentaires, habillement, petit électroménager…
 
« L’informel, c’est toutes ces personnes qui n’ont pas de patente, pas de local et qui font du commerce dans la rue, sans réglementation, en concurrence complètement déloyale. Ce commerce s’est beaucoup développé au niveau des zones frontalières (Sebta, Mellilia et Sahara).
 
« Les politiques ont fermé les yeux sur le commerce frontalier pendant des années, parce que cela fait vivre un nombre important de ménages, mais des mafias ont vu le jour, elles font du commerce de groupage en exploitant des passeurs pour alimenter les vendeurs ambulants à l’intérieur des grandes villes comme Casablanca.
 
« Il faut maintenant trancher : est-ce qu’on continue à fermer les yeux pour des considérations sociales ou est-ce qu’on serre la vis ? », s'interroge Moncef Belkhayat.
 
Tous ces problèmes paraissent complexes à résoudre : moderniser le commerce de proximité, améliorer le niveau de vie des commerçants, structurer leur activité, pousser les commerçants de gros vers la transparence, accompagner le développement des grandes surfaces, combattre l’informel…
 
Les assises du commerce et la feuille de route de développement du secteur permettront-elles de relever tous ces défis ? « Le ministre de tutelle veut faire de ce chantier sa priorité pour le reste de son mandat », pense le président de Tijara 2020.

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